#Rugby / F.Fourcade (Albi) : «Une injustice que de ne pas valider la montée d’Albi et de Massy!»

Florent Fourcade, le coach des espoirs du Sporting Club Albigeois, lors de cette saison 2019 / 2020, a accordé un entretien à notre consultant Didier Revellat. Au delà de son bilan, à la tête de la relève jaune et noire, l’ancienne légende du Stadium a voulu apporter un soutien appuyé aux joueurs d’Arnaud Méla, dans leur quête de Pro D2. Coup de projecteur sur un homme qui aime son club et le fait savoir.

 

 

Florent , Comment toi et tes proches te portez-vous face au Covid ? Comment as-tu géré le confinement par rapport au travail ? 

 

Comme tout le monde, je crois que l’on a appris tous les jours, on a été attentif aux consignes données. J’ai la chance de pouvoir bosser un peu de chez moi donc, j’ai continué à bosser tout au long de cette période de deux mois. On a fait attention, ce qui a été un peu plus problématique a été la garde du petit mais comme tout le monde. Je n’ai pas trop envie de me plaindre parce-que j’ai la chance d’avoir une maison, un jardin. Il a fallu se ressourcer pour trouver des activités mais je n’ai pas envie de me plaindre, on est quand même dans une région pas trop, trop touchée. Dans mon périmètre privé, personne n’a été touché donc, c’est déjà ça. Après, bien sûr qu’il faut faire attention aux grands-parents, mes parents, les parents de ma femme, il faut faire attention à ces petites choses-là. Mais je crois que, comme tout le monde, il va falloir qu’on s’adapte et une nouvelle vie nous attend. Je ne sais pas pendant combien de temps mais il va falloir que l’on s’adapte à ces gestes, qu’on trouve une nouvelle façon de travailler. Je travaille dans les assurances donc, je sais un peu de quoi il s’agit. Ce qui me peine le plus, c’est de voir les entreprises qui sont  » dans la merde « , qui travaillent et qui se battent tous les jours pour maintenir leurs entreprises à flots. Ça me fait relativiser beaucoup de choses  je ne me plains pas. Comme tout le monde, j’ai un peu subi cette période mais qui était certainement nécessaire. En tous cas, on nous a dit de le faire donc, j’ai respecté à la lettre mais il est sûr que les échanges et les contacts humains commencent à me manquer un peu, comme le terrain avec les gars. 

 

En parlant du terrain, cette saison s’est terminée un peu à la hâte. Fin Janvier, on ne savait pas que le Brive / Albi perdu à Brive serait le dernier match de la saison. Comment faites-vous pour maintenir les joueurs ? Parce qu’entre fin Janvier et le début du confinement, il a fallu les occuper ? 

 

Ça a été très compliqué. Mais malgré tout cela, on a la chance à Albi d’avoir une structure, un staff et des préparateurs physiques dédiés aux espoirs donc, il y a eu des challenges de crossfit, des remontées de tests. Il est sûr que quand il n’y a pas de présentiel, on ne peut pas vérifier réellement la charge de travail des gamins mais ils ont eu des programmes chaque semaine. Louis Maris, le préparateur physique, leur a envoyé des programmes chaque semaine depuis le début du confinement, et c’est quand même à souligner, pour non pas développer mais pour pouvoir maintenir et avoir au moins une petite charge de travail qui pourrait permettre une reprise un peu moins difficile. Si, dans notre sport, on ne fait rien pendant 6 mois, et je pense que c’est pareil dans tous les sports, la remise en route est quelque fois très dure. C’était la première chose et après, on a aussi la chance en espoir d’avoir Aymeric, le kiné, qui est en lien permanent avec les jeunes. Il n’est non pas leur confident mais, c’est quand même un lien important que nous ne pouvons pas être en tant que staff, même si on est sur une catégorie jeunes. Donc, avec Romain Lalliard qui a un peu coordonné tout ça, on a quand même réussi à maintenir une pseudo activité. Il est sûr qu’on a abandonné le spécifique rugby mais ça nous a permis de faire un peu d’introspection sur la saison qui vient de s’écouler, sur les effectifs, de vite communiquer aux mecs qu’on ne pouvait pas garder du fait de l’âge sur la catégorie espoirs et qui ne basculent pas sur la catégorie professionnelle avec Arnaud. Donc, c’était un peu notre souhait de vouloir vite communiquer avec les jeunes que l’on ne gardait pas pour qu’ils puissent se retourner, c’était important. Maintenant, on est en pleine construction pour l’effectif suivant, en lien direct avec Romain et Arnaud plus haut. Romain Lalliard a réalisé tous les entretiens auxquels j’ai assisté en visio avec les joueurs que l’on a, que l’on souhaite garder et valoriser pour l’année prochaine et qui sont dans le centre de formation. Donc, on a déjà eu trois heures d’entretien, on va suivre avec l’effectif de tous les joueurs présents et en même temps, on est en plein sur le recrutement. Ce dernier est subordonné à la division dans laquelle on va jouer, avec quels moyens. Au niveau des espoirs, on est forcément impacté par l’équipe première, et comme notre souhait est de développer les jeunes pour qu’ils aillent filer un coup de main à Arnaud et que lui les utilise au maximum, on est aujourd’hui un peu dans le flou comme tout le club, je pense. 

