#Rugby – Fed1 / G.Laporte (Graulhet) : «À nous de relever le défi après un recrutement malin!»

Le Sporting Club Graulhetois s’est maintenu une fois de plus cette saison en fédérale 1, malgré une place de lanterne rouge dans la poule 3. Mais le président Guy Laporte ne s’avoue pas vaincu et dans un championnat qui s’est délesté des cadors professionnels, l’ancien ouvreur international veut relancer une dynamique positive à Pelisou. Avec un recrutement malin et un groupe qui a mûrir durant 3 saisons d’adversités, le SCG espère être l’outsider qui surprend son monde, dans ce rugby fédéral de l’après coronavirus. Entretien avec un président et un club qui veut réenchanter la douce odeur des phases finales, et goûter à sa part de bonheur.

 

 

Depuis notre dernier entretien, de l’eau a coulé sous les ponts. On était parti sur 5 poules de 12 en Fédérale 1, tout compte fait, il y aura 3 poules de 11 et une de 12 plus une Nationale qui s’est créée. Qu’avez-vous pensé de tout cela ? 

 

Je trouve que la Nationale est une bonne chose, j’y étais de toute façon favorable avant cette année. Déjà, parce-que cela prépare bien et mieux les clubs pour la montée en Pro D2 qui change complètement de registre. Pour ceux qui en doutent, ils n’ont qu’à regarder les classements : Rouen et Valence qui mettaient 50 points à tout le monde sont derniers et avant-derniers. Il ne faut pas être devin pour voir que la différence est évidemment énorme et que tant qu’ils sont en place, l’écart s’est creusé et ils sont condamnés à la descente donc ça, c’est une très bonne chose. Après, c’est quand même plus rassurant pour l’intégrité physique parce-que des pros qui s’entraînent deux fois par jour et qui, en plus, sont des bons joueurs car ils ont un gros budget, c’était quand même particulièrement dangereux. Les clubs ne jouaient pas le jeu à l’extérieur donc, ça faussait les choses et ce sera quand même plus intéressant. Le côté un peu négatif, qui doit certainement être repris par l’ensemble, c’est que, quand vous recevez Albi par exemple, vous mettez les petits plats dans les grands et vous faîtes une recette intéressante ce jour-là. Mais, on s’écarte du domaine du terrain. 

 

Vous êtes dans la constance, car déjà en Octobre, vous appeliez de vos vœux une Pro D3. Là, au moins, on y est arrivé ? 

 

Oui, j’ai été constant par rapport aux raisons que j’ai évoquées. Les clubs de Fédérale s’étaient plus ou moins engagés à maintenir le système actuel pendant 4 ans. Comme quoi, il n’y a rien d’éternel. 

 

Les poules de Fédérale 1 sont tombées il y a quelques jours. A Graulhet, vous allez un peu voyager et visiter la côte méditerranéenne avec Hyères-Carqueiranne, La Seyne sur Mer et Berre l’Etang. Le reste de la poule restera très centré sur l’ancienne région Midi-Pyrénées. Est-ce que cela vous convient ? 

 

Elle ne me convient pas mais il faut faire avec (rires). Il est sûr que nous aurions préféré les Gersois, ils ne sont pas très loin, ils ont l’esprit festif et on aurait préféré être entre voisins. Notre position géographique nous faisait craindre d’aller voir la Méditerranée. Ce que je ne comprends pas trop, c’est qu’on a ni Nîmes ni Bédarrides ni Châteaurenard mais des clubs encore plus loin. Ce n’est pas très régional mais il faut faire avec et de tout façon, cette année, nous avions une chance sur deux d’aller dans ce coin mais peut-être pas aussi loin. Le problème, c’est surtout avec les espoirs s’il faut coupler tous les matches, car j’ai entendu que ce ne serait peut-être pas toutes les rencontres. Faire 5 ou 6 heures de bus pour aller à la Seyne avec le lever de rideau, ça va nous faire partir à 5 ou 6h du matin, je crois que ce n’est pas très raisonnable. En plus, dans un bus où l’on est serré comme des sardines, la distanciation sociale ne sera pas très respectée. C’est cela qui est incohérent. 

