#Rugby – Fed1 / JC Bacca (SCG) : «Une ville comme Graulhet, vibre pour son rugby!»

Entretien avec Jean-Christophe Bacca, le manager des Mégissiers du Sporting Club Graulhetois, un club dont la stabilité et l’adversité traversée depuis quelques années, pourraient révéler cette année, la quintessence d’un groupe à fort caractère. L’ex joueur et entraîneur du SC Albi nous donne son point de vue sur la situation des jaunes et noirs , tout comme du contexte qui voit, rugby amateur et professionnel, s’entredéchirer avec LNR et France Rugby en arbitre. Au delà des accessions d’Albi, Massy, ou encore Bourg en Pro D2, et du débat sur une potentielle « Pro D3/Nationale 1″, qu’il n’élude point, celui qui va entamer sa 3eme saisons à la tête de ce bastion de l’ovalie, a tenu à projeter les rouges et noirs avec humilité mais appétit, dans cette saison I post Coronavirus. Focus sur une ville et un coach qui vivent le ballon ovale passionnément.

 

 

Crédit photo Arnaud Bertrand / SGG

On ne t’avait pas eu depuis de début de cette crise sanitaire du Covid-19. Comment vas-tu et est-ce que tu as bien passé ce moment compliqué pour tout le monde ? Le confinement n’a pas été trop dur pour toi ? 

 

Chacun a essayé d’œuvrer depuis chez lui pendant le confinement pour continuer à faire avancer la cause du Sporting Club Graulhetois. Ça a bien sûr été un peu plus compliqué parce-que le recrutement par téléphone est toujours plus difficile que de voir les hommes de visu. Mais on a quand même bien avancé là-dessus et on est assez satisfait de ce qu’on a mis en place, même si ce n’est pas terminé. Il est sûr que le déconfinement nous aide pas mal à rencontrer les joueurs et à pouvoir défendre le projet de Graulhet vis à vis du recrutement. Après, c’est une période qui a, bien sûr, été un peu difficile pour tout le monde mais on espère que le rugby pourra repartir et qu’on pourra faire une belle saison à l’avenir. C’est toujours la difficulté aujourd’hui d’avancer dans ce futur championnat sans trop savoir où l’on va. 

 

Pour rester temporairement sur le coronavirus, on sait qu’à Graulhet, vous avez une particularité : pas mal de gens sont issus du milieu médical, comme notamment Jérôme Montbroussous qui est pharmacien et qui était en première ligne. Toi aussi, tu viens également de ce monde médical. Ça t’a donné un autre prisme pour affronter cette maladie qu’est le Covid-19 ? 

 

Oui, on relativise beaucoup la vie en général, c’est à dire qu’on se rend compte qu’en étant confronté à la maladie ou aux personnes qui se retrouvent dans des situations très, très compliquées, on se dit que le sport doit rester un plaisir, une belle chose et qu’il y a des choses beaucoup plus importantes aujourd’hui, la santé publique en étant une. Toute la difficulté est à ce niveau et on espère bien sûr qu’on pourra reprendre une vie où le sport et tout ce qu’il y a autour vont revenir. Mais il est certain que, lorsqu’on est confronté de très près à ce type de pandémie, on relativise beaucoup, tout simplement parce qu’il y a des gens qui meurt même si elle ne tue pas comme a pu tuer la peste noire au Moyen-Age. Mais, c’est quand même quelque chose qui a été compliqué et qui l’est toujours donc, il faut faire attention. Tous les pans de la société en pâtissent, notamment le sport et les sports de contact, qui restent les plus exposés par rapport à cette cochonnerie. 

 

Comme tu le dis, c’est venu tout bouleverser y compris le sport. On pourrait dire que Graulhet a réussi à en tirer quelques petits marrons du feu en se sauvant grâce au coronavirus. J’imagine que tu aurais grandement préféré aller chercher ce maintien sur le terrain ? 

 

Oui, bien sûr. Graulhet, grâce à sa gestion depuis des années qui est une gestion saine, a réussi à se sortir administrativement de situations déjà souvent compliquées. Il ne faut pas mésestimer cet aspect-là parce qu’il y a des clubs qui ont joué avec des budgets qu’ils n’avaient pas et bien sûr, ça se paye à un moment donné. C’est une des valeurs du Sporting Club Graulhetois qui ne dépense pas un euro de plus que ce qu’il n’a et c’est tout à leur honneur. Après, c’est vrai que, quand ça se passe comme ça, ça laisse un goût d’inachevé et moi, ce que je souhaite en priorité avec ce club-là, c’est se sauver, se maintenir et le pérenniser sportivement en Fédérale 1. 

