#Rugby – Fed1 / C.Laynaud (Vienne) : «Sur la Nationale, j’avoue que nous sommes en pleine hésitation!»

Nous sommes allés à la rencontre du CS Vienne, avec Claude Leynaud, un président dont club est éligible à la nouvelle poule Nationale (division intermédiaire entre ProD2 et Fédérale 1) . Tenté sportivement par l’aventure, le CSV est en grande réflexion pour faire le choix le plus en adéquation avec ses moyens et ses ambitions. Claude Laynaud avec l’ombre tutélaire d’un brennus 1937 dans l’armoire au trophée, aimerait ramener en Isère les Narbonne, Bourg Bourgoin ou encore Albi au stade Etchevery pour enflammer un public passionné et fidèle mais tempère c’est enthousiasme par un pragmatisme économique certain . En clair chez les drapiers, la réflexion est lancée mais la décision finale de ce club ne voulant pas louper un tournant historique , ne se fera pas au détriment du futur et de la pérennité d’une entité qui a fait de sa convivialité et de sa base bénévole une réelle force .

 

 

Comme pour tout le monde, cette saison au CS Vienne s’est un peu finie en cacahuètes à cause de cette crise sanitaire. En plus, à Vienne, vous vous frottiez un peu aux gros calibres de la poule 1 ? 

 

On avait effectivement un ou deux gros calibres, comme dans chaque poule puisque c’est un peu ce qui avait été décidé avant au niveau de la Fédé. C’est aussi ce que nous, président de clubs, avions décidé au niveau des poules pour qu’il y ait de beaux matches et quelques clubs intéressants dans chaque poule de manière à faire un petit peu de public et c’était bien. 

 

Vous étiez loin d’être ridicules puisque vous étiez 4es à l’arrêt des compétitions. C’était une très, très belle place pour le CS Vienne ? 

 

Oui, c’est vrai, c’est sûr qu’on s’est bien débrouillé. On était très content d’aller en phases finales, ce qu’on a d’ailleurs merveilleusement réussi puisque tout s’est arrêté (rires). C’est vrai que ça a été une belle saison pour nous et que c’était bien parti. Comme pour beaucoup, il est dommage que ça se soit arrêté de cette manière. 

 

En plus, c’était une fin de cycle pour l’ancien staff. Faire des phases finales et vivre une belle aventure humaine aurait pu être une belle récompense pour le travail accompli de ce staff sur le départ ? 

 

Oui, c’est cela, surtout pour Matthieu Lazèrges qui est resté six ans chez nous et qui est quelqu’un qu’on appréciait beaucoup. Mais, il fallait un peu tourner la page et Benjamin Ollivier, l’entraîneur des avants, avait déjà pris sa décision en milieu de saison en nous disant qu’il ne continuerait pas la saison suivante. Il était donc plus facile de se préparer et on a pris l’entraîneur de Rumilly, Julien Véniat. On s’est séparé de Matthieu Lazèrges et pourtant, on avait vécu de belles aventures avec lui, entre des montées et des descentes puisqu’on a fait le yo-yo à une certaine période. Je rebondis un peu sur cela parce que, pour parler simplement des clubs qui vont monter de Fédérale 2 et qu’on est allé chercher assez loin, nous avons mis plusieurs années pour apprendre la Fédérale 1 et tout ce que ça comprenait comme problèmes de contrats et pour se mettre dans la légalité et je crois que l’important, c’est ça. J’ai regardé un petit peu ce qu’avait dit Thierry Murie et moi, j’ai beaucoup d’admiration pour ce gars-là parce qu’on est arrivé en Fédérale 1 quand lui est arrivé à la Fédé. Je pense que le travail qu’il avait effectué était sensationnel parce-que nous, on a vu un changement qui était radical par rapport à l’époque d’avant. Je me suis toujours plaint des problèmes qu’on avait eu, à se retrouver dans des poules trop sérieuses, ce qu’on appelait à l’époque  » la poule de la mort  » et où on était 10. Dans cette poule, il y avait 6 clubs sur les 10 qui voulaient monter en Pro D2 et ça a été très compliqué, donc, on était redescendu tout de suite. On essayait toujours d’avoir des renseignements et des éclaircissements sur les contrats, la manière de faire et autres et on ne les avait jamais. Le changement est apparu à partir de Thierry et là, j’avoue que pour nous, ça a vraiment été radical, d’abord au niveau de la tenue des comptes. Cette année, on ne s’en sort pas si mal parce que tous nos joueurs ont pu être au chômage partiel et chez nous, en comptant le personnel du club, ça a quand même été 42 personnes au chômage partiel. Et je peux vous dire que, malgré tout ce qu’avait fait l’Etat par rapport à ça, ça nous a permis de nous en sortir correctement. Normalement, cette saison, on est vraiment tranquille grâce à cela, on pourrait dire que ça a remplacé les phases finales. 