 

Sur cette saison, il ne devait à priori pas y avoir de descente malgré cette 9e place. Vous terminez avec 3 victoires pour 12 matches joués, Bourg-en-Bresse vous devance d’un point de bonus malgré 2 victoires et un match nul. Quel bilan peux-tu tirer ? Il y a peut-être eu des matches lâchés un peu trop vite ? 

 

Oui, bien sûr que j’ai fait un peu cette introspection. On est parti avec un groupe où l’on savait que ça allait être compliqué puisqu’on avait fait le choix de beaucoup rajeunir les effectifs pour construire un peu sur la durée sur les deux, trois ans à venir. En plus du fait que nous l’avons fait sur une année avec le Covid, je pense qu’on a eu du mal à se mettre en route mais il y a eu une réelle progression sur les trois derniers mois, vraiment. On perd à Brive pour le dernier match de l’année, il se trouve qu’on perd de quelques points chez le premier et on fait un réel match de haute-intensité avec un réel contenu rugbystique. On était vraiment en progression et, en tant que coach, je pense que, sur les matches qu’il nous restait, il y avait quelques victoires qui nous auraient tendues la main et quelques bonne surprises. L’aspect sportif était pour nous important mais la démarche de développer des joueurs l’était encore plus. 

 

Tu nous as un peu parlé du recrutement. Nous sommes toujours dans l’expectative de savoir où va évoluer l’équipe une mais as-tu déjà la vision des joueurs qui postulent pour l’équipe première l’an prochain ? Et y a-t-il des juniors qui peuvent monter vous renforcer en espoirs ? 

 

Il y a deux postulats. D’abord, le groupe actuel que l’on a, qu’on avait sur l’année 2019 / 2020 et qu’on a déjà basculé sur 2020 / 2021 donc, il fallait faire le bilan de notre équipe et le bilan de leurs progressions. Après, il y a la génération junior qui était promise à une belle fin de championnat et je suis désolé pour Flo et Valentin, les entraîneurs juniors, qui ont beaucoup bossé pour ces moments-là qui ne pourront jamais aboutir car je pense qu’ils avaient une belle saison. Il y a donc une belle génération de joueurs montant en espoirs pour la saison 2020 / 2021. Ensuite, il y a Romain Lalliard qui a fait un gros boulot sur les potentiels et les profils qu’on souhaiterait et qu’on a défini à l’avance, en lien bien sûr avec Arnaud. En effet, le recrutement espoirs sur de forts potentiels et sur des joueurs que l’on tient à valoriser, doit se faire en lien avec Arnaud, l’entraîneur de l’équipe première, l’entraîneur espoirs, donc moi,  et Romain, le directeur du centre de formation. Ça a été en stand-by pendant 3 / 4 semaines, on s’y est remis un peu en organisant deux réunions récemment et on a des profils intéressants. Après, nous sommes quand même subordonnés aux moyens que l’on va avoir et à l’équipe première donc, on essaie de faire ce que l’on peut (rires). Ce n’est pas du bricolage mais on essaye de faire ce qu’on peut car il y a malgré tout une réelle politique sportive au club. Il y a une vraie dynamique et tout ça vient un peu couper ce qu’était en train de construire Arnaud,  tout son staff et le président Roumégoux. Je trouve ça très dommageable mais c’est comme ça, on n’y peut rien et il faut s’adapter. Donc, il faut que l’on fasse du mieux que l’on peut, et pour avoir une équipe compétitive en espoirs l’année prochaine et pour pouvoir être un véritable tremplin afin qu’Arnaud puisse piocher quand il a besoin. 

 

Est-ce qu’il y a des interactions avec des clubs à côté ou dans la région ? 

 

Oui, bien sûr. J’ai eu le responsable de Saint-Sulpice qui me demandait quelques noms de mecs que je ne conservais pas en espoirs. Je crois qu’il y a un sacré lien de bonne intelligence pour pouvoir faire rebondir des mecs qui sont juste pour jouer en Fédérale 1 à Albi mais qui ont quand même un bon niveau. Donc oui, j’ai eu quelques appels de mecs qui étaient intéressés et qui venaient se renseigner sur des profils de joueurs que j’avais cette année en espoirs. Je pense que le Tarn est riche en clubs de rugby et, si l’on est intelligent, on a chacun sa place. 

