#Rugby – Fed1 / A.Piguet (AS Mâcon) : «Ce n’est pas le moment de créer cette poule aujourd’hui.!»

Le président des Taureaux Mâconnais, Alain Piguet, nous a accordé un entretien, pour tirer la sonnette d’alarme concernant la réforme fédérale en cours. Comme beaucoup de ses homologues présidents de fédérale 1, Alain Piguet trouve le timing de Bernard Laporte (au sujet de la création de cette division « Nationale /Pro D3″ ) inadapté et monte au créneau pour faire entendre la voix des « petits« . Malgré un budget conséquent, 2 millions d’euros, une compétitivité sportive certaine et des infrastructures refaites à neuf, l’AS Mâcon Rugby sera dépourvue la saison prochaine de rémunérateurs derbys face à Bourg ou Dijon et du prisme d’une retransmission sur la chaîne l’Equipe. Le constat du président Saône et Loiriens est sans ambage : pourquoi se précipiter pour créer une division intermédiaire, dont les conséquences économiques envers la base de la fédérale1 seraient à son sens dévastatrices ? Focus sur un fidèle de Bernard Laporte qui n’hésite pas à marquer sa divergence d’opinion, avec le numéro 2 du rugby mondial, sur le débat de cette intersaison : la fracture sociale et sportive entre rugby pro et amateur.

 

 

Crédit photo / AS Macon Rugby Officiel

Président Piguet, pour commencer cette interview et pour la culture générale de nos lecteurs, qui sont pour beaucoup dans le Sud-Ouest, pourquoi les Taureaux de Mâcon ? 

 

Nous sommes dans le Charolais donc, on aime bien défendre nos valeurs. C’est plus symbolique qu’autre chose. 

 

C’est une question de territoire et de gastronomie ? 

 

Tout à fait

 

Territoire et gastronomie, deux choses qui font souvent très bon ménage dans le rugby ? 

 

Effectivement, ça fait bon ménage dans le rugby (rires). Et au moins, la solidarité existe ! 

 

A Mâcon, lors de la saison 2018-2019, vous avez brandi le Du Manoir. Ça reste une saison pleine avec deux rebondissements et une apothéose, vous êtes revenu à la présidence de l’AS Mâcon juste avant cette finale de Du Manoir. Cette année fut un peu plus compliquée et s’est de plus terminée par un point-virgule avec cette crise du coronavirus. Comment avez-vous vécu cette année un peu particulière voire ubuesque à Mâcon ? 

 

Ça a été très compliqué pour diverses raisons. On a refait notre stade, on a joué quatre fois à l’extérieur au début. Après, on a eu beaucoup de blessures ce qui a fait que ça a été très compliqué, le groupe a un peu perdu pied. On n’a pas été dans la course mais on a quand même été, comme vous le disiez, champion de France certes du Du Manoir en 2018 / 2019. Nous avons été demi-finaliste contre Lavaur en 2017 / 2018 et on a joué la finale, que nous avons perdue, contre Rouen en 2016 / 2017. 

 

Mâcon est une valeur sûre de la Fédérale 1 et c’est pour cela qu’on vous interviewe aujourd’hui. Des échos que l’on a eus, la réforme de la Fédérale 1 qu’il y a actuellement a du mal à passer. Vous vous étiez fait à l’idée des 5 poules de 12 initiales et maintenant qu’il y a cette Fédérale 1 Elite, il y a des choses qui vous interpellent ? 

 

Oui, il y a plein de choses qui m’interpellent. Ce qui m’interpelle en premier, c’est qu’on ne se donne pas le temps et la réflexion et ça me dérange. Le fait de penser à la Fédérale 1 Elite ne me dérange pas, c’est effectivement un tremplin qui peut se faire entre la Fédérale 1 et la Pro D2. Ce qui me dérange, c’est qu’on va, à ce qu’on entend et vu de ma fenêtre, sélectionner des équipes en vue des résultats sportifs. Moi, je veux bien mais ce n’est pas possible de ne le faire que sur des résultats sportifs. Il doit y avoir des résultats sur la finance, enfin, plein de choses qui doivent y figurer qu’on ne connait pas aujourd’hui. Tout le monde tient son discours mais on ne connaît pas la réalité des règlements qui vont être sortis pour cette Poule Elite. Il y a des clubs comme Massy ou Albi dont on ne sait pas s’ils vont ou non monter. Ça crée une ambiance qui est malsaine et moi, je pense très sincèrement que ce n’est pas le moment de créer cette poule aujourd’hui. 

