#Rugby – Fed1 / P.Serena (Albi) : «On va revenir à de vraies valeurs du rugby!»

Nous sommes allés faire un tour du côté d’Oloron Sainte-Marie, en terre béarnaise, pour faire un point sur la situation avec Pierre Serena, le vice président du FCO. Pour les Oloronais, la crise du Coronavirus a accentué un virage amorcé depuis quelques temps, mêlant ADN local et retour à une vision du rugby plus modérée et moins consumériste. Les pensionnaires du Stade Saint Pée se projettent grandement dans une fédérale 1 aux poules régionalisées, fleurant bon les joutes d’antan et réincarnant un brin le « Rugby à Papa ». Mais Pierre Serena et le FCO restent alertes sur l’actualité du moment, pour preuve, ils n’hésitent pas apporter leur soutien à Albi et Massy dans leurs quêtes de ProD2, car jugeant ce combat légitime. Focus sur un club qui, dans la discrétion et avec cœur, tente de saisir le virage sociétal de nos temps modernes à bras le corps.

 

J’imagine qu’au FCO, bien qu’on n’ait pas pu finir cette saison en intégralité, on est déjà, comme tous les clubs de Fédérale 1, prêts et dans les starting-blocks pour le mercatoet pour cette saison 2020 / 2021 dont on ignore quand sera le début ? 

 

Oui, c’est ça et puis, en ce moment, on n’a que cela à penser et on a le temps pour travailler le recrutement. Et je crois qu’on a fait de bonnes petites pioches pour le moment, qui vont nous apporter dans le groupe. On continue, on continue d »affiner, on continue aussi de regarder un peu l’actualité et ce qui se passe. C’est le grand bazar qui fait qu’aujourd’hui, on ne veut pas d’Albi à l’échelon supérieur. C’est bien dommage parce-que, vu la saison qu’ils font, ne pas les vouloir, ce serait quand même un petit peu fermer les yeux. On attend ces décisions, on attend aussi de savoir quand est-ce qu’on va reprendre. Voilà, il y a plein d’incertitudes. 

 

Tu  nous parlais d’Albi et Oloron fait partie des rares équipes en Fédérale 1 à avoir fait trébucher Albi. Si l’année dernière, Albi est en Pro D2, il y a aura aussi un sentiment de fierté à Oloron en disant  » ces gars qu’on voit à la télé, on les a fait tomber il y a deux ans à Saint-Pée  » ? 

 

Bien sûr. Pourquoi dans le foot et dans d’autres sports, on accepte les montées et pas dans le rugby ? C’est ce que je me demande. Au foot, les clubs de National montent en Ligue 2, les clubs de Ligue 2 montent en Ligue 1 donc, il en serait de même dans le rugby. Certains vont prendre leurs responsabilités et, à un moment donné, je pense que les clubs sont là pour jouer et les présidents pour présider. Donc, c’est au président de la Fédé de prendre les responsabilités qu’il en convient et à certaines personnes de la Ligue de se mouiller. Je pense tout simplement qu’Albi mérite de remonter en Pro D2. 

 

C’est fort sympathique pour tous nos lecteurs albigeois qui apprécieront ce message de soutien venu du Béarn avec le cœur. On va maintenant parler de ton club, le FCO. Première chose, comment à Oloron, appréhendez-vous cette nouvelle organisation des poules, avec 5 poules de 12, 60 clubs ? Est-ce que pour vous, ce n’est pas un peu du pain béni parce qu’il y a beaucoup de clubs qui montent de Fédérale 2 donc, vous aurez peut-être un niveau un peu plus dilué où vous pourrez un peu plus exister que l’année dernière ? 

 

C’est ça, exactement. Il y aura beaucoup plus de poules homogènes, ça, c’est très bien et puis, il faut qu’on reste dans le local parce qu’on a énormément de clubs autour. Une poule  » régionale  » on va dire, avec Mauléon, Saint-Jean-de-Luz,Anglet, Tyrosse, Bagnères, Lannemezan, Dax, ça serait vraiment super parce-que, de un, on n’aurai pas énormément de bus et de deux, le trésorier devrait se frotter les mains. Donc, même si ce sera, on ne va pas dire la guerre tous les dimanches mais ce sera des derbys quasiment tous les dimanches. Moi, je pense qu’une poule comme ça serait super pour nous et je crois qu’on tirerait notre épingle du jeu, surtout qu’on va avoir quelques joueurs revanchards du coin chez nous qui reviennent et aussi qui arrivent, des jeunes joueurs français donc, c’est vraiment très bien. 

 

Tu as quelques noms à nous donner ? 

