#Rugby – Fed1 / F.Moine (Rumilly) : «La fracture sociale est présente, on ne peut que la constater.»

Frédéric Moine, le co-président du RCSR, a réagi à l’actualité du moment lors de notre débat du 15 mai 2020: le projet de création par la fédération française de Rugby d’un championnat intermédiaire entre la fédérale 1 et la Pro D2. Pour le club Rumillien et son bouillant public des Grangettes, la perspective de voir s’envoler de futurs derbys avec Bourgoin, voire Chambéry est un crève cœur, tout autant qu’une perte financière non négligeable. Frédéric Moine craint qu’une fracture sociale s’amorce dans le rugby français, en outre d’un tempo pour la genèse de cette » Pro D3″ qui ne lui paraît pas approprié. A Rumilly, après un brillant comeback en fédérale 1 cette saison, on regarde avec circonspection cette sécession en cours, entre ovalie amateure et rugby pro.

Frédéric Moine (à droite) , accompagné du Directeur Sportif Nicolas Tranchant. / Crédit Photo RCSR.

Frédéric, si j’ai de bons échos, cette réforme ou expérimentation n’est pas dans le bon tempo pour cette année ? 

 

FM (Rumilly) : Oui, en effet, je rejoins en partie ce qui a été dit. Je crois que vous avez évoqué la notion de fracture sociale et comme l’a dit le club de Drancy, on ne peut effectivement que constater qu’il y avait beaucoup de disparités entre les clubs,  même si pour nous en tant que promu, c’était une découverte. Donc, la fracture sociale était présente et on ne peut que la constater. Sur le fond, je pense qu’avoir une Pro D3 est plutôt quelque chose de pertinent mais pour moi, à l’inverse de ce qui vient d’être dit, ce n’est pas le bon tempo. Ce n’est pas le bon tempo parce qu’il est très, très compliqué aujourd’hui d’organiser la saison prochaine. Il y a beaucoup d’inconnues sur l’aspect économique avec nos partenaires et aujourd’hui, c’est vraiment difficile de se projeter pour la construction d’un budget. On négocie avec des joueurs qui comprennent mais qui sont encore sur un ancien modèle. Je pense que le modèle de rémunération va fortement évoluer alors que nos joueurs raisonnent encore avec un ancien modèle. Donc, aller aujourd’hui rajouter de l’incertitude, naviguer à vue en permanence et surtout, nous priver un petit peu des derbys qui sportivement peuvent effectivement souvent être compliqués, ça, je l’entends bien mais néanmoins, c’est un peu la raison pour laquelle on s’est battu pour monter en Fédérale 1. C’est à dire de la visibilité, des grosses recettes, des derbys et on nous prive de ça, je dirai un petit peu rapidement et au dernier moment, dans une période vraiment très compliquée. Donc moi, je ne suis pas sûr que ce soit le bon tempo aujourd’hui pour faire ça même si la Pro D3 a bien entendu tout son sens mais ce n’est à mon avis pas le bon tempo et il y a encore des inconnues. Il y a eu une Fédérale 1 Elite qui n’a pas très bien marché, c’est le moins que l’on puisse dire, je pense que plus de la moitié des clubs n’étaient pas éligibles à la Pro D2. Je n’ai peut-être pas tous les éléments ni toutes les infos mais comment va se constituer cette Pro D3 ? Quelles précautions et quelles sécurités va t’on prendre pour qu’on ne s’aperçoive pas en milieu de saison que la moitié des clubs soient en difficulté et ne puissent pas monter en Pro D2 ? En conclusion, je dirai que la Pro D3 a tout son sens mais que ça ne me paraît pas être le bon timing cette année et on a quand même besoin de quelques précisions sur les modalités de cette Pro D3. 

 

Et puis, accueillir Bourgoin aux Grangettes, ça aurait été quelque chose de super pour vous ? 