 

On parlait aussi du changement de staff et vous évoquiez Julien Véniat, arrivé de Rumilly. Mais vous avez quand même mis un ancrage local, un ancrage du club avec Thomas Trauttman, l’idole du CS Vienne ? 

 

Oui, l’idole du CS Vienne, notre jeune  » vieux  » (rires). Je suis très content que cela se passe comme ça et je reviens sur l’expérience qu’on a eue. Lorsqu’on était monté la première année, on a été maintenu sur tapis vert après avoir été champion de France en Fédérale 2. L’année suivante, on est maintenu sur tapis vert parce-que Saint-Etienne dépose le bilan, chose qu’on commençait à voir à l’époque. Comme nous avons été prévenus fin Juillet du maintien, on est parti sur des agents, des étrangers et on s’est retrouvé avec un club où on avait 12 ou 14 étrangers dans l’équipe. Et je le dis sincèrement, ça a été catastrophique dans le système. On est parti sur ces agents, sur des appartements, sur plein de choses et c’est pour cela que j’avertis bien les gens qui viennent de monter de Fédérale 2 et qu’on a aujourd’hui précipité en Fédérale 1 : c’est très, très dangereux et il faut faire attention de ne pas sombrer dans ce professionnalisme. Avant de mettre le pied dans du professionnalisme à outrance, il faut vraiment avoir les moyens et structurels et financiers. Ça, ça a été compliqué et nous, on s’est quand même ramassé là-dessus. Par contre, depuis, on est beaucoup plus revenu à des joueurs régionaux, à part deux ou trois exceptions, on ne tourne pratiquement qu’avec nos joueurs régionaux. Et j’avoue qu’aujourd’hui, ça change tout parce qu’on fait partie des clubs qui ont du public avec une moyenne de 1 400 /  1 500 personnes le dimanche. Et avec tous ces jeunes des alentours, les parents, les cousins, la famille viennent et tout cela a vraiment amené quelque chose de beaucoup mieux. J’espère que cela pourra durer le temps et qu’on maintiendra le cap de cette manière. 

 

On va parler un peu du futur mais surtout du présent. Avec la crise du coronavirus, la Fédération Française a dû arrêter les championnats en cours de route. Pour préparer la saison prochaine, ils ont dû mettre en place une réforme de la Fédérale 1. La première réforme portait sur 5 poules de 12 avec beaucoup de montées de Fédérale 2. Il devait normalement y avoir aussi deux montées de Fédérale 1 à Pro D2 mais l’entonnoir s’est enrayé et un goulot d’étranglement s’est créé. Que pensiez-vous de cette première réforme avec 5 poules de 12 et est-ce que cela vous convenait à Vienne ? 

