#Rugby – Nationale / O.Pouligny (Suresnes) : «Gravir les échelons dans le rugby français!»

Le co-président du RC Suresnes, Olivier Pouligny, nous a accordé un entretien « Grand format », pour nous présenter son club et l’action menée depuis quelques années par les dirigeants verts et blancs. Pour le club des Hauts de Seine, la perspective de la Pro D2 s’est rapprochée avec la création de la Nationale, mais le co – président des suresnois veut tout d’abord stabiliser son équipe fanion dans cette division passerelle avec l’antichambre du Top 14. Focus sur un club qui a franchi avec Vincent Carbou un premier cap sportif, et qui compte maintenant appréhender avec Mathieu Blin et Pierre Rabadan de nouveau défi.

 

 

Olivier Pouligny, vous êtes le co-président du RC Suresnes, un club qui était en Fédérale 2 il y a quelques années et qui, aujourd’hui, se retrouve en Nationale, dans l’antichambre de la Pro D2. Que de chemin parcouru dans les Hauts de Seine ? 

 

Nous sommes deux co-présidents, Laurent Piepszownik et moi-même, qui sommes associés au sein d’une grosse société d’informatique, Umanis. Nous avons en place un projet et une ambition de monter au Rugby Club de Suresnes avec l’objectif un peu final d’atteindre la Pro D2 à terme. A l’époque, nous avions parlé de moyen terme donc, les choses s’accélèrent un petit peu avec la création de cette Nationale, ce qui nous va bien. 

 

Il y a quelques années, vous batailliez avec Courbevoie, Drancy et d’autres alors que maintenant, vous vous retrouvez dans la cour des grands avec Massy. C’est déjà un beau point de passage que d’être aux côtés de Massy, un club désormais rompu à la Pro D2. Vous devez vous dire que le projet va dans le bon sens ? 

 

Concernant Massy, c’était effectivement pour nous une forme d’aboutissement l’année dernière de jouer contre eux. Nous avons en plus eu le bonheur d’être les seuls à les avoir battus lors de la saison régulière. Donc, ça a également été une sorte d’étape franchie par tout le club qui s’est aperçu que le projet dont on parlait et que l’on met en œuvre depuis trois ans maintenant, se concrétisait. Et, quelque part, nous avions des raisons d’avoir des espérances de progression en tenant tête à Massy qui était invaincu tout au long de la saison. C’est vrai que ça nous a confortés dans le fait que nous pouvions continuer à gravir les échelons dans le rugby français. 

 

Quand Bernard Laporte a eu l’idée de créer ce championnat intermédiaire entre Pro D2 et Fédérale 1, du fait qu’Albi, Massy et Bourg ne puissent monter en Pro D2, Suresnes n’a pas hésité bien longtemps ? Suresnes a été l’un des premiers clubs à dire  » nous, nous en serons « 

 

Ça a été curieux car nous avons très rapidement été favorables à participer à cette compétition mais nous avons eu du mal à nous y faire inviter. J’avais régulièrement des retours de présidents de clubs qui me disaient  » c’est curieux, Laporte ne nous parle pas de Suresnes et lorsqu’on demande pourquoi Suresnes n’est pas dans la liste des pré-retenus, il nous répond qu’il n’est pas sûr « . Donc, nous avons quand même dû batailler un petit peu pour expliquer aux autres présidents de clubs que Suresnes existait sur l’échiquier national. C’est vrai que, pour la plupart des clubs et notamment les clubs du sud, mettre Suresnes sur une carte n’est pas facile. Donc, l’une des autres ambitions que nous avons, c’est d’apprendre à tous ces clubs sudistes que l’on fait du rugby à Paris et que Suresnes est juste à côté de la Défense. Participer à la poule Nationale était quelque chose de logique : nous avons créé un Campus, un centre de formation au Rugby Club de Suresnes il y a deux ans et qui a été labellisé dès la première année ce qui est un exploit, comme quoi, nous avions bien fait les choses et mis les moyens. Avoir cette structuration de centre de formation est souvent le point le plus délicat pour les clubs qui prétendent à la Pro D2 donc nous, nous l’avions déjà. Ensuite, nous avions les infrastructures en relation avec la mairie qui sont en cours de développement et qui seront prêtes peut-être avant que l’on ait les moyens de monter en Pro D2. Tout suivait donc, il n’y avait pas de raison et puis, sportivement, ce qui est le plus important, c’est que nous avions également gagné cette place en étant le 12e national sans avoir besoin d’aller chercher des désistements. Ce qui faisait que oui, nous étions contents et fiers de pouvoir appartenir à ce haut-niveau de la Fédérale 1. 