 

Du fait qu’il n’y ait eu aucune descente et même, pour le moment, aucune montée, les formules de championnats ont évolué. On a d’abord été sur 5 poules de 12 puis maintenant 4 poules de 12 et une poule Elite. Que penses-tu de tout ça ? 

 

Je pense que la Poule Elite, dans ce qu’elle représentait, n’est pas une mauvaise chose car il y a une disparité au niveau de certains clubs. Si on prend le Tarn comme exemple, la différence entre Albi et Graulhet est criarde, avec un budget qui est 6 à 7 fois plus important à Albi qu’à Graulhet, la dimension sportive et infrastructurelle est compliquée à mettre en place entre ces deux clubs. Je pense que, si on joue Albi 15 fois, on perdra 15 fois parce qu’il n’est pas possible de contrer une belle machine comme l’a été cette année le Sporting Club Albigeois. Maintenant, la solution pour moi, et la Fédération avait déjà mis en place ce championnat il y a quelques années, est cette Poule Elite qui préparerait les meilleurs clubs les plus structurés avec les meilleurs budgets de Fédérale 1 à la Pro D2. Mais le problème aujourd’hui en France est que je ne sais pas si on peut trouver 12 clubs qui ont la capacité de passer ce biais-là donc, toute la difficulté se situe à ce niveau. Je pense que la solution est bonne, encore faut-il que le championnat de Fédérale 1 permette de voir émerger 12 clubs qui soient capables de rivaliser pour une montée en Pro D2. C’est ce qui avait posé problème la dernière fois que cette Poule Elite avait été mise en place, à laquelle Albi avait participé et où il me semble qu’à l’arrivée, il y avait 4 ou 5 équipes qui étaient éligibles à la Pro D2. Toute la difficulté est à ce niveau mais après, dans son organisation, je pense qu’une Poule Elite est le plus important pour préparer du mieux possible ces clubs-là à une montée en Pro D2. 

 

On entend beaucoup de clubs parler du contexte et de l’économie chancelante actuels. Peut-être qu’une Poule Elite maintenant, pour les petits clubs comme Graulhet, cela vous enlève des billetteries et de beaux matches face aux gros cadors qui faisaient rêver les joueurs et les supporters. On a entendu plusieurs présidents dire qu’ils auraient préféré qu’elles ne soient pas cette année mais l’année prochaine. Quel est ton point de vue ? Est-ce que tu penses que, contextuellement, c’est le bon moment pour faire cette poule cette année ou il aurait été mieux d’attendre ? 

 

La première chose qui est importante, et tu en as parlé tout à l’heure avec le Covid, c’est qu’on est obligé de s’adapter. Ni les instances du rugby ni celles du sport en général ne pensaient être confrontées à quelque chose comme cela donc, c’est dans l’urgence que l’on est obligé de prendre des décisions qui n’étaient peut-être pas l’idéal. Quand on prend des décisions dans l’urgence, on peut parfois se tromper et ça, ça peut s’entendre. Par contre, il faut toujours avoir ça à l’esprit et j’espère que cette pandémie sera unique et ne continuera pas dans le temps mais ça, on ne le sait pas encore. En tous cas, cela entraîne des adaptations qui ne sont peut-être pas toujours les bonnes, ça, c’est une première chose. La deuxième chose, si tu parles du cas personnel du Sporting Club Graulhetois, bien sûr que l’on regrette énormément le fait que l’on ne puisse plus avoir un Albi / Graulhet parce-que pour nous, et financièrement et sportivement, tous les joueurs avaient envie de le jouer, c’est la fête. Pour nous, jouer ce derby à Graulhet ou à Albi et même si on a très peu de chances de l’emporter vu la qualité de l’effectif albigeois cette année, c’est une fête et bien sûr, on le regrette. 