 

FM (Rumilly) : Exactement. Bien sûr, ça aurait été compliqué sportivement mais je pense que, quand on est en Fédérale 1, l’objectif est quand même d’y rester voire, pour certains clubs, d’ambitionner à aller plus haut. Donc, il faut aussi se frotter à des clubs comme Bourgoin, comme Bourg, pour mesurer à un moment donné l’écart et le chemin qu’il reste à faire. Je pense que, quand on est président, on veut définir un projet au sein de son club et il y a forcément des axes d’améliorations à faire. Et peut-être que, de temps en temps, aller prendre 50 ou 60 points à Bourgoin ou à Bourg, même si je ne dis pas que c’est une bonne chose, permet aussi de mesurer tout le travail qu’il reste à faire, toute l’organisation et la structuration qu’il reste à faire. Et là, je crains qu’on ne se retrouve un peu dans un niveau intermédiaire ou au rabais qui, finalement, ne va pas satisfaire grand monde, ni les supporters, ni les partenaires. Donc moi, en tous cas pour cette saison-là, je ne suis vraiment pas favorable à cette formule. 

Frédéric, on a eu écho qu’une lettre avait été envoyée à Maurice Buzy-Pucheu de la part des clubs de la Vallée du Rhône pour qu’il y ait une poule régionale de cette dernière. Dans les co-signataires de cette lettre, il y avait Bourg-en-Bresse et Chambéry. Est-ce que vous n’avez quand même pas l’impression d’une petite trahison ? Puisque maintenant ils veulent accéder à la Nationale 1.

 

