#Rugby -Nat / J.Demai-Hamecher (Massy) : «Ça m’a fait relativiser sur pas mal de choses!»

Au cœur de l’automne 2019, alors que la pandémie du Coronavirus, n’en était qu’à ses premiers balbutiements bien au delà des frontières française, le 3/4 aile du RC Massy Essonne, Johan Demai-Hamecher, a traversé un long combat avec son corps. Victime d’une fracture du rein, lors de la rencontre opposant Massicois et Chambériens, l’ex joueur de Lannemezan aurait pu périr sur la pelouse ce jour-là. Aux proies à de graves complications, à un suivi médical drastique et à de graves risques pour son intégrité, JDH a réussi à remonter la pente avec la détermination qui le caractérise. Empêché de boucler la boucle par le confinement, en revenant sur les prés de fédérale 1 pour le match retour face aux savoyards, ce miraculé du rugby a appris une vertu dans cette mésaventure : la relativité des choses. Focus sur un joueur qui dorénavant veut réenchanter son destin, et à l’instar de l’ensemble d’un RCME remonter et courroucé par la non accession en Pro D2, souhaite faire de cette 1ere saison dans la nouvelle division Nationale, celle de la revanche.


Crédit photo Thibault Coudière / RCME
Yohan, pour toi, cette saison 2019 / 2020 a commencé comme un rêve éveillé : tu arrivais à Massy, dans un club plein d’ambitions qui voulait remonter dans l’antichambre du Top 14. Et puis, au coeur de la saison,  il t’est arrivé un drame sur le terrain qui aurait pu avoir des conséquences non-négligeables ? 
Oui, c’est ça. Je suis arrivé de Lannemezan à Massy, dans un bon club avec un bon projet, et tout s’est bien passé en début de saison. Puis, à la mi-saison, lors du match contre Chambéry à la maison, je me suis fait une fracture du rein sur un plaquage. C’est une explosion du rein avec une hémorragie interne. 
Sur le moment, tu ne t’en es pas aperçu et tu as continué à jouer ? 
En gros, ça m’a fait comme un gros coup aux côtes avec la respiration coupée. Sur le terrain, on a fait tous les tests pour voir si les côtes étaient touchées et finalement, ça a été et du coup, j’ai continué à jouer. J’avais une douleur mais c’était largement supportable et je ne pensais vraiment pas que ça pouvait arriver. J’ai continué à jouer en me disant que c’était dû au choc, un peu comme une béquille qui provoque un hématome. Je me suis fait ça à la 9e minute et j’ai joué tout le match comme ça. 
Tu n’as pas eu de signes avant-coureurs qui t’ont fait dire que tu n’étais pas bien comme un malaise vagal ? 
Non, pas du tout. C’était un match un peu âpre et du coup, j’ai pris quelques autres coups pendant la rencontre et en fait, je me sentais plutôt bien. Vu de l’extérieur, quand nous avons revu le match à la vidéo, il n’y avait aucun signe visible ou quoi que ce soit. J’ai joué mon match en ayant un peu mal, j’ai eu des crampes mais ça paraissait normal dans une rencontre comme celle-ci. Je revenais d’une petite blessure et du coup, je n’avais pas beaucoup de rythme dans les jambes et je me suis dit que c’était normal. C’est sûr que c’est un match où j’ai pris beaucoup de chocs mais rien qui ne différait de d’habitude donc, j’ai continué. C’est à la fin, surtout dans les vestiaires et sûrement quand la pression est redescendue, que je me suis senti pas bien du tout. J’étais bizarre, on a refait des tests mais rien qui montrait quelque chose au niveau des côtes. Après, tout s’est quand même enchaîné assez vite et je suis parti aux urgences. C’est là où l’on a fait le scanner et que le médecin m’a dit que j’avais une fracture du rein, que je faisais une hémorragie interne depuis très longtemps et qu’il fallait que je parte en urgence au bloc pour subir une intervention. Du coup, j’ai eu l’opération puis j’ai été transféré en réanimation polyvalente pendant  à peu près une semaine, avec prise des constantes vitales toutes les trois heures et le personnel médical qui est tout le temps là pour les soins. Je suis sorti de réa au bout d’une semaine, j’ai eu plein de scanners chaque mois mais lors du premier, on a vu que le sang avait coagulé et que cela faisait un hématome dans la capsule rénale. Donc, en gros, il ne fallait pas trop que je bouge mais de toute façon, je n’avais aucune énergie donc je ne pouvais pas du tout bouger. Mais, il ne fallait surtout pas que je prenne de coup ou que je fasse de mouvement brusque et surtout, que je sois près d’un service urologie. En fait, l’hématome était gros comme une bouteille de 50cl et faisait pression sur toute la capsule rénale donc, le risque était que je me remette à faire une hémorragie interne. 
Avec un risque de mortalité qui n’était pas neutre ? 