 

Quand des clubs comme Albi ou Bourgoin débarquent, Pélissou revêt sa tenue d’apparat

 

Voilà, on met les petits plats dans les grands. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il faut aussi savoir être objectif et évaluer le contexte sportif. Aujourd’hui, une équipe comme Albi était un ton au-dessus de quasiment toute la Fédérale 1, avec peut-être des équipes comme Massy ou Bourg-en-Bresse qui auraient pu les accrocher. Enfin, je ne sais pas, il aurait fallu qu’il y ait des confrontations mais il y a très peu d’équipes aujourd’hui qui étaient en mesure d’accrocher les Albigeois quand ils avaient décidé de mettre la surmultipliée. Donc, je regrette oui, d’abord parce-que c’est un club pour lequel j’ai une affection particulière vu que j’y ai passé un peu de temps mais après, il faut rester logique. Je pense qu’Albi doit évoluer, que la Pro D2 lui tendait peut-être les bras s’il n’y avait pas eu ce Covid. Il y a encore un an à patienter mais vu l’effectif albigeois, je crois qu’ils auront encore de gros, gros arguments à faire valoir. Pour nous, c’est une tristesse de ne pas refaire un Albi / Graulhet parce-que, je le dis encore une fois, c’est la fête du rugby pour le rugby graulhetois mais, pour Albi, je pense qu’il faut aller vers d’autres objectifs et s’il n’est pas possible d’aller en Pro D2 cette année, il faut s’y préparer pour l’année prochaine. 

 

Qu’as-tu pensé de ce débat avec une Ligue très fermée qui cassait la passerelle entre l’élite amateur et l’antichambre de l’élite professionnelle ? Qu’est-ce que cela t’a amené comme éléments de réflexion ? 

 

Je pense que ça s’est fait en cascade. A partir du moment où le Top 14 a voulu rester à 14 parce qu’il y a des enjeux financiers qu’on ne connaît pas et qu’on n’a pas tous en tête, la Pro D2 a suivi le mouvement derrière. Je ne sais pas où cela finira mais ça devenait compliqué pour la Fédérale 1 pour se retrouver à l’étage supérieur. Après, et je le dis encore une fois, c’est un coup du sort qui font que ces deux équipes qui sont Massy et Albi, qui ont dominé la Fédérale 1 cette année, n’ont pas pu monter face à ce Covid. Que la Ligue défende ses intérêts, que veux-tu que je te dise ? C’est la société humaine qui est comme cela et ce n’est pas que dans le rugby, on voit que c’est partout pareil. Oui, il aurait peut-être été intéressant de voir une alternative à tout cela sachant que, et l’on est bien d’accord toi et moi, si on avait fait monter Albi et Massy, tu aurais eu quelques clubs de Fédérale qui auraient dit  » pourquoi eux et pas nous ? « . 

 

Oui, il est certain que, du côté de Bourg-en-Bresse et de Narbonne, ça aurait klaxonné très fort

 

Je ne sais pas si ça aurait été de ce côté-là, tes propos te sont réservés (rires). Mais par contre, ce qui est sûr, c’est que la solution était de toute façon très compliquée parce qu’il y avait des enjeux financiers au niveau de la Ligue, qui a effectivement tendance à protéger les siens avant de protéger les autres. Les clubs amateurs ne sont peut-être pas la priorité de la Ligue, et c’est pour cela qu’elle a été créée. En gros, priorité aux clubs professionnels et on accepte les autres quand ils peuvent intégrer notre giron. 

 

Selon que vous soyez puissants ou misérables

 

Exactement mais je crois que c’est le rugby actuel qui est en train de devenir un peu comme ça, on écoute plus les puissants que les misérables, ou les pauvres en tous cas. Donc, c’était toute une complexité mais moi, je reconnais le travail qu’a mis en place la Fédération en décidant d’essayer de trouver une solution la plus intéressante possible pour tout le monde. Après, même si certains aimeraient, on ne peut pas non plus jeter l’opprobre sur la Ligue qui n’a, en gros, fait que son travail en défendant les clubs professionnels. Après, bien sûr, quand on n’est pas dans les clubs professionnels et qu’on se retrouve aux portes, on est bien d’accord pour dire que c’est injuste. 

 

Pendant un mois, Albi s’est retrouvé entre le marteau et l’enclume, entre la Ligue et la Fédé. 