 

Sur le coup, je dirai que je n’ai pas trop compris le principe de faire monter autant de clubs. Après, c’est la Fédé qui décide et qui voit à peu près le truc si ce n’est qu’à partir de ce moment-là, on a recommencé à nous parler de la poule Elite. Donc, déjà, je trouvais que 60 clubs en Fédérale 1, ça faisait énorme justement parce qu’il faut s’y faire, qu’il faut des moyens, qu’il y a plein de structures à mettre en place, il y a l’URSSAF, il y a les contrats. Nous, on paie 280 000€ d’URSSAF par an donc, il faut savoir que plus on augmentait nos budgets plus on augmentait l’URSSAF. Et aujourd’hui, si les clubs ne le font pas, il est certain qu’à un moment ou à un autre, ils vont se faire taper sur les doigts et que ça mettra des clubs au fond du trou qui descendront en Fédérale 3 ou en-dessous donc, c’est dangereux. Voilà pourquoi aujourd’hui, je suis très méfiant quand je vois cela parce qu’à mon avis, dans les 60 clubs, certains n’auront aucune structure pour évoluer. Déjà, dans les clubs qui restent, je me rappelle de Thierry Murie qui en avait secoué certains en leur disant  » vous annoncez des budgets alors que vous n’avez même pas un secrétariat « . Et c’est vrai, les gens n’avaient même pas une secrétaire donc, c’est compliqué. Voilà pourquoi j’ai aujourd’hui un peu de crainte par rapport à cette poule. 

 

Vous avez peur que ce soit un cadeau empoisonné ? 

 

Sur le global, oui et en plus, j’ai l’impression qu’on descend dans le niveau. C’est ce m’inquiète un peu parce qu’on va toujours se retrouver avec des clubs en bas vraiment très bas et d’autres vraiment très haut, parce qu’ils existent toujours. Maintenant, le fait de créer cette poule Nationale est aujourd’hui, pour moi, un peu précipité. Quand Bernard Laporte m’a téléphoné, il y a déjà au moins 15 jours / 3 semaines, je reconnais que je lui ai dit, la tête sur les épaules  » aujourd’hui, on ne sait rien. On ne sait pas si on va pouvoir recevoir du public, on ne sait pas si on va pouvoir faire des repas « . Nous, dans la convivialité de Vienne entre autres, on a en moyenne 400 repas tous les dimanches entre les supporters et les partenaires. Si on ne peut plus recevoir dans nos espaces de partenariat ni recevoir de public, on est mort parce qu’en fin de compte, nous ne sommes qu’une petite ville. On n’a pas un tissu industriel suffisant, nous n’avons pas de gros partenaire mais quantité de petits et donc, la crainte était là-dessus. Quand on avait discuté à l’époque, on avait voté pour avoir à nouveau une poule Elite mais qu’à partir de 2021 / 2022. 

 

Ce qui permettait aussi de coller avec les droits TV qui se finissaient et de relancer un appel d’offre ? 

 

Je crois qu’il y avait tout ça mais moi, je n’étais pas dans ces petits papiers-là. Nous, nous regardions simplement le fait qu’effectivement, pour l’instant, on trouvait que c’était mieux d’avoir deux clubs dans chaque poule pour nous permettre de faire du chiffre. L’année dernière, nous avions Bourgoin dans la poule, qui est notre  » petit rival « ,  bien qu’on les aime et que nous n’ayons aucun souci avec eux, mais c’est un rival de haut-niveau. Et quand on les a reçus, on a fait 4 800 entrées, avec une soirée extraordinaire et pour nous, c’était génial. Il faut voir que tout le monde partout se plaint des entrées et de leur baisse, on en voit certains qui n’en font que 300 ce qui n’est vraiment pas beaucoup donc, avoir deux matches importants comme ça dans la saison dans nos clubs qui font remonter les entrées, c’était bien. En tous cas, nous, on a trouvé que c’était bien de maintenir le cap comme cela et d’en rediscuter plus tard. Là, on a un peu précipité les choses, surtout que la période n’est pas faste, on ne sait pas encore comment ça va se passer avec les partenaires. Nous, on commence à les voir maintenant car on a laissé passer un peu de temps mais, est-ce que les partenaires vont continuer à donner ? Une entreprise qui est dans la merde ne va pas vous dire  » moi, je vous donne « . Le rugby, ce n’est pas le principal, il faut d’abord sauver sa boite avant de donner de l’argent au rugby ou au foot ou à n’importe quoi, c’est clair. Donc, voilà pourquoi j’ai effectivement un peu des craintes aujourd’hui. On commence à y voir un peu plus clair et je pense que ça va ré-attaquer mais on ne trouvera pas les budgets. Nous, c’est clair et net, dès le moment de la crise, on a d’office descendu notre budget de 300 000€. On était à peu près à 1M4, on est tombé à 1M1. 