 

Pour Mâcon, il aurait été envisageable d’accéder à cette poule ? 

 

Tout à fait, ce n’est pas quelque chose qui m’effraie. Il est vrai que, l’année dernière, on a fait une mauvaise saison mais comme je vous l’ai dit, on a quand même figuré dans le haut de tableau de la Fédérale 1 pendant 4 ans et je pense qu’on est capable d’aller s’y gratter. Je ne vais pas dire qu’on finira dans le haut de tableau parce qu’on serait très certainement plus vers le bas de tableau mais j’ai lu certains articles qui me dérangent. Quand je vois le président de Narbonne qui dit qu’il faudrait que ce soit des clubs qui se structurent entre 2M et 5M d’euro, comment peut-on parler de notre rugby comme ça ? Ce n’est pas possible ! Moi, j’ai 2M donc, je ne me sens pas trop concerné. 

 

On sait aussi qu’il y a un mot qui vous a beaucoup déplu, comme au président Goichot, c’est le mot  » mouroir  » ? 

 

Non, ce n’est pas possible, on ne peut pas parler comme ça ! Je vais plus loin, je me demande si c’est un président qui peut parler comme ça ! Même les gens qui viennent ranger les maillots chez moi ne vont pas parler comme ça. On ne peut pas soutenir ce genre de propos, ce n’est pas possible ! D’où la division en cours de notre sport. 

 

On entendait le président de Rumilly qui parlait d’une fracture sociale qui s’opère. Vous corroborez ? 

 

Oui, tout à fait. J’ai d’ailleurs lu avec attention les écrits du président de Rumilly, je pense qu’il est tout à fait dans la réalité des choses. C’est un club que j’ai joué, ils sont venus gagner chez moi l’année dernière. Mais il est vrai que oui, c’est une vraie fracture sociale. Je vais revenir là-dessus mais je pense que le monde pro aujourd’hui commet une erreur. Je ne vois pas pourquoi il n’accepte pas ces deux clubs que sont Albi et Massy, d’autant plus que notre président a fait les efforts pour que cela soit fait. C’est une fracture, quoi qu’ils fassent, c’est une fracture entre le monde amateur et le monde professionnel et on aura beaucoup de mal à s’en remettre. Et là-dessus, bien sûr, cela donne des idées et vient se greffer une Fédérale 1 que l’on nomme  » Elite, Pro D3 ou Nationale « , chacun l’appellera comme il voudra en fonction du montage que l’on va en faire. 

 

Maurice Buzy-Pucheu disait qu’il ne voulait pas être le vice-président de la fracture et de la séparation entre monde amateur et monde professionnel. Vous n’avez pas peur que cela n’arrive quand même parce qu’on a vraiment l’impression qu’une ligue fermée est en train de se monter ? 

 

Tout à fait. Après, je ne mettrai pas cela sur le dos de Maurice. 

 

Non, bien entendu, lui veut se battre dans ce sens-là. 

 

Il y a eu une réunion au mois de Novembre de tous les clubs de Fédérale 1 où, d’un commun accord, on a décidé qu’on ne créerait pas une poule Elite cette année. D’un seul coup, à deux mois de faire les poules, revirement de situation dû à ce qui s’est passé pour Massy et Albi par rapport à la Pro D2 et à ses présidents qui refusent les montées, on reparle et on veut remettre en place. Moi, je suis désolé, qu’on ne me convoque plus à Marcoussis, je n’ai plus rien à y faire si c’est pour qu’on se dise les choses entre nous et qu’on fasse autrement après. Ça, ça me dérange parce-que que n’est ni ce qu’on attend ni ce qu’on veut. Laporte a apporté une transparence et de la démocratie, restons là-dedans et ne nous échappons pas à travers ça. Bien évidemment que les poules de Fédérale se voient jouer entre eux mais nous, les petits clubs, qu’est-ce qu’on va faire ? Ils parlent de renégocier les droits télé mais quid de nous, petits clubs, et quand je dis petits clubs, tout est relatif puisque moi, avec 2M de budget, je ne me sens pas encore  » petit, petit  » club. 

 

Ou alors, vous êtes un gros chez les petits ? 

