#Rugby – Fed1 / V.Lechenaut (CS Nuiton) : «Nuits comme la Bourgogne est vraiment une terre de rugby!»

Au pays des vignes, des grands crus et des climats, le CS Nuiton cultive depuis bientôt 100 ans, son amour indéfectible pour le ballon ovale et une fibre formatrice certaine. Son président Vincent Lechenaut, en est la quintessence, tant par l’engagement qu’il apporte au rugby bourguignon au sens large du terme, que part sa passion contagieuse pour le Cercle Sportif Nuiton. Promu en fédérale 1, le club de la côte d’Or compte s’appuyer sur un ADN terroir et la ferveur d’un public qui fait de Jean Morin, un clos immaculé de défaite depuis plus de 2 ans, pour que la cuvée 2020-2021 du CSN reste dans les anales. Dans ce club , Arthur et Didier Retière ou encore Gervais Cordin , sont les égéries de l’exportation du savoir faire Nuiton, on espère vivement porter haut les couleurs d’une bourgade de 6000 âmes , où coule dans les veines de chaques habitants, le nectar de l’ovalie. Fort d’une équipe faite de sarments locaux et de quelques greffons extérieurs, le CSN veut s’installer dans le paysage de la fédérale 1, via des valeurs telluriques de labeur et d’humilité. Focus sur un club et un Président, qui fort d’un cépage rugbystique arrivé à maturité, compte dans l’avenir récolter le fruit d’un assemblage qui a sût allier excellence, savoir faire local et fierté de ses racines viticoles.

Vincent Lecheneaut le président du CS Nuiton, nouveau pensionnaire de fédérale 1 / Crédit photo Baptiste Paquot – CS Nuiton

Vincent Lecheneaut, pour le CS Nuiton, c’est donc une arrivée en Fédérale 1, un objectif qui était non-caché de la part de vos troupes. Vous arrivez en Fédérale 1 via le coronavirus, j’imagine que c’est une joie mais un peu teintée d’amertume car vous auriez préféré allez vous la chercher sur le pré, sur le terrain, comme d’habitude ? 
Oui, bien sûr. Comme tout sportif, nous sommes compétiteurs, nous avons l’esprit compétiteur donc, à partir de là, toute promotion se gagne sur le terrain. Et c’est vrai que, la façon dont nous l’avons obtenue, je ne vais pas dire qu’elle nous laisse un goût amer mais la joie n’est pas la même, elle est un peu plus contenue. Mais comme on dit, on ne crache pas dans la soupe, nous avons bien évidemment accepté cette promotion avec beaucoup de joie, de bonheur et de satisfaction. Maintenant, c’est vrai qu’elle n’était pas forcément programmée plus que cela puisque nous sommes un club promu de Fédérale 2 il y a trois ans ce qui signifie qu’il y a 4 saisons en arrière, nous étions en Fédérale 3. Au bout de trois saisons de Fédérale 2, nous nous sommes vite rendus compte que la Fédérale 2 était vraiment notre niveau puisque nous nous sommes qualifiés lors des trois dernières années. Malheureusement, lors de la dernière qui vient de s’écouler, nous avons, non pas survoler notre championnat, mais nous étions quand même assez détachés du deuxième qui était Orsay, puisque nous avions 15 points d’avance lors de l’arrêt des compétitions. Donc, nous étions vraiment en ballotage plus que favorable et c’est pour cela que, depuis ces trois années de Fédérale 2 où nous avons pris nos aises dans la compétition, progresser, évoluer de saison en saison, cette progression n’était pas programmée. Mais maintenant, nous avons accepté cette montée avec grand plaisir. 
C’est quand même dans le sens de l’histoire car l’année dernière, vous étiez à un tour de vous qualifier pour la Fédérale 1, pour les play-off cette année, vous survolez votre championnat. C’était quelque chose qui n’était peut-être pas inscrit dans le marbre mais qui trottait derrière les têtes ? 
Bien sûr et c’est d’ailleurs bien pour cela que, lorsqu’on nous a proposé la promotion en Fédérale 1 mais que la FFR nous a bien évidemment laissé le choix, en tant que leader incontesté et incontestable, on se voyait mal refuser une telle promotion parce-que nous préférons être petits dans la cour des grands qu’être grands dans la cour des petits. Pour tout sportif et compétiteur, ça me semble vraiment être l’objectif de tout un chacun. C’est pour cela que la réponse a tout de suite été oui auprès de la Fédération pour accepter cette promotion en Fédérale 1. 