 

Que va engager le fait de participer à la Nationale pour Suresnes ? Une augmentation du budget, un recrutement plus élargi que ce qui était prévu à la base ? 

 

Non, ça ne va rien modifier dans notre budget, cela va peut-être nous aider à le consolider et à préparer les années à venir. Quant au recrutement, on s’y était pris très, très en amont puisque dans la structuration du club, il y a quand même des choses importantes à dire. Depuis le mois de Janvier, nous avons embauché Mathieu Blin et nous avions annoncé le départ de Vincent Carbou dès le mois de Décembre, déjà par respect pour Vincent qui a fait du bon boulot tout au long de la saison. Il y a aussi eu l’arrivée d’Alexandre Compan en tant que manager sportif général. 

 

Et de Pierre Rabadan 

 

Pierre Rabadan est arrivé plus tard. Dans l’ordre, c’est vraiment Mathieu Blin et Alexandre Compan qui ont structuré pendant 4 / 5 mois. Nous avons travaillé sur la saison suivante avant même la crise du Covid de manière à se dire  » quels sont les joueurs que l’on garde, quels sont ceux que l’on laisse partir  et sur quel budget pourra t’on compter l’an prochain « .  Tout cela s’est fait en Janvier / Février / Mars, avec un recrutement quasiment terminé en Avril. On a annoncé aux joueurs avant le match contre Massy, le dernier match que l’on a joué, ceux que l’on conservait et ceux que l’on ne conservait pas donc, nous avons été très clairs et très transparents en termes de communication. Le budget ne change pas par rapport à ce que nous avions prévu, pour faire un budget de Fédérale 1 et jouer les deux premières places car l’ambition était d’être dans les qualifiables si les poules n’avaient pas changé. Par contre, cela va nous aider à continuer à expliquer aux institutions que sont le Conseil Départemental et la Mairie qu’il faut nous aider et pour aller trouver de nouveaux partenaires. 

 

Vous nous parliez de Vincent Carbou qui n’a pas été renouvelé. Quels ont été les motivations de cette fin de cycle de Vincent Carbou ? Car, comme vous l’avez vous-même dit, il avait bien bossé, il avait amené Suresnes de la Fédérale 2  à la Fédérale 1. Cette année, bien que la saison ait été tronquée, c’était le meilleur résultat sportif de Suresnes. Qu’est-ce qui a motivé ce choix : un sentiment d’usure, le besoin d’avoir d’autres horizons de votre part ? 

 

Non, il y a des cycles. Vincent a fait monter Suresnes de Fédérale 2 à Fédérale 1, il a réussi avec de petits moyens il y a trois ans, à maintenir le club en Fédérale 1 quand c’était très compliqué. Je pense que c’est une histoire de cycle donc Vincent n’est pas parti en cours de contrat, car nous arrivions à la fin de ce dernier, et nous avions besoin au sein du club de continuer dans une structuration avec un staff élargi. Ça, c’est une chose que Vincent n’avait pas encore connu et donc, il fallait que l’on rajoute ce type d’expertise et de connaissances avec Alexandre Compan qui avait déjà fait ça par le passé à Bobigny et qui est passé par les écoles de jeunes côté Racing avec les espoirs. On ne va pas décrire le pedigree de Mathieu Blin, pareil pour Pierre Rabadan. Donc, une grosse expertise au niveau de l’encadrement d’un groupe qui est un groupe jeune. 

 

En parlant du groupe, il y eu quelque chose l’année dernière qui nous avait interpellé à Suresnes car c’était assez détonnant par rapport à ce qui se fait chez les autres et ça a bien marché. Vous aviez professionnalisé beaucoup de joueurs de devant, très peu de derrière. Donc, si on suit la démarche, les contrats pros cette année vont surtout porter sur les arrières pour que cette équipe soit quasiment harmonisée et qu’il y ait des professionnels tant devant que derrière ? 

