#Rugby – Top 14 / G.Cholley (Castres) : «Nous allons nous accrocher pour être dans les 6!»

Gérard Cholley est de ces légendes du rugby français dont le nom évoque une époque fleurant bon le canfre et les parties de manivelles épiques. Ce béret rouge qui a connu Castres par le 8eme RPIMA, avant de porter avec force et courage la tunique bleu et blanche du CO, nous a accordé un entretien, pour nous narrer sa vision du rugby actuel et ouvrir la boite au souvenirs. Celui qui est , vice-président du Castres Olympique, depuis plusieurs décennies, nous dresse les objectifs de la sous préfecture du Tarn dans ce Top 14 post Covid 19, mais aussi des valeurs qui ont porté récemment le club résidant du stade Pierre Fabre, au firmament de l’ovalie hexagonale. Rencontre avec le vainqueur du grand chelem 1977 sous le maillot frappé du coq, qui en passant par la création des barbarians, ou encore l’épopée en 93 de la bande à Rui, sans oublier celles de 2013 et 2018, nous raconte un demi-centenaire d’histoire du rugby hexagonal et Tarnais.

 

Crédit photo Serge Gonzalez

 

Vous êtes un monument du rugby français, sur le terrain, on vous appelait  » le patron « . Vous êtes aussi le patron au CO mais nous allons commencer par parler de la genèse. Comment un  » petit  » franc-comtois de Haute-Saône débarque au Castres Olympique et en terre tarnaise ? Comment s’est faite la filiation entre la Franche-Comté et le Tarn ? 

 

Heureusement, à cette époque-là, il y avait le service militaire et j’ai atterri au 8e RPIMA. 

 

Donc, cet atavisme que vous avez avec la ville de Castres est lié au RPIMA ? 

 

Exactement. Ce sont lors des derniers mois avant ma libération que j’ai touché un ballon. 

 

Castres et Gérard Cholley, ce fut de suite une histoire d’amour sans fin. Ce sont un maillot et un blason qui sont chevillés au corps voire au coeur

 

Oui, c’est mon club, je joue au CO depuis 1965 quand même. J’ai fait une absence en 1980 puisque je travaillais à Muret et je m’occupais de l’équipe locale. En plus, j’étais maire-adjoint aux sports et je me suis occupé de cette équipe pendant 6 / 7 ans. Je l’ai prise en honneur et nous avons raté la montée en Groupe B à l’époque. Ce fut une montée très rapide et puis, Jacques Fouroux, qui était sélectionneur, m’a appelé pour le seconder en équipe de France et j’ai été sélectionneur pendant 7 / 8 ans. Et en même temps, en 1988, Pierre Fabre a désiré que je m’occupe de l’équipe avec Pierre-Yves Revol. Nous avons monté l’équipe et nous avons été champions de France en 1989. 

 

La génération Rui, comme on l’appelle 

 

Voilà. Nous avons eu un nouveau titre en 1993, disputé 5 finales dont 3 gagnées. 

 

Est-ce qu’en tant que vice-président, la finale de 1993 est votre plus beau souvenir, plus que 2013 ? 

 

Quand vous arrivez à être champions de France, il n’y a pas un moment plus beau que l’autre. C’est un firmament, c’est tout. 

 

Souvent, les premières fois ont une saveur particulière 

 

Non. Il est sûr que 93 était le premier donc, c’était formidable mais après, gagner encore deux fois de suite, c’était merveilleux. 

 

Et puis, il y avait toute une littérature autour de cette finale de 93. Nous avions eu Michel Ringeval il y a quelques semaines et, quand il en reparle, il est lancé comme un frelon. C’est une finale qui fera parler des générations et des générations ? 

 

Oui, parce qu’on parle toujours de l’essai accordé mais, il y a un arbitre, il l’a accordé, point à la ligne. Grenoble n’a pas perdu le match là, ils l’ont perdu parce qu’ils ont raté tous les coups de pied (rires). 

 

C’est pour cela que je vous relance un peu là-dessus parce-que nous avions eu le point de vue de Michel Ringeval, qui est un point de vue très grenoblois. Il est quand même intéressant d’avoir le point de vue de Gérard Cholley sur cette finale qui restera atypique

 

Il est certain que, si elle se jouait maintenant, il y aurait moins eu de problème avec la vidéo. Mais je vous le dis, Grenoble a perdu parce qu’ils ont raté leurs coups de pied. 

 

Et pour vous, en tant que joueur sous le maillot du CO, quel est votre souvenir impérissable, celui qui reste au fond de votre coeur ? 

 

C’était quand même une période galère. On ne parlait pas de recrutement et nous étions présents d’une année sur l’autre. C’était une époque où nous nous accrochions et où nous étions fidèles à nos couleurs. 

 

C’est une époque où, à l’inverse de l’heure actuelle, Graulhet était au-dessus de Castres. Pour les plus jeunes, ça paraît quelque chose d’ahurissant ? 

 

Graulhet avait une équipe formidable avec de très bons joueurs. 

 

Quand on voit aujourd’hui le CO en Top 14 et Graulhet au fond de la Fédérale 1, alors que les prismes étaient complètement inversés avant, c’est quand même impressionnant ? 

