#SportStory – Rugby / H.Broncan : «Ils ne respectent pas l’essence de notre sport!»

Au cœur d’une actualité bouillonnante dans le petit monde du rugby hexagonal, nous sommes allés demandé un analyse sur la situation, à notre « Sorcier Gersois » de l’ovalie, Henry Broncan. L’ancien entraîneur d’Agen, Auch, Albi ou encore Tarbes, est fortement courroucé par le positionnement « égoïste » des clubs professionnels. Pour ce gardien du temple, d’une certaine vision du rugby, certains sentiers arpentés actuellement par son sport, lui paraissent des plus périlleux. Entretien avec un sage, dont la parole éclaire invariablement les débats.

 

 

Henry, on vous avait eu au début de cette crise du Coronavirus, on avait senti poindre en vous une inquiétude légitime, une prise de conscience, comme toute la France, du danger sanitaire qui guettait. On commence à voir les nuages s’évaporer et ça fait du bien. J’imagine que vous avez pu prendre l’air et vous aérez l’esprit ? 

 

Bien entendu. J’étais confiné à Samatan, là où se trouve ma maison, alors que j’habite à Miramont-Astarac, à côté de Mirande. Je suis revenu là tout simplement parce-que c’est la maison de ma mère qui est l’EHPAD de Mirande. C’est pour cela que je me suis rapproché d’elle et d’ailleurs, c’est quand elle est rentrée à l’EHPAD que je suis venu entraîner l’équipe de l’entente Mirande-Miélan dont aujourd’hui, je ne suis plus que le manager. J’ai donc passé deux mois à Samatan, j’ai retrouvé un pays que j’apprécie beaucoup et que j’avais quitté en 1998 quand j’ai commencé à circuler dans le monde du rugby professionnel. J’ai revu Samatan avec bien sûr beaucoup de plaisir. 

 

Et puis, ce confinement a peut-être ramené à des vertus un peu plus ancestrales, à un mode de vie qui devait un petit peu vous rappeler votre jeunesse ? 

 

J’ai d’abord beaucoup apprécié les voisins. Quand on a un peu de temps, on peut rediscuter, on peut évoquer des souvenirs. Il y a eu beaucoup d’entraide, et je crois d’ailleurs que c’était pareil à Mirande, dans le département du Gers et je pense que ça a été la même chose dans le département du Tarn. Il y a eu beaucoup d’entraide et de solidarité dans les événements que l’on a vécus et d’ailleurs, ça continue. Je suis allé à Mirande et je sens que les gens sont très responsables, portent le masque, il n’y pas encore beaucoup de monde dans les rues. Les Gersois, je pense, ont été exemplaires pendant cette période-là. Ailleurs sans doute aussi mais je trouve que les Gersois se sont très bien comportés. 

 

Cette solidarité, c’est un peu comme dans un groupe de rugby et sur les terrains, il va falloir continuer à la cultiver. Ce qui me permet de faire une passerelle : dans l’adversité face au Coronavirus, on va dire que la nation française a essayé de faire pack ? 

 

Oui, bien sûr. Je crois quand même qu’il y a des efforts qui ont été faits comme un peu partout dans le monde. Après, ce n’est pas encore tout à fait gagné, il faut rester très vigilants. C’est comme un match que vous êtes sur le point de gagner mais où il n’y a que peu d’avance. On a que peu d’avance mais il faut continuer à justement rester vigilant et à faire attention pour ne pas être obligés de revenir en arrière. Quant à la solidarité, je crois quand même qu’il y en a eu pas mal dans le pays et que le déconfinement relance tous les égoïsmes et le fait que chacun recommence à penser à soi. Vous le savez, il y a des personnes qui se sont mises encore plus en avant dans ce pays, on pense bien sûr aux infirmiers, aux aides-soignants, au corps médical. Il y a eu des gens formidables, comme ceux aussi qui ont travaillé dans les magasins. Beaucoup de gens ont pris des risques et c’est très bien aussi. 

 

En plus d’avoir mis une grosse inquiétude, le coronavirus vous a privé de votre  » drogue « , de votre passion qu’est le rugby. J’imagine que, malgré tout, vous avez gardé un œil acéré sur ce qui se passait dans le rugby. Qu’en pensez-vous de façon générale ? 

 

Je suis quand même un peu amer parce qu’on a senti de la part du rugby professionnel justement de l’égoïsme et c’est un petit peu décevant, comme de voir la façon dont les clubs de Top 14 ont voulu préservé leurs 14 places, ceux de la Pro D2 leurs 16 places. Je crois qu’ils sont de plus en plus coupés de notre monde amateur qui, je le rappelle quand même, est celui qui leur fournit les joueurs. C’est dans le monde amateur que la plupart des joueurs pros débutent et on est un petit peu déçu car on a senti qu’ils pensaient à eux et tant pis pour les autres. Ça, ça a été un petit peu décevant et puis, je pense aussi que le fait de ne faire descendre personne et de faire monter des clubs, c’est pas mal de démagogie, ça sent les élections. Ce n’est pas le bon côté du rugby que l’on apprécie même si beaucoup de joueurs et de dirigeants se sont impliqués pour aider les personnels des hôpitaux et des EHPAD. Là-dessus, les joueurs ont vraiment fait de très belles choses mais, du côté de nos dirigeants, je suis quand même un petit peu inquiet de la tournure que prend le rugby actuellement. 