 

Finalement, cela veut dire que notre message est assez lisible puisque c’est exactement ça. Lorsque nous sommes arrivés il y a trois ans,  il n’y avait aucun pro. Nous avons fait la promesse de ne pas faire atterrir des Fidjiens ou de Géorgiens dans l’équipe pour en fait garder l’ADN de ce club qui est un club formateur tout en ayant des ambitions et en expliquant qu’il y aurait des changements mais que cela se ferait de manière transitoire, étape par étape et  j’ai presque envie de dire en trois temps. Le premier temps s’est effectivement grandement effectué l’an dernier avec une professionnalisation sur les avants puisqu’on rencontrait chaque dimanche des équipes qui avaient des capacités de récupération fortes et c’est surtout devant que l’on a besoin de récupérer. Donc, c’était l’urgence et ça s’est bien passé puisque je pense que l’on peut dire que nous avions l’un des plus gros packs de la poule, si ce n’est le plus gros. Ça avait très bien fonctionné, on savait qu’aurait la difficulté de faire cohabiter des avants pros avec des 3/4 pluriactifs car ce n’est pas simple. Et cette année effectivement, le recrutement est plutôt à 2/3 derrière que devant puisque nous étions déjà assez solides dans ce secteur. 

 

Lorsque l’on arrive à cette croisée des chemins entre professionnalisme et pluriactivité, il n’y pas un côté un peu  » lutte des classes  » dans le vestiaire et des tensions qui apparaissent à cause de cela ? 

 

Non, parce-que les choses sont claires et c’est là aussi qu’est un peu le passage de témoin entre l’ère de Vincent Carbou et la nouvelle d’Alexandre Compan. La structuration, les plannings, les plages de récupération, des entraînements en commun pluris et pros, y compris en cherchant à le faire entre 12h et 14h parce-que cela peut être possible pour certains d’entre eux, c’est quelque chose d’équilibré et un équilibre annoncé. Un pro est un plein temps, un pluriactif a soit un boulot soit est étudiant à côté et c’est toute l’ambition que l’on a dans la structuration des plannings cette année avec les équipes d’Alexandre Compan. Donc, ça devrait mieux et bien se passer, nous n’avons pas augmenté le nombre de pros par rapport à l’an dernier, nous restons sur 13 professionnels et le reste sont des pluriactifs. 

 

Vous avez quand même également enclenché le côté formation parce qu’à Paris, vous êtes assis sur une mine d’or avec le vivier que vous avez ? 

 

Il y a plein de clubs qui sont assis sur une mine d’or et qui ne l’exploitent pas. Oui, il y a un bassin de joueurs très, très important à Paris qu’il faut exploiter. Cela ne sert à rien d’aller chercher des joueurs du Sud ou d’ailleurs, qui vont être un peu déstabilisés parce-que la vie parisienne est particulière. Moi, en tant que provincial à l’origine et proche de Montauban, quand j’ai découvert Paris, j’ai vu que ce n’était pas la même façon de vivre. 

 

Rien que la vie est plus chère en région parisienne, on est souvent surpris par son coût

 

On parle du coût de la vie. Lorsque l’on parle du coût de logement à Paris et en Province, ce n’est pas du tout, du tout la même chose. Je parle bien du cadre de vie donc, il y a un problème d’adaptation pour un joueur qui viendrait du Sud qu’on n’a pas avec des joueurs qui sont nés et ont grandi à Paris. Il y a la notion de logement qui est compliqué et qui n’existe plus. Donc, le Campus et le centre de formation labellisé sont là pour ça. Nous avons 40 joueurs qui y sont inscrits cette année dans une transversalité de club car, le point important aussi, c’est que Mathieu Blin est arrivé avec une feuille de route que nous avons décrit ensemble ainsi qu’Alexandre Compan sur le fait de dire  » on va jouer en équipe de la même façon que l’on va jouer en piou-piou « . C’est l’école que moi j’ai connu il y a 30 ans lorsqu’on parlait de Colomiers ou du Stade Toulousain, pour repartir dans le Sud-Ouest. C’est ce que je souhaitais que l’on reproduise : un jeu à la suresnoise avec une équipe fanion qui démontre que l’on joue beaucoup. C’est donc beaucoup de jeu et d’ambitions qui nous sont promis pour l’année prochaine. 