FM (Rumilly) : Tout d’abord, pour revenir sur ce qui a été dit par les autres intervenants du débat, ce n’était que ma 2e année de présidence donc il y a beaucoup de choses que je découvre un petit peu. Je pense que, contrairement à la Fédérale 2, il est vrai qu’on s’est tous dit qu’il y avait quelque chose à faire en Fédérale 1 parce qu’il est clair qu’avec 500 000€ de budget, on ne peut pas rivaliser avec des clubs qui ont 4 millions. Néanmoins, je crois qu’il ne suffit pas d’avoir 2M pour performer en Fédérale 1. Nous, avec un budget bien moindre, on a quand même pu taper Suresnes à la maison et on a vraiment fait de belles performances. Donc, bien sûr qu’il y a un minimum en dessous duquel vous ne pouvez pas être compétitifs mais je pense qu’il faut remettre de la cohérence au niveau du rugby. Je peux vous dire qu’à l’intersaison, je me suis posé beaucoup de questions à savoir comment faire de Rumilly un club solidement attaché en Fédérale 1. Quand on est une ville de 15 000 habitants, que l’on n’est ni Annecy ni Chambéry en termes de visibilité, ça oblige forcément à se poser un certain nombre de questions. Je me dis qu’on a quand même un budget cible à aller chercher, nous sommes dans une région où le coût de la vie est assez cher donc, à moins d’1 million 5, ce sera quand même à terme assez difficile d’être un vrai acteur. Par contre, ce qu’il s’est passé ces deux saisons étaient assez intéressants et on a bien profité de cette intersaison pour bien réfléchir à ce que l’on souhaitait faire. Et ce qu’on veut faire, ce n’est pas développer le budget à outrance ni faire appel à des agents pour construire une équipe, pas du tout. En tous cas, ce n’est clairement quelque chose qui m’intéresse. Par contre, ce que l’on veut faire, c’est se poser à un moment donné les bonnes questions sur un département avec nos clubs voisins, augmenter le niveau de la formation, faire des équipes départementales pour mieux desservir tous les clubs et redynamiser un rugby, qui en tous cas en Haute-Savoie, n’est pas en grande forme. Donc, je dirai que, quand on a un budget limité mais qu’on a des ambitions sportives, on essaie de trouver des solutions et on essaie de redonner du sens au projet qu’on veut mener. Je ne suis pas vraiment en phase à dire qu’aujourd’hui de toute façon, à moins de 2M, vous ne pouvez pas accéder à cette Pro D3 parce-que nous, je sais que l’on peut battre des équipes de Pro D3. Sans doute pas toute la saison mais en tous cas, ça oblige à se poser des questions pour faire un projet qui a du sens, cohérent et qui ne se limite pas à développer un budget et faire appel à des joueurs. A mon avis, mais très modestement car cela ne fait que deux ans que je suis président et qu’il me reste sans doute encore beaucoup de choses à apprendre, il me semble que le rugby a pris des orientations qui n’étaient sans doute pas les bonnes et qui font qu’aujourd’hui, c’est bien difficile de recruter certains postes. Donc, une des solutions aurait pu être aussi de resserrer le nombre d’équipes en Fédérale 1 plutôt que de l’augmenter à 60. On aurait peut-être pu se dire  » on passe à 30 en Fédérale 1, ça réduira les écarts et ça va aussi obliger les clubs à miser sur la formation  » parce-que, même si on a 30 clubs en Fédérale 1, il n’y aura pas 30 clubs qui pourront avoir 2 ou 3M de budget. Ces clubs-là, comme Saint-Jean-de-Luz, doivent se poser des questions à un moment donné, former des jeunes, faire que les meilleurs jeunes du territoire viennent jouer chez vous. C’est l’objectif de Rumilly, c’est qu’à terme sous 5 ans, nous soyons toujours en Fédérale 1 et que 50% de l’équipe soit des jeunes issus de Haute-Savoie. Je ne dis pas de Rumilly, parce-que je sais très bien que ça ne sera pas suffisant mais par contre, ton veut que tous les meilleures jeunes de la Haute-Savoie viennent jouer à Rumilly. Ceux qui ne passeront pas le cap retourneront jouer dans leurs clubs et je pense qu’on aura fait du bon job. C’est la raison pour laquelle j’ai initié une réunion avec tous les présidents de Haute-Savoie pour avoir ce discours clair. Rumilly est le club leader de la Haute-Savoie, on va aussi essayer d’aider les clubs voisins par nos éducateurs, de créer une dynamique et de faire monter le niveau de la formation. Je pense qu’il faut aussi qu’on se pose les bonnes questions et ne pas subir en se disant  » je n’ai pas ce budget donc, de toute façon, je vais prendre 50 points « . Non, si on veut être en Fédérale 1, ce qui est quand même un choix que l’on a fait, avec ses environnements, ses contraintes et ses avantages pour chaque club, il faut se demander  » comment j’arrive à vivre dans tout ça ? « . Et c’est vrai que le modèle de l’année dernière est un petit peu perturbant, en Fédérale 1, il n’y a plus vraiment de référentiel. Quand vous avez des joueurs qui touchent 4 000 et d’autres qui sont pluriactifs et qui touchent juste des primes de matches, quel est le référentiel de la Fédérale 1 ? Il y avait sans doute des choses à faire mais je pense qu’il ne faut pas déporter le problème. Il faut peut-être essayer de travailler un peu différemment et se dire  » comment on sort des problèmes du rugby ?  » car il semble qu’il y ait une éclaircie avec une équipe de France qui reprend un peu le dessus mais il faut quand même qu’on se dise les choses. C’est un sport qui va très mal, qui perd beaucoup de licenciés et peut-être que la réflexion doit être  » comment je peux faire revenir des jeunes au rugby, comment je remonte mon niveau de formation « . Je pense que ça, c’est le vrai sujet de réflexion que ce soit en Fédérale 1, en Pro D3, en Pro D2, ce sont, à mon sens, de vrais sujets. 

 

Et pour en revenir à cette lettre ? 

 

FM (Rumilly) : On s’adaptera. Je ne comprends pas qu’on n’ait pas été dans cette lettre mais peu importe, on s’adaptera. Je n’ai aucune animosité contre qui que ce soit mais c’est vrai que, si on peut éviter de traverser toute la France pour toutes les raisons qu’on a évoquées et particulièrement cette année, ça serait bienvenu. Peut-être que je ne connais pas assez tous ces présidents, je m’en expliquerai avec eux (rires). 

Vous allez aménager votre effectif suivant la formule que choisira les instances ?