Maintenant, il y a un beau challenge pour les joueurs : aller prouver à tout le monde que votre place est bien en Fédérale 1 en allant se gagner un maintien voire plus sur les pelouses ? 
Exactement. C’est un nouveau challenge qui s’offre à nous, ce sera à nous de le relever et de prouver que cette montée que, finalement, nous avons obtenue sur tapis vert ou en tous cas, d’une façon un petit peu différente, n’était pas usurpée mais amplement méritée. C’est vraiment un challenge que nous avons hâte de relever, nous sommes prêts à le faire et après, advienne que pourra mais nous nous y préparons. 

En plus, il va y avoir de beaux derbys. Avec la première réforme où il y avait 60 équipes et 5 poules de 12, il y en aurait certainement eu encore plus avec Dijon. Mais là, il vous reste quand même Beaune et Mâcon. Ce sont des derbys qui vont aussi être rémunérateurs : le trésorier va se frotter les mains, les supporters vont être contents et, pour les joueurs, ce genre de match est quelque chose à part ? 
Bien évidemment. C’est vrai qu’à tous les niveaux, c’est le genre de match qu’on souhaitait avoir à domicile, chez nous. Beaune est un voisin proche, nous sommes seulement à 15 km et c’est en plus un petit peu le derby de la côte viticole puisque Beaune et Nuits-Saint-Georges sont deux capitales illustres des vins de Bourgogne. Donc, il y a aussi une connotation vinicole et viticole, c’est la première chose. Ensuite, Beaune et Nuits sont vraiment deux clubs qui sont proches à tous les niveaux : tout le monde se connaît, tout le monde connaît tout le monde, ils ont à peu près la même histoire. Donc, c’est toujours très agréable de retrouver nos voisins beaunois et des derbys qui s’annoncent toujours passionnés, enflammés et qui attirent toujours beaucoup de monde. Mâcon est un petit peu plus au sud. 
Mais là-aussi, on reste toujours dans le viticole ? 
On reste dans le viticole mais on change de couleur car dans la Côte de Nuits, et surtout à Nuits-Saint-Georges, on est dans le vin rouge alors qu’à Mâcon, on est surtout dans le fief du Chardonnay et dans les cépages des bons vins blancs de Bourgogne. Mais nous aussi, nous avons besoin d’aller un peu goûter le vin blanc de temps en temps et c’est pour cela que se rapprocher de Mâcon et aller y jouer un match de championnat, ça va aussi nous rappeler de bons souvenirs parce-que nous les avons eus et rencontrer dans un lointain passé. Depuis, Mâcon a pris un virage important en termes de structuration et d’évolution puisqu’ils sont maintenant en Fédérale 1 depuis de nombreuses années. Mais, nous avons toujours de bons rapports avec les gens de Mâcon et son président Alain Piguet qui est un ami. Encore une fois, ça reste un derby un petit peu plus éloigné que Beaune mais ça restera toujours un derby bourguignon comme on les aime. Quant à nos voisins de Dijon, malheureusement ou plutôt heureusement … 
On va dire heureusement pour eux, malheureusement pour vous ? 
Quelque part oui, malheureusement pour la trésorière qui ne se frottera pas les mains sur le coup puisqu’on sera privé de ce derby qui, je pense, aurait effectivement attiré énormément de monde chez nous. Mais nous sommes heureux pour eux de les voir jouer dans cette poule Nationale et on leur souhaite évidemment toute la réussite qu’ils méritent d’avoir. 
Et puis, qu’une équipe comme Dijon soit en Nationale peut amener un éclairage sur le rugby côte d’orien au sens large ? 