 

Avec une renégociation salariale pour les joueurs ? 

 

Oui, bien sûr, tous nos joueurs ont accepté une diminution donc ça, c’est quand même un atout. 

 

Les joueurs ont fait preuve de solidarité en faisant pack avec le club dans une situation exceptionnelle ? 

 

Oui, tout à fait, c’est vrai qu’il n’y a pas de problème sur ce plan-là. Mais, un autre problème qui peut intéresser des gens qui montent en Fédérale 1, on a un joueur qui a joué toute la saison dernière et à qui on a donné le minimum, car ils sont pluriactifs chez nous. Donc, il a un travail et on lui a donné 1 050€ brut et cette année, il nous dit  » je suis super content à Vienne, c’est parfait et j’accepte de baisser mon salaire et de prendre 600€. J’ai mon boulot à côté, ça me va très bien « . Sincèrement, je vous assure que c’est la vérité et pourtant, on n’a jamais pu le faire. On ne peut pas le faire parce-que, et ça, que les gens qui montent en Fédérale 1 le sachent, si vous faîtes un contrat à un gars qui a été pro, même si c’était il y a deux ans et même si c’était un contrat espoir pro, il y a un minimum syndical qui est de 1 050€ et vous ne pouvez pas le baisser, même pas d’un centime. Donc, un gars qui veut faire des efforts pour aider le club, il ne peut pas le faire. Ça, ça fait partie des choses que, si un gars qui monte de Fédérale 2 ne sait pas, il va aller chercher des joueurs qui jouaient en pro et il va se retrouver demain avec des trucs énormes. Par contre, si ce joueur va jouer en Fédérale 2, il pourra prendre des indemnités kilométriques. On voit donc des joueurs de bon niveau qui sont partis jouer en Fédérale 2 ou en Fédérale 3 parce qu’en fin de compte, ils sont mieux payés. Donc, il y a quand même quelque chose qu’il faut vraiment revoir dans le système, d’abord, parce-que des clubs font n’importe quoi à certains niveaux et on a fait monter la sauce avec des joueurs. 

 

C’était la course à l’échalote ? 

 

Oui, c’est ça. J’espérai que le Covid fasse un petit peu retomber les gens à d’autres niveaux. Nous, nous sommes partis sur le principe qu’aujourd’hui, il ne fallait que des pluriactifs parce qu’on n’a ni les moyens ni 3M de budget. Tant mieux pour ceux qu’ils l’ont mais nous, on ne les a pas et on est parti sur du pluriactif et ils sont très contents. Ce sont des joueurs qui ont le minimum syndical comme on peut et derrière, ils ont un job. Par contre, là où il y aura problème, c’est si on doit se déplacer loin et partir le samedi et ainsi de suite, parce-que là, c’est un autre souci. 

 

On va également parler de cette poule Nationale qui vous a été présenté en séminaire Vendredi 5 Juin. Vous avez possibilité de répondre jusqu’au 8 Juin pour en faire partie. Comment avez-vous trouvé la genèse de cette Nationale ? Est-ce qu’elle s’est faite aux forceps, est-ce que le timing est le bon ? Mais, n’est-ce pas quand même le sens de l’histoire qu’elle existe ? 