 

Beaucoup de jeu, beaucoup d’ambitions et des objectifs, j’imagine ? Quels vont être les objectifs la saison prochaine pour cette première année en Nationale ? 

 

Nous étions 12es de ce classement national et notre objectif pour cette première saison est de rester en Nationale, de se maintenir. Quand on sourit dans le club, on dit que c’est finir dans les 12 premiers et d’être raisonnables. Si on finit entre 8 et 12, on sera content. 

 

Nous avons eu plein de présidents qui nous disaient au sujet du registre financier, car on sait que les finances sont très importantes dans le rugby moderne, qu’avec la crise du Coronavirus, beaucoup de partenaires étaient enclins à baisser leurs dotations auprès des clubs. En basculant en Nationale, les partenaires ont dit  » on continue l’effort parce qu’il y a la Nationale  » . Est-ce que c’est aussi arrivé à Suresnes que le vecteur Nationale amène un regain de moral chez les partenaires ? 

 

Oui, je pense que les 14 clubs de Nationale ont la chance de pouvoir surfer, pendant cette crise Covid, sur un fait nouveau dont on parle. Cette Nationale a plus de portée, va nous permettre de garder des partenaires au club, ce qui est déjà une première chose mais elle a surtout permettre d’aller en chercher d’autres. Dans la structuration du club, c’est pour l’instant, le co-président, moi-même, Umanis et la Mairie qui sommes les principaux soutiens financiers. Nous devons en fait asseoir le club dans la durée sur une multitude de partenaires, qu’ils soient petits, moyens ou gros et c’est tout le travail que nous faisons. Ce coup de projecteur sur Suresnes est parfait pour nous aujourd’hui mais il y a un boulot monstre pour expliquer le projet à ces partenaires et pour leur donner quelque chose. Parce-que, faire venir quelqu’un au stade et ne pas lui apporter du réceptif, c’est encore ce qu’il manque à Suresnes et c’est sur quoi on travaille aujourd’hui en relation avec la mairie de Suresnes pour avoir une vie avant et après le match dans un tissu économique autour de Suresnes. 

 

Une chose qu’aiment bien les partenaires mais aussi les joueurs, outre d’allier le côté sportif et le côté entrepreneurial et partenaires, c’est le prisme médiatique. Est-ce que le stade de Suresnes est actuellement en capacité, ou le sera-t-il à terme, d’accueillir la télé et la chaîne l’Equipe ? 

 

Oui, cela faisait des chantiers que l’on avait menés l’an dernier. Nous avons changé l’éclairage, nous sommes déjà aux normes TV, il nous manque encore quelques watts à rajouter pour être aux normes Pro D2 mais ça, on ne le fera que quand ce sera nécessaire. On a tout ce qu’il faut pour être prêt, donc, de ce côté, pas de problème. L’autre côté, c’est l’infrastructure tribunes qui est également en cours donc, nous sommes aujourd’hui aux normes et nous serons aux normes dès qu’il le faudra pour pouvoir prétendre un jour à la Pro D2. 

 

On va parler aussi de l’identité de club. Nous avons plusieurs fois Vincent Carbou qui nous a parlé de ce club et nous savons que vous avez un personnage illustre dans le club, le commissaire Broussard. Le fait d’avoir un président d’honneur aussi médiatique, un VIP du RC Suresnes, est-ce que cela aide ? 

 

Ça aide parce-que, pour avoir fait un certain nombre de déplacements avec lui, il est connu de tous les présidents, de tous les clubs donc, c’est effectivement une figure. 

 

Et du grand public ? 

 

Et aussi du grand public même si c’est quelqu’un d’extrêmement discret et très humble. C’est un  » Monsieur  » comme on dit, les gens viennent, le saluent et ont presque du mal à discuter avec lui alors que c’est quelqu’un de très accessible qui semble un peu intouchable. 