 

Dans une chronique écrite dans le Mag Sport, nous parlions d’une fracture sociale en train de monter entre deux rugbys qui vont bientôt se regarder en chiens de faïence, le rugby amateur et le rugby professionnel. Est-ce que vous corroborez ? 

 

Je ne sais pas s’ils vont se regarder en chiens de faïence car je pense quand même que le rugby professionnel est assez malin pour savoir que, je le répète, c’est le rugby amateur qui lui fournit ses joueurs. Donc, il ne voudra jamais tout à fait condamner le rugby amateur mais on a quand même senti que  » l’argent est pour nous et que vous allez vous en sortir avec des peaux de bananes « , ce genre de choses. Ça, ça m’a déçu mais c’est peut-être parce-que je suis un peu au bout et que je ressens cette amertume-là. Mais quand je vois que les clubs ont refusé de faire descendre en Top 14 … On peut souvent critiquer le football, et moi je le critique souvent, mais là-dessus, ils ont donné un autre exemple. Après, c’est un avis tout à fait personnel et ça doit être impossible mais moi, j’aurai repris un championnat. On aurait peut-être repris en Octobre et disputé les finales avant Noël mais j’aurai repris. J’aurai fini cette saison, quitte à redémarrer l’autre beaucoup plus tard, on a le temps. C’est un petit peu injuste ce qu’il se passe pour les clubs qui ne vont pas monter, il y a des clubs qui vont rester en place alors qu’ils auraient du descendre et c’est la même chose chez nous en Fédérale 2, en Fédérale 3 et autres. Pourquoi pas une finale à Noël ? Lors des matches de Noël et Jour de l’An, avec le Boxing Day, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de monde dans les stades. Je ne sais pas si ça aurait été possible de reprendre en Octobre mais pourquoi on n’aurait pas tout simplement fini pour ensuite re-débuter, après un temps de repos, une nouvelle saison qui se serait peut-être aussi terminée un peu plus tard. Je ne sais pas si ça aurait été possible mais en tous cas, ça aurait été le plus juste. Ce qui s’est passé est vraiment très injuste et des clubs vont monter sans avoir mérité la montée, sauf en se basant sur leurs classements. Il y en a d’autres qui ne montent pas du tout, c’est sans doute le cas en particulier d’Albi et de Massy car l’histoire n’est peut-être pas encore terminée. On assiste à des feuilletons rocambolesques, je pense que les supporters albigeois passent par des moments d’espérance ou au contraire de désespoir. Alors, pourquoi on n’aurait pas repris les derniers matches ? Avec bien sûr les mêmes effectifs, ce qui aurait été normal pour que les joueurs aillent au bout de leurs contrats et on reprenait une saison, peut-être au mois de Février prochain. On faisait plusieurs poules en réduisant le nombre de clubs dans les poules pour pouvoir finir correctement la saison mais pourquoi pas ? Tandis que là, c’est injuste, même la montée de certains clubs est injuste. On s’aperçoit qu’il a fallu gratter un peu loin pour trouver des clubs et constituer les 60 de la Fédérale 1, aller chercher des 3es et des 4es. Je ne sais pas comment ces clubs-là peuvent se vanter d’être montés. 

 

Est-ce qu’on vous a proposé de monter à Miélan ? 

 

Non, nous n’étions que 6es, on était trop loin (rires). Mais, puisqu’il y avait 6 qualifiés, on allait avoir les phases finales à jouer et pour nous, ça aurait été une grande fête. On ne va pas se plaindre, nous ne sommes pas intéressés par la Fédérale 1 et de toute façon, on ne peut pas. On est déjà très, très en difficulté en Fédérale 2 parce qu’on est un coin, l’Astarac, qui est vraiment très déshérité. C’est l’un des coins les plus pauvres du Gers mais l’un des plus beaux avec une qualité de vie exceptionnelle. 

 

Vous en êtes l’un des meilleurs promoteurs

 

Parce-que je le crois et que j’en suis persuadé ! Si vous étiez avec moi à Miramont-Astarac aujourd’hui, vous verriez que c’est un pays magnifique. J’en veux beaucoup à ceux qui nous dirigent depuis plusieurs années : comment un coin aussi beau que le nôtre peut être l’un des seuls de France à ne pas avoir d’autoroute ? La Creuze et la Lozère en ont et nous, pas un seul kilomètre alors qu’il y a tout pour être heureux ici. On serait prêt à accueillir des entreprises sans problème, il y a de la place. Je le répète, les gens sont disciplinés, j’ai parlé de leur attitude pendant le confinement. C’est un très beau pays ! Je pense que c’est la centralisation qui fait ça dans notre pays, de mettre des gens là où il y a déjà tout le monde. Nous ne sommes pas un pays à 3 000m d’altitude, le coteau le plus élevé est à 300m et puis, c’est magnifique ! 

 

On vous entend parler avec verve de votre pays, le Gers, un département qui fait son grand come-back en Fédérale 1. L’année dernière, on trouvait uniquement Fleurance et cette année, Lombez-Samatan et Auch, deux clubs que vous connaissez bien, remontent en Fédérale 1. L’année prochaine, cela va être la grande fête du rugby gersois en Fédérale 1 ? 

 

Ah oui, ça, c’est formidable pour eux. Quand je disais tout à l’heure que des clubs ne seraient peut-être pas montés, je pense que Lombez et Auch seraient montés car ils étaient dans notre poule qu’ils dominaient. Ils rejoignent Fleurance qui est un club qui travaille, comme tous les clubs gersois d’ailleurs. De se retrouver à trois, c’est très bien et ils vont jouer avec les Hautes-Pyrénées, l’ancien comité Armagnac-Bigorre, et ça va vraiment être des fêtes. Il va y avoir les trois clubs gersois contre les trois pyrénéens, Lannemezan, Bagnères et peut-être Tarbes. 