 

Je vais me répéter mais, compte-tenu de la situation actuelle, il est certain que pour moi, ce n’est pas le bon moment. Je ne sais pas comment font les gars qui annoncent des budgets, tant mieux pour eux mais je ne sais pas où ils vont les chercher. Personne n’a aujourd’hui la certitude de savoir si les entreprises et les mairies vont encore donner de l’argent. On ne le sait pas du tout donc, ceux qui y vont, tant mieux, je pense qu’il y a des clubs qui sont bien tenus et qui peuvent y aller sans problème. Nous, nous sommes actuellement en pleine étude là-dessus car, quand Bernard m’avait appelé, j’avais dit non sur le coup. Aujourd’hui, je m’interroge un peu parce qu’il est vrai qu’avec mon collègue président et le directeur général,  on s’est posé la question sur tout cela en se disant  » il va quand même y avoir des grands noms à Vienne qu’on n’a pas revus depuis longtemps  » car Vienne, dans les années 70 / 75, recevait Narbonne, Agen, Béziers. C’était la grande époque de Vienne qui a duré jusqu’à ces années-là et revoir tous ces clubs à Vienne, c’est vrai que ça peut amener du public. 

 

En effet, Vienne fait partie des 18 clubs qui peuvent être éligibles car vous avez fini dans les 18 premiers nationaux et donc, vous pourriez candidater avec vos résultats sportifs. 

 

Absolument, c’est ce qu’on nous a répété dans les jours passés donc, j’avoue que nous sommes en pleine hésitation aujourd’hui. On a attendu de savoir ce que proposait exactement la Fédé parce qu’il se dit tellement de choses, notamment sur le fait que l’on devait toucher de l’argent. Mais, tant que la Fédé n’a pas annoncé véritablement le réel, on ne peut pas prendre de décision pure, voilà où on en est aujourd’hui. Je pense que pour tous les clubs, c’est sans doute une folie de faire un truc pareil à l’heure actuelle mais j’espère qu’on va passer le Covid et que derrière, l’épidémie sera finie et qu’on ne va pas recommencer au mois d’Octobre. Les interrogations sont là-dessus donc, il vaut mieux être optimiste et se dire que ça va être bon. 

 

Si je lis entre les lignes et que le cahier des charges n’est que sportif, Vienne pourrait prétendre à être dans cette poule Nationale et que vous seriez prêts à candidater ? 

 

Oui, on pourrait candidater. On attend encore quelques points parce qu’il est vrai qu’aujourd’hui, et je le répète, on a plusieurs problèmes. S’il faut jouer le samedi soir, pour nos joueurs qui sont pluriactifs, qui travaillent et qui finissent tard, si on doit se déplacer à Tarbes, c’est clair que c’est compliqué. En plus, on partira à 60 donc, deux équipes, c’est quand même complexe. Tout ça est pour nous en étude, on essaie de poser le pour et le contre, d’avoir les dernières directives et les dernières indications de la Fédé pour savoir véritablement ce que l’on fait, si on dit oui ou pas. 

 

Est-ce que vous allez aussi consulter les joueurs pour prendre votre décision pour savoir si eux-aussi ont envie d’aller dans cette Nationale 1 ? 

 

J’ai déjà posé la question aux entraîneurs. Le matin, ils m’ont dit  » un truc comme ça, ça nous fait rêver, c’est extraordinaire et sensationnel « . Et après réflexion, l’après-midi, on était un petit peu retombé parce-que l’impression que l’on a au début que c’est sensationnel et que l’on va faire de sacrés matches est ensuite mise en balance avec des interrogations. On se dit effectivement qu’en recevant Narbonne à Vienne, on fait 3 500 personnes parce-que c’est un retour et régionalement, c’est pour nous important. Le problème, c’est que si tu perds le premier match chez toi puis ensuite le deuxième, ton public, tu ne l’as plus. On l’a vécu puisqu’il y a quatre ans, justement, on est tombé dans cette  » poule de la mort « , on a reçu les grosses équipes au début, on perd 30 à 10 chez nous contre Bourg et ainsi de suite. Ça a très, très mal démarré et on a vu que le public s’était échappé. J’en parlais avec notre animateur à qui j’ai posé la question et il m’a dit  » tu te rappelles des premiers matches quand on a  » ramassé  » contre certains clubs ? D’habitude, on vend 80 bouteilles de champagne à l’espace partenaires club et là, on en vendait pas une « . Les gars fuyaient et s’en allaient parce qu’on avait honte et c’était catastrophique. Donc là, par moment, on se pose la question de savoir s’il ne faut pas un peu bien sortir son épingle du jeu et faire des phases finales en Fédérale 1  » normale  » que de plutôt être avant-dernier dans une poule qu’on appellera Elite. Réellement, je ne sais pas ce qu’il vaut le mieux dans la période actuelle. 

