#Rugby – Fed1 / Y.Vignette (Tarbes) : «Je ne veux pas cracher dans la soupe.»

Notre consultant Didier Revellat, est allé à la rencontre du futur ex coach du Stado Tarbes Pyrénées Rugby, Yannick Vignette. Entre déception de n’avoir pu terminer l’aventure sportive et humaine avec son groupe, et choix mûrement réfléchi, le coach tarbais nous livre son sentiment sur cet épisode bigourdan qui se ponctue.

 

 

Crédits Photo / Mickael Louit NR Pyrénées

Yannick, comment vas-tu et comment vont tes proches avec cette crise Covid-19 ? Il n’y a pas eu de mauvaise surprise dans ton entourage ? 

 

Non, grâce à Dieu, tout le monde va bien, je te remercie. Ça va plutôt bien et, pour l’instant du moins, le Covid n’a joué de mauvais tour à personne dans mon entourage et c’est tant mieux. 

 

On parler un peu du Stado Tarbais. Même si la saison est inachevée, est-ce que tu as fait un bilan ? 

 

Le bilan est assez simple. Je suis arrivé au Stado en Février 2018, il a fallu reconstruire. Cette année, je disais au président qu’à mes yeux, c’était l’an 0 du projet de reconstruction. Il me semble que j’avais une équipe très jeune, ça, c’est sûr, très, très, très jeune avec un manque d’expérience mais très impliquée avec un super état d’esprit. Et la saison est un peu le reflet de l’équipe que j’avais, c’est à dire que l’on a perdu quelques matches par manque d’expérience et de maturité. Mais on a fait aussi beaucoup de bonnes performances, notamment à l’extérieur comme à Saint-Sulpice. On a fait des matches où on s’est vraiment accroché et où l’on a gagné parce qu’il y avait cet enthousiasme de la jeunesse, cet enthousiasme de voir progresser, d’hisser son niveau de jeu à chaque sortie en étant vraiment à l’écoute du staff. J’ai connu une saison extraordinaire avec des joueurs extraordinaires sur l’état d’esprit et sur le rugby aussi parce-que je vois que certains ont été appelés en Pro D2 donc, on a tous vécu une super saison. Quand cela s’est terminé, on était 3e de la poule, une poule très relevée, je pense qu’Albi et Blagnac sont dans les trois meilleures équipes de Fédérale 1 et je le pense très sincèrement. Je crois qu’on a fini meilleur 3e national au moment où ça s’est arrêté donc, un bilan plutôt positif à nos yeux et qui était, à mon sens, plein de promesses pour un avenir à court terme. 

 

C’est gentil que tu dises cela pour Albi et Blagnac car on voit ici et là des personnes qui disent que cette poule était facile pour Albi. Pour revenir sur ton bilan et la jeunesse de ton effectif, c’est peut-être l’expérience qui a justement manqué dans des défaites à domicile comme Mauléon, Blagnac et Albi ? 

 

Mauléon, c’était un contexte très particulier parce qu’on l’a joué après ce match contre Lannemezan. Donc, c’était très dur parce-que j’avais des joueurs qui ne se sont pas vraiment livrés comme d’habitude, qui avaient un peu peur de faire mal, de faire trop, de faire trop dur, c’était un contexte très particulier. Après, les autres matches perdus contre Albi et Blagnac, c’était autre chose. Là oui, il manquait un peu d’expérience, un peu de maturité face à des équipes avec sûrement des qualités supérieures aux nôtres pour le moment, du moins pour cette saison. 

 

Le bilan étant fait, tu as annoncé fin Avril que tu te retirais du poste d’entraîneur du Stado ainsi également que ton adjoint, Christian Etchebarne. Quelles sont les raisons de ton départ ? 

 

Les raisons, très sincèrement, je préfère les garder pour moi, je ne veux pas cracher dans la soupe. Il y a des choses qui ne m’allaient pas, que je ne pouvais pas cautionner en tant que coach. Mais après, je ne perds pas de vue qu’au club, tout le monde fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. Tout le monde bataille et va dans le même sens mais il y a des choses que je ne pouvais pas cautionner. Donc, dans ces cas-là, il valait mieux prévenir à l’avance que je ne repartirai pas. C’est juste par respect vis à vis de mes convictions profondes et de mes valeurs mais je ne renie rien du tout et je redis encore une fois que ce n’est pas facile et que tout le monde a fait ce qu’il a fait au mieux pour le club. Mais, il y a des choses qui n’étaient pas tout à fait en adéquation avec, du moins, ce que je voulais faire. 

 

Pour résumer tes propos, tu n’étais plus sur la même longueur d’ondes. Toi qui a été entraîneur de Pau de 2004 à 2008 puis avec notamment Thierry Mentières à Mauléon, avant Tarbes, comment vois-tu ton avenir maintenant ? Tu restes dans le rugby ou tu prends une autre orientation ? 

 

Non, je cherche, je suis vraiment passionné par cela. Ce n’est pas la bonne période pour se retrouver sans banc mais c’est comme ça. Tu ne choisis pas le moment, cette action s’est faite sans calcul de ma part et maintenant, dans une période un peu compliquée vue qu’il n’y a ni montée ni descente, il y a une grosse stabilité dans les staffs, du point pour le moment. Dans la mesure où il n’y a pas de mouvement, ça va être compliqué pour retrouver un banc mais ce n’est pas grave, ça fait partie des choses quand tu es entraîneur. On va voir mais en tous cas, je cherche activement et je verrai si le téléphone sonne. 