 

Exactement, toute la difficulté vient de là mais ce sont des choses à prendre avec du recul. Je crois que, si on doit prendre un peu de recul là-dessus, des clubs comme Albi qui sont de toute façon voués à être à un niveau Pro D2 parce-que la ville, le club et les structures le permettent, vont sortir grandis de cette aventure. J’ai le souvenir d’avoir joué trois finales avec Eric Béchu et cette situation-là, on l’a connue chaque année. C’est à dire qu’on était finaliste chaque année mais que, chaque année, on ne montait pas. C’était quand même quelque chose qui était une aberration en termes de sport et de méritocratie. On était sans doute, en tous cas sur la longueur, la meilleure équipe de Fédérale 1 à ce moment-là et de loin puisque, pendant trois ans, on a fait trois finales et il a fallu attendre la 3e pour que l’on puisse monter. Si on fait un recul sur les choses, on voit que ce groupe-là qui est monté en Pro D2 puis qui a amené ce club vers le Top 14, puisqu’on est monté en Top 14 quatre ans après, avec une forte ossature et  quelques appuis derrière, des joueurs qui se sont greffés comme Philippe Guicherd et Arnaud Méla mais il avait un noyau dur qui a grandi avec ces finales. 

 

Les « Jean Mi » Malet et compagnie.

 

Voilà, tout à fait. Ce sont ces hommes-là qui ont amené ce club-là, dont j’ai eu la chance de faire partie, vers le Top 14. Et on le doit aussi à l’abnégation que l’on a eue, on voyait chaque année que c’était injuste. La première année, ils avaient décidé de ne faire monter que le champion de France, ce qui ne s’était jamais vu. La deuxième année avait été créée la Promotion Nationale et la troisième année, on était monté car cela concernait les deux finalistes. Mais, on méritait autant de monter les deux premières fois que la troisième par contre, ça nous a endurci. Et derrière, on s’est maintenu en Pro D2 la première année puis on a gravi les échelons chaque année jusqu’à arriver à la qualification et ce match à Toulouse contre Dax où on a pu rejoindre le Top 14. Donc, je pense qu’Albi est peut-être en train de vivre une seconde phase comme celle-là et qu’il va en sortir grandi et plus fort. 

 

Il y a quand même un côté un peu  » club maudit  » comme Montferrand ou Bagnères, à une certaine époque. Déjà, il y a eu cette descente de Pro D2 à Fédérale 1 où tout le monde se pose encore la question de savoir comment il y a pu avoir descente avec la qualité qu’il y avait dans ce groupe. On sait qu’il y avait quelques soucis mais logiquement, en Pro D2 lors de l’année 2016-2017, il y avait largement de quoi se maintenir. L’année dernière, il y a eu l’affaire Cardona, cette année le Corona. Comme je le disais à certains joueurs, on a l’impression qu’Albi a un chat noir au Stadium ? 

 

Dans chaque club, je crois qu’il y a des moments difficiles et Albi en a connu quelques-uns. Avant nous, après nous, chaque génération a connu sa désillusion mais, au bout d’un moment, la roue tourne. Je pense que si Albi continue à travailler dans ce sens-là, ça devrait payer à terme même si ça devient de plus en plus dur parce-que l’accession en Pro D2 est compliquée. Mais je crois que ça payer parce-que c’est quand même un club qui commence à avoir une certaine expérience du niveau professionnel et qu’à un moment donné, la chance va tourner. Mais c’est vrai que, maintenant que tu le dis, on a quand même vu pas mal de chats noirs depuis quelques années déjà. 

 

On va repasser sur Graulhet parce qu’on le rappelle, tu es le manager du Sporting Club Graulhetois pour la 3e saison. On va dire que pour Graulhet, c’est un championnat plus ouvert qui s’annonce. Il y a beaucoup de clubs qui sont montés de Fédérale 2, il y a les gros calibres qui vont sûrement aller en Pro D3, qui est quasiment certaine à 90% de se faire. Ça laisse un petit espace et ça va sûrement donner quelque chose de beaucoup plus intéressant pour Graulhet ? 

 