FM (Rumilly) : On avait 4 contrats exclusifs et le reste n’est que pluriactif. Mais je pense qu’on a tous un peu raison : il y a un minimum en-dessous duquel on ne peut pas exister en Fédérale 1, ça, c’est une évidence. Je crois qu’aujourd’hui, ce budget est variable en fonction des régions. Nous, nous n’avons pas Clermont à côté de chez nous, on doit porter le rugby sur la Haute-Savoie, le club le plus près est Oyonnax. Comme je le disais, on a tous nos contraintes mais il est clair qu’il y a un minimum en-dessous duquel on ne peut pas exister et ça le sera toujours. Je pense qu’à partir du moment où l’on veut évoluer sur du haut niveau, il y a aura toujours des écarts, la réalité est là. Si on ne le veut pas, il faut rester en Fédérale 2 (rires). Mais, pour moi, le vrai débat est comment aujourd’hui, un club qui a un budget d’1M2, comme c’était notre cas cette année, peut aller battre un club qui a un budget de 2M, 2M5 ? Et on peut le faire ! Je n’ai peut-être pas une vision aussi négative de tout cela car je pense qu’aujourd’hui, il y a encore un sentiment d’appartenance. 

 

Intervention de Vincent Lagassé (Drancy) présent lors du débat : Vous n’aviez peut-être pas 600 000€ comme nous, c’est pour cela. 

 

FM (Rumilly) : Oui, bien sûr. Je pense qu’aujourd’hui, vivre en Fédérale 1 à 500 / 600 000€, cela ne me paraît pas faisable, en tous cas dans la formule telle qu’on l’avait cette année. C’est une réalité : nous, nous sommes passés de 800 000€ à 1M2 en l’espace d’un été donc, on a bossé. C’est aussi de proposer un projet qui est clair et lisible et, quand on va voir les partenaires, j’aime bien aussi leur dire que sur le terrain, il y aura des jeunes qui sont issus du territoire, des jeunes que l’on forme, qui iront demain dans les entreprises et que ce ne sont effectivement pas que des Géorgiens ou des Fidjiens. Je pense que ça fait partie aussi de l’appartenance et de la visibilité d’un club. Nos partenaires sont des PME et les PME aiment comprendre où elles mettent leur argent. Donc, je pense que c’est essayer aussi de créer un modèle, une trajectoire qui soit lisible. Il est évident aujourd’hui qu’il y a quand même un minimum économique mais on voit quand même des résultats sportifs qui ne respectent pas toujours la logique économique. Comment nous, on peut battre Suresnes ? Comment on peut gagner à Mâcon ? C’est faisable, en tous cas on l’a fait l’année dernière et j’espère qu’on arrivera à le refaire l’année prochaine. Mais, ce n’est pas si binaire même s’il est évident qu’aujourd’hui, il est évident qu’il est impossible de vivre à 600 ou 700 000€ en Fédérale 1. Et à Rumilly, on a effectivement besoin d’un peu plus de budget parce qu’on est tout sauf un club de mercenaires, comme nous avait un peu taquiné Issoire, mais on doit porter un rugby. Cela veut dire qu’aujourd’hui, on libère entre 10 et 15 espoirs qui vont alimenter nos clubs voisins donc, je pense qu’on a quand même un rôle assez important. Théo Entraygues nous fait du bien mais il faut quand même aller le chercher, il n’est pas voisin. Comme je vous le disais tout à l’heure, on a vraiment réfléchi à l’intersaison à se dire qu’on aura toujours besoin de quelques  » top joueurs  » mais avec une continuité dans un projet qui es tirer des jeunes vers le haut. Je ne suis pas aussi négatif sur les joueurs français, je pense qu’il faut mettre ces derniers dans un projet qu’ils comprennent et il faut les tirer vers le haut. Aujourd’hui, les cartes sont en train de se redistribuer, les budgets se revoient à la baisse, beaucoup de choses sont en train de changer donc, on aura de bonne surprises sur les joueurs français. Peut-être qu’ils ont eu un peu trop de confort à un moment donné mais ils ont aussi beaucoup de qualités. Il faut les faire adhérer à un projet et il n’y a pas de raison qu’ils ne puissent pas  » s’arracher  » à un moment donné. En tous cas, les nôtres se sont arrachés l’année dernière donc j’espère que ça continuera l’année prochaine (rires). 