 

On vous sent tangent et hésitant sur cette décision à prendre. Qu’est-ce qui pourrait vous faire basculer d’un côté ou de l’autre ? 

 

D’abord, il y a malgré tout l’argent. Quand on va partir à perpète, j’ai entendu qu’au-delà de 1 000 km, on aurait une partie de l’hôtel payée et ainsi de suite. Le problème, c’est qu’on n’a pas de déplacement de 1 000 km, le plus loin, ça va être 700 / 800 donc, c’est un peu la bouteille à l’ancre parce qu’on n’a pas de certitude sur ce qui va être remboursé. Je préférerai qu’on nous dise qu’il va y avoir une participation aux frais qui va représenter tant par match et à l’extérieur. On a tellement l’habitude en France de toucher de l’argent de partout, même quand on ne fait pas grand-chose que je ne reconnais que je ne serai pas spécialement pour (rires). Mais, je pense que ça pourrait faire une décision parce-que, dans ce cas-là, ça voudrait dire qu’on aurait peut-être deux ou trois joueurs supplémentaires à aller chercher pour avoir un peu plus de tranquillité et ne pas risquer quelque chose avec nos joueurs pluriactifs qui, eux, vont devoir poser une journée. Quand on va rentrer le dimanche soir, ça va être compliqué parce qu’on va rentrer à 3 ou 4 heures du matin donc il faudra qu’ils posent leur lundi. Cette saison, je crois qu’on est parti sur 34 contrats plus, bien sûr, des jeunes. 

 

Il ne faut pas oublier la problématique des espoirs

 

Non, bien entendu, il y a aussi les espoirs. C’est pour cela que, quand je vous dis qu’on va se déplacer à 60 avec les espoirs, ça fait quand même mal. Donc, bien sûr que tout cela est financier. Moi, je sais que s’il n’y avait pas de problèmes financiers aujourd’hui, j’aurai évidemment dit que ça valait le coup. Mais, pour l’instant, ça fait partie de nos interrogations. Je sais que le département peut aider un peu plus s’ils n’ont pas trop de soucis à cause du Covid. Au niveau de la mairie, on devait attaquer une série de travaux et on a un maire qui suit beaucoup qui nous dit  » on va faire les travaux parce qu’il faut favoriser les entreprises de la région pour essayer de faire des travaux au stade « . On a aussi besoin d’un éclairage qu’on attend depuis longtemps, c’est également important pour nous parce-que, si un jour on doit jouer le soir, pour nous, c’est bien. Il y a beaucoup de choses qui sont en cause mais ça peut aller très vite. Pour l’instant, on est encore en hésitation et je pense que la discussion qui a lieu vendredi soir va être très importante pour notre décision. 

 

Nous avons eu en interview l’ASVEL, qui va s’appeler Stade Métropolitain, avec son président Gérard Gabet. C’est un club qui est en train de se structurer et de grandir pas à pas, qui a monté une SASP et qui était il y a peu de temps en Fédérale 2. On peut faire un comparatif entre Vienne et l’ASVEL, ce sont deux clubs du même coin, qui sont en train de grandir petit à petit, sans griller les étapes mais sereinement ? 