 

Albi aussi avait une très bonne équipe. 

 

Totalement. Ce derby Albi / Castres faisait beaucoup parler, notamment pendant la période Top 14 lorsque les deux équipes se sont rencontrées

 

C’était un rugby différent, il ne fallait pas perdre à la maison, c’est tout (rires). 

 

Vous êtes classés comme l’un des dix joueurs les plus agressifs de l’histoire par  » The Times « . Selon vous, est-ce que cette légende est usurpée ou bien vraiment réelle ? 

 

Vous savez, les journalistes pensent ce qu’ils veulent et ils écrivent ce qu’ils veulent aussi. 

 

Surtout que ce sont des journalistes anglais

 

Je me suis fait respecté partout où je suis allé dans le monde, pas seulement en club. Et cela ne m’a pas empêché d’être sélectionné dans une équipe mondiale en Novembre 77 et où j’ai été le seul français à avoir disputé les trois tests-matches avec Gareth Edwards, Phil Bennett et j’en passe. Pour moi, c’est l’un des meilleurs souvenirs, jouer dans l’équipe du Monde, c’est quelque chose d’extraordinaire. 

 

C’est une reconnaissance absolue. Il y a aussi le premier match des Barbarians, est-ce que le lancement de cette grande aventure est un bon souvenir ? 

 

Avec l’équipe de 77, nous sommes les fondateurs des Barbarians donc, il était tout à fait normal que l’on joue le premier match (rires). 

 

Ca a quand même dû être un moment particulier ? 

 

Oui parce-que ça n’existait pas en France et ça perdure. D’ailleurs, nous avions joué contre l’Ecosse et nous avions gagné. Après, nous avons été dirigeants des jeunes et nous sélectionnions ceux qui avaient l’esprit Barbarians. 

 

Vous qui en êtes un des pères fondateurs, est-ce que vous pensez que l’ADN et l’esprit ont été conservés et qu’actuellement, en 2020, c’est toujours la même chose ? 

 

Ca a changé avec le rugby professionnel. Les entraîneurs que l’on met maintenant n’ont plus du tout le même esprit et veulent mener l’équipe comme si c’était un club ou l’équipe de France. C’est totalement différent, c’est une façon de vivre qui est différente de l’équipe de France et des clubs. C’est le beau jeu, on prend les joueurs qui ont un bon esprit. 

 

C’est le côté épicurien du rugby ? 

 

Oui, on peut le dire comme ça. Vous savez, le côté épicurien, on le trouve aussi en équipe de France et en clubs. 

 

Bien sûr mais là, il était un peu poussé à l’exégèse ? 

 

Il ne faut pas trop exagérer non plus mais disons que nous avions une façon de prendre et de mener les joueurs différente des clubs ou de l’équipe de France. D’ailleurs, ils sont demandeurs et ils aimeraient tous venir jouer chez les Barbarians. Ils sont aussi entourés d’anciens et ils ne se prennent pas la tête, on leur fait confiance. 

 

Et puis, il y a aussi la part de mythe qui accompagne les Barbarians qui a une saveur particulière et qui donne envie à tous joueurs d’aller porter ce maillot ? 

 

Oui, on peut dire ça comme ça. 

 

Vous avez connu le rugby amateur, à haut-niveau mais amateur. Vous êtes maintenant président d’un club qui est 100% pro et qui joue dans le meilleur championnat du monde, le Top 14. Pour vous, est-ce qu’il n’y a pas des valeurs ou des saveurs qui existaient dans ce rugby amateur qui vous manquent maintenant que vous êtes dans le rugby pro ? 

 

Non, on essaie justement, malgré le professionnalisme, de garder cet échange. Honnêtement, chez nous à Castres, il y a une ambiance terrible parce-que nous sommes tous là pour qu’il y ait une bonne ambiance. 

 

En ayant vous-même connu cette époque amateur, est-ce que vous essayez parfois de ramener les joueurs à certaines valeurs et vertus, sans jouer les  » pères la morale  » ? 

 

En général, nous essayons de prendre des joueurs qui ont un bon esprit. Recruter un bon joueur, c’est bien mais s’il a un bon esprit, c’est encore mieux. C’est pour cela que, quelques fois, les supporters ne se rendent pas compte du pourquoi on ne garde pas tel ou tel joueur. C’est que justement, il ne fait pas partie des joueurs qui ont un bon esprit et le bon esprit, c’est ce qui met la bonne ambiance. Il suffit qu’il y ait une brebis galeuse pour foutre le bordel. 

 

C’est ce qui a amené Castres à gagner cette finale en 2018, c’est cet état d’esprit. C’est un vrai groupe qui a gagné et non des additions d’individualités, un vrai groupe qui a renversé l’ordre établi ?

 

Dernièrement, j’ai encore revu la finale contre Montpellier et là, c’était vraiment l’esprit de groupe. Tout le monde s’y est mis, tout le monde a baissé la tête et parfois, même en étant inférieurs au niveau jeu, on arrive à gagner. 

