#Rugby – N1 / B.Trey (Blagnac) : «On se dit que c’est le bon wagon!»

Lors de notre grand débat sur la Nationale, quelques heures avant l‘avalisation de sa création, Benoit Trey, le président du Blagnac Rugby nous a exprimé sa joie de participer à cette nouvelle division. Malgré qu’il ait initialement bien appréhendé la première réforme fédérale (5 poules de 12 en fédérale 1), le patron des Caouecs a de suite pris le train en route, et ce dès l’annonce de Bernard Laporte de créer une division passerelle entre Pro D2 et fédérale 1. Pour Benoit Trey, qui s’en est pas caché lors du séminaire France Rugby, cette nouveauté de l’ovalie française lui sied à merveille.
Benoit, si Yves Garçon de Chambéry a été à la relance dans les 22 pour cette Nationale suite à la réforme en 5 poule de 12, tu en as été à la réalisation avec Frédéric Michalak.Vous avez donné un petit coup de collier pour que cet accord financier se fasse. J’imagine que, pour toi, c’est une joie de voir que quelque chose pour lequel tu t’es battu se met en place ? 
BT (Blagnac) : Bien sûr que nous aussi sommes favorables à la création de cette poule Nationale. Ce qui m’a un peu fait réagir (via une lettre ouverte) et qui a initié l’envie de Fred, dont je suis très proche, de rédiger cette lettre, c’était surtout de garder la passerelle et le lien avec le monde professionnel. Quand j’ai appris que les 30 clubs pros refusaient d’aider ou même d’entendre ce qui se passait en Fédérale 1, je ne vous cache pas que ça m’a mis un peu en colère. Fred m’a rejoint sur ce principe-là de réagir en demandant au monde pro de maintenir le lien. Donc oui, cette Nationale est brutale mais de toute façon, rien n’est normal dans cette période. Je pars du principe que tout est extraordinaire et qu’il faut s’adapter. Elle est aussi dûe au fait que les deux prétendants à la montée n’étaient pas accueillis, donc, ce sont plusieurs faits qui ont déclenché cette anticipation de la création de la Nationale. Comme Patrice Padroni, je dis qu’elle aurait quand même vu à nouveau le jour. L’état d’esprit est quand même différent et c’est pourquoi elle nous intéresse parce qu’elle veut intégrer à la fois des clubs prêts et éligibles d’entrée à monter plus haut avec également des clubs qui se structurent et se préparent mais qui ne sont pas encore prêts. C’est le contraire d’il y a 4 ou 5 ans où il fallait d’entrée être éligible pour la monter en Pro D2 pour pouvoir participer à cette poule Elite. On avait demandé à tous les clubs de rentrer dans des avec un nombre minimum de contrats de joueurs, des budgets prévisionnels minimum donc, c’était d’abord le financier. Là, l’état d’esprit est de dire premièrement que tout le monde ne sera pas éligible d’entrée et comme ça, il n’y aura pas de surprise lors des phases finales quand on annoncera qui pourra y aller. Et deuxièmement, on dit qu’on s’y prépare et que c’est d’abord le sportif et non pas le financier. Donc nous, vu la tournure qu’elle prend, on se dit que c’est le bon wagon et que ce train qui passe, il faut le prendre puisque nous aussi, depuis trois ans, nous sommes rentrés dans une dynamique de structuration, dans un vrai projet sportif et structurant avec les filles, les garçons, la formation. Pour nous, il y a un vrai challenge sportif, on sait clairement que cela va être dur mais on a envie de le relever parce qu’on le mérite. Sportivement, cela fait deux ans que l’on flirte avec les meilleurs donc, il est logique pour nous que l’on y soit. 

Que penses-tu du fait que la fédérale 1 soit délestée des grosses écuries pros ?

BT (Blagnac) : Quand on parle de passerelle, pour la nouvelle Fédérale 1, il y aura un bouclier à aller chercher au bout. Donc, cela redonne vraiment de la couleur et un bel intérêt pour la Fédérale 1 et ça permet aussi à des clubs de Fédérale 1 qu’à terme, ils pourront accéder à cette Nationale. Ça tire tout le monde vers le haut, il y aura deux montants de Fédérale 1 vers la Nationale, deux montants de la Nationale vers la Pro D2. Couper ce lien en haut, c’était finalement couper le lien avec les autres divisions et la Fédérale 1 dans son ensemble. Je trouve au contraire que cela va fédérer. 