 

Surtout que c’est un club sérieux qui sort beaucoup de joueurs. On voit que chaque année, ils n’ont pas un gros recrutement mais ils ont toujours une bonne équipe parce qu’ils ont beaucoup d’étudiants. Moi, je trouve franchement que c’est un bon club. Derrière, ils ont quand même aujourd’hui cet avantage de la métropole lyonnaise, avantage et inconvénient parce-que le LOU vient chercher un peu partout, mais, ils peuvent vraiment sortir leur épingle du jeu peut-être un peu plus facilement. C’est qui leur manque sans doute, c’est justement par rapport à cela : comme ce sont de grandes villes, ils n’ont pas le public. Mais, ils ont des entreprises donc, pour eux, c’est bien. Moi, je trouve qu’il faut avoir des envies et des intentions et ils ont toujours été là. Ils ont toujours fait des bonnes équipes et je trouve que c’est bien. En plus, on a de très bonnes relations avec eux, ce sont des gens que j’aime bien. 

 

Est-ce que Vienne et l’ASVEL peuvent être, dans le futur, des clubs qui soient dans cette poule Nationale ? 

 

Je pense que l’ASVEL ne le pourra pas cette année puisqu’ à priori, c’est sur résultats sportifs. Dans le futur, je pense qu’ils ont des intentions et des possibilités, c’est certain. 

 

Tout comme Vienne ? 

 

Nous, on a un tissu industriel qui est quand même limite. Je le dis sincèrement, à Vienne, on n’a pas de grosses entreprises. Notre plus gros partenaire donne 50 000€ alors qu’il y a des endroits où les gens prennent 800 000 ou 1M d’euros. Nous, on n’a pas ça. 

 

Un peu comme Graulhet, vous avez souffert de la désindustrialisation avec la draperie qui est un peu en perte ? 

 

Oui, c’est vrai. D’ailleurs, l’époque du grand Vienne est à l’époque où il y avait encore les industries dans le tissu. Aujourd’hui, ce n’est pas mal mais on n’a pas de grosses entreprises. La grosse entreprise, c’est Yoplait mais je crois que maintenant, c’est américain donc, on ne les voit jamais et on n’a aucune solution. J’aimerai bien que les gens s’intéressent un peu plus à nous (rires). Et puis, il est sûr qu’il y a quelqu’un aujourd’hui qui  » pompe  » beaucoup, c’est le LOU. Ils font beaucoup de travail et franchement, ils ratissent, c’est bien. 

 

Il y a une forte attraction ? 

 

Oui, bien sûr mais je ne suis pas contre, bien au contraire. De toute façon, même si on a les miettes du LOU, on les prend. La seule chose, c’est qu’on n’aura jamais un budget de 3M ici, à Vienne, c’est certain et je le dis. Si on arrive un jour à un budget de 2M, et on travaille pour, ce sera, pour moi, le maximum. Et en admettant qu’on reste en Fédérale 1, franchement, on n’envisage même pas un jour une montée en Pro D2, on ne peut pas l’envisager. Il y a des clubs comme Bourgoin qui peuvent envisager cela parce qu’ils ont laissé des traces, qu’ils sont encore dans les têtes et qu’ils sont partout. 

 

Et de par leurs infrastructures ? 

 

Oui et puis, Bourgoin, c’est Bourgoin. Je vais vous citer un exemple : il y a quelques années, je suis allé faire une fête à Vic-Fezensac, plus loin que votre coin, et je discutais avec des gens qui me demandaient d’où je venais avec mon accent. Quand je leur ai répondu de Vienne, ils m’ont demandé où c’était et quand j’ai répondu vers Bourgoin, ils m’ont dit que ça y est, ils voyaient grâce à Rajon. C’est tout con mais il y a effectivement des endroits où Bourgoin a marqué les esprits et c’est normal. 

 

Avec les épopées qu’ils ont fait, c’est quand même logique

 

Bien sûr que c’est normal, comme Albi chez vous, quand on en parle, c’est quand même important. Nous, c’est beaucoup trop loin, on n’a pas su prendre le train au bon moment. Quand il y a eu le professionnalisme dans les années 90, nous étions totalement en chute et c’est vrai que c’est dommage. Mais, nous n’aurions peut-être pas eu les même retombées parce qu’à Bourgoin, il y a quand même beaucoup d’entreprises, ils ont des zones industrielles qui sont larges et intéressantes. Nous, on attend, on en a mais pas suffisamment et on fait avec. On a beaucoup de petits partenaires, à peu près 250 et on est très content comme ça. On joue beaucoup sur la convivialité, ce qu’on voulait, c’est que les joueurs s’amusent et qu’on fasse quelque chose. Ça a été cette année, c’était bien et tant mieux, j’espère que ça durera. 