 

Et puis, il y avait quasiment un côté  » lutte des classes « , la sous-préfecture qui fait tomber la grande métropole régionale sans oublier qu’en termes de budgets, Castres et Montpellier ne jouent pas dans la même cour. On ne va pas dire qu’à Castres, vous êtes les prolétaires du rugby mais il y avait quand même ce côté  » lutte des classes  » ? 

 

On s’est fait chambre pour ça. Dès qu’un journaliste nous demandait ce qu’on en pensait, on répondait  » nous, la petite sous-préfecture, nous sommes là contre la grande métropole « . 

 

Surtout que dans les titres de la presse, la veille ou le jour du match, on ne donnait pas cher de la peau de Castres ? 

 

Nous, on aime bien que l’on ne parle pas de nous ou être le deuxième. Ça donne justement davantage de forces aux joueurs qui s’accrochent encore plus. Parce qu’une équipe qui est leader toute la saison, elle pense que rien ne peut lui arriver et patatras, c’est le contraire qui se produit (rires). 

 

On va revenir un peu sur l’actualité et cette crise sanitaire du Covid-19. On sait que Pierre-Yves Revol a une gestion en bon père de famille du Castres Olympique. Quel va être l’impact financier de cette crise sur le CO et le club va t’il pouvoir garder les mêmes ambitions qu’actuellement ? 

 

Il y a une baisse de salaire conséquente. Nous avons gardé nos gros sponsors, ce qui était primordial et impératif. Vis à vis de nos supporters, il y a des arrangements qui sont faits car eux-aussi ont subi le Covid de plein fouet et ils ont des finances revues à la baisse. Mais, je pense que les abonnements sont repartis à la hausse et que le rugby manque à beaucoup de gens. Il y a beaucoup de personnes qui me disent  » vivement la reprise « . Mais nous, ça va, on tient le cap (rires). 

 

Pendant cette crise du Covid, il y a eu un débat qui a affolé le Tarn et qui concerne le Sporting Club Albigeois. Ils voulaient monter en Pro D2 mais le monde pro s’est un peu refermé sur eux. Du côté de Castres, qui est un club voisin, comment avez-vous suivi ce feuilleton ? 

 

Moi, je me rappelle du match à Rouen, c’était lamentable, Albi n’aurait jamais dû perdre. Et nous, cela ne nous dérange absolument pas qu »Albi soit en en Pro D2, au contraire. Ça veut dire que notre département est sportif et qu’il y a de la place pour tout le monde. 

 

Il y a eu une rivalité sur le terrain entre Castres et Albi mais les deux clubs coexistent ensemble. On se rappelle que, l’année dernière, il y avait un pack sur les abonnements avec Mazamet, Albi et Graulhet

 

Les rivalités, c’est fini. Nous sommes le club leader du Tarn, beaucoup de supporters sont d’Albi, de Graulhet, de Mazamet. 

 

Et même certains sponsors

 

Cela n’empêche pas qu’ils vont voir Albi jouer le lendemain. 

 

On va terminer par la projection sur cette saison 2020 / 2021. Comme celle qui vient de se passer a été tronquée et n’a pas été des plus radieuses, j’imagine que l’objectif qui va être fixé au groupe et au staff sera de ramener le CO dans les 6 premières places du Top 14 ? 

 

Oui mais, ce qui est paradoxal dans le système, là, maintenant, c’est qu’en Septembre, nous allons jouer contre une équipe anglaise en challenge Européen avec de nouveaux joueurs. Moi, j’ai un peu peur parce qu’avant qu’ils aient retrouvé les sensations avec une équipe nouvelle, je pense que ça va être difficile. 

 

Et l’objectif Top 14 serait de retoucher les phases finales ? 

 

A Castres, nous n’avons jamais dit que nous allions être champions de France, nous allons nous accrocher pour être dans les six. 

 

Comme en 2018 où pas grand-monde de donnait cher de votre peau et que vous êtes arrivés dans les 6 au dernier moment pour décrocher la timbale et quelle timbale puisqu’il s’agissait du Brennus, on va vous souhaiter de refaire la même épopée cette année. Il y aura la volonté et le supplément d’âme de terminer une saison qui ne s’est jamais finie car, cette année en point-virgule doit être rageante ? 

 

Oui, c’est rageant surtout que, lorsque nous avons arrêté de jouer, nous étions en super forme. Nous venions de gagner à Agen, on doit gagner à Bègles car il y a une erreur d’arbitrage juste à la fin qui est inadmissible et, si nous avions remporté la victoire à Bègles, ça aurait quand même été quelque chose de formidable. 

 

Il y avait aussi une question d’honneur face à Christophe Urios, l’ancien coach du CO

 

C’est dommage que ça se soit arrêté à ce moment-là parce-que nous étions sur la bonne pente ou plutôt sur la bonne montée (rires)

 

On espère que vous êtes dans le bon col pour repartir plein fer et lancés comme des frelons pour cette saison 2020 / 2021 post-coronavirus et que le CO fera de nouveau vibrer tout le département du Tarn

 

Je le souhaite ardemment.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-17-juillet-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Gérard Cholley lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 17 juillet 2020

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