Benoit, pour tes gars et toi, cette Nationale va être un véritable challenge sportif ? J’imagine que cela va un peu changer leur vie car tu n’as quasiment que des pluriactifs, il va falloir qu’ils s’adaptent et qu’ils mettent un peu d’huile de coude. Pour Blagnac, c’est un véritable engagement fort ? 
BT (Blagnac) : Bien sûr mais ils se le sont gagnés, ils tirent vers le haut-niveau. Donc, ils sont ravis du challenge sportif à relever tout en étant conscient de l’ampleur du défi qui les attend si jamais on y est. J’ai lu sur votre site que, selon un ancien vice-président de la Fédération, Blagnac n’était pas invité.Je suis désolé mais si, Blagnac est invité puisque Blagnac se l’est pelé sur le terrain, se structure et a gagné le droit d’y participer. Et je peux vous dire qu’on regardera droit dans les yeux les joueurs qui viendront nous Blagnac nous affronter et on saura recevoir avec tout ce qu’on aime dans le rugby et toute la convivialité. Mais par contre, on y mettra le cœur sur le terrain. Il y a un beau défi à relever mais on a conscience bien évidemment de l’ampleur et de la difficulté parce qu’il va falloir qu’il travaille un peu le temps de récupération et la préparation va être importante. Je mise aussi sur le fait que nous sommes un groupe qui reste stable mais qui sera bien évidemment renforcé un petit peu. On fera nous aussi avec notre effectif mais c’est un groupe qui se connait et qui devrait rapidement trouver ses repères. Après, il est sûr que ça va être dur. 

Benoit, je sens que pour toi, tu aurais préféré être à 12 ? 
BT (Blagnac) : Oui, nous on prône pour le 12 parce-que sinon, cela ferait beaucoup de changements d’un coup.A 14, ça représente 4 matches de plus soit un bloc de plus. De part notre effectif pluriactifs entre autres, un bloc de plus, ça demande beaucoup de sacrifices supplémentaires pour nos joueurs. Mais d’un intérêt plus haut et général, pas que pour mon club, on a quand même encore une incertitude sur la date de reprise du championnat par rapport à la crise sanitaire et à la situation sanitaire qu’il y aura en Septembre. Donc, si jamais on se rajoute 4 matches de plus dans un calendrier qui risque peut-être de se décaler, on prend un risque supplémentaire de venir le congestionner. Donc, moi je prône un oui pour le 12 parce-que, d’une part, ça assouplit quand même le calendrier en cette période d’incertitude de reprise et d’autre part, il faut quand même un step intermédiaire pour préparer les clubs et les effectifs. On va y aller avec nos groupes, on ne va pas faire de course à l’armement, on ne va pas non plus se sur-équiper donc, il ne faut pas non plus nous mettre un calendrier infernal. Après, il y a le cas des espoirs qui, oui, sont une incertitude. Il est sûr que si les espoirs suivent, ça va être là-aussi une cadence infernale. Dans la plupart des clubs, et même des clubs pros, les effectifs espoirs sont composés d’étudiants. Partir le vendredi pour aller jouer le samedi soir, ça parait compliqué pour une équipe espoir donc, je prône aussi pour un championnat espoirs National, avec peut-être un 2e niveau mais plutôt par secteurs, Grand-Sud, Midi-Pyrénées, Occitanie, etc. 

Benoit, pour toi, être en Nationale plutôt qu’en Fédérale 1 va peut-être pouvoir te permettre d’aller capter aussi de nouveaux partenaires ? 
BT (Blagnac) : C’est vrai qu’on dit souvent que ceux qui doivent y être doivent être calibrés pour la course à l’accession . Moi, je suis convaincu qu’un modèle économique avec pas forcément un gros budget peut y aller à partir du moment où on laisse aux clubs le temps de s’y préparer. J’ai des partenaires qui m’ont clairement dit qu’en raison de la crise, ils se demandaient s’ils allaient continuer avec la Fédérale 1 classique alors que là, ça nous donne encore plus envie de maintenir notre partenariat. J’ai des retours concrets de partenaires qui me disent  » ce nouveau challenge pour notre club nous donne envie de faire l’effort de partenariats financiers que peut-être nous n’aurions pas fait en cette période troublée « . Donc clairement, et pour répondre à ta question, oui, ça va nous faire venir des partenaires, éventuellement nouveau, même s’il y a une incertitude économique parce qu’il y a un beau challenge sportif. Donc, je pense qu’il faut aussi laisser le temps aux clubs de s’y préparer et de se structurer. Moi, en 3 mois, il est clair que je ne peux pas demander à mes joueurs qu’ils se mettent à mi-temps tout de suite auprès de leurs employeurs. Ils ont souvent des CDI, ils travaillent à temps plein mais par contre, si on y est d’ici un an ou deux et si on reste, peut-être qu’on s’y préparera et que, petit à petit, avec nos produits qui augmentent, on pourra demander à faire faire des mi-temps à tout notre groupe pour qu’ils travaillent à l’entreprise le matin et l’après-midi en club. Je considère que la pluriactivité est plus que jamais d’actualité ainsi que la reconversion. On voit Thomas Lombard qui a fait la une du Midol sur la pluriactivité et sur le fait que maintenant, c’est aussi l’avenir en cette période d’incertitude. Donc, je pense que des clubs comme nous, un peu hybrides, ont leur place et vont justement permettre de leur donner ce temps de préparation important pour fédérer des partenaires, fédérer au niveau de la formation, fédérer des jeunes et autres. 