 

Il y a certes le commissaire Broussard mais l’identité du club ne se résume pas à lui. Comment pourrait-on la décrire à Suresnes ? 

 

C’est un club qui a toujours été très formateur. C’est une grosse, grosse école de rugby, la 6e de France. Quand on dit ça, on entend  » c’est étonnant, on ne connaissait pas trop Suresnes « . Mais, depuis plus de 40 ans, Suresnes a toujours formé, nous avons 47 ans d’existence avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d’enfants et augmenté le niveau d’exigence dans les équipes Alamercery, Gauderman, Crabos. L’an prochain, toutes les équipes jeunes seront au plus haut niveau national avec les poules de brassage pour la partie Crabos, il faut que l’on passe le cap mais là-aussi nous sommes éligibles sportivement. Ce n’est pas qu’une volonté de notre part, cela s’est construit. Donc, l’identité, c’est formation avec un projet double cursus incluant l’école et le sport. Cela fait sourire de voir que nos voisins illustres du Stade Français sont en train de faire une marche arrière radicale avec ce professionnalisme qui a un peu trop galopé en expliquant qu’il faut penser à la reconversion des joueurs. A Suresnes, on pense à la reconversion avant même de commencer à jouer au rugby. Nos gamins sont dans ce campus, qui est l’un des rares campus en France à donner la possibilité de rentrer dans de très belles écoles pré-bac et post-bac, soit des écoles d’ingénieurs, EKA ou de management du sport. Nous avons des partenariats avec ces grandes écoles-là dont SKEMA Business School qui est quand même une école connue au niveau mondial. Donc, nous avons des jeunes qui nous rejoignent non pas pour toucher un billet de 500 ou de 1 000€ en catégories juniors ou espoirs mais on les héberge dans le campus et on leur donne la possibilité d’avoir des cours de très, très haut-niveau qui concilient rugby et cours de haut-niveau. On insiste vraiment auprès des jeunes : s’ils n’ont pas les résultats scolaires, ils ne jouent pas au rugby. 

 

Les jambes et la tête ? 

 

Exactement et ça, ça plaît énormément aujourd’hui à notre public de parents qui a pris un peu peur dans ce rugby qui était un peu trop montré comme dangereux avec les commotions cérébrales qu’il y a pu avoir. La Fédé a bien travaillé, notamment sur la com, en annonçant des mesures pour essayer de régler cela. Il y a aussi eu le côté professionnalisation qui va trop vite, il y a à peu près un gamin sur 30 dans un centre de formation qui sort et qui réussit à faire du rugby son métier. Donc, il y en a 29 sur le carreau et ça, ce n’est pas possible. Nous avons une responsabilité en tant que président de club de donner à ces gamins-là la possibilité de faire les deux. 

 

Lorsqu’on parle aussi d’image et d’identité de club, il y a aussi celle que l’on laisse transparaître à l’extérieur. Sur nos ondes, il y a eu quelques clubs qui vous ont un peu asticotés lors d’un débat. Il y a aussi eu Vincent Lagassé mais là, c’était plus de la littérature liée à un derby qui avait été bouillant. Lorsque vous entendez des clubs comme Saint-Jean-de-Luz, Issoire ou Rumilly dire que vous avez un peu la grosse tête à Suresnes, que vous êtes un peu hautains ou bien Vincent Lagassé parler des  » gueux  » de Drancy contre les  » grands nobles des hauts de Suresnes « , qu’est-ce que cela vous inspire ? 

 