Bien sûr et nous avons besoin de clubs comme ça qui, au plus haut-niveau, tirent les autres et sont, en définitive, des locomotives. C’est bien pour tout le monde, ça fait monter le niveau en général sur tous les clubs environnants et nous avons besoin de ces locomotives. Donc, tout ce que l’on peut leur souhaiter, c’est qu’ils réussissent dans la poule Nationale et qu’à terme, si tel est leur souhait, qu’ils puissent accéder à la Pro D2. Ca, ça serait l’idéal pour notre région qu’une équipe côte d’orienne soit en Pro D2. Aujourd’hui, il y a Nevers mais qui est quand même beaucoup plus éloigné et excentré. Bien qu’ils soient en Bourgogne, c’est quand même la partie ouest de la Bourgogne et l’effet sur nos clubs régionaux et côte d’orien n’est pas le même. Alors que vraiment, si Dijon était en Pro D2, je suis persuadé que tout le monde y gagnerait, bien évidemment. 
Autre que Dijon, il y a un club avec lequel vous avez quand même des liens proches. Quand on suit l’histoire du CS Nuiton, vous aviez fusionné dans les années 50 et il y a même eu des ententes sur les catégories de jeunes, c’est le club de Beaune. Vous en avez parlé, il y a des similitudes sur la sociologie vinicole des deux villes par contre, des échos que j’ai, ce sera certainement le derby le plus bouillant.  C’est celui où il y a le plus de rivalités, le plus de sel ? 
C’est une rivalité amicale, on va dire. Comme je vous le disais, tout le monde se connaît, les Beaunois et les Nuitons sont des gens qui s’apprécient. C’est vrai que Beaune est déjà une ville plus importante que Nuits-Saint-Georges qui est une grosse bourgade de moins de 6 000 habitants alors que Beaune est trois fois plus peuplée. Nous ne sommes pas sur la même démographie mais, en termes de rugby, c’est vrai que nous avons fusionné par le passé, il y a maintenant très longtemps dans les années 50. Cette fusion a failli revoir le jour il n’y a pas si longtemps que ça, il y a peut-être 15 ou 20 ans mais ça ne s’est pas fait. Finalement, tout le monde a repris sa liberté, ce qui n’était pas plus mal. Mais, c’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, nous avons été en relation avec Beaune au niveau de nos jeunes, c’était d’ailleurs une entente qui fonctionnait très bien et qui a périclité par souci d’obligations sportives pour chacun des clubs, nous avons dû nous séparer pour que chaque club puisse répondre à ses obligations sportives. Par contre, ça se passait très bien entre nous. Pour en revenir à la rivalité, c’est un derby, chacun veut garder son invincibilité à domicile et la rivalité est bien évidemment tout simplement à travers cela. 
Le Stade Jean Morin, un clos immaculé de défaite depuis plus de 2 ans et demi où on pousser les bourgeons d’une accession en fédérale 1 / Crédit photo Baptiste Paquot – CS Nuiton
Des échos que nous avons eu aussi de ce CS Nuiton, c’est que vous avez un public assez à l’ancienne , un vrai public de rugby comme on les aime. C’est quand même un club qui a un ADN populaire en plus d’avoir un ADN de formation ? 
C’est ce que je vous disais tout à l’heure. Nuits-Saint-Georges est une grosse bourgade de moins de 6 000 habitants, où le rugby est bien évidemment le sport phare.  On peut considérer que c’est vraiment une terre de rugby comme l’est le rugby bourguignon en règle générale puisque la Bourgogne est une terre de rugby. Et Nuits-Saint-Georges en particulier puisque c’est, je ne vais pas dire le seul club sportif car il y a du basket, du handball au niveau régional mais, par exemple, il n’y a pas de football. Sur une ville de moins de 6 000 habitants, c’est assez rare et étonnant. Il y a une volonté, non pas de notre part mais je pense politique et de la part de la municipalité, qui a toujours été celle-là, à savoir qu’il n’y a jamais eu de football. Donc, le rugby se retrouve bénéficiaire de cela parce-que les jeunes peuvent plus facilement être sollicités pour venir jouer au rugby à Nuits-Saint-Georges et ça, c’est le côté positif. Après, en ce qui concerne le public, imaginez un club en Fédérale 1 ou en Fédérale 2 d’une ville de moins de 6 000 habitants, il y a une ferveur, un engouement qui est là et c’est vrai que les spectateurs viennent en nombre et sont des gens, je ne vais pas dire chauvins, mais qui défendent vraiment leur équipe noire et blanche bec et ongles. Ça engendre bien évidemment toujours beaucoup de discussions autour de la main courante et à la buvette les soirs de match. Mais c’est aussi ce qui fait la force de ce genre de club. 
