#Rugby – Nationale / B.Dedieu (Albi) : «Tout le monde est focus Pro D2!»

Bastien Dedieu est de ces joueurs qui préfèrent le labeur aux projecteurs, évitant scrupuleusement les sollicitations médiatiques et préférant exprimer son talent et sa combativité sur les terrains. Pur produit de la formation tarnaise, celui qui a découvert le rugby dans la cité minière carmausine, porte avec fierté et bravoure les couleurs du SCA depuis plus d’une décennie. Piliers au sens propre comme au sens figuré du Sporting Club Albigeois, lancé par Henry Broncan , cet enfant du pays a tout connu chez les jaunes et noirs, en commençant par l’apprentissage durant ses années espoirs auprès de la bande à Béchu qui éreintait les mêlées de Top 14, en passant par des playoffs ProD2 avec Hugo Mola. Pour celui qui a goûté pendant de longues années à l’antichambre de l’élite du rugby français, la saison 2016-2017 reste une année mêlant des sentiments ambivalents, comme la frustration sportive d’une relégation sportive, mais aussi l’allégresse de la naissance de sa fille. Focus sur un joueur qui s’est fait serment avec les vieux briscards du vestiaire albigeois, de relever le défi d’Arnaud Méla: ramener le club de la préfecture tarnaise en Pro D2.

Crédit photo Pierre Bras – Comité animation des bénévoles
Bastien, tu es quelqu’un qui n’aime pas trop t’exposer. Est-ce que c’est dans ta nature d’être d’une certaine pudeur et aussi discret dans les médias ? 
Oui, c’est assez rare parce-que ce n’est pas un truc que j’aime faire d’habitude. Je ne me sens pas à l’aise au micro mais, pour cette fois, je fais une exception. 
C’est bien sympa de ta part de faire une exception pour le Mag Sport. On va parler du fait que tu sois un peu le représentant et l’étendard du rugby tarnais au SCA. Tu as été formé à la mamelle du rugby carmausin, comment es-tu venu au rugby à Carmaux ? C’est quelque chose de naturel pour toi ? 
Naturel non mais ça s’est fait par des potes qui étaient au rugby. Ils m’ont dit de venir essayer, j’ai enfilé les crampons et depuis, je ne les ai jamais quittés. 
Est-ce que tu as gardé des attaches avec ce rugby carmausin ? 
Oui, j’y ai gardé des attaches, c’est là que j’ai effectué mes deux premières saisons et mes deux premières années de rugby. Je revois souvent d’anciens joueurs avec qui j’ai joué sur Carmaux, d’anciens entraîneurs et c’est toujours un plaisir. 
Ça ne te fend pas un peu le cœur de voir que Carmaux soit descendu aussi bas dans les championnats alors que le club tutoyait les sommets il y a quelques décennies ? 
Si, bien sûr. De voir une équipe à ce niveau-là avec le stade qu’est celui de Carmaux, c’est comme ça, c’est le rugby mais en espérant que, d’ici quelques saisons, Carmaux remonte au niveau du rugby. 
Pour les jeunes qui font du rugby à Carmaux, l’attractivité maintenant est d’aller à Albi ou au CO, les équipes phares de la région tarnaise. Il y a peut-être 30 ans de cela, tu n’aurais jamais mis un pied à Albi, tu serais resté à Carmaux quand le club jouait haut ? 
Oui, c’est vrai qu’il y a plusieurs titres. C’est un club intéressant, un stade intéressant, un terrain intéressant, il y a une histoire derrière tout cela et derrière Carmaux. Donc oui, je pense que je serai plutôt resté sur Carmaux que sur Albi.