 

Suivant la Pro D3 ou non

 

Exactement. Donc, trois contre trois dans la même poule et je suis sûr que les Gersois vont être extrêmement solidaires parce-que, quand on se rencontre entre gersois, on ne se fait aucun cadeau mais, quand on rencontre ceux d’à côté, les entraîneurs se donnent les renseignements. On est très solidaire dans ces cas-là et donc, dans cette poule qui, je pense, va être maintenue, ça va être de très bon moments. En plus, je crois que, sans faire de folie, les trois clubs gersois sont en train de se renforcer doucement mais sûrement, en étant toujours très sages. Et ça va être des après-midi avec beaucoup de monde au stade, c’est certain. 

 

J’imagine que, si vous ne jouez pas, Lombez-Samatan / Lannemezan ou Auch / Lannemezan, vous ne les manquerez pour rien au monde ? 

 

Voilà. Nous allons avoir le même calendrier mais Auch joue très souvent le samedi en nocturne, Fleurance est aussi capable d’avancer ses matches et Lombez peut aussi en faire quelques fois le samedi. Et je crois que ce serait très sympa pour nous qu’ils jouent le plus souvent possible le samedi parce-que, si vous avez par exemple un Auch / Lombez un dimanche après-midi et que nous les Mirandais, jouons contre Aramits ou contre Rieumes, il n’y aura pas grand monde sur notre stade. Donc, on espère de toutes nos forces qu’ils feront un maximum de matches le samedi et, de toute façon, je suis sûr que les stades de ces trois villes seront pleins, tout comme ils seront pleins quand ils recevront Lannemezan et autres. On ne sait jamais, peut-être qu’Albi sera là et là, ça sera archi plein. Je ne sais pas comment ça va se passer par rapport à la Pro D3 mais, partout où Albi passe, il y a du monde et le public veut voir cette équipe. 

 

C’est un peu comme les Harlem Globe Trotters au basket

 

Un petit peu. Là-dessus, il y a la passion qui devient très, très forte chez les supporters locaux. C’est essayer de mettre à terre le club phare de la poule et les Albigeois le savent. Ils ont eu l’an dernier une défaite à Saint-Sulpice-sur-Lèze, qui n’est d’ailleurs pas très loin du Gers non plus, ils ont failli perdre à Mauléon. Ils savent très, très bien que chaque déplacement signifie pour les Albigeois qu’ils doivent montrer un peu les dents. 

 

Je ne veux pas doucher vos espoirs mais au vu de la direction qui est prise pour le moment, Albi aura plus de chance de jouer en Pro D3 qu’en Fédérale 1 version  » normale « . Que pensez-vous de cette Pro D3 ? Est-ce que ce n’est pas trop tôt pour la faire ? 

 

Il me semble que la Pro D3 est une initiative qui date d’une ou deux semaines et que ça se fait vraiment dans la précipitation. Je ne crains pas pour Albi ni pour Massy, Bourg et quelques autres parce qu’ils sont très proches de la Pro D2 et d’ailleurs, deux d’entre eux allaient monter. Le problème n’est pas pour eux mais pour ceux qui vont les suivre. J’en discutais justement avec l’entraîneur d’Auch Grégory Menkarska, parce qu’Auch s’est grillé les ailes et s’est retrouvé en Promotion Honneur après son passage dans cette fameuse poule, il y a maintenant 4 ans. La même chose est arrivée avec Strasbourg, Limoges et, je le répète, je ne le crains pas pour Albi, je le crains pour certains clubs qui veulent absolument essayer de le tâter. Il y a de très lourds déplacements, vous êtes très, très souvent obligés de partir la veille des matches. Il y a des budgets un peu solides qui peuvent affronter ça sans problème mais il y a des budgets moins solides. En plus, il va pouvoir s’armer pour cette D3, recruter, aller chercher les joueurs et je ne sais pas si les partenaires et les sponsors vont suivre tout le temps. Et même pour Albi, je ne sais pas si, quand Bourgoin ou d’autres clubs viendront de loin, le SCA va remplir le Stadium, je n’en suis pas certain. C’est vrai que, pour Albi,  c’est une meilleure préparation pour la Pro D2 que de recevoir sur sa pelouse un club moyen ou faible de Fédérale 1. Je crois que l’intérêt d’Albi est qu’il y ait une D3 mais, sur les 12 clubs qui vont se retrouver dans cette poule, est-ce que c’est l’intérêt de 6 ou 7 d’entre eux ? 

 

Est-ce que vous n’avez pas peur que cette Pro D3 se ferme par le bas et qu’il n’y ait pas de candidats assez costauds pour arriver de la Fédérale 1 à cette poule ? 

 

La Pro D3 finira par copier la Pro D2 et le Top 14. Les dirigeants ont donné l’exemple, on ne veut plus des petits et je le regrette beaucoup. Je crois que maintenant, dans ce monde du rugby, les montées vont se faire sur le budget, c’est peut-être bien mais bon, c’est sur l’argent et moins sur le sport. C’est regrettable mais est-ce qu’on peut lutter contre ça ? C’est un petit peu la règle sans trop être dans l’air du temps. Je pense que nous, nous allons retrouver le plaisir, un peu comme retourner à l’épicerie acheter son journal après le confinement. Est-ce qu’on ne va pas retrouver un peu moins d’argent, un peu plus de qualité de vie, un peu plus d’amitié, se supporter un petit peu plus ? C’est ce que j’espère, que ce sera les leçons de ce qui nous est arrivé depuis deux mois. Je n’en suis pas sûr du tout mais je suis vraiment déçu par l’attitude des dirigeants et des présidents des clubs pros. J’en connais beaucoup, ce sont des gens qui ont oublié d’où ils viennent. Je ne citerai pas les clubs mais je les ai quand même tous plus ou moins connus. 