Oui, je le crois. D’abord, Graulhet maintient cette année, en maintenant son noyau dur avec des hommes qui, depuis quand même 5 / 6 ans, est habitué à travailler dans l’abnégation et dans le dur. Ce n’est pas toujours évident de batailler chaque année pour le maintien avec des joueurs qui restent au club et ça, c’est important. C’est comme ce dont l’on vient de parler pour Albi, je pense que ces hommes-là sont très importants dans le dispositif graulhetois. Je pense à Olivier Régnier, Ben Dumont, Jules Montels, Jérôme Montbroussous et son frère Alex qui sont des garçons qui ont bataillé depuis des années au sein de ce club graulhetois et qui donc, y sont profondément attachés. Ces garçons-là ont l’expérience de la difficulté et ça, c’est important, parce qu’ils apportent cette expérience aux jeunes que l’on est en train de recruter. Ce que j’espère cette année, c’est que le recrutement, qui me semble pour l’instant très homogène puisqu’on a recruté beaucoup de jeunes, encadré par des anciens va nous permettre de passer un cap, ça, c’est la première chose. La deuxième chose, c’est effectivement la montée des clubs de Fédérale 2 et le fait que les meilleures écuries de Fédérale 1 se retrouveraient dans cette Pro D3 qui font que ça nous laisserait peut-être un peu plus de capacités de fonctionnement que ce qu’on a eu ces dernières années. Encore que, quand on voit comment s’outille certains clubs de Fédérale 2 qui montent comme Valence d’Agen, La Seyne-sur-Mer ou Berre, et les gros projets qu’ils montent, ça risque d’être compliqué aussi. Mais, c’est vrai qu’on aura un peu plus l’expérience et qu’on a un peu plus l’habitude de ce niveau ce qui fait que je pense qu’on aura une chance de plus de se maintenir d’abord et de peut-être, si la mayonnaise prend bien, voir après jusqu’où ça peut nous amener. 

 

Souvent, quand des groupes comme le tien ont été dans l’adversité et la défaite pendant quelques années, il suffit qu’il commence à y avoir une petite série de victoires pour que le goût de la victoire devienne tellement bon qu’on n’a plus envie de le lâcher ? 

 

C’est exactement ça. C’est à dire que le jour où cela va sourire à ces garçons qui sont dans le dur depuis des années, je pense qu’ils seront mentalement plus forts que certains autres joueurs qui ont été dans la facilité depuis quelques années. Parce-que vraiment, c’est quelque chose qui, pour en avoir discuté avec certains d’entre eux, est psychologiquement dur.  Quand, pour certains joueurs,  ça fait 5, 6, 7 ans que l’on joue le maintien, cela pèse et si ces garçons sont encore là, c’est qu’ils ont quand même des vertus morales qui sont peut-être hors du commun. C’est là-dessus que je compte m’appuyer c’est à dire sur la symbiose entre ces garçons-là et leurs vertus et les petits jeunes qui arrivent avec leurs talents et qui vont permettre de mettre un peu plus de vitesse dans notre jeu et de capacité d’accélération. Mais ils auront aussi besoin que ces hommes-là les encadrent et les emmènent dans les moments difficiles et les temps faibles d’un match de rugby, parce qu’il y en aura. 

 

On va parler aussi du recrutement. On a déjà un petit nom qui nous est remonté, c’est Guillaume Caze. Comme d’habitude, tu es venu faire un petit tour au Stadium pour voir s’il n’y avait pas quelques pépites qui traînaient. Mais j’imagine qu’il n’y a pas que Guillaume Caze, l’arrière du Sporting Club Albigeois, qui vient à Graulhet. Tu as quelques noms à nous donner ? 

 

Il n’y a rien de définitif, tu sais comment fonctionne la Fédérale 1. Ce que je peux te dire, c’est qu’on a beaucoup œuvré dans le contexte régional et que je me suis bien sûr appuyé sur ce que je connaissais, c’est à dire le Sporting Club Albigeois mais aussi le Castres Olympique avec des hommes avec qui j’ai des affinités particulières. A Albi, c’est Kevin Boulogne, Flo Fourcade, Arnaud Méla et des hommes comme Jean-Luc Hermine qui m’ont apporté leurs expertises. Je précise que les joueurs que j’ai contactés sont toujours des joueurs que le Sporting Club Albigeois ne souhaitaient pas conserver parce qu’ils ne pouvaient pas ou pour d’autres raisons. Je continue à penser que, si on veut continuer dans la durée, il faut travailler en bonne intelligence c’est à dire qu’on ne peut pas essayer d’aller piller un club sans retour, en faisant des offres qui seraient problématiques pour le club. Donc, on a toujours eu ce partage-là, ça se passe plutôt bien pour l’instant. 

 

Il y a un côté un peu tutorat ? 