Vous allez réorienter votre recrutement sur des joueurs locaux ou vers des joueurs étrangers aguerris ?

FM (Rumilly) : Ce qui sera peut-être intéressant, ce sera surtout de suivre la saison prochaine parce qu’on se réoriente un petit peu. Effectivement, on avait deux géorgiens en 1ère ligne, on avait un 2e ligne sud-africain, un néo-zélandais en 3e ligne donc, on avait quand même quelques étrangers. Mais, on ne les aura plus l’année prochaine. On va conserver notre néo-zélandais en 3e ligne et on va justement essayer d’appliquer un petit peu ce que je suis en train de vous dire à savoir qu’il faut un peu digérer la croissance et ne pas être dans le surrégime. Du coup, on a marqué un petit temps d’arrêt qui a d’ailleurs un peu été à l’origine du départ de notre coach. On a vraiment eu une super collaboration pendant deux ans, sauf qu’à un moment donné, il ne faut pas que son ambition devienne personnelle mais reste toujours l’ambition d’un club et il ne faut pas griller les étapes. Et pour ne pas griller les étapes, il ne faut pas être en surrégime donc on a voulu marquer un temps d’arrêt, ce qui est d’autant plus vrai puisque ça date d’avant la crise que l’on vient de subir. Et pour le coup, ces 1ères lignes vont être remplacées par des 1ères lignes français, soit des retours au club comme par exemple un jeune qui a été formé à Rumilly, qui était international U20 et qui revient chez nous. Il y a aussi un jeune qui était parti dans un club voisin et qui revient. Donc, cela va être intéressant de savoir si l’année prochaine, en appliquant ce que je vous ai dit c’est à dire en commençant à remettre un peu des joueurs locaux formés au club, on va arriver à avoir de bons résultats sportifs. Ça, ça sera vraiment intéressant de le suivre parce-que, si on y arrive, ça veut dire qu’il y a encore de la place pour des clubs qui misent sur la formation. Je pense que, pour le coup, Rumilly a toujours été un club formateur mais à l’inverse, c’est ce que je suis en train d’expliquer aux gens, c’est que lorsqu’on est en Fédérale 1, on ne tape pas dans nos espoirs pour les faire monter en F1 et ça marche. Non, c’est un travail de longue haleine, qui va prendre du temps mais l’année prochaine sera déjà une première étape parce qu’on aura dans l’effectif de l’équipe une  4 joueurs qui ont été formés à Rumilly, Et au-delà d’être formés à Rumilly, ce qui m’intéresse aussi, c’est que l’on ait 3 ou 4 joueurs plus largement issus du territoire de la Haute-Savoie. Si on arrive à avoir 7 ou 8 joueurs issus du bassin de la Haute-Savoie, c’est déjà une belle réussite. Est-ce que cela suffira sportivement ? Je n’en sais rien, c’est le terrain qui livrera sa vérité (rires). Mais c’est vrai que, cette année, on était un peu dans l’entre-deux. On était un peu dans l’euphorie de la montée, on a recruté un certain nombre de joueurs à l’intersaison donc, je ne peux pas dire que cette année reflète exactement ce que je suis en train de vous dire. Par contre, la saison prochaine le reflétera déjà un peu plus. Maintenant, on sait très bien qu’il faut des joueurs comme Théo Entraygues, quelques  » top joueurs  » qui vont aussi nous aider et créer de l’intérêt. Il faut que les meilleurs jeunes aient envie de venir à Rumilly et pour qu’ils en aient envie, il faut malgré tout que Rumilly performe. Ça ne se fait pas du jour au lendemain, je ne vais pas dire aujourd’hui  » on va jouer avec une équipe à 50% ou 80% de jeunes issus du territoire », ça prend quand même un peu de temps et il faut passer par cette étape intermédiaire. Donc, on commence à rectifier pour la saison prochaine, est-ce que cela suffira sportivement ? Je l’espère vraiment parce-que, si on y arrive, cela veut dire qu’il y a vraiment une place pour cette politique-là. Cela ne permettra peut-être pas de jouer en Pro D3 mais en tous cas, ça doit permettre de faire un bon club de Fédérale 1. Pour la Pro D3 après, il faudra qu’on travaille, qu’on réfléchisse, qu’on voit quel est ce modèle, comment on peut y arriver ou pas, il y a aura des questions à se poser. 