On va revenir dans le réel et dans un passé qui n’est pas si loin pour toi, même  si tu commences à voir le compteur des années tourner. Comment s’est fait ton arrivée à Albi, dans ce qu’on appelle la pré-formation ? Tu as été repéré par un éducateur ou une personne du club en particulier ? 
En fait, j’ai fait mes études au lycée de Fonlabour donc, je pensais à Albi au départ parce-que j’étais interne et que ça me faisait plus près pour les entraînements. Mais, lors d’un match Fonlabour contre SCA, j’ai été repéré par celui qui fut mon préparateur physique, Roland Flaujaguet, qui m’a demandé si ça m’intéressait de venir à Albi. J’y suis venu la saison d’après, en Crabos 2e année, et ça tout de suite super bien passé et depuis, j’y suis. 
Et tu as débarqué à Albi pendant la période faste et le Top 14 ? J’imagine que, quand le gamin que tu étais à l’époque voyait les Vincent Clément, Philippe Guichert, Franck Maréchal, Sébastien Pagès et consorts, affronter les meilleurs équipes de France sur la pelouse du Stadium, ça a dû aussi te donner un sentiment d’appartenance au club ?
Oui, surtout que je n’étais jamais été allé voir un match d’Albi auparavant, avant que je ne commence au SCA. Donc oui, c’était impressionnant : le monde qu’il y avait au stade, l’équipe de l’Albi d’avant … ce sont de très bons souvenirs. 
Et quand tu es arrivé en espoirs et que tu as commencé à les côtoyer de plus près à l’entraînement, tu as appris de certains de ces joueurs de l’époque Top 14 ? 
Je me souviens, quand j’étais en Espoirs Reichel, avoir effectué des mêlées en oppositions avec d’autres amis qui étaient aussi dans l’équipe avec moi, contre Florian Prime et Stankovich au début. 
C’est formateur ? 
Tout ce monde-là ne le faisait pas à fond, ils étaient tranquilles (rires). Mais d’avoir effectué des mêlées contre ces gens-là restent de bons souvenirs. 
Tes premiers pas en Pro D2 paraissent loin maintenant mais j’imagine que pour toi, tu dois t’en souvenir comme si c’était hier ? 
C’est simple, je n’ai pas joué les deux premiers matches de Pro D2. A l’époque, Henry Broncan m’avait dit qu’il fallait un peu me ménager, il ne voulait pas trop me lancer comme ça dans l’aventure. Et je me souviens que pour les deux premiers matches, j’étais resté au bord du terrain et le pilier gauche titulaire faisait 90 minutes donc, c’était frustrant ! 
Et pour le troisième match ? 
J’étais remplaçant, je ne saurai pas dire contre qui c’était mais j’ai un peu enquillé puis, de plus en plus au cours de la première saison et encore plus lors de la seconde. Le fait d’avoir signé un contrat espoir m’a permis de faire du rugby à 100% donc, il est sûr que c’est plus simple après. 
Dans ta longue carrière en Pro D2 que tu as connue sous le maillot albigeois, tu as eu d’illustres entraîneurs. Tu nous parlais d’Henry Broncan mais il y a eu aussi Mauricio Reggiardo, Hugo Mola, Vincent Clément qui est passé par là et maintenant Arnaud Méla. Lequel t’a le plus marqué dans cette période Pro D2 ? 
C’est celui qui m’a mis dans le circuit, Henry Broncan. Il y a aussi eu Jean-Christophe Bacca avec qui d’ailleurs je garde contact. Ce sont ceux qui m’ont lancé et j’en garde de très bons souvenirs. 
Ce sont des personnes qui sont beaucoup sur l’humain ? 
Oui et c’est grâce à des gens comme ça qu’à 20 ans, j’ai pu côtoyer le monde pro et qui m’ont permis de franchir le pas. 
La dernière année en Pro D2, a quand même dû être très frustrante pour toi, voire même paradoxale, parce-que c’est sûrement pour toi l’une des pires années rugbystiquement parlant. Mais, le dernier jour de championnat, lors du dernier match, le jour où le SCA descend, c’est aussi le plus jour de ta vie parce-que c’est celui de la naissance de ta fille. Ça reste une année spéciale pour toi ? 
Ce fut une année, on va dire, compliquée. Pour ma part, je n’y arrivais, c’était une année difficile avec de petits pépins au dos mais il fallait jouer. Et, à l’arrivée de cette saison, ma fille est née et ça m’a remis un peu de baume au cœur. 
C’est une année totalement paradoxale, un ascenseur émotionnel ? 
Oui, c’est pour cela que je garderai le souvenir de la naissance de ma fille et ça me va comme ça (rires). 
Cette descente de Pro D2 fut aussi un carrefour car tu as eu des propositions extérieures à Albi, de belles propositions car tu es quand même un pilier rompu à la Pro D2, mais tu as quand même décidé de rester au club. Pour quelles raisons, qu’est-ce qui t’a amené à rester plutôt qu’à partir vers les belles propositions que l’on te faisait à l’époque ? 
Premièrement, pour moi, nous étions dans la difficulté et ça m’embêtait vraiment de partir comme cela. D’autre part, je rénovais à l’époque ma maison à Monestiès, ma fille venait de naître donc, j’ai plutôt choisi la famille au rugby. 
Ces trois ans en Fédérale 1 n’ont,par contre, pas été une sinécure. Il y a eu là-aussi des ascenseurs émotionnels qui ont été assez fulgurants ? 
Oui, c’était compliqué de descendre de division, il fallait se préparer autrement. Rugbystiquement parlant, ça a été compliqué et, de plus, nous n’avons pas réussi à remonter donc ce fut trois saisons compliquées. 