 

Espérons que d’ici-là, le coronavirus soit un mauvais souvenir

 

Oui, déjà, c’est une chose. Mais il est hors de question qu’on aille passer la nuit là-bas, on n’a pas les moyens. 

 

J’imagine bien que, pour un club comme Graulhet, ce sont des dépenses qui ne sont pas neutres ? 

 

Non, ça coûte une fortune. A moins que la Fédé ne nous le paye, ça ne sera certainement pas d’actualité. Ce sont ces questions-là que nous allons soulever, nous avons 3 voyages de 5/6 heures, c’est long. 

 

On va également parler de cette poule sur le registre sportif. Graulhet peut y tirer son épingle du jeu ? Il y aura certes Hyères et la Seyne qui se sont très équipées, voire suréquipées, mais Graulhet peut peut-être envisager bien plus que le maintien comme les années précédentes ? 

 

Bien sûr, on va essayer de se battre mais comme on a fini dernier, les autres clubs sont bien contents d’avoir Graulhet dans la poule (rires). C’est à nous de relever le défi après un recrutement malin mais pas inintéressant sur le plan offensif. Ce que moi, je veux surtout, et le classement viendra après et automatiquement, c’est retrouver du jeu, du plaisir de jouer pour les acteurs mais aussi pour les spectateurs, qu’ils puissent voir du jeu. C’est surtout cela qui m’interpelle le plus, c’est pour cela que l’on essaie de faire un recrutement basé justement à partir des capacités de déplacements afin d’offrir un volume de jeu offensif un peu plus important. 

 

A Graulhet, vous aviez déjà une belle assise devant, et on sait que le rugby commence à se jouer devant, mais vous êtes en train de vous équiper derrière. On a eu écho que SaimoniNabarro, l’ailier / centre d’Albi débarquait dans la capitale du cuir. C’est une bonne pioche ? 

 

Je ne suis pas pro-fidjien pas plus que pro-tchétchène ni que pro-martien, je suis pragmatique. On a essayé de recruter une dizaine de joueurs de la région, ils n’ont pas voulu pour différentes raisons. C’était certainement plus attractif dans d’autres clubs pour différentes raisons. Un ancien président disait souvent  » ce sont les joueurs les meilleurs recruteurs  » donc, c’est pour cela que, ayant vent de la volonté de Saimoni, notre ami fidjien, de quitter Albi, nous l’avons intercepté juste avant qu’il n’aille se faire vendre ailleurs pour plus cher. 

 

Il y a également le retour du petit Noui qui revient de Tarbes. C’est là-aussi un come-back qui va faire du bien ? 

 

Oui, le petit solide de 110 kg qui revient aussi (rires). De toute façon, nous sommes condamnés par notre budget. A moins d’avoir des résultats impressionnants, il faut que nous soyons un petit peu le club  » rebond « , comme je l’ai déjà dit. On a aussi le jeune Portes, 3/4 centre du CO qui vient pour évidemment essayer de prendre de l’expérience en Fédérale 1 et sûrement de rebondir. Nous avons aussi des jeunes de Castre et d’Albi qui viennent là pour prendre de l’expérience, acquérir un petit peu de muscles et de bouteille pour ensuite aller voir à des horizons au-dessus. Il faut aussi se résoudre à cela. A chaque intersaison, il faudra essayer de trouver des joueurs qui ont du potentiel, qui pourront apporter dans l’immédiat et qui, je l’espère pour eux, pourront profiter un peu plus tard d’une division plus élevée. 

 

Il y a un épiphénomène qui nous a interpellés. Il y a quelques semaines, Guillaume Cazes était annoncé et avait signé un pré-contrat. Tout compte fait, on le retrouve du côté des Pyrénées, à Tarbes. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? 

 

C’est très certainement un problème de société. A l’heure actuelle, quand on s’assoit sur sa parole et sa signature, qu’est-ce que vous voulez dire ? Pour moi, ce n’est pas le rugby d’avant, ce sont des agents qui sont au milieu et qui, évidemment, brouillent les cartes, font des propositions et s’assoient sur des engagements écrits et sur des paroles. Pour moi, ce n’est rien de bien extraordinaire. C’est un joueur qui a encore tout à prouver bien qu’il ait un potentiel intéressant mais à mon sens, il n’y a pas d’affaire. Mais c’est regrettable sur le fond. 