 

Pourquoi on en arrive là ? Parce qu’Albi et Massy voulaient monter en Pro D2 et que, pour l’instant, il y a eu embouteillage de la Ligue Nationale de Rugby qui a eu un instinct grégaire de rester dans l’entre-soi. Derrière, Bourg-en-Bresse et Narbonne ont créé un pack pour faire cette Pro D3 et se détacher de la Fédérale 1, ça montre qu’ils ont une force de persuasion et qu’ils arrivent à faire jouer collectif les intérêts des clubs pros du championnat . Mais par contre, c’est la dialectique que l’on entend maintenant, de la part de certains prétendants de cette « Nationale1 /Pro D3″ qui parait dérangeante :  » on en a marre d’être dans le mouroir de la Fédérale 1, on ne veut pas aller jouer chez des amateurs « . Grosso modo, c’est quand même assez hautain comme langage, on a l’impression qu’on vous prend pour des  » ploucs  » , il y a un côté  » Suivant que vous soyez puissants ou misérables « . Qu’en pensez-vous ? 

 

FM (Rumilly) : La meilleure réponse, c’est celle apportée sur le terrain. Je crois que vous aimez bien un petit peu le buzz dans votre émission mais, s’il y en a qui nous ont bien pris pour des  » ploucs « , c’est Suresnes. Ils nous ont vraiment pris de haut et quand ils sont repartis, je pense qu’ils nous prenaient un peu moins pour des ploucs. Du coup, ce que j’ai apprécié dans cette Fédérale 1 l’année dernière, c’est qu’on a fait notre petit Toulon, certes moins qu’en 1994 quand Rumilly battait le grand Toulon, parce qu’on a battu Suresnes. Et je peux vous dire que, quand vous êtes dirigeants, ça procure une sacrée satisfaction de voir qu’il y a une vraie cohésion et un vrai projet auquel vos joueurs adhèrent sur le terrain et que, dans l’équipe d’en face que vous battez, ils sont individuellement tous meilleurs que vous mais que, collectivement, il y a un truc qui ne marche pas. Ça, ça reste le sport, ça reste vraiment une belle satisfaction et je pense que c’est ce qu’il faut préserver au rugby. On peut encore faire quelques beaux exploits donc je ne sais pas s’ils nous ont pris pour des ploucs mais en tous cas, on leur a répondu sur le terrain. Après, je ne pense pas qu’il faille l’aborder comme cela, c’est légitime, et on ne peut pas leur reprocher, que des clubs comme Massy, Bourg, Albi aient l’ambition d’accéder à la Pro D2. Mais, il ne suffit quand même pas d’avoir le budget pour réussir (rires).

Si Albi et Massy montent , il y a pas de « ProD3 », si ils montent pas il y en a une ! Vous préférez quoi?

FM (Rumilly) : Je ne vais pas parler en prenant Albi en considération mais plutôt prendre en considération ce que Rumilly souhaiterait. Comme je le disais précédemment, ce serait plutôt de maintenir la formule actuelle pour cette saison et prendre le temps de travailler sur une Pro D3 / Poule Elite l’année prochaine pour qu’on ait le temps de bien l’appréhender, de l’expliquer à nos partenaires, de la travailler au sein des clubs. Parce-que je trouve que c’est un petit peu précipité aujourd’hui et surtout, on a déjà suffisamment de soucis à boucler nos budgets sans se rajouter encore ces points-là. Donc, OK pour la Pro D3 mais pas cette année, l’année prochaine. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-15-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat fédérale 1 lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 15 mai 2020.

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