 

Oui, un gros chez les petits, c’est tout à fait ça (rires). Mais, je pense qu’il faut arrêter de parler systématiquement, d’argent, même si ça reste la réalité, et de mettre ça au plus haut-niveau. Je vais vous parler de mon club aujourd’hui, moi, je suis parti sur la réflexion qu’on s’est faite au mois de Novembre à savoir qu’ils ne créeraient pas de poule Elite. D’autant plus qu’en ne créant pas cette poule Elite, qu’est-ce qu’on fait ? On regarde l’horizon. J’ai Bourg à côté de moi, à 30 km et quand ils viennent chez moi, c’est 70 000€ de chiffre d’affaire. C’est 5 000 personnes et ils ont plus de violets que de rouges et bleus, je vous l’accorde. Il y a aussi Dijon, qu’on avait l’année dernière, c’est la même chose. Ça veut dire que j’ai chiffré ce que je perds et je vais perdre 160 000€ de chiffre d’affaire si je n’ai pas mes voisins dans ma poule. Tel qu’on me présente les choses, je ne les aurai pas et bien, je vais mourir. Je peux vous dire que l’année prochaine, mettez moi sur le banc de la DNACG. 

 

160 000€ en plus de la perte, comme tous les clubs, des partenariats car j’imagine qu’en termes de sponsoring, la voilure va se réduire du fait de la crise actuelle ? 

 

Tout à fait et c’est là où j’ai un peu de mal à comprendre qu’on n’aille pas dans cette réflexion qu’on s’était faite en Novembre. Et encore, il n’y avait pas de Covid à l’époque et maintenant qu’on parle de Covid, ça prend encore plus de sens de ne pas couper les derbys, de ne pas couper tous les clubs parce-que là, les clubs vont mourir ! Et puis, le derby existe aussi pour les partenaires, les gens ont envie de voir du rugby. On l’a bien vu l’année dernière, Bourg qui perd à Châteaurenard, ça existe aussi, ça a le mérite d’exister et heureusement que ça existe. 

 

La formule qu’avait proposée Benoit Trey dans l’un des séminaires de deux poules de Jean-Prat et trois poules Du Manoir aurait du sens ou, pour vous, cela reviendrait juste à changer la donne ? 

 

On peut tout imaginer, ce n’est pas le problème. Il faut qu’il y ait une vraie concertation parce-que sinon, on va au-delà de gros soucis pour notre rugby. Et je crois que la concertation était ce qu’on avait décidé au mois de Novembre, Elle était prévue, à savoir qu’aussi bien les clubs de haut-niveau de Fédérale 1 que les clubs de moyens ou petits niveaux, qu’on ait des réunions, qu’on échange, qu’on discute, qu’on mette les choses en place. Aujourd’hui, on va revenir à la Poule Elite qui existait il y a deux ans en arrière, où dans les premières réunions qui étaient faites à Marcoussis, tout le monde se regardait un peu en chien de fusil. Murie prenait la parole et citait quelques clubs qui n’étaient pas vertueux et à juste titre. A l’époque, Thierry était quelqu’un qu’on aime ou qu’on n’aime pas mais, en attendant, il dit les choses. 

 

Et d’habitude, Thierry Murie va au bout des dossiers

 

Non seulement il va au bout des dossiers mais il les connaît par cœur. Il connaît parfaitement ses dossiers et il avait apporté un climat de sérénité, les clubs de Fédérale 1 avaient envie de se retrouver. J’ai peur que ça, ça ne reparte à l’envers. Ne faisons pas ça dans la précipitation, ça a certainement le mérite d’exister mais pas dans la précipitation. Ça serait une erreur. 

 

En clair, si je résume vos propos, ne faisons pas en un mois et demi ce que l’on n’est pas arrivé à faire en deux ans ? 

 

Tout à fait. Et puis, on a le temps si on ne le fait pas cette année. La priorité des priorités aujourd’hui, c’est surtout que les clubs s’en sortent. Économiquement, on annonce entre 30 et 40% de moins de partenaires. Enlevez les derbys et vous allez avoir une dizaine de clubs qui ne seront pas bien dont je fais partie, je ne m’en cache pas. 

 

Et du coup, quelles sont les ambitions de Mâcon la saison prochaine avec ce  » profilage  » ? 

 

Justement, c’est aussi cela que je voulais dire. Suite à cette réunion de Novembre, je me suis équipé, j’ai monté une équipe. On a passé une année de transition, on savait que ça allait être comme ça mais, par rapport à mes partenaires, je ne peux pas continuer à avoir des résultats en dents de scie comme on a eu. En plus, la mairie chez moi a fait beaucoup d’efforts parce-que je leur ai vendu donc, ils m’ont fait un terrain aux normes, un éclairage digne d’un club de Top 14, recouvert les tribunes, on a un stade de 5 000 places. Et aujourd’hui, je vais me retrouver à jouer sans derby et sans valeur, parce qu’il faut reconnaître aussi que Mâcon n’est pas une terre de rugby mais elle existe. 