 

Surtout pour vous, ça doit être un peu le choc des cultures. Vous venez d’une époque où, au rugby, on se tapait dans la main, ça avait une valeur et on s’engageait sur la parole. Donc, ce rugby d’aujourd’hui doit quand même vous interpeller ? 

 

Oui mais, ça existe quand même encore. Début Avril, notre pilier Nicolas Demasi est resté sans signer et il m’a dit  » je te donne ma parole, il n’y a aucun souci « . Il a été contacté par 5 ou 6 clubs et il a répondit  » non, j’ai donné ma parole « . Moi, je dis chapeau ! C’est vers des attitudes et des garçons comme ça que l’on doit se tourner et non pas vers des attitudes assez légères. 

 

On va également parler des derbys. Dans cette poule, il va y avoir Graulhet mais aussi Lavaur et Mazamet, le trio tarnais. Les derbys vont valoir leur pesant de cacahuètes car Mazamet va vouloir prouver cette année qu’ils ont leur place en Fédérale 1 et se sauver sportivement et, comme vous à Graulhet, pas avec le coronavirus. Lavaur va aussi vouloir faire un rebond car l’année dernière, ils ont connu une saison compliquée. Ce sont des derbys où ça risque de frotter sec ? 

 

Heureusement (rires) ! J’espère que l’on fera trois sous de recette ces jours-là mais rien n’est facile. Bien sûr que Mazamet s’est accroché mais, quand vous tombez sur des packs surdimensionnés, qu’est-ce que vous voulez faire ? Vous vous usez jusqu’à la corde et ensuite, vous lâchez et vous baissez les bras. On sait aussi que Lavaur a un rugby très offensif et très intéressant et en plus, c’est un derby. J’espère qu’on gagnera au moins à domicile et qu’on y restera invaincus, que ce soit contre les Tarnais ou contre les autres. 

 

En plus, vous étiez en concurrence avec Lavaur sur un ancien Albigeois, Tunu Talavea. Ça s’est joué à pas grand-chose que lui aussi ne vienne à Graulhet ? 

 

Non, pas du tout, vous étiez en concurrence sur Calvin Gomes, un jeune ailier mais il m’a dit que l’offre de Lavaur était plus intéressante. En ce qui concerne Talavea, nous étions informés dès le début mais nous avons trois 3e ligne centre dont le frère de ? (47) que j’ai fait signer il y a un mois ou deux. Il y a Durand qui revient, il y a Armengaud

 

Cela doit vous faire plaisir que Léo Durand revienne ? 

 

Oui, parce-que ce sont des perforateurs, des gars qui manquaient un petit peu. 

 

Et puis, ce sont des gamins  » du cru  » ? 

 

Oui. Durand s’est pété les croisés deux fois, il était à Gaillac l’année dernière et à Lavaur l’année d’avant, donc il a très peu joué et il se remet petit à petit. Comme c’est en plus un gars du coin, ça serait bien qu’il n’ait pas de problème, déjà pour lui. 

 

On va aussi parler du staff avec Jean-Christophe Bacca et Philippe Oro. Quelle va être la feuille de route que vous allez leur fixer ? 

 

On part pour la 6e place et la qualif

 

La qualif et ramener ces phases finales à Pélissou, ce qui pourrait embraser le stade ? 

 

On va essayer et on part avec cette idée (rires). Maintenant qu’il y a la Poule Nationale et qu’on enlève les meilleurs, ils restent les très bons et nous, nous allons essayer de faire l’outsider de choix. 

 

La Seyne n’est pas un promu comme les autres mais il va falloir se méfier du FCTT ou d’autres clubs qui sont promus car ils arrivent avec les dents longues ? 

 

Tout est difficile, tout le monde s’arme. Ça bouge beaucoup mais nous aussi nous recrutons. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, ce qui m’importe le plus, c’est que nous retrouvions une certaine présence et efficacité dans le domaine offensif. Le recrutement est axé là-dessus. 