 

Peut-être un peu, oui. C’est dans cette optique-là que je m’inscris et avant de contacter un joueur, j’en ai toujours référé aux personnes de la section concernée. Et ce sont eux qui m’ont dit  » ces joueurs ne seront pas conservés  » et à partir de là, je me suis permis de les contacter. Donc, il y a eu ce contexte régional et il y a eu bien sûr un contexte national qui est un peu plus sous la houlette de Guy Laporte qui lui, se focalise un peu plus sur un recrutement au niveau national et même international puisqu’on a quand même un fidjien et des géorgiens. Donc, c’est plutôt lui, après qu’on se soit concerté, qui est en rapport direct avec les agents et qui m’en réfère derrière. Philippe Oro et moi sommes plus sur la partie régionale parce-que je pense que la suite logique pour un club comme Graulhet, c’est en premier lieu la formation. Mais, en ce qui concerne la formation, il faut réamorcer la pompe et c’est ce qu’on est en train de faire. Il y a un travail énorme qui a été fait par les grands anciens comme Henri Auriol, Rémy Poujade ou la famille Biau. J’en oublie sûrement mais il y a beaucoup de bénévoles qui sont en train de faire un boulot énorme au niveau de Graulhet pour relancer cette belle mécanique qui a été à l’œuvre pendant des années au  Sporting Club Graulhetois. Et à partir de la formation, je pense qu’il faut s’appuyer sur des jeunes parce qu’on ne peut aujourd’hui que toucher des joueurs de talent en devenir à Graulhet. On ne peut pas toucher des joueurs de talent confirmés tout simplement parce qu’on n’en a pas les moyens. On n’a pas les moyens de prendre un Matthieu André à Graulhet, nous n’avons pas les moyens financiers de récupérer un joueur de cette qualité ou un Bastien Dedieu, ce type de joueur-là. On n’a pas les moyens aujourd’hui de se les payer à Graulhet donc, il faut partir sur des Matthieu André ou Bastien Dedieu mais jeunes (rires). Et je pense que ces joueurs-là, quand on les trouve et qu’on leur propose un projet intéressant, ça peut fonctionner. C’est ce qu’on a essayé de faire avec un garçon comme Guillaume Caze, dont tu nous parlais, parce-que lui nous a donné un accord définitif et que je peux en parler. Effectivement, ce sont des joueurs qui vont apporter une plus-value au club et qui vont nous permettre de passer un cap. 

 

Un joli pied gauche qui va venir illuminer Pélissou

 

Voilà. Il y en a d’autres qui sont en gestation, il y en a qui vont venir aussi mais, pour l’instant, il n’y a rien de confirmé donc, je ne peux pas me permettre de te donner des noms de joueurs qui n’ont pas encore donné un accord définitif. Mais, il y aura d’autres surprises de cet ordre-là. 

 

Ça me donnera l’occasion de revenir faire un tour à Graulhet pour voir ce qui se passe au mercato

 

C’est ça. Notre objectif est là, à deux niveaux : au niveau régional, on s’articule sur deux gros que sont le Castres Olympique et le Sporting Club Albigeois et au niveau national pour aller chercher des joueurs un peu plus loin voire même le niveau international comme 3e possibilité. Le but est de retrouver une identité graulhetoise avec des joueurs formés au club qui sont, pour certains, partis un peu à droite et à gauche, et qui souhaiteraient revenir parce-que le projet leur convient. On fait aussi un gros effort, c’est à dire qu’on essaie de récupérer un maximum de joueurs formés à Graulhet pour essayer de retrouver un peu de cette identité graulhetoise

 

On parlait du derby avec Albi. Il a failli avoir un autre derby en Fédérale 1 qui était Gaillac / Graulhet puisque Gaillac a longtemps hésité à monter. Ça leur a été proposé mais les joueurs ont préféré rester au chaud en Fédérale 2. Ce derby entre Gaillac et Graulhet aurait quand même eu de la gueule car il y a aussi une histoire entre les deux clubs ? 

 