Et aussi le charme du rugby ? 
C’est bien évidemment le charme du rugby. Les gens sont vraiment passionnés, il y a un engouement et un soutien permanents de la part des Nuitons, des gens de Nuits-Saint-Georges qui viennent. Et puis, il y a tous les anciens car Nuits est un club centenaire , on va d’ailleurs bientôt fêter le centenaire du CSN dans un peu moins de 5 ans. Il y a donc une histoire riche et forcément, à partir de là, tous les anciens se retrouvent chaque dimanche à Jean Morin, ce dernier étant le fondateur du club qui a donné son nom à notre stade. Ils viennent donc tous les dimanches au stade pour voir l’équipe première, les espoirs, la B et tout ce qu’on veut mais aussi pour se remémorer les bons moments et les différentes périodes du CSN. 
Ce CS Nuiton est un véritable vecteur de lien social de la cité ? 
Bien sûr, c’est un vecteur social parce-que, sur notre territoire, le sport marque quand même la région de son empreinte parce qu’aujourd’hui, le CSN est le 3e club en nombre de licenciés de la région Bourgogne-Franche-Comté derrière Nevers et Dijon. Ce qui veut dire que des villes comme Besançon, Pontarlier, Chalon-sur-Saône, Le Creusot, Beaune, Mâcon, des villes qui sont beaucoup plus grandes et beaucoup plus importantes, sont derrière en termes de nombre de licenciés. C’est vous dire que, pour une ville comme nous, comme Nuits-Saint-Georges, l’importance et la place que peuvent prendre le rugby et le club dans le paysage de la commune, le territoire et la communauté de communes en particulier. 
Quand on arrive sur le site internet de Nuits-Saint-Georges, on voit  » la formation, notre ADN « . C’est vraiment quelque chose qui est très, très important et ancré en vous. En plus, avec un certain Didier Retière qui s’occupe de la formation à la Fédération, on est encore plus dedans parce-que c’est quand même quelqu’un d’important au club ? 
Bien sûr. C’est vrai que la formation a toujours été notre credo et notre ADN. Par rapport à cela, je dirai que nous sommes bien évidemment obligés de nous tenir à un projet formateur avec beaucoup de jeunes pour alimenter nos équipes seniors. Aujourd’hui, à Nuits-Saint-Georges, nous avons dans le groupe senior près de la moitié des joueurs et peut-être même plus, qui est issue de la formation nuitonne. Sans cela, nous ne pourrions pas exister à ce niveau donc, c’est pour cela que la formation est vraiment quelque chose d’important. Il est sûr que d’avoir en plus quelqu’un comme Didier Retière, qui a fait partie de notre club et qui a joué à Nuits-Saint-Georges, est quelque chose qui nous permet d’avoir encore plus de visibilité. Nous arrivons aussi à former des jeunes, des joueurs et nous avons encore vu récemment, malheureusement juste avant la période de confinement, nos jeunes joueurs issus de la formation nuitonne rejoindre les rangs de l’équipe de France avec Gervais Cordin. Gervais est un pur produit nuiton ainsi, bien sûr qu’Arthur. 
J’allais justement venir à Arthur Retière
Lui aussi est un pur produit de la formation nuitonne puisqu’il a fait toute son école de rugby jusqu’aux juniors à  Nuits-Saint-Georges avant de quitter Nuits pour aller au Racing. 
Ces jeunes qui arrivent en équipe de France sont quand même une véritable fierté pour vous ? C’est Nuits-Saint-Georges qui s’exporte et qui est quasiment amené au Stade de France ? 