 

En Pro D2, il y a 11 clubs qui sont passés par la Fédérale 1 dans les 10 dernières années

 

Exactement et ils ont oublié ! Ce n’est pas bien quand on oublie son passé et tout simplement d’où l’on vient. Ce n’est pas bien, ce n’est pas une bonne image du rugby et ça me déçoit énormément de la part de beaucoup de dirigeants de ce sport. 

 

Quand on voit une équipe comme Colomiers, qui a fait une merveilleuse saison en Pro D2 dont ils étaient leaders, avec une équipe sportivement au top mais dont les dirigeants n’avaient pas anticipé cette nouvelle génération qui montait. Ce n’est pas un secret de polichinelle, on sait que Colomiers n’avait pas la maille financière pour monter en Top 14. Derrière, on voit que le premier porte-parole du statu quo des non-montées et non-descentes est Alain Carré, président de Colomiers et de l’Union des Clubs Professionnels, il n’y aurait pas un peu une position dominante ? 

 

Je connais vraiment très bien Alain Carré, je pense être un de ses amis. Il a d’ailleurs été directement touché par le coronavirus. Est-ce qu’il est dans une position où  » si je ne peux pas monter moi, j’empêche les autres de monter  » ? Ça m’étonne de lui mais je ne l’ai pas eu depuis que j’ai pris de ses nouvelles quand il était malade. Je ne l’ai pas rappelé depuis mais je suis un peu surpris, j’aimerai bien en parler un jour avec lui et avoir les tenants et les aboutissants. Je ne sais pas du tout mais, à première vue, je suis déçu car ce n’est pas quelqu’un comme ça. Il a justement connu des difficultés avec Colomiers l’année précédente où il a failli descendre. Ce n’est pas quelqu’un comme ça donc, d’où ça vient ? Est-ce que lui aussi n’est pas tenu par des partenaires ? Ça aussi, ça peut arriver. Je pense que j’aurai l’occasion d’avoir plus d’explications. Mais, il n’y a pas qu’Alain Carré car, de ce que j’ai compris, ils étaient unanimes. Il est un petit peu le bouc émissaire dans cette histoire-là mais il y en a d’autres autour de lui qui ont refusé les montées d’Albi et Massy, les deux clubs les mieux placés pour monter. Il n’est pas tout seul. 

 

Bien entendu, il n’est pas tout seul. Il y a un président de la Ligue, Paul Goze, il y a un comité directeur mais on a l’impression qu’il fait partie des personnes influentes à la Ligue Nationale de Rugby de par sa position à l’UPCR. 

 

Je le répète, je ne suis pas assez compétent parce-que je ne connais pas tout là-dedans. Le fait qu’on n’ouvre pas les portes et que l’on reste entre soi est quelque chose qui m’a déçu. C’est quand même décevant, bien sûr parce qu’il y a le fait qu’Albi et Massy ne montent pas mais aussi parce-que Colomiers et Perpignan ne montent pas non plus. C’est pareil, c’est très dur à accepter et ce n’est pas le rugby. Le rugby, c’est quand même le terrain qui compte avant tout mais c’est comme ça. 

 

Derrière Perpignan, il y a avait tout un club rouge et jaune qui ne rêvait que d’une chose, retourner en Top 14 et un président qui avait beaucoup investi pour essayer d’y arriver. On a eu l’impression au début qu’il était le seul à essayer de se battre pour monter en Top 14 mais quand il a vu qu’il avait affaire à un mur, il est rentré dans le rang ? 

 

Oui, d’ailleurs, tout le monde a l’air de rentrer dans le rang. Je ne sais pas quelles sont les promesses qui sont faites aux clubs pour se taire. Je ne connais pas, c’est un monde qui est loin de l’entente Mirande / Miélans, on est très loin de ça. On regarde ça de loin mais ça décourage la vieille garde, les gens de ma génération. Enfin, pas découragés parce-que ce n’est pas cela qui va nous décourager, on a perdu des matches, on en a gagné, on a connu des montées et des descentes. Mais, c’est quand même la première fois que l’on voit ça et on se dit vraiment que c’est coupé. Parce qu’on avait encore un petit peu l’espérance que le rugby tendait la main aux petits, aux plus pauvres, qu’il était fait pour tout le monde et là, on s’aperçoit que non. C’est comme ça. 

 

Pourtant, la finale de Top 14 est la quintessence de cette réunion du rugby. C’est l’apogée du rugby professionnel mais quand on va au Stade de France pour voir la finale du Top 14, en même temps que tous les villages de France qui la regarde derrière la télé, il y a tout le côté polyformes du rugby français qui se réunit sur ce seul événement. Et, à trop se couper de cette diversité du rugby, le monde professionnel pourrait peut-être perdre de son âme ? 