 

Et comme vous l’avez dit, il y aura de belles mêlées à Graulhet. C’est quelque chose qui vous tient à cœur parce-que, le jour où il n’y a plus de mêlée à Graulhet et si vous êtes en Fédérale 2, ce serait la fin des haricots pour le SCG. On va enchaîner sur la raison financière puisqu’on le sait, le Covid-19 a laissé des traces dans le milieu de la Fédérale 1 et du rugby en général. Qu’en est-il à Graulhet ? 

 

D’un côté, nous avons la chance de n’avoir que de  » petits  » partenaires au niveau des dons et de l’accompagnement. Donc, à part une ou deux, nous n’avons pas d’entreprises qui, pour le moment, soient très, impactées. Il est sûr qu’on peut y laisser quelques plumes mais pas excessivement d’après nos premiers entretiens. A moins qu’il n’y ait une nouvelle catastrophe en Octobre, je crois que petit à petit dans la saison, on retrouvera un accompagnement à peu près équivalent. 

 

Et côté supporters, vous sentez un peu le manque de sport et de rugby ? Cela peut aussi être quelque chose de positif lorsque les vannes se rouvriront en Septembre. Quand il y aura la reprise des matches, cela fera peut-être un appel d’air plus fort qu’à l’accoutumée ? 

 

Oui, pour tout le monde y compris les joueurs et les entraîneurs. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à se retrouver et à courir. C’est uniquement basé sur le bénévolat mais il y a quand même suffisamment de monde, même chez les supporters. En sport, que ce soit le rugby ou une autre discipline, ce qu’il faut, ce sont des résultats. Les résultats sont le moteur de l’engagement, du soutien et évidemment de l’ambiance pour les joueurs et les gens de l’extérieur. Ce sont des résultats et tout le reste, c’est plutôt de la littérature. 

 

On va faire un peu de projection dans l’avenir. L’année prochaine sera la première saison post-coronavirus. Comment est-ce que vous voyez le rugby évoluer après cette crise ? Cette dernière a peut-être un peu remis l’église au centre du village et certaines têtes d’aplomb ? 

 

Je le vois comme quelque chose de beaucoup plus équilibré. Je pense que le rugby sera beaucoup basé sur l’offensif car les règles sont maintenant un petit peu édulcorées dans les mêlées, les plaquages, les regroupements, les contacts. Comme me l’a dit un journaliste de la Dépêche pendant le Covid,   » le mieux est de passer à un rugby à 7 immédiatement  » (rires). Les arbitres aussi sont beaucoup tournés vers cela et le rugby est petit à petit en train de tourner une page que ce soit au niveau national ou planétaire et bien évidemment en Fédérale 1. 

 

Cette page qui se tourne vous donne un pincement au cœur ? 

 

Oui, elle se tourne. En Fédérale 2 ou en Fédérale 3, on n’a presque plus le droit de toucher quelqu’un. Il n’y a plus de mêlée et je crois que la Fédérale 1 va être la prochaine victime. Donc, il est sûr que ce n’est plus le rugby que nous,,les anciens, avons connu. Petit à petit, une page se tourne et il y a les médias, le public aussi. Il faut se renouveler et intéresser un public jeune. 

 

On espère quand même que les vieux grognards comme vous arrivent à être les gardiens du temple et à garder et faire perdurer certaines valeurs du rugby, les valeurs de ce sport qui, à la base, est un sport de combat ? 

 

Bien sûr, c’est comme dans le film, les papys font de la résistance (rires). On y croit encore et on retarde les choses mais c’est difficile de l’endiguer parce qu’il y a les problèmes sociétaux qui rentrent en jeu. 

 

On vous sent bon pied bon œil, que ce soit sur le recrutement ou l’évolution du rugby et on sait que vous saurez porter haut la voix du rugby graulhetois et du rugby tarnais, quels que soient les changements qui s’opèrent dans ce sport. 

 

On garde le moral et on part dans cet esprit. Heureusement sinon, il y a de quoi tout laisser tomber (rires). Merci pour votre soutien à la Fédérale. 

 

Avec grand plaisir et on espère que cette saison 2020 / 2021 sera radieuse pour le Sporting Club Graulhetois. Et peut-être pourrez-vous lancer un petit challenge interclubs tarnais avec Mazamet et Lavaur pour avoir la suprématie locale ? 

 

C’est gentil, merci beaucoup

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-16-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Guy Laporte lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges »

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