C’est sûr que c’est une grande fierté. On parle de ces deux-là parce-que ce sont les deux derniers cas qui viennent à l’esprit mais il y en a des tas d’autres. Il y a Edgard, le petit frère d’Arthur Retière, qui est parti cette année au centre de formation du Stade Toulousain et qui est en équipe de France des moins de 20. On a un petit pilier qui vient de partir au centre de formation de Lyon et qui commence de s’entraîner au LOU avec les pros. On a beaucoup de jeunes comme cela et c’est vraiment la fierté de notre formation. Et pour cela, je dois rendre aussi hommage et donner un gros coup de chapeau au responsable de notre école de rugby, Michel Charolais, qui est un ancien prof en retraite et qui grâce à sa fonction, a aussi permis de récupérer bon nombre de jeunes tout simplement au collège. N’ayant pas de foot à Nuits, ça a permis de récupérer beaucoup de jeunes et donc, d’agrandir nos effectifs dans notre école de rugby. A travers cette formation, on se donne également beaucoup les moyens d’aller dans les collèges et d’avoir des conventions, de faire des initiations au rugby avec la balle ovale dans des écoles à Nuits-Saint-Georges, il y a des classes à horaires aménagées … on fait beaucoup de choses dans le milieu scolaire pour inciter les jeunes. 
Que le rugby réinvestisse le champs scolaire, c’est vraiment l’avenir pour ce sport ? 
Oui, bien évidemment, pour nous, c’est vital et nécessaire. A Nuits-Saint-Georges, il y a des écoles primaires, un collège mais pas de lycée, les jeunes vont pour cela à Beaune ou à Dijon. Donc, pour les catégories cadets et juniors, c’est plus difficile de les conserver et il faut quand même que l’on intéresse les jeunes à un projet, un projet qui est établi et sur lequel on travaille de plus en plus. On y met également de plus en plus de moyens, qu’ils soient humains ou financiers, pour justement inciter nos jeunes à rester à Nuits-Saint-Georges, leur proposer des compétitions adaptées à leurs niveaux de jeu. Aujourd’hui, nous avons des cadets qui jouent en Nationale, des juniors qui vont jouer les barrages pour intégrer le championnat National et nous sommes également club support de la structure ABCDXV. C’est une structure qui a été mise en place par la Ligue de Bourgogne-Franche-Comté pour répondre à un besoin, à savoir faire jouer nos jeunes joueurs au plus haut niveau. Nous avons nos cadets qui sont engagés en Gaudermen et en Alamercery et nos juniors en Crabos. Finalement, cela nous permet de proposer un niveau de jeu à tous nos jeunes joueurs : les meilleurs jouent en Crabos pour les juniors, les autres jouent dans le championnat National en moins de 18 et pareil en moins de 16. Ce qui fait qu’on ratisse un champs assez large pour permettre aux jeunes d’évoluer dans des catégories mais surtout dans des niveaux qui leur conviennent. A partir de là, ça progresse évidemment beaucoup plus. 
Pendant qu’on parle des catégories jeunes, qu’avez-vous pensé de la réforme des espoirs avec les équipes espoirs qui redeviennent quasiment des équipes B qui jouent avant les équipes unes et avec une similitude des calendriers ? J’imagine que, un peu comme pour tout le monde, c’est top du côté club : ça donne une identité club et les équipes ont vraiment l’impression de jouer ensemble. Par contre, au niveau financier, c’est un peu plus onéreux ?
Nous sommes un petit peu partagés. La première chose, quand on nous a dit que nous avions l’opportunité de jouer en Fédérale 1 et qu’on nous y invitait, c’est qu’il y avait ce souci de se passer de joueurs âgés de plus de 23 ans qui n’étaient plus invités en catégorie espoir. Sachant qu’à Nuits, nous n’avons pas de groupe première ni de groupe réserve, que c’est vraiment un groupe senior avec une forte identité, il y avait donc ce problème un petit peu humain et sentimental qui était à prendre en compte puisque certains joueurs ne pourraient plus jouer. Nous avons un petit peu retourné le problème dans tous les sens, nous avons questionné tout le monde et nous avons fait le choix que je vous ai indiqué mais, ce n’est pas pour autant que nous avons laissé tomber tous nos joueurs de plus de 23 ans. Nous avons un projet qui s’est mis en place avec un club proche de Nuits-Saint-Georges, Gevrey-Chambertin, qui est également très connu pour ses vins. 