Benoit, toi qui a profité plusieurs fois de cette médiatisation de la TV, est-ce que tu as senti un effet télé après que celle-ci soit passée, que ce soit sur les réseaux sociaux ou chez les partenaires, sur les appels, les adhésions à l’école de rugby ? Est-ce qu’il y a vraiment un impact , un avant / après que la chaîne l’Équipe a mis un coup de projecteur sur un club ? 
BT (Blagnac) : Oui, ça amène une aura et une médiatisation mais c’est difficilement quantifiable, on n’a pas le retour direct dans nos comptes ou dans notre financier. Ça amène une médiatisation intéressante, c’est sûr qu’on peut monétiser. Nous, nous avons été télévisés trois fois donc, nous somme pas encore précisément en mesure d’avoir du recul. Pour l’instant, à mon avis, avant de dire est-ce qu’elle va continuer et comment, c’est déjà de demander si la chaîne l’Equipe sera encore là. Parce-que, selon mes infos, Canal va occuper tout l’espace donc, la chaîne l’Equipe se retirerait ou n’envisagerait que les phases finales de la Fédérale ou de la Nationale pour l’instant et peut-être quelques lundis en différé. Donc, avant de dire  » quand est-ce qu’ils vont filmer et qui ? « , c’est déjà  » vont-ils continuer à mettre en avant la Fédérale 1 ou en tous cas la 3e division ? « . Je sais qu’ils le font bien, c’est clair, ils mettent bien en avant notre division et là, je parle de la Fédérale 1 en générale. Il est certain que ça tire vers le haut mais il faut savoir le garder. Le fait que ce soit gratuit amène aussi, nous avons fait le pic en recevant Henri-Guillaume lors du quart de finale Blagnac / Bourgoin avec 493 000 téléspectateurs de dernière minute. Ça cause, ça fait un demi-million et ça nous intéresse. Par contre, jouer les vendredis soirs avec si peu de retours et des droits TV si peu significatifs, c’est vrai que ça fait beaucoup d’efforts, ça demande beaucoup de sacrifices pour les joueurs. Il y a aussi pour nous ce dilemme-là : oui pour la médiatisation mais à quel prix par rapport aux sacrifices que cela génère pour nos joueurs qui doivent poser une demi-journée voire une journée pour aller être télévisé le vendredi soir. 

Benoit, on sait que lors du dernier séminaire, tu avais proposé deux poules de Jean-Prat et deux poules de Du Manoir. Est-ce que tu as d’autres idées comme cela en stock ? 
BT (Blagnac) : Non, pas là dans les bagages mais après, oui, on a des questions et on a tous les mêmes. A 60 en visio, ça va être un séminaire particulier et je ne pense pas qu’on puisse trop intervenir sinon, ça va être trop cacophonique. On aura le week-end pour réfléchir puisque je crois qu’on doit se positionner définitivement lundi donc, je pense qu’il ne faudra pas réagir à chaud. Il faudra écouter, amener des remarques, donner notre avis si on nous le demande et puis on décidera. Il faudra que chacun se pose le week-end et décider finalement lundi. Ce n’est pas sur un séminaire en visio à 60 présidents qu’on peut poser les vraies questions. On sera plus là pour écouter leur projet, voir le cahier des charges et en effet, un club complet sur le côté sportif, c’est intéressant. 

Benoit, tu nous l’as dit, tu vas sûrement jouer le maintien mais on te souhaite de faire encore de belles surprises, parce qu’avec Blagnac, il y a toujours une surprise au coin du chemin. On connaît ta tactique, un peu comme Tapie face au grand Milan , d’éteindre la lumière à chaque fois. Lors des matches chauds, tu vas nous éteindre la lumière tous les week-end à Blagnac ? 
BT (Blagnac) : (rires) Oui, pourquoi pas ? C’est une bonne idée. Non, on a refait passer l’entreprise donc, ça ne devrait plus re-péter, c’est bon. 
La chaîne l’Equipe peut revenir tranquille, les yeux fermés. Ça commencera à l’heure, on ne verra pas la mire comme l’autre fois quand l’électricité à exploser ? 
BT (Blagnac) : On a un stade aux normes. Ce jour-là, j’ai eu la peur de ma vie. 
J’imagine parce qu’il y avait un risque d’avoir match annulé et perdu sur tapis vert
BT (Blagnac) : Je ne veux plus le revivre ! 

On voit quand même qu’il y a de la solidarité même si, pour certains, vous allez être adversaire. Il y a aussi de la solidarité financière puisque la LNR a enfin plié et a mis un petit peu d’oboles dans le milieu fédéral et c’est aussi cela la bonne nouvelle. Pendant quelques semaines, le rugby a montré une mauvaise image avec des chapelles qui se battaient et où tout le monde se regardait en chien de faïence mais, au bout du bout, on est quand même arrivé à faire un maul. Et je pense que tu es d’accord pour conclure que c’est quand même plutôt un happy end ? 
BT (Blagnac) : Oui, c’est une très bonne chose et moi, je suis ravi. Je remercie la Fédé, les dirigeants, la Ligue qui ont réussi à trouver un accord. Je pense que ce sont tous les clubs, tout le monde amateur qui en sort grandi; ça tire vers le haut. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-5-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de notre débat spécial Nationale, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 5 juin 2020

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