Je le prends avec beaucoup d’humour. J’ai connu Vincent Lagassé dans une gare alors que l’on partait l’un et l’autre en déplacement et la première chose que j’avais faite avait été d’aller au contact de cette équipe de Drancy et de boire un café. Après, il y a eu ce derby un peu houleux dans lequel tout le monde était un peu parti dans les tours. Qu’est-ce qu’on peut dire ? On peut dire qu’un projet ambitieux fait des envieux, c’est certain. Moi, ça me surprend et on va retenir un peu une leçon de tout cela. Le côté hautain me gêne parce-que c’est tout ce que nous ne sommes pas et ce qu’on ne veut pas donner comme image du Rugby Club de Suresnes. Si ça a été ressenti, il va falloir qu’on le travaille, nous sommes plus dans un projet qui sent la sueur avec beaucoup de travail. Nous sommes responsables et humbles, ça me surprend de voir qu’on puisse parler de Suresnes. Suresnes est inconnu, nous sommes une sorte d’ovni dans cette poule Nationale car notre club était en Fédérale 2 il y a trois ans.  Mais comme tout ovni, on nous regarde et peut-être que ce côté observateur entraîne de la curiosité et de la crainte. Je pense qu’il y a des côtés positifs dans ces tiraillements et d’autres négatifs que nous allons essayer de gommer parce qu’on veut donner une image de club plutôt classe et respectueuse qu’hautaine envers les autres équipes. Par exemple, j’ai pris mon téléphone ainsi que Laurent, le co-président et, à chaque fois que nous avons fait un recrutement d’un joueur dans un club, nous avons appelé le président de l’équipe où jouait ce joueur pour prendre contact, expliquer, dire qu’on avait pris ce joueur-là et parler de nos clubs. C’est une démarche qui, visiblement, ne se fait pas ou ne se faisait plus et je n’ai eu que des échos positifs de mes homologues qui me disaient que tous devraient effectivement le faire parce-que cela éviterait de se faire parfois enfumer par des discours de joueurs. 

 

Peut-être que le côté hautain vient aussi du fait que vous êtes en train de vous professionnaliser alors que nous étions dans une Fédérale 1 qui brassait pluriactifs / amateurs et équipes pros. Maintenant qu’il y a la Nationale, peut-être que cette problématique s’envolera parce-que vous ne serez qu’avec des équipes professionnelles et qu’il n’y aura pas ce genre de réflexion ? 

 

C’est sûr. Après, nous sommes parisiens donc, que ce soit Issoire, Rumilly ou Saint-Jean-de-Luz, quand on vient à Paris, on vient chez  » les riches « . Ça se dit comme ça et je le dis sans difficulté car je suis un provincial donc j’ai été élevé dans cette culture de la province qui voit Paris en se disant  » mais pour ils se prennent ces parisiens « . Ça fait partie du jeu mais on sait aussi jouer au rugby à Paris et on va le démontrer. Maintenant oui, il n’y a plus que des équipes pros ou qui sont en train de se professionnaliser dans cette poule Nationale. Nous allons plutôt faire figure de petit poucet dans cette poule-là donc, nous sommes très, très humbles. Encore une fois, notre ambition est le maintien, ce n’est pas autre chose à Suresnes. 

 

Pour vous, quels sont les favoris dans cette poule pour l’accession en Pro D2 lors de cette année 2020 / 2021 ? 

 

On regarde souvent les budgets en se disant que les favoris sont ceux-là. Evidemment que les grosses écuries qui sont rompues aux joutes de la Pro D2 voire du Top 14 il n’y a pas si longtemps pour certains font figure de favoris. Il y a ceux qui auraient pu déjà monter cette année et on peut en citer trois : Albi, Massy et Bourg. Bourg était dans une poule que tout le monde pense être la plus relevée, on verra parce-que ça aussi, ça n’est pas toujours le cas. 

 

Oui, parce qu’il faut aussi y aller à Mauléon, Oloron, le Piémont Pyrénéen. Il faut s’y déplacer car parfois, il tombe de la grêle ! 

 

Même à Suresnes il faut venir. Il n’y a pas grand monde qui est venu gagner cette année à part Dijon et au match retour, nous avons fait match nul à la dernière seconde. 

 

Vous leur avez rendu la monnaie de leur pièce comme on dit ? 

 

Exactement. Donc, je pense qu’il faut faire attention à toutes les équipes et les respecter, avec effectivement des clubs comme Oloron ou Saint-Sulpice  et il faut vraiment rester les pieds sur terre. Il y a donc ces trois-là et je mettrai rapidement Narbonne derrière. Ils ont lancé un recrutement qui brille, qui donne envie, avec de grands noms. J’espère qu’on n’aura pas trois championnats mais je pense qu’il y aura un championnat avec 4 à 6 équipes qui vont se détacher et une deuxième moitié qui sera composée des autres équipes. 

 

Et Bourgoin, où les mettez-vous ? Plutôt dans le haut du panier ou dans le milieu de tableau ? 