 

Dans les tribunes de Top 14 et de Pro D2, on a quand même toujours les fidèles, ceux qui aiment ce sport. On les retrouve d’ailleurs les dimanche après-midi sur les terrains de Fédérale 1, Fédérale 2 ou de séries régionales, ce sont les mêmes. Mais, à côté de ça, on a quand même un nouveau public qui va à un spectacle, qui appréciera le feu d’artifice qu’il y a avant le match, les pom-pom girls. C’est très bien qu’on ait ce nouveau public qui vient comme à un concert mais c’est quand même lui qui change un petit peu nos mentalités, il est influent, il est fort. On le voit chez les présidents comme au Stade Français, tant mieux qu’il donne au rugby plutôt qu’au football mais, ils deviennent très, très influents dans notre sport. Ils viennent du milieu des affaires et ne respectent pas l’essence de notre sport. Même s’ils donnent beaucoup d’argent, ils n’ont pas encore compris ce qu’est notre sport, j’en suis persuadé. Pour le moment, ils sont très égoïstes, c’est leurs intérêts. Après, il ne faut pas pleurer, il faut continuer à lutter, à s’accrocher et essayer de l’intérieur à modifier un petit peu cela et faire connaître les valeurs et les qualités de notre sport. Ce n’est pas possible que ce sport ne puisse vivre que sur l’argent et que ce soit toujours le plus riche qui soit le champion. Il faut toujours qu’il y ait des surprises, qu’il y ait des faux-rebonds. 

 

Pour vous, quand on entend parler de fonds Emirati qui pourraient arriver à Béziers et si cela se fait, ce qui est loin d’être certain, vous n’avez pas peur que Béziers ne devienne le PSG du rugby ? 

 

J’ai vu ça, je ne sais pas si c’est sérieux. Là-aussi, je suis un petit peu loin mais on peut arriver à quelque chose comme ça dans le rugby, de plus en plus. C’est possible et ça prouve que l’on est en train de passer dans un autre monde. Il faut quand même continuer à se battre, je le répète, pour que notre sport garde ses valeurs. Il faut continuer contre vents et marées, il ne faut pas laisser faire. Mais des gens comme celui qui devait prendre le club de Béziers, même si ça n’a pas l’air de se faire, ce sont des gens qui vont venir deux, trois ans et puis qui vont dégager. 

 

Ils sont un peu hors-sol ? 

 

Oui, ils vont venir aider un petit peu et puis, le jour où le caprice sera fini, ils passeront à autre chose. Et d’après les commentaires que je peux lire, je ne sais pas si c’est extrêmement sérieux mais je ne peux pas porter un jugement, je ne connais pas. 

 

Vous nous parliez de valeurs. On se souvient de quelque chose qui vous avait mis en colère la dernière fois, ce sont les accusations qui avaient été portées contre Cédric Rouch, le talon du Cercle Amical Lannemezannais. Il a été disculpé par la Fédération Française de Rugby. J’imagine que cela vous a fait grandement plaisir que ce  » petiot  » du plateau de Lannemezan ait son honneur remis à son juste niveau ? 

 

Ce que je voudrai surtout dire, c’est que c’est en partie grâce à Radio Albigès parce-que je crois que Radio Albigès a été le premier défenseur de Cédric alors que tous les journaux, et en particulier les journaux parisiens; l’avaient complètement condamné. 

 

Sans lui demander son avis

 

Je n’ai pas la liste tout à fait en tête mais les journaux parisiens étaient très nombreux et les plus grands avaient condamné Cédric. Je suis très heureux de voir qu’il est réhabilité et que c’est fini. Pour moi, c’est vraiment dommage que cette histoire-là ait été autant médiatisée parce-que je crois qu’un entretien positif entre les deux présidents de Lannemezan et de Tarbes aurait permis de faire moins de pataquès et moins d’histoires, ils en avaient déjà assez après leur match très violent. Ça a fait une très mauvaise publicité au rugby, ça a fait, dans un premier temps, une très mauvaise publicité pour Cédric qui a vraiment été meurtri. Il a été contesté dans son travail et même s’il est réhabilité, il y a quand même toujours des gens pour rappeler qu’il y avait dû y avoir quelque chose etc. Ça, je pense que ça aurait tout simplement pu être évité avec un accord entre les présidents des deux clubs. Depuis, je m’aperçois que Woki a quitté Tarbes. 

 

Ce n’est pas le seul, il y a un exode à Tarbes

 

Oui, Tarbes connaît quelques difficultés à l’heure actuelle. Je suis d’ailleurs surpris de voir qu’ils veulent quand même postuler pour la Pro D3 mais je pense qu’il y a les moyens sur Tarbes de faire une très grosse équipe, j’en suis toujours persuadé. Ce n’est pas trop le cas pour le moment mais ça peut le devenir parce-que les Tarbais sont de grands amoureux du rugby. C’est un pays très, très rugby comme toutes les Hautes-Pyrénées avec beaucoup de joueurs de très grande qualité qui se font prendre régulièrement à l’heure actuelle. Donc, par rapport à Cédric, je suis vraiment très heureux qu’il soit réhabilité mais, je le répète encore une fois, c’est une histoire qui a fait trop de bruit et c’est un petit peu de la maladresse de la part des dirigeants et peut-être en particulier de mon ami Terré. Je connais très, très bien Lionel Terré, je l’ai vu évoluer et c’est un ami mais, je crois qu’il a été un petit peu débordé par son joueur, appuyé par l’inteligencia de notre rugby car ce joueur portait un nom. 