Oui, il est certain que c’est aussi très connu des amateurs de vin
Donc, nous restons toujours dans le milieu du vin puisqu’avec Gevrey-Chambertin, nous avons trouvé un mode de fonctionnement qui permet de faire jouer pour ne pas qu’ils arrêtent ou qu’ils ne partent ailleurs. Ils joueront avec le club de Gevrey-Chambertin, dans un championnat régional mais au moins, il y aura cette opportunité et ça nous permettra de garder le lien avec ces joueurs-là qui me semblent vraiment important. Après, le fait que nos espoirs se déplaceront avec l’équipe première nous convient bien parce-que nous sommes vraiment dans l’esprit de groupe avec des joueurs qui, finalement, doivent se connaître et fonctionner ensemble. C’est un mode de fonctionnement assez commun et les joueurs seront tous ensemble, s’entraînent en même temps les mêmes soirs pour qu’on garde justement ce lien entre tous. Il est sûr que, financièrement, les déplacements les plus loin nous poseront des problèmes parce qu’il faudra se déplacer avec les espoirs. Ca fait se déplacer beaucoup de monde, si on part la veille, les frais d’hébergement seront bien évidemment beaucoup plus importants. Mais malgré tout, lorsqu’on joue à domicile, on s’aperçoit que nous avons aussi tout notre public qui vient pour voir deux matches. Les gens viennent pour voir l’équipe A mais aussi pour voir notre équipe réserve ou nos espoirs. Ca, à la limite, c’est quelque chose qui nous permettra de rester un petit peu dans le mode de fonctionnement habituel que nous avons au club de Nuits-Saint-Georges. 
Vous nous l’avez dit, votre équipe est quand même une équipe du cru avec beaucoup de joueurs locaux. Est-ce que vous n’avez pas peur de diluer l’ADN du club en étant nécessairement obligés de recruter pour s’armer en Fédérale 1 ? 
C’est justement là qu’il faut recruter malin comme on dit. Nous avons un staff de qualité qui sait quel type d’individu faire venir. On recrute quand même beaucoup local, nous avons la chance d’avoir Dijon à proximité et qui joue dans une catégorie supérieure. Là, il y a peut-être des joueurs qui ne sont pas conservés ou invités à jouer en Nationale donc, nous arrivons déjà à avoir quelques joueurs de Dijon, de bons joueurs qui pourront rejoindre la Fédérale 1. Après, ce sont des locaux, des joueurs qui sont avides de revanche, qui sont motivés, qui sont de bons joueurs et ne demandent qu’à progresser. Nous avons très peu de joueurs qui viennent d’autres régions. Je ne dis pas que nous n’en avons pas, nous avons un pilier qui vient d’Aubenas mais ce n’est quand même pas l’autre bout du monde. Nous avons un ou deux joueurs comme cela qui viennent de clubs un petit peu plus lointains comme un jeune centre qui vient de Montauban. Mais, à l’origine, ce sont des joueurs qui sont de la région Bourgogne-Franche-Comté et qui sont partis jouer en espoirs dans les clubs sudistes tels Montauban, Aubenas, Béziers et qui reviennent jouer dans leur région d’origine et chez nous parce qu’on a su les récupérer pour pouvoir leur proposer ce challenge de Fédérale 1. Donc, du coup, il n’y a pas beaucoup de joueurs qui viennent d’ailleurs. Nous avons deux joueurs étrangers en tout donc, c’est quand même un groupe, je ne vais pas dire 100% bourguignon, mais à forte consonance bourguignonne. 
Vincent Lechenaut, un président de rugby ancré dans la l’esprit viticole et vinicole de son terroir / Crédit Photo Baptiste Paquot – CS Nuiton

On va maintenant poser une question au président de club mais aussi au viticulteur que vous êtes. On a entendu une députée qui, avec d’autres députés, est en train de pousser pour un assouplissement de la loi Evin. J’imagine que vous, en terre viticole, ce genre d’idée doit vous parler ? 
Bien sûr et à double titre. Notre club fonctionne, comme beaucoup de clubs bien évidemment, grâce aux partenariats et au sponsoring avec beaucoup de sponsors privés dont une bonne majorité issue du milieu viti-vinicole, c’est à dire des vignerons. Donc, c’est vrai qu’assouplir la loi Evin nous apporterait un petit peu moins de problèmes et de difficultés et nous permettrait d’ouvrir encore davantage de perspectives avec cette catégorie socio-professionnelle. Aujourd’hui, la Bourgogne et notre région en particulier ont quand même une économie très orientée vers la viticulture donc, la loi Evin ne nous fait pas que du bien. Si cette loi devait être assouplie pour des associations comme la nôtre, ça serait bien sûr une bouffée d’oxygène et ça nous permettrait d’ouvrir un petit peu plus le champs d’action en termes de sponsoring et autres. 