 

Si j’ai bien compris les perspectives pour la saison prochaine, si vous acceptez la montée en Nationale, vous jouerez sûrement le maintien. Par contre, si vous allez en Fédérale 1  » tout court « , avec la saison que vous avez fait l’année dernière, il y a quand même moyen d’aller chercher une belle aventure humaine, des phases finales, voire même plus ? Ramener un petit bouclier à Vienne et garnir l’armoire aux trophées, j’imagine que ça plairait au président que vous êtes ? 

 

Plus on en met, mieux c’est parce-que ça, on s’en rappelle toujours. Quand on a été champions en 2012, c’était merveilleux pour les joueurs de l’époque. J’espère qu’en 2022, on va faire une belle fête autour de cela parce-que tout le monde attend de refaire la fête pour les 10 ans du bouclier. Il est certain que ça, on s’en rappelle toute sa vie. Et on a eu le Brennus en 1937, depuis, il n’y a plus personne mais on fait quand même la fête. 

 

Mais vous l’avez dans l’armoire à trophées

 

Oui, ça fait partie du jeu et c’est impeccable. 

 

Vendredi soir se tient un séminaire avec tous les présidents de Fédérale 1, Bernard Laporte et Maurice Buzy-Pucheu. Vous allez peut-être poser des questions ou exprimer des réactions. Quelle sont l’idée, la réflexion et la question que vous amener pour Vienne dans ce séminaire ? 

 

Ma première question, c’est pourquoi on le fait tout de suite ? Mais ce n’est pas ce qui fera avancer le schmilblick puisqu’au bout du compte, je pense que les choses sont pratiquement réglées. Je comprends qu’il y a ait des clubs, Albi, Massy, Bourg, qui ont envie d’aller plus haut et je conçois que, quand on a les moyens, il faut le faire. Après, ce que moi je voudrai derrière, c’est qu’on ne plante pas les clubs et ma question a surtout été là-dessus. Quand on a vécu ce qu’on a vu depuis des années et des années, qu’on essaie de faire un redressement, je ne voudrai pas qu’on précipite des clubs vers le dépôt de bilan à la fin de l’année prochaine parce qu’on a fait monter des gens ou qu’on a poussé des gens à aller faire des trucs qu’ils ne savent pas faire. Je pense que le problème est là et il ne faut vraiment pas que le rugby se casse la figure comme cela. C’est le plus important parce qu’on a trop vu de clubs déposer le bilan parce qu’ils prennent des idées de fou. Je crois qu’on fait rêver les gens et ce n’est pas toujours la bonne solution. 

 

Si je comprends bien, à Vienne, on a de l’ambition mais on reste les pieds sur terre ? 

 

On reste les pieds sur terre, c’est vrai. Il est certain que ça donne une grande envie mais après, si de l’autre côté, on n’est pas armé comme il faut, ça va être la galère. On a connu la galère et il est clair que je ne veux plus qu’on retombe là-dedans. 

 

Quoi qu’il arrive et de ce que j’ai entendu de la part de tous les clubs qui viennent à Vienne, vous êtes équipés pour recevoir parce-que vous avez une véritable armée de bénévoles et ça, c’est quand même une richesse pour un club comme le vôtre ? 

 

Notre bataille, c’est d’être conviviaux. On est vraiment content quand on reçoit les clubs, les gens sont sympas. J’ai de supers contacts avec les présidents d’autres clubs et franchement, on est très content de recevoir et de bien recevoir quand on peut. On est encore plus content quand on gagne (rires). 

 

Vous nous avez bien vendu votre club et on viendra faire un petit tour du côté du club des Drapiers pour prendre des nouvelles

 

Merci beaucoup

 

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-5-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Claude Laynaud lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 5 juin 2020.

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