Oui, avec une hémorragie interne, ce sont les organes vitaux qui sont touchés et même, si je n’avais pas été pris en charge rapidement suite au match, ça aurait pu aussi mal tourner, idem si ça avait été à l’extérieur. 
Le fait d’avoir été en région parisienne où il y a quand même beaucoup de structures médicales, est peut-être quelque chose qui a pu te sauver ? 
Oui, je pense qu’il y a ça et puis, à Massy, nous avons une assez grande facilité pour aller aux urgences et avoir des rendez-vous dans les hôpitaux donc, ça s’est fait assez vite. Et il est certain que le service d’urologie de l’hôpital d’Antony est très performant et une fois que je suis sorti du stade, ça a été assez vite. Moi, j’étais dedans donc, pas trop, trop stressé non plus, il fallait qu’il y ait une intervention et voilà. Mais il est certain que je m’en suis bien sorti quand même. 
Après cette aventure qui a quand même dû te meurtrir et te faire réfléchir sur la relativité des choses, tu as réussi à revenir sur les terrains en battant tous les records ? 
Le premier mois, je suis resté alité dans ma chambre parce-que je ne pouvais pas bouger et ça a été très, très lent et progressif. Ensuite, j’ai eu un scanner chaque mois pour voir comment évoluait mon hématome mais aussi pour voir si mon rein se remettait bien ou pas. Nous n’avions pas du tout tablé sur une date de reprise dès le début parce-que, pour commencer, la priorité n’était pas vraiment le rugby à ce moment-là. Ils ne pouvaient pas me donner de date de reprise et chaque mois, j’avais un diagnostic différent, ça pouvait varier. Par exemple, il y a un mois où on pouvait me dire  » ça pourrait être bon dans trois mois  » et finalement  » non, dans six mois  » le mois d’après ou inversement. Finalement, je suis rentré dans ma famille chez mes parents et j’ai essayé de revenir tout seul. J’ai commencé à m’entraîner petit à petit, à essayer de faire des trucs un peu tout seul avant de revenir au club. Au bout d’un mois dans ma famille, je suis remonté pour faire un autre scanner et là, on m’a dit que j’allais pouvoir reprendre le terrain mais sans contact donc, c’était vachement adapté. Au final, je me suis retrouvé sur le terrain au bout du 3e mois alors qu’au départ, on m’avait parlé d’une possible fin de saison, en fait, on ne savait pas trop. 
On était à peu près au mois de Janvier ? 
Oui, quand je suis revenu sur le terrain, c’était entre mi-janvier et fin janvier. Au bout de trois mois et trois semaines, je refais un scanner avant et après la reprise du contact pour voir si rien n’avait bougé. Finalement, j’ai eu le feu vert pour rejouer au 4e mois et ce fut le week-end où on a annoncé le confinement à cause du Covid (rires). 
Entre nous, franchement, tu as du te dire  » ce n’est pas possible, je suis mafré, on m’en veut  » ? 
Pour le coup, j’étais déjà très content d’être revenu sur les terrains même si je n’avais pas pu jouer. Et, comme tu l’as dit, ça m’a quand même fait relativiser sur pas mal de choses. Donc oui, j’étais dégoûté parce-que j’aurai vraiment voulu rejouer, surtout que c’était le match retour à Chambéry sachant que je m’étais blessé contre eux. Lorsque j’ai su que j’allais peut-être pouvoir rejouer, c’était vraiment mon objectif d’essayer de re-matcher là-bas. 
Il y avait en plus un gros côté symbolique ? 
C’était ça et je m’étais dit  » comme cela, la boucle sera bouclée. Je me suis fait mal contre eux, autant que je revienne bien contre eux chez eux  « . Je ne me suis pas dit que j’étais mafré mais bon, sur le coup, je me suis quand même dit que c’était gros (rires). Mais c’est comme ça et, comme je te l’ai dit, j’ai pas mal relativisé et je me suis dit que ça allait repartir de plus belle la saison prochaine, celle qui arrive. Au moins, je serai prêt. 
Quitte à avoir la mafre, cerise sur le gâteau pour aller au bout du bout, avec une équipe de 23 ans 1/2 de moyenne d’âge, vous arrivez à être second national. Dans toutes les catégories, ça monte et à Massy, comme à Albi, vous vous dîtes sûrement  » c’est bon, on va pouvoir monter en Pro D2 « . Et patatras, pas de montée en Pro D2 ! 
Exactement. Avec Massy, on fait une bonne saison avec un effectif vachement jeune, un beau projet qui a été monté  sur trois ans mais, si vous nous avions pu monter là, c’était vraiment l’objectif de la saison pour nous. Il y a eu ces décisions, ça a surtout été très long à se décanter et du coup, ça a été un peu compliqué parce-que, déjà, on ne comprenait pas forcément. Et puis, on a vu un peu de tout, on lisait de tout sur les réseaux et en fait, ça a surtout été super pesant. Nous, nous aurions tout fait pour monter parce-que c’était notre objectif mais c’était vraiment hyper pesant et, au final, on ne monte pas. Heureusement qu’il y a ce championnat National qui a été créé parce-que ça aurait été dur et je n’aurai pas trop compris. 