Autre question qui verse un peu dans le milieu viticole : vous nous parliez de Gevrey-Chambertin, de Beaune et de  Nuits-Saint-Georges. A quand une fusion des grands clubs viticoles bourguignons pour faire une place forte en Fédérale 1 ? 
Ca, je ne sais pas. Aujourd’hui, j’espère franchement que Dijon sera en Pro D2 pour que derrière, tout le monde tire dans le même sens. Finalement, je crois que c’est comme dans une fusée, il faut du monde à tous les étages. Donc, fusionner tout le monde pour qu’il n’y ait plus qu’un club, je ne sais pas si c’est une chose qui peut s’envisager. Pourquoi pas, dans un avenir ? Mais je pense qu’il est aussi important que chacun garde ses propres identités. Nous sommes sur du rugby de territoire où tout le monde a ses problématiques, ses petits soucis et sa propre identité. Je ne suis bien évidemment pas contre les fusions, on y est quelques fois contraint et forcé parce qu’on n’a pas le choix. Il y a aussi une réalité économique qui fait qu’on ne peut parfois pas faire autrement qu’une fusion mais garder son identité me semble important pour différentes raisons. Déjà, dans un territoire, nous sommes tous très différents. C’est un peu comme les vins de Bourgogne, il y a tellement de diversité dans les vins de Bourgogne que tout mélanger pour faire une seule cuvée, ce n’est pas le bon truc pour moi. 
En clair, vous êtes en train de me dire que chaque club bourguignon est un climat ? 
En quelque sorte parce-que tout le monde a ses spécificités, tout le monde est différent, tout le monde a sa politique. Et je pense que le fait qu’il y ait cette diversité rend peut-être le rugby plus attractif. Tout regrouper, tout réunir me semble aller vers une standardisation et l’exemple des vins est un peu le même au niveau du rugby. Standardiser un peu tout ne me semble pas vraiment idéal. 

Cela perd de son charme comme on dit ? 
Exactement. Après, nous avons des réalités économiques, démographiques, la baisse des licenciés n’est pas une invention, tout le monde la subit plus ou moins. Aujourd’hui, le CSN se porte bien en nombre de licenciés mais demain, on ne sait pas comment ça sera. Aujourd’hui, beaucoup de clubs sont en difficulté à ce niveau-là donc, il faut évidemment envisager des solutions à un moment donné pour palier à tout cela. Mais, dans la mesure où on peut l’éviter et où on peut se passer de fusion, de regroupement ou d’entente, moi, je suis plutôt pour une identité de club où chacun doit s’affirmer et imposer sa patte. 
Dans nos colonnes, nous avons eu David Lelièvre, le président de Bédarrides-Châteauneuf du Pape, André Goichot, le président du CS Beaune, Alain Piguet, celui de l’AS Mâcon et son manager Guillaume Aguilar. On les a tous un peu chambrés en leur disant que ce serait pas mal de faire un trophée Bacchus des terroirs viticoles, surtout que vous êtes tous dans la même poule cette année. Est-ce que pour vous aussi ce serait un bel outil pour mettre en valeur la diversité et la richesse de ce rugby viticole ? 