 

On peut mettre un niveau devant l’un par rapport aux niveaux des clubs ? 

 

Voilà, chacun a sa place. On ne boxe pas dans la même cour que le Castres Olympique mais on peut être complémentaire au même titre qu’avec Gaillac, Lavaur, Saint-Sulpice ou Graulhet et j’en oublie. 

 

Il y a peut-être aussi l’Aveyron ? 

 

Oui, bien sûr. Après, c’est compliqué pour nous parce qu’on ne sait pas où on va, encore que moi, j’ai la chance d’avoir un travail à côté. Mais je me mets à la place des mecs qui sont salariés du club à 100%, ce sont des périodes compliquées. Je pense qu’en haut et à la Ligue, il faut qu’ils comprennent que tout le travail qui est fait depuis trois ans pour assainir le club tant sportivement qu’au niveau structurel, que tout le travail au niveau rugby mené par Arnaud et Jérem, ils doivent en prendre compte. Je pense que le club a fait  » patte blanche « , je pense qu’il mérite sa montée sportive, je ne vois pas comment ils ne peuvent pas les faire monter. 

 

Toi qui est un ancien pro, que penses-tu des réactions des présidents de Top 14 et de Pro D2 ? 

 

Je pense qu’il y a des enjeux financiers qui me dépassent, moi. En tous cas, je ne suis pas au courant de tout, c’est une certitude. Après, j’ai juste envie de dynamique sportive et d’équité sportive. On voit bien qu’au foot, ils font des montées et des descentes, enfin, ils reviennent en arrière et ils repartent. Je pense que chacun navigue à vue mais que la considération d’Albi et de Massy doit être prise en compte. Aujourd’hui, c »est X salariés et j’ai des amis dans les bureaux d’Albi, depuis presque 10 ans que j’y suis. Albi, c’est mon club, c’est le club que j’aime et c’est pour ça que j’y entraîne. Je crois qu’avec les personnes qui sont là aujourd’hui, le staff dirigeant avec le président, le staff sportif, on n’a jamais eu un encadrement aussi compétent. Pourquoi tout annihiler et pourquoi être suspendu à une décision de Carré, président de Colomiers, qui est responsable ? En tous cas, cela ne retranscrit pas tous les progrès ni tous les efforts consentis et, pour moi, ce serait une réelle injustice pour les joueurs. Il faut savoir que cela fait deux mois que les joueurs attendent sans savoir s’ils vont être sous contrats, avec des familles. Moi, c’est ça qui me peine le plus, j’étais à leur place il n’y a pas si longtemps. J’ai toujours eu la chance dans ma carrière de ne pas avoir trop de soucis au niveau contrats mais ça se reporte à d’autres salariés. Aujourd’hui, les mecs ne savent pas si, au mois de Juillet, ils vont pointer au chômage ou s’ils auront un club. Pour moi, c’est le plus embêtant, je pense à mes potes qui se battent depuis X années comme Vincent Calas, Matthieu André et bien d’autres. Je pense aux petits jeunes que j’ai vu évoluer depuis que  j’ai entraîné les Crabos il y a 5 ans, le petit Doan, le petit Ménoret, Farret, Veyrac, ce sont des mecs qui sont exemplaires ! Et c’est ça qui m’embête le plus, c’est que ce serait une certaine injustice que de ne pas valider la montée d’Albi et de Massy. Mais, ce qui me touche, c’est Albi, le reste … En tous cas, mon état d’esprit, c’est celui-ci : c’est que, pour moi, ce serait une injustice pour ne pas dire autre chose. 

 

Tu penses que c’est cette solidarité, qui est quand même une des valeurs primordiales au rugby, qui manque ? 

 

Je crois que chacun des présidents voit son pré. Ce que je ne comprends pas, c’est que Bernard Laporte leur donne les garanties de ne rien perdre et que la Fédération fera l’effort d’indemniser les pertes. Qu’est-ce qu’l leur faut de plus ? C’est ça le rugby ! Je le disais souvent à mes joueurs, ce qu’il reste, c’est le vestiaire. C’est important, ce sont les hommes, ça va au-delà du sport en lui-même et je trouve qu’on ne montrerait pas un bel exemple de notre sport en ne validant pas les montées d’Albi et de Massy. 

 

On te remercie pour ton éclairage sur les espoirs mais aussi pour ta vision sur la situation. 

 

Merci

 

Propos recueillis par Didier Revellat

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-15-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Florent Fourcade lors de l’émission  » Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 15 mai 2020.

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