Je regrette énormément la décision des Gaillacois de ne pas monter en Fédérale 1. D’abord parce qu’il y a aussi beaucoup de joueurs que j’ai eus à Albi dans cette équipe. Je pense au petit Vayssiere, qui a trente et quelques années maintenant, à Julien Vello, à Raph Mérancienne pour ne citer qu’eux, que j’ai eus dans l’effectif albigeois et que ça fait toujours plaisir de revoir sur un terrain. Et puis après, en parlant de fête du rugby en faisant abstraction de la Pro D3 et de toute objectivité sportive, si on avait réussi à avoir Albi, Lavaur, Mazamet, Gaillac, Graulhet dans la même poule, c’était quelque chose d’extraordinaire pour le rugby tarnais. On aurait eu 6 derbys, où les déplacements ne dépassent pas 30 km, et toute une nation tarnaise qui se serait déplacée pour voir ces matches-là, pas obligatoirement le jour de Gaillac / Graulhet et pas obligatoirement que des Gaillacois ou des Graulhetois. Caaurait été sans doute des Albigeois, des Mazamétains, des Vauréens et inversement. Le jour où il y aurait eu Mazamet / Lavaur, beaucoup de Graulhetois et d’Albigeois seraient allés voir ce match-là. Donc, je pense vraiment que ça aurait été une belle fête du rugby si ça avait été le cas. C’est pour cela que je regrette, mais en toute subjectivité par contre, le fait qu’Albi soit en Pro D3, car elle le mérite amplement et même au-dessus, parce-que c’est une belle fête pour nous. Mais je regrette aussi que les Gaillacois n’aient pas accepté car là encore, ça aurait été une belle fête du rugby tarnais. Ces derbys, c’est ce qui fait aujourd’hui l’essence-même du rugby amateur c’est à dire que, s’il n’y a pas ça dans le rugby amateur, ça devient un peu plus fade. Même si les matches sont de grosse intensité, le derby garde une saveur particulière et notamment quand tu as la chance de peut-être te retrouver à 5 clubs de Fédérale 1 dans le même département, ce qui, je crois, est unique ou quasi unique en France. 

 

Je sais qu’en Côte d’Or, ils auraient pu avoir 3 clubs mais 5 clubs du même département en Fédérale 1, ça aurait pu faire épais. Ça montre aussi la richesse du rugby tarnais ? 

 

Exactement

 

Il y a un an et demi, tu nous disais  » à Pélissou, il manque une étincelle, une petite brindille pour que l’âme revienne et que l’on sente que tout ce stade se remette à vibrer « . Une belle aventure tant sportive qu’humaine avec des victoires qui s’enchaînent, un Du Manoir qui arrive, des phases finales, l’étincelle peut être là ? Et ça peut être aussi un beau cadeau à envoyer au ciel pour Beka car je sais que vous vouliez vous battre pour le maintien  en son nom et pour lui rendre hommage. Donc, aller chercher une qualif cette année en Du Manoir pourrait être quelque chose de fédérateur pour ce groupe ? 

 

Ce serait bien sûr la cerise sur le gâteau. J’ai toujours été coutumier du fait de dire qu’il fallait évoluer palier par palier et le palier à passer, c’est le maintien. Quand l’équipe est maintenue, on passe à la qualification, quand l’équipe est qualifiée, on vise la finale et quand on est en finale, on vise la montée. Donc oui, je souscris tout à fait à ce que tu viens de dire et oui, ça serait une belle chose pour le rugby graulhetois. Sans parler de phases finales mais une belle saison avec un maintien à la fin dans le ventre mou et une bataille jusqu’à la fin pour la qualification qui, j’espère, pourrait basculer dans notre camp, ça serait une très, très, très belle chose pour le rugby graulhetois qui, j’en suis sûr, renaîtrait de ses cendres. Avec les hommes que l’on a, on a la possibilité de le faire maintenant, est-ce que la mayonnaise va prendre ? Il y a tellement de vecteurs qui rentrent en ligne de compte dans le rugby actuel qu’on n’est jamais sûr de rien. Mais tu parles d’or et si on arrivait à ce stade-là, c’est à dire à se maintenir au plus tôt et à jouer la qualification, là-aussi jusqu’au bout, je crois que ça serait une explosion de joie pour une ville comme Graulhet qui vibre pour son rugby même si depuis quelques années, elle est dans la souffrance. Donc oui, je crois que ça pourrait être un beau feu d’artifice au niveau de la ville si l’équipe arrivait à, bien sûr se qualifier, mais déjà à se maintenir de façon plus qu’honorable. 

 

On a plus qu’à te donner rendez-vous en Juin 2021. On regardera avec le Mag Sport – Radio Albigès si le volcan endormi graulhetois s’est réveillé au mois de Juin 2021 et est en phases finales du Du Manoir. C’est tout le mal que l’on souhaite aux rouges et noirs du Sporting Club Graulhetois, ce club historique du rugby français qui a une âme et qui est train de se battre pour revenir à un niveau qui pourra faire exalter les supporters et les joueurs 

 

Merci Loïc

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-19-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de JC Bacca lors de l’émission  » Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 19 mai 2020.

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