Bien sûr. On se réjouit d’ailleurs de cette poule avec des clubs de la vallée du Rhône, Mâcon, Beaune et nous allons aller avec plaisir à Châteauneuf-du-Pape, dans toutes ces régions viticoles. Pour nous, c’est évocateur et bien évidemment qu’envisager un trophée pourrait être quelque chose de très intéressant à tous les niveaux, au niveau de la visibilité sportive bien sûre mais surtout au niveau de la visibilité de la compétition, de l’amitié et de la convivialité que peut engendrer ce genre d’initiative. Le rugby est quand même un sport qui génère beaucoup de convivialité et je pense que le vin n’est pas mal non plus à ce niveau-là donc je crois que concilier les deux serait très, très bien et je suis persuadé que que les matches et les déplacements, aussi bien à Beaune, à Mâcon, à Châteauneuf-du-Pape que partout où nous irons dans ces régions viticoles, seront très, très agréables. Nous irons en tous cas tous avec grand plaisir. J’ai souvenir du match à Villefranche-sur-Saône il y a deux ans , car ils étaient dans notre poule, au cours duquel j’ai eu l’honneur et l’occasion de me faire introniser Compagnon du Beaujolais par une confrérie du Beaujolais. Quand on peut lier le rugby et toute cette convivialité, cette fraternité et cette tradition, parce-que ce sont quand même des traditions auxquelles nous sommes très attachés, je pense que le rugby est un mélange de tout cela et ce sont des valeurs qu’il faut absolument que l’on conserve pour garder de bonnes relations entre tous ces clubs, qu’ils soient d’origines viticoles et autres. Mais on s’aperçoit quand même qu’il y en a beaucoup où l’on fait du vin (rires). Le vin est très proche et très lié à la pratique de ce sport. 
Je ne vais pas vous relancer sur le débat Beaujolais / Bourgogne car je pense que cela prendrait du temps. Mais, pour parler de la saison qui arrive, quel classement et quels résultats feront du président Lecheneaut un président ravi ? Garder votre antre de Nuits-Saint-Georges inviolée par exemple, cela pourrait être un challenge qui vous plairait en fin de saison ? 
Au jour d’aujourd’hui, jusqu’à l’arrêt des compétitions, nous étions invaincus depuis deux ans et demi. Nous n’avons pas perdu un match à domicile depuis le printemps 2017 donc c’est effectivement un stade où il n’est pas facile de venir gagner. Maintenant, nous sommes bien conscients que la Fédérale 1 va changer un petit peu les musiques mais, malgré tout, ça restera un challenge que l’on peut légitimement se fixer. Après, nous sommes promus, nous arrivons dans la cour des grands sur la pointe des pieds donc, nous n’allons pas non plus faire de projet infaisable. Nous allons tout simplement nous contenter de continuer à prendre du plaisir, de continuer à faire progresser notre club , que tout le monde y prenne plaisir. Et ensuite, sportivement, ce sera bien évidemment de figurer au mieux dans ce championnat de Fédérale 1. Dans une poule comme la notre, nous avons aussi l’avantage de n’avoir qu’une descente ce qui nous donne une chance supplémentaire. Mais, l’objectif avoué sera dans tous les cas pas de jouer le maintien, nous ne voulons pas jouer petits bras et se contenter de  jouer le maintien et l’avant-dernière place chaque dimanche. Non, notre ambition est vraiment de figurer le mieux possible sans se fixer d’objectif particulier en termes de classement. Mais effectivement, si nous pouvons en effet rester invaincus à Jean Morin, ce serait déjà une très belle performance. 
Le Stade Jean Morin bordé de ses vignes, peut parfois laisser apparaître le Mont Blanc distant de 300 km en arrière plan / Crédit photo Baptiste Paquot – CS Nuiton.
Et puis, si l’aventure humaine vous emmène jusqu’à la 5e ou la 6e place, il y aurait quelques matches bonus qui ne seraient pas dépareillés ? 
On ne va pas s’enflammer. Nous sommes des gens issus du milieu agricole autant que vinicole donc, je pense que nous avons une part d’humilité qui est très importante de part nos métiers de la vigne et de la terre. Dans le rugby, c’est un peu pareil, il faut que nous ayons cette humilité et surtout que l’on soit prudent, qu’on prenne les matches les uns après les autres, qu’on apprenne, je pense qu’on va apprendre beaucoup, et surtout progresser. Nous avons encore une marge de manœuvre car nous avons une équipe jeune qui ne demande qu’à progresser et qu’à jouer. Donc, c’est surtout la notion de plaisir qui sera à l’ordre du jour et qui sera le mot d’ordre. Prendre du plaisir, ça restera toujours une valeur qui nous animera dans nos choix surtout dans les ambitions de club et dans les objectifs, en dehors de tout le reste. 
C’est tout le mal que l’on vous souhaite et on espère que durant cette saison de Fédérale 1, émerge peut-être un petit Corbin ou un petit Retière de plus du CS Nuiton
Nous y comptons bien (rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-26-juin-2020-integral/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Vincent Lechenaut, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 26 juin 2020.

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