 

Il y a peut-être eu aussi un défaut du métier d’une partie de la presse, à savoir qu’on oublie parfois de faire du contradictoire. C’est à dire que oui, quelqu’un affirme quelque chose mais il faut aussi aller voir la personne qui est accusée pour savoir ce qu’elle a dans le ventre et ce qu’elle a à dire. La base même du journalisme, c’est le contradictoire ? 

 

Exactement. Des jugements semblables, on en a eu au moment du coronavirus, on a souvent eu des informations trop vite données et dans ce cas, c’est une information qui est trop vite sortie. Comme vous le dîtes, il fallait d’entrée donner la parole à Cédric. Je le répète, Radio Albigès l’a beaucoup aidé, on en avait d’ailleurs parlé ensemble parce-que nous avions fait une interview à ce moment-là. J’avais défendu Cédric, que j’aime beaucoup et qui est quelqu’un de parole, parce qu’il m’avait assuré qu’il n’avait jamais dit ça sauf  » tu vas voir quand tu vas revenir, je vais m’occuper de toi « , ça, c’est du Cédric dans le texte. Il s’en serait d’ailleurs occupé parce-que même si l’autre mesure deux mètres, Cédric est de la montagne et c’est un combattant. Je suis heureux qu’il soit réhabilité mais ça prouve que notre sport est encore un sport très fragile, là-aussi. Ce sont des choses qui, à notre époque, se serait réglées de façon tout à fait différente. On aurait mangé ensemble, on aurait un verre et ça aurait été réglé. Même si quelques fois cela peut arriver, je l’ai entendu sur des stades, des insultes dites sous le coup de la colère mais après, vous vous excusez, vous allez boire un coup. On perd ça dans notre sport. 

 

Le lien social ? 

 

Oui, tout à fait. Le rugby était d’ailleurs justement fait pour ça, il n’y a qu’à lire les récits des anciens. Ça se chamaillait, ça se tapait dessus mais derrière, on effaçait tout cela autour d’un verre et tout allait bien. C’était une époque différente mais il ne faut pas être nostalgique. Je prends du temps quand je vois que des images passés et le rugby et le jeu progressent. il faut que les anciens qui sont nostalgiques fassent attention là-dessus quand ils portent des jugements, les joueurs de rugby jouent quand même bien de nos jours. 

 

La quintessence de ce rugby qui marche sur la tête, ce n’est pas aussi ce qui arrive au Stade Nantais ? Il y a deux semaines, on les entendait dire  » on veut monter en Pro D2  » puis, il y a quelques jours,  » on veut aller en Fédérale 1 Elite  » et là, on apprend qu’ils sont relégués en Fédérale 3. Ce grand écart entre ambition et réalité est assez ubuesque ? 

 

Dans ces régions du nord, où le rugby mérite de s’implanter, on a vu beaucoup de clubs comme Lille, Strasbourg, peut-être Nantes maintenant, qui ont l’air de naviguer un petit peu à vue. Ce sont des villes avec d’énormes potentiels mais qui ont du mal par rapport à leurs budgets et autres. Là non plus, je ne suis pas compétent. Je vois qu’Etcheto est dans le coup, c’est l’un des grands personnages de ce sport. Je sais que c’est quand même très difficile. Pour parler de Lombez, qui vient de monter en Fédérale et qui, peut-être s’y maintiendra, je leur souhaite, ils peuvent se retrouver en Fédérale 2 mais ils n’iront pas en division honneur parce-que Lombez ne dépensera pas l’argent qu’il n’a pas parce qu’ils ne l’ont jamais fait. Et, à côté de ça, vous avez des clubs puissants, dont la ville et l’agglomération sont puissantes, et qui font souvent n’importe quoi. Lille, ça a été terrible, Strasbourg aussi. On s’attend pratiquement à des clubs de Top 14 et on s’aperçoit que des dirigeants, qui sont d’ailleurs souvent des chefs d’entreprises, sont très vigilants sur les moyens de leurs propres entreprisesmais le sont beaucoup moins quand ils prennent une équipe de rugby en moins. 

 

C’est la passion qui prend le dessus ? 

 

L’ambition plutôt que la passion. L’ambition, c’est  » je suis président de ce club, je l’ai fait monter en Top 14 « , on a ce style-là. Il y a des gens, s’ils n’avaient pas eu le rugby, est-ce qu’on les connaîtrait ? Même s’ils avaient très bien réussi dans leurs projets professionnels et leurs entreprises, le rugby leur permet d’être connus et reconnus. Alors qu’on ne sait pas qui sont les patrons des grosses entreprises françaises, on en connaît quelques-uns mais pas beaucoup. Tandis ce que le fait de devenir président d’un club de rugby, ils sont aussitôt projetés en première ligne et ça, ça les grise, ça leur fait plaisir mais, on ne peut pas leur reprocher de mettre de l’argent dans le rugby. Si je prends le cas de Boudjellal, que j’aime beaucoup et avec qui j’ai toujours eu des rapports courtois, même s’il s’était fait un petit nom dans le monde de la bande dessinée, ça n’avait pas l’impact qu’il a eu lorsqu’il est passé dans le monde du rugby. Pareil pour Lorenzetti, on n’aurait pas su qu’il était le directeur de Foncia, par contre, le rugby lui a fait un nom. C’est quelqu’un de très, très bien, il n’y a aucun problème. Je me rappelle d’une anecdote lorsqu’on était monté avec Agen les rencontrer à Paris en 2007 ou 2008. Le match avait été en définitive remis il devait se jouer un dimanche après-midi à 15h et on était sur le terrain à regarder s’il était gelé ou non. Et là, un type passe à côté de moi et me dit  » bonjour Mr Broncan « . Je vous assure que j’ai cru que c’était un stadier qui me disait bonjour ! Je continue à marcher en me demandant qui était ce type et c’était le président Lorenzetti, une apparence très simple et humble. D’ailleurs il l’est, j’ai eu l’occasion de manger avec lui lors d’un grand rassemblement de Bigorre car nous avons un ami commun là-bas et c’est un type formidable. Mais, je le répète, c’est quelqu’un qui a été reconnu dans notre société grâce au rugby, même s’il avait très, très bien réussi sur le plan professionnel. 