 

Moi, je les mettrai en milieu de tableau mais il y a beaucoup de recrutements annoncés à droite et à gauche, il faut que la mayonnaise prenne. Bourgoin était 4e ou 5e de sa poule, une poule certes censée être la plus dure mais ils n’étaient que 4es ou 5es donc, il faut voir. 

 

Et n’oublions pas Nice qui pourrait être l’outsider qui surprend tout le monde, avec un recrutement au compte-gouttes mais très précis. Ça pourrait être une équipe qui surprenne tout le monde ? 

 

Oui mais de toute façon, nous allons avoir une année particulière parce qu’entre des recrutements et des effectifs qui ont beaucoup bougé dans tous ces clubs plus la Covid qui va laisser des traces financières. Ce qui serait bien, c’est que tous les clubs aient les budgets pour finir l’année et qu’on ne se retrouve pas avec une poule qui ressemblerait à la poule Elite d’il y a 4 ans et qui soit un peu faussé par le financier. J’aimerai qu’on se souhaite à tous d’avoir des budgets qui soient réalistes. Vous m’avez demandé notre budget, il n’a pas changé, on n’a pas rajouté 200 à 300 000€ pour aller chercher 4 pros de plus. On aurait aimé le faire mais comme nous n’avons pas les moyens, nous ne l’avons pas fait. On a parié sur l’avenir en se disant qu’on les trouverait en cours de saison. 

 

Vous nous disiez tout à l’heure qu’on a parfois l’impression dans le Sud-Ouest que le rugby n’existe pas à Paris. Preuve que le rugby est bien vivace en région parisienne, c’est que bientôt, il va y avoir une élection à la Fédération Française de Rugby avec un candidat déclaré et un très probable. Le déclaré est Florian Grill qui est le président de la Ligue Ile-de-France, le probable est Bernard Laporte qui a fait une grande partie de sa carrière au Stade Français. Comme quoi, le rugby mène à Paris ? 

 

Oui, le rugby mène à Paris (rires). Après, Bernard Laporte est quand même un pur produit du Sud-Ouest. 

 

Et Tarnais

 

Bien sûr. Florian Grill, que je connais personnellement, fait un boulot de terrain qui est monstrueux. Il progresse dans les sondages, il fait un raz-de-marée en Ile-de-France avec près de 90% des clubs qui le suivent. 

 

C’est quasiment un résultat à la Bokassa ? 

 

Oui mais, pour ne parler que de l’Ile-de-France, C’est quelqu’un qu’on a vu au niveau clubs avant les élections X fois, qui passe, qui est sur le terrain. Il n’y a pas un dimanche où il n’est pas dans un petit club ou un tout petit club. Donc, c’est sûr qu’il est apprécié par l’ensemble des présidents de clubs de l’Ile-de-France. 

 

En parlant d’Ile-de-France, l’objectif caché de Suresnes est-il d’accéder à la Pro D2 avant Massy pour devenir le club référent de la région en Pro D2 ? On sait que le Stade Français et le Métro Racing sont pour l’instant intouchables mais il y a une place à prendre en Pro D2 pour les clubs d’Ile-de-France ? 

 

Je dirai que l’idéal serait qu’il y ait et Suresnes et Massy en Pro D2. 

 

C’est une réponse diplomate

 

Je préférerai évidemment y être avant eux (rires). Maintenant, si on pouvait y être en même temps, ça serait encore mieux pour le rugby en Ile-de-France. On l’a vu, cette poule Nationale a attiré pas mal de journalistes locaux, BFM Paris nous a dit  » ça nous intéresserait de retransmettre ce match si jamais il n’y a pas de retransmission et de droits de diffusion TV qui soient donnés sur la poule Nationale et on ferait monter la sauce sur le match aller et le match retour « . Il y a un petit côté derby qui existe aussi à Paris, il n’y a pas que Tarbes / Bagnères mais il y a également un Suresnes / Massy, un Stade Français / Racing. Et si on peut cultiver ça et faire progresser le rugby en Ile-de-France qui a un réservoir de joueurs terrible, ça serait presque normal d’avoir deux clubs en Top 14, deux clubs en Pro D2 et un certain nombre de clubs en Fédérale 1 en Ile-de-France. 