 

Est-ce que c’est l’une de vos demandes que la chaîne l’Equipe continue à diffuser la Fédérale 1  » tout court  » même s’il y a la Fédérale 1 Elite ? 

 

C’est encore une problématique qui est que nous, on n’existera pas ! On ne sera pas sur la chaîne l’Equipe alors qu’on a tout prévu et que notre stade est équipé justement pour la recevoir. Je parle de moi mais je ne suis certainement pas le seul dans ce cas-là, il y a beaucoup d’autres clubs. Mais en tous cas, nous, nous nous sommes équipés pour avoir une belle équipe l’année dernière et sincèrement, je n’ai pas peur de dire que je peux aller m’affronter avec certains clubs. J’ai joué Cognac en finale l’année dernière, on les a battus. J’ai joué Chambéry en demi-finale, on les a battus. On est allé chez eux cette année, on perd de 3 points. 

 

Bernard Laporte vous appelle et vous dit  » un tel, un tel se désiste, est-ce que tu veux monter en Fédérale 1 Elite ? « , qu’est-ce que vous répondez ? 

 

Je lui dirai oui, parce-que je n’ai pas le droit de refuser par rapport à mon groupe et aux efforts que notre club a fait, mais je lui dirai que ce n’est pas le moment. Parce-que, pour moi, ce n’est pas le moment de faire ça. Evidemment que c’est tentant, c’est tentant pour tout le monde de monter dans cette poule, je l’entends mais, pas comme ça. Il faut que l’on réfléchisse, que l’on travaille ensemble, que l’on mette en place les choses. C’est surtout ça et puis aussi pour des raisons économiques, il ne faut pas l’oublier. Il faut que tout le monde s’en sorte, il n’ya pas que les gros clubs, que ces 12 clubs qui vont avoir des derbys, qui vont avoir la télé et nous, on n’aura rien et on va mourir ? Et bien non, ce n’est pas la bonne période pour faire ça. 

 

On a entendu votre cri du cœur. On sait que, lors des dernières élections fédérales, vous avez été le candidat Bernard Laporte à la ligue de Bourgogne. Au vu des petits aléas qu’il y a actuellement, où l’on voit que vous n’êtes pas totalement sur la même longueur d’ondes, s’il vous demandait de plonger, vous retourneriez au front pour Bernard Laporte ? 

 

Bien sûr, cela ne change rien. Vous savez, je ne vais pas retourner ma veste du jour au lendemain. Heureusement que l’on peut ne pas toujours êtes en accord avec tout le monde, ce qu’il faut, ce sont des échanges. Il faut échanger et si on échange, on va construire. Si on fait les choses brutalement, non. Bernard a apporté la démocratie, il a apporté la parole aux clubs, il a eu une gestion salutaire de la crise Coronavirus, je ne peux pas lui tourner le dos du jour au lendemain, je ne fais pas partie de cette culture. 

 

D’habitude, les gens qui tournent le dos dans le rugby ne font pas long feu, du moins sur le terrain

 

Mais vous savez, ce n’est pas sur cette situation. J’ai 65 ans, j’ai des petits-enfants, j’ai une famille et la question que je me pose aujourd’hui, c’est que, si ça part en sucette comme ça, est-ce que je ne vais pas rester à la maison ? Parce-que je suis un peu surpris de tout ce qui se passe et surtout des discours qu’il peut y avoir, c’est dangereux pour notre rugby. 

 

C’est vrai que le mot de  » mouroir  » a été fort, a interpellé pas mal de présidents de Fédérale 1 et leur a un peu  » retourné les tripes « 

 

Oui. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, on va passer à autre chose. En tous les cas, je tenais très sincèrement à vous remercier parce-que ça fait plaisir que vous nous appeliez nous, les soi-disant  » petits clubs « . J’ai vu que vous aviez interviewé le président de Rumilly, de Chambéry et c’est bien que vous interrogiez un peu tout le monde parce-que nous avons aussi le droit de donner nos ressentis. 

 

Le but d’un média qui traite de la Fédérale 1 est aussi de donner la parole à tous les acteurs, quels que soient leurs points de vue, leurs opinions ou leurs galères du moment

 

Merci beaucoup

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-22-mai-2020-vf/

Retrouvez en intégralité l’itw d’Alain Piguet lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 22 mai 2020.

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