 

Il en est un qui a été reconnu par le rugby mais lui, via sa carrière sur le terrain, c’est Arnaud Méla. On sait que vous avez beaucoup d’affection pour lui ainsi qu’un côté paternaliste, vous regardez sa carrière de très près. On a l’impression que, dans son aventure avec Albi, il bosse beaucoup et il y met beaucoup du sien mais il y a un côté un peu  » club maudit  » comme a pu l’être Clermont à une époque ou de grands bastions de l’ovalie. Alors certes, ça donne du charme et de l’âme à ce club d’Albi à qui il arrive toujours des péripéties mais à un moment donné, il va falloir que ça paye ? Parce-que, normalement, le boulot, ça paye ? 

 

Clermont a mis beaucoup de temps à devenir champion de France mais il l’est devenu. Avec justement des dirigeants obstinés, avec un entraîneur vraiment de grande valeur et de qualité, et vous avez la chance à Albi de pouvoir le conserver car je pense que les sollicitations ne doivent pas manquer, je pense qu’Albi va y arriver, ce n’est pas possible. Tout le monde connaît l’histoire de Rouen l’année précédente. Cette année, alors que ça caracole en tête du championnat, au-dessus de toutes les équipes, il y avait tout pour réussir. Ce que je ressens chez Arnaud, je le vois faire parce-que j’ai souvent des nouvelles d’Albi, c’est que la façon dont il resserre son groupe dans les difficultés que ce dernier connaît, c’est quand même fantastique de la part de ce type ! Il réussit à regrouper, il réussit à resserrer son équipe. 

 

Ça, c’est le côté berger bigourdan ? 

 

Bien sûr, il est du Plateau. Plateau qui, d’ailleurs, n’est pas loin du Gers puisque, quand vous êtes au bas de Lannemezan, vous êtes à côté du Gers. 

 

Il faut rappeler que, quand il est arrivé, c’était dans un club assez exsangue. Le président Castanet venait de partir et le club de descendre en Pro D2. Il y avait des tensions un peu partout et, petit à petit, Arnaud Méla, avec son aura et son travail sportif, a réussi via le levier sportif à fédérer le club autour d’un projet ? 

 

J’ai connu le président Archilla et le président Castanet, ce n’était pas facile à l’époque d’être le président du Sporting Club Albigeois. Financièrement, le club était en difficulté et je pourrai vous montrer des exemples avec le président Castanet, il faut voir les salaires que l’on versait à nos joueurs, y compris à des joueurs comme Sofiane Guitoune ou Gabriel Lacroix qui avaient le niveau international et qui étaient payés au SMIC. Gaby Lacroix, quand il est arrivé, il devait être à 700€, ce qui était le salaire minimum d’un joueur espoir. Le président Castanet a quand même beaucoup donné pour ce club, c’est lui qui a fait venir Hugo Mola et ça, il fallait le faire. Derrière, je pense qu’il y a eu une année malheureuse alors qu’il y avait quand même de la qualité sur le terrain et sur le banc. Ça n’a pas bien pris et ça n’a pas marché parce-que le rugby, ce n’est pas toujours évident. Arnaud est arrivé et il certain que c’est quelqu’un qui pèse. 

 

C’est là où je voulais en venir. Sur un point T, qui est cette descente en Pro D2 et qui reste un carrefour du club, Arnaud a su derrière re-fédérer le club qui était morcelé. C’était les premières années où j’étais journaliste et que je suivais le Sporting Club Albiigeois, plus personne ne se parlait dans ce club ! Les supporters ne supportaient plus la direction, la direction ne supportaient plus les supporters, les joueurs étaient en fronde contre les entraîneurs, les entraîneurs contre la direction. C’était quand même une usine à gaz ? 

 

Oui, je pense qu’Albi a connu à ce moment-là une période compliquée. Moi, j’en étais loin et, quand vous n’êtes pas dans le club, c’est très difficile de pouvoir juger ce qu’il s’est passé. Le club avait joué les demi-finales avec Hugo Mola et c’est deux ans après que le club descend avec des joueurs sur le banc qui avaient des noms, des entraîneurs qui avaient fait leurs preuves dans leurs clubs. Peut-être qu’il y avait trop de noms et qu’ils n’ont pas pu s’accorder ensemble. Un club, c’est très compliqué et je me garderai vraiment de juger parce-que j’en étais très loin, même si j’ai toujours été un petit peu au courant de ce qu’il s’y passait. Mais quand vous n’êtes pas sur place, que vous ne voyez pas les entraînements ni les réunions de joueurs / entraîneurs, c’est impossible de juger. 

 

Je ne vous demandais pas un jugement ni sur la présidence Barret, ni sur la présidence Archilla ou Castanet mais plutôt un jugement sur le fait qu’Arnaud Méla a réussi à réenclencher une dynamique sportive qui a permis d’être un prisme positif pour le club et de se re-fédérer. 