 

Le message est passé en tous cas sur nos ondes, on verra bien si cela porte ses fruits. Comment vois-tu l’évolution au Stado Tarbais ? Ils perdent le staff, on a vu également que le président Lionel Terré avait le souhait de passer la main. Comme tous les clubs, les finances ne vont pas être au beau fixe, il y a des joueurs qui partent et on ne voit pas trop de mouvements. Tu as une vision de l’avenir du club ? 

 

Je pense que le club est en pleine réflexion avec ses partenaires pour essayer de trouver la meilleure formule, la meilleure carburation au niveau financier avec les contraintes que sont celles de l’économie tarbaise. Moi, je ne peux pas faire de pronostic sur le club, ce n’est pas mon rôle et je n’ai aucune compétence en la matière. Mais, encore une fois, je sais qu’il y a beaucoup de gens de bonne volonté qui œuvrent pour que ça perdure et que ça redémarre comme ça devrait être à Tarbes. Je sais que ce n’est pas facile, que c’est complexe, notamment avec cette crise sanitaire qui, je pense, va augmenter cette complexité. Après, il y a cette Poule Nationale qui est peut-être en « recréation  » et non en création, puisqu’on défait et qu’on refait les choses à ce niveau-là. Donc, si cette Nationale était amenée à être recréée, il y a aurait à priori un engouement un peu supérieur pour les partenaires du club à s’investir et à investir davantage. C’est ce que j’espère et ce que je souhaite de mieux pour le club de Tarbes. 

 

Tu as évoqué la Nationale ou Pro D3. Que penses-tu actuellement de ce méli-mélo qui se passe et de cette petite guerre que se livrent la FFR et la Ligue ? 

 

Moi, je n’ai pas compris, et même avec le recul, je n’ai toujours pas compris pourquoi on avait supprimé cette division intermédiaire qu’était la Poule Elite et qui avait montré tout le bienfait de la préparation pour un club de Fédérale 1 qui montait en Pro D2. Il y a des exemples quand même assez flagrants comme Aix-en-Provence ou Bourg-en-Bresse qui était descendu mais avec un record de points en Pro D2. Quand on le voit le parcours par exemple cette année de Valence-Romans et de Rouen, on voit que ces équipes étaient mieux préparées à l’échelon au-dessus grâce à cette poule resserrée. Pour l’avoir connue il y a deux ans,  il y avait des matches vraiment très intéressants et très proches du niveau Pro D2. Vu que tu as 12 clubs, tu te retrouves toujours arbitré par des arbitres qui font partie des 42 meilleurs arbitres français. Tout était tiré vers le haut par rapport à cela et je trouve que ça préparait vraiment bien les équipes et que le niveau était vraiment très intéressant. Ils ont défait cette poule ce qui, pour moi, n’avait pas de sens, et maintenant, je suis heureux qu’ils pensent à la reconstruire. Je pense que c’est nécessaire pour un équilibre : soit ils agrandissent la Pro D2 avec davantage de clubs soit ils font cette poule intermédiaire. Mais cette poule intermédiaire, je la verrai avec la pouponnière du rugby français. Il faudrait que ce soit la pouponnière du rugby français, que ce soit interdit aux étrangers ou limité à un étranger par équipe et ça pourrait vraiment permettre l’éclosion de jeunes piliers, de joueurs qui sont peut-être à maturité tardive pour le haut-niveau et ça leur permettrait d’être forts dans cette division-là. Je pense que le rugby français aurait tout à gagner en créant cette division avec des règles strictes sur le quota d’étrangers et en plus, en permettant les prêts de jeunes joueurs, qu’il y ait une passerelle entre Top 14 et Pro D2. Il faudrait qu’il puisse y avoir un nombre de prêts par équipe, quasi presque obligatoire, pour vraiment permettre à ces jeunes joueurs d’avoir du temps de jeu à un niveau qui est très, très intéressant. 

 

Dans ma réflexion personnelle, j’avais pensé à un Top 12 et derrière, deux poules de Pro D2. Alors, c’est vrai qu’il n’y a parfois pas de lisibilité sur ces championnats-là mais dans ce cas, il faut peut-être repenser les modèles de championnats. J’aimerai aussi parler de quelqu’un qui vous a quitté au Stado, le président des bénévoles Gérard Samaran, que tu devais sûrement bien connaître car c’était une cheville ouvrière des bénévoles à Tarbes ? 

 

Ah oui ! Je pense qu’il devait avoir un poumon blanc et un poumon rouge parce-que vraiment, il adorait le club comme peu de monde. Il était omniprésent, toujours au service du club, toujours un mot pour les joueurs, pour le staff, quelqu’un d’extraordinaire. Sur la fin, il m’appelait pour prendre des nouvelles et savoir comment ça se passait. C’était vraiment quelqu’un avec qui on avait une très, très bonne relation et c’est quelqu’un qui, je pense, manquera énormément au Stado. J’ai eu son épouse au téléphone ces derniers temps et je sais qu’elle va organiser une cérémonie pour qu’on puisse lui rendre hommage parce-que, pendant le confinement, on ne pouvait pas aller au crématorium. Il y aura une cérémonie et je ne manquerai pas d’y aller pour lui rendre un dernier hommage parce-que, encore une fois, c’est quelqu’un qui faisait et vibrer et vivre le Stado. 

 

Je ne sais pas si certains supporters albigeois comme Francine Paul, Pierre Combes et Reynald Bruned pourront venir mais ils avaient vraiment apprécié la réception d’après-match à Tarbes. Je peux parler en leurs noms sans aucun souci. 

 

C’était à son image. 

 

On va te remercier d’avoir pris un peu de temps pour nous 

 

Avec plaisir.

Propos recueillis par Didier Revellat

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-15-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Y.Vignette lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges du 15 mai 2020

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