Le plus frustrant est cette année car vous ne pouvez pas finir la saison, vous êtes privés des phases finales dont vous rêviez depuis l’été dernier. Derrière, il y a un imbroglio administratif pour savoir si vous montez ou pas sur tapis vert. Pour un joueur comme toi, c’est quand même quelque chose de très frustrant parce-que tu n’as pas de prise. Autant tu en as sur le terrain, autant là, tu ne peux même pas t’en vouloir à toi-même ? 
Oui, ça a été compliqué. Quand il y a eu l’épidémie, on allait jouer contre Blagnac, les seconds, et nous étions vraiment préparés. Nous étions en forme mais il y a eu ce souci-là et encore une saison de gâchée. Maintenant, il faut s’y remettre et essayer de faire mieux. 
Et puis, à l’âge que tu as,  je ne veux pas dire que tu es vieux mais tu commences à avoir de la bouteille, tu es maintenant devenu un cadre du vestiaire. Tu as aussi un rôle à y tenir pour ce nouveau défi et pour remotiver le groupe ? 
Je ne suis pas quelqu’un qui donne beaucoup de conseils. 
On dira que tu es un taiseux
Voilà, j’essaie de mettre la bonne ambiance, de discuter, de dialoguer avec les autres joueurs. Quand les autres ont des problèmes, j’essaie de discuter, c’est ma façon à moi d’aider un peu. 
Tout le monde le dit de l’extérieur et même de l’intérieur, ce groupe a une âme, il s’est forgé sur un objectif commun. C’est peut-être le meilleur levier collectif que vous ayez ? 
Oui. Pour l’instant, l’équipe a recommencé à faire les entraînements, tout le monde est focus Pro D2 donc, on fait tout pour remonter, en espérant que ça aboutisse. Il y a du travail, on va faire le boulot et on verra par la suite. 
On dit souvent  » les arrières sont les amis et les avants sont la famille « . Il y a du nouveau monde dans la famille et quelques petites recrues qui sont arrivées. Ça risque quand même d’être épais devant cette année au Sporting Club Albigeois ? 
Oui, ce qui est bien, c’est qu’il y a eu des recrues mais on ne change pas la moitié de l’effectif et on garde quand même une structure. Les nouveaux se sont très bien intégrés, il n’y a pas eu de souci donc, tout va bien et on part peut-être avec un peu d’avance vu que les 3/4 du groupe se connaissent déjà. Donc, espérons que tout le monde s’y file à l’entraînement mais il n’y a personne qui triche donc, c’est bien. 
Quels ont été les mots du staff quand ils vous ont récupérés à la reprise ainsi que la feuille de route générale ? Cette année, on re-rentre dans le grand bain de la haute compétition car il n’y aura pas de temps mort dans ce championnat
C’est ça, les mots d’Arnaud ont été  » il n’y a pas de temps à perdre « . Le discours a été simple, il faut s’y filer et on a commencé le premier jour avec du physique. Ça a été dur de reprendre comme ça mais on rattaque le championnat début Septembre et il ne faut pas perdre de temps. 
Avec des adversaires en face qui vont être redoutables : il y a Bourgoin, Narbonne, Massy, Bourg sans oublier Nice, Suresnes, Dijon qui seront des équipes qui voudront avoir leur mot à dire. Ca va vraiment être très épais et les autres équipes comme Cognac, Blagnac, Chambéry ou Aubenas sont aussi des équipes qui ont aussi une certaine valeur. En clair, toutes les équipes peuvent aller gagner chez tout le monde ? 
Je trouve que cette Nationale va être vachement intéressante car tout le monde s’est renforcé et toutes les équipes se valent. J’espère que ça donner de bons matches, du beau rugby et une belle confrontation. 
La com du club a mis en slogan pour les abonnements  » ça va piquer « . Est-ce que tu trouves que ça résume bien ? 
A un moment donné, oui, ça résume bien tout ce qui s’est passé durant ces deux saisons. Et oui, je pense que nous allons être prêts. 
Tu sais que, pour t’amener au micro, nous avons promis à un certain Matthieu André et à un certain Julien Cescato une demi-caisse de vins chacun. En clair on a été obligé de les soudoyer (rires). Je te demande d’aller aussi prendre ta part et de ne pas laisser ces bons produits uniquement à eux
(Rires) En tous cas, qu’ils ne les ouvrent pas sans moi ! 
C’est exactement ce que je te conseillais parce-que, connaissant les loustics, ils seraient capables de t’oublier
C’est ça mais je m’en méfie et je verrai avec eux pour cela (rires)
Pour finir sur une note d’humour, si tu devais choisir entre Rouen et Nafarroa pour partir en vacances, tu choisirais quelle destination ? 
A Nafarroa !

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-3-juillet-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Bastien Dedieu lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 3 juillet 2020

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