 

J’ai toujours dit que le Sporting avait eu la chance de récupérer Arnaud Méla comme entraîneur. Parce-que ce gars-là, qui avait quand même la réputation d’être très rude sur le terrain et même plutôt con, de jouer pour faire mal, il s’est avéré comme quelqu’un de très humain, de très proche des joueurs et des hommes, très proche de ses dirigeants et très proche de son public. On le voit alors que le jugement que l’on peut avoir sans connaître Arnaud Méla, c’est la brute qui tombait les talonneurs et les joueurs qui venaient traîner dans le camp de son équipe. C’était ça, on le voyait claudiquant et on se disait  » pourquoi il joue ? «  et bien, c’était pour foutre des pètes ! 

 

C’est un ours au cœur tendre comme on dit ? 

 

Bien entendu et je pense qu’il est vraiment très humain. Il a ce côté-là et il est pour beaucoup dans la réussite d’Albi parce qu’il n’a pas connu d’échec. On ne peut pas dire que, contre Rouen, ce soit un échec, c’est un vol. Ça arrive mais, au lieu de de disperser là-dedans, il réussit à regrouper son équipe, il resserre tout ça. Ça file, ça avance, ça domine tout le monde et bam, arrive le Covid-19. C’est un peu comme Clermont, qui ne s’est jamais découragé jusqu’à ce qu’il ait son titre, je crois que l’année prochaine, ce sera bon. 

 

Vous pensez qu’Arnaud Méla pourra un jour accéder à un niveau supérieur, peut-être avec un autre club et en Top 14 ? Vous pensez qu’il a un avenir là-dedans ? 

 

Mais s’il l’avait voulu, il serait déjà parti. Pour le moment, c’est quand même quelqu’un qui tient son rôle, qui s’est fixé une mission. Arnaud est un missionnaire, il a cet esprit-là et sa mission est de faire monter Albi. Après, quand il aura fait monter Albi, peut-être qu’il partira mais il aura fait son travail, il veut le faire et je pense qu’il veut le faire jusqu’au bout. Il faut que les Albigeois l’aident à le faire jusqu’au bout et ils le font parce-que j’entends parler de la mairie. J’ai des échos et je crois quand même que personne ne conteste les aides qui sont apportées de la part de la ville et de la mairie. Personne ne fait l’unanimité mais on sent quand même que, chez les candidats, le Sporting est quelque chose d’important. 

 

C’est le poumon sportif de la cité épiscopale, une cité qui respire en jaune et noir

 

Oui, c’est une ville magnifique qui, bien sûr, n’a peut-être pas besoin du rugby mais le rugby lui donne incontestablement un plus. Et les malheurs d’Albi engendrent quand même un courant de sympathie vis à vis de ce club parce-que personne n’est dupe de l’histoire de Rouen ni de ce qui s’est passé cette année avec le coronavirus. Tout le monde sait qu’Albi est depuis deux ans vraiment très, très malchanceux. Et je pense que l’année prochaine, ça va envoyer. 

 

On va terminer sur cette note positive. On espère que, l’année prochaine, vous allez passer une très belle saison avec votre club de Mirande / Miélans. Avec la nouvelle formule de la Fédérale 1 où tous les pros risquent de s’en aller en Pro D3, est-ce que cette Fédérale 1 devenue quasi-exclusivement amateur peut intéresser Mirande / Miélans 

 

Non, nous, on ne peut pas, ce que l’on regrette, bien entendu. On est très content que Lombez et Auch montent même si on regrette qu’ils ne soient plus avec nous. On a fait le plein de recettes l’an dernier en les accueillant, c’est comme quand Mazamet et Graulhet reçoivent Albi, vous faîtes le plein. Et nous, c’était le cas en recevant Auch et Lombez mais nous sommes très heureux pour eux. Il y a un club où j’ai passé 27 ans et l’autre où j’ai passé 9 ans donc, je suis bien sûr très heureux que ces deux clubs montent et pour le rugby gersois. Il y aura du monde, les stades seront pleins et ça nous tarde de voir des stades pleines parce-que, pour le moment, on ne se régale pas trop et on s’ennuie un peu dans nos campagnes. 

 

On va espérer que le rugby reprenne vite, aussi pour les écoles de rugby pour que tous ces minots puissent vivre leur passion et qu’une nouvelle génération monte. Il va y avoir une coupe du Monde en France en 2023 et d’autres aventures dans les décennies à venir parce-que, quoi qu’il arrive, le rugby perdurera et avec des gens comme vous qui l’aime, c’est toujours un plaisir d’en parler. 

 

Merci et merci aussi à Radio Albigès. Je lis, j’écoute et je vois tous les efforts que vous faîtes pour promouvoir ce sport, pour l’aider à fond et ça fait plaisir. J’aurai aimé vous connaître quand j’étais entraîneur d’Albi. 

 

C’est réciproque, je me serai régalé à suivre les aventures d’Albi à votre époque, surtout qu’il y a eu des époques où il n’y avait pas grand-chose et où vous avez fait beaucoup, beaucoup. Je pense surtout à une année dont nous parlait Julien Raynaud où tout le monde avait prévu la mort à Albi et vous êtes arrivés à vous sauver avec de l’huile de coude, de l’énergie et une bande de jeunes qui en voulaient. 

 

Exactement, ça a été une très belle époque pour moi. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-19-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité itw d’Henry Broncan lors de l’émission « Le #Magsport – RadioAlbiges  » du 19 mai 2020.

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