En plus, ce fut quelque chose de très politique et de très peu sportif. Donc, vous, les joueurs, vous n’avez malheureusement pas trop eu votre mot à dire ? 
C’est ça, nous n’avions pas notre mot à dire. Nous, le seul truc que nous pouvions faire, c’était de lire et d’attendre donc, je t’avoue que sur la fin, je ne lisais plus trop (rires). Ça ne servait à rien parce qu’on entendait de tout, on lisait de tout et pour que cela n’avance pas trop au final. Nous n’avons pas eu notre mot à dire, c’est dommage mais c’est comme ça. Maintenant, il y a ce nouveau championnat qui est créé pour que l’on reparte. 
Pour toi, cette Nationale est une véritable planche de salut, quelque chose qui te met en appétit en tant que compétiteur et joueur de haut-niveau ? 
Oui parce-que je pense que ça va être un championnat de très bon niveau et qui, au final, va se rapprocher de ce qu’aurait pu être ou de ce que sera peut-être la Pro D2. Déjà, il y a de gros blocs de 4 ou de 5 matches, les équipes se renforcent toutes, il ne va pas y avoir forcément de grosses disparités comme on a pu avoir notamment l’année dernière. C’est à dire qu’il va falloir aller gagner chaque match, on ne fera pas une saison où l’on ira gagner tous les matches mais par contre, il faudra aller puiser dans nos ressources, qu’on soit soudé. A mon avis, le niveau va être très élevé donc, c’est plutôt cool. Je suis forcément très content qu’il ait été créé et il me tarde qu’il commence. 
Et puis, il y a eu un beau recrutement qui a été fait à Massy mais, on le sait, le meilleur recrutement de Massy, c’est son vivier et sa formation ? 
Oui, de toute façon, Massy est réputé et reconnu pour cela. 
Ce n’est pas une légende, il y a vraiment des actes derrière
Oui, il y a des actes. Toute la formation est de qualité, c’est vachement axé là-dessus et on le voit chaque année. Il y a encore des joueurs qui sont très jeunes qui ont signé cette année dans des bons clubs et même de très gros clubs de Top 14. Et puis, il y a un vivier sur lequel le club s’appuie énormément et nous, nous gardons encore une grosse ossature avec des joueurs qui ont connu la Fédérale 1 l’année dernière mais qui sont quand même encore jeunes et qui donc, ne peuvent que progresser. C’est super cool pour nous et souvent, les jeunes sont aussi morts de faim donc ça pousse tout le monde vers le haut. 
L’année dernière était une année où l’on attendait Massy très haut mais vous n’aviez pas donné d’objectif précis. Vous aviez dit que c’était une année de restructuration, que s’il y avait Pro D2, vous la prendriez mais que ce n’étais pas une obligation. Cette année, en ayant été avec Albi l’un des deux clubs qui pouvaient monter en Pro D2, vous avez une pancarte de favoris automatique qu’il va maintenant falloir assumer ? 
Comme je te le disais, je ne sais pas trop si nous avons une pancarte de favoris. Il est certain que l’année dernière, nous avons du coup fini seconds et je pense que nous allons faire partie des bonnes équipes. Mais je ne veux pas jouer la saison avant mais, ce qui est sûr, c’est que toutes les équipes s’équipent terrible. Donc, pancarte de favoris, je ne pense pas, par contre, il va falloir venir jouer à Massy et nous allons jouer chaque match pour les gagner. 
Avec un nouveau stade tout beau, tout neuf ? 
Oui, avec un nouveau stade, de beaux éclairages, tout ça est bien. On va pouvoir bien recevoir (rires). 

On viendra voir ça de plus près quand le Sporting Club Albigeois se déplacera à Massy. On va terminer par une question beaucoup plus personnelle : après une saison noire et galère, due à une blessure puis au contexte international et sanitaire, la plus belle saison pour toi serait une remontée avec Massy et d’aller chercher un bout de bois au bout d’une belle aventure ? Ça serait un vrai come-back ? 
Il est sûr que nous allons tout faire pour et comme tout le monde et comme tous les joueurs, remporter un championnat et monter en Pro D2 seraient vraiment génial. Donc oui, ce serait un come-back mais, on verra comment la saison va se lancer. Mais oui, ce serait quand même assez incroyable que de gagner et remporter ce championnat et de monter. 
La seule chose qu’on te souhaite, c’est déjà de prendre du plaisir sur un terrain de rugby parce-que j’imagine que, vu par quoi ce que tu es passé, le plaisir est quand même quelque chose de bonnard ? 
Oui, et il me tarde (rires). 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-3-juillet-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Johan Demai-Hamecher lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 3 juillet 2020

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