 

Vous parliez de Tarbes / Bagnères, on a vu que vous aviez su leur tenir la dragée haute sur le côté grêle avec Suresnes / Drancy cette année ? 

 

Franchement, c’est un épiphénomène. 

 

Cela fait partie de la littérature du rugby comme on dit ? 

 

Oui mais on en a beaucoup, beaucoup trop parlé. Il ne s’est pas passé grand-chose, ce match n’aurait jamais dû dégénérer comme ça et après le match, les deux équipes se sont demandé pourquoi le match avait été arrêté, même s’il est toujours facile de refaire le monde autour d’une bière. L’arbitre était un peu jeune mais on ne lui jette pas la pierre, il faut que tout jeune progresse. On aurait eu un arbitre un peu plus briscard, on aurait été au bout de ce match sans aucune difficulté. 

 

On va parler de vous pour terminer. Vous l’avez déjà dit un peu en filigrane, vous n’êtes pas un parisien d’origine mais d’adoption. Vous arrivez du Sud-Ouest et vous avez aussi eu une carrière de rugbyman. Vous êtes un de ces présidents  » hors sol  » ? 

 

J’ai une carrière de rugbyman, j’ai joué en première division d’abord dans le sud-ouest à Montauban, Cahors, Valence d’Agen. Après le bataillon de Joinville, j’ai eu la chance de pouvoir choisir entre le Stade Français et le Racing, le Stade Français de Max Guazzini qui montait à  »époque et qui était en seconde division. Là-aussi, il y avait un projet ambitieux mais j’avais privilégié le côté haut-niveau sportif qui était plus qu’emballant. On me proposait de jouer entre Mesnel et Denis Charvet avec un projet comme ça. Donc, je ne regrette absolument pas ce choix ni ces années-là. Et c’est drôle de voir aujourd’hui en tant que co-président, plein d’anciens copains dans les instances du rugby. J’ai retrouvé Fabien Galthié, Pelous, tous les gars qui sont aujourd’hui à des postes à responsabilité à la Fédération Française ou dans des clubs de rugby. Ce sont des potes, Didier Lacroix est un copain aussi, on a travaillé ensemble. J’avais coupé pendant 20 ans et puis, je me suis fait attraper et maintenant, c’est un projet qui nous emballe. 

 

En parlant du bataillon de Joinville, on va donner une petite explication aux moins de 20 ans qui ne savent pas ce que c’est. Depuis 1996 et l’arrêt du service militaire, le bataillon de Joinville a disparu et pourtant, ça a été quelque chose de frappant dans le foot et dans le rugby français

 

Oui, ça a été une institution. C’était effectivement l’équipe de France militaire des sportifs qui cherchaient à éviter le service militaire classique, on va le dire comme ça. C’était aussi un beau tremplin pour pouvoir se présenter devant les clubs à l’époque. 

 

Pour clôturer cet entretien, quelle serait la place qui conviendrait à Suresnes en fin de saison pour une belle première réussie en Nationale ? 

 

Ce qui nous satisferait pleinement, c’est le leitmotiv dont je vous ai parlé qui va être entre 8 et 12. Si on finit 8e, on est heureux mais on le sera aussi si l’on est 12e. Encore une fois, on s’inscrit dans la durée et nous voulons rester en Nationale pour continuer de construire. Nous sommes déjà en train de préparer la saison 2021 / 2022 d’un point de vue structuration et partenariats. Notre budget est bouclé à 95% pour cette année et on travaille sur le budget de l’année suivante pour continuer d’amener des pierres à notre édifice. 

 

Quand on est 8e, on peut essayer d’aller pousser jusqu’à la 6e place qualificative ? 

 

Franchement, il faut être raisonnable. Si ça veut sourire sur le terrain et que le groupe prend bien, pourquoi pas ? On n’est à l’abri de rien mais soyons raisonnables, il y a un boulot qui est énorme à faire sur et autour du terrain. Il ne faut pas rêver, on aura à mon avis du mal à faire partie des qualifiables cette année. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-19-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw d’Olivier Pouligny lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 19 juin 2020.

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