 

Oui, bien sûr. J’ai Jérémy Box, demi d’ouverture natif de notre région qui était à Carcassonne. Il arrive aussi pour découvrir ce niveau car il était dans la catégorie Espoir à Carcassonne. On a Thomas Camy, le talonneur de Tarbes, qui est un joueur bouillonnant et explosif. En plus, c’est un mec de la région donc, il va vouloir prouver qu’à Oloron, on peut faire avec des joueurs du cru. On a Baptiste Lafourcade, le centre d’Anglet, qui a fait une très, très bonne saison avec Anglet, qui a joué avec une ligne très expérimentée avec des Romain Chabat qui ont connu la Pro D2 avec Angoulême, Sébastien Fauqué, Paul Couet-Lannes qui jouait à Biarritz. Donc, un Baptiste Lafourcade qui revient aussi avec un peu plus d’expérience, une grosse saison à son actif et qui va vouloir prouver à Oloron. Et puis, on a un joueur droitier qui arrive aussi et qui va nous faire énormément de bien. On va valider aussi cette semaine quelques joueurs qui, je pense, vont nous apporter beaucoup. Je pense qu’on a fait du bon boulot avec le recrutement sur du local, sur des des joueurs locaux, sur des joueurs qui vont nous apporter une plus-value. Et je pense qu’on sera beaucoup plus équipé l’année prochaine à Oloron et qu’on tiendra bien la route, ça, c’est sûr. 

 

On sait qu’Oloron n’est pas un budget énorme mais un budget raisonnable. Comment fait-on pour recruter quand on s’appelle Oloron, quel est le credo ? Recruter malin, local et opportuniste ? 

 

Oui, malin mais c’est surtout que la période d’aujourd’hui fait comprendre à beaucoup de joueurs que le rugby professionnel, à part bien sûr quand on est à Montpellier ou les gros clubs, ne fait pas vivre. Donc, j’ai senti à travers beaucoup, beaucoup, beaucoup de joueurs qui m’appellent aujourd’hui, et d’ailleurs, des joueurs de Pro D2 m’appellent en me disant  » Pierre, je suis à la rue, est-ce que vous pouvez m’aider dans la reconversion ? « . Et ça, aujourd’hui, dans la reconversion, on est capable d’aider des joueurs dans des entreprises, dans des formations, dans des projets et c’est hyper important. Ça a été le leitmotiv cette année : celui qui rejoindra Oloron, c’est le joueur qui veut travailler, c’est le joueur qui va avoir une reconversion. Et on en a la preuve avec Sunia Vola qui a connu le haut niveau avec Vannes et qui va très certainement rester chez nous pour faire une formation de boucher. Donc, je crois que certains joueurs qui ont encore un peu la tête sur les épaules comprennent qu’aujourd’hui, quand on est joueur professionnel à 1 200 / 1 300€ et qu’arrive cette crise du Coronavirus, est-ce qu’il ne vaut pas mieux avoir un boulot avec un complément rugby à côté ? Moi, je crois qu’aujourd’hui, on va aussi revenir à de vraies valeurs du rugby et pas démesurées comme on l’a vu dans ces fédérales. 

 

Tu penses sincèrement que l’on est à une croisée des chemins pour le sport en général et le rugby en particulier et que, cette fois, il ne faut vraiment pas re-louper ce virage ce coup-ci ? 

 

Oui, je crois qu’on vivait tout simplement au-dessus de nos moyens. Quand on voit qu’aujourd’hui, on demandait à des joueurs en Fédérale 2, en Fédérale 3, de venir s’essayer en Fédérale 1 et ils nous demandaient les yeux de la tête alors qu’ils étaient à un niveau en-dessous. Donc, aujourd’hui, on va revenir à de vraies valeurs et aussi à des valeurs de travail parce qu’aujourd’hui, je crois que certains joueurs ne voulaient pas travailler mais, vu le contexte, le rugby va redescendre de cran et on va aussi remettre les mains dans le cambouis. 

 

Quelle est l’épingle du jeu que peut tirer Oloron de ce contexte où il y a un certain  » rééquilibrage  » ? 

 

C’est quand même compliqué. Le rééquilibrage est compliqué au niveau du budget, on ne sait pas trop où on va comme tous les clubs. Mais, on va y aller tranquillement, sereinement mais ce sont surtout les joueurs qui vont arriver qui vont refaire un état d’esprit, remettre de l’ordre. Et puis, les joueurs qui vont venir chez nous sont comme Thomas Camy qui était à Tarbes et qui a joué toute la saison, qui aurait pu choisir une autre destination mais qui, à travers le boulot qu’on lui a proposé est content de venir chez nous et de se dire  » j’ai un travail demain « . Et si demain, il est amené à aller en Pro D2, on ne s’y opposera pas et on sera très, très content pour lui. 

 

Niveau staff, on repart avec la même équipe, avec Pierre Chadebech et ses adjoints ? 

 

Oui, ça y est, on repart, on est dans la continuité. On repart avec Stéphane Zampar et Pierre Chadebech, un staff pour ma part compétent. On va leur donner encore plus de possibilités avec un peu plus de quantité et de qualité. Maintenant, c’est toujours pareil, on est dans l’incertitude : quand est-ce que l’on va pouvoir reprendre les entraînements, les matches, les compétitions ? On ne sait pas trop donc, on attend. 

 

En parlant de Pierre Chadebech et Stéphane Zampar, quelle est la feuille de route qui a été fixée à ces deux techniciens ? 

 

La feuille de route de l’année prochaine est de retrouver les phases finales que l’on a goûtées il y a deux ans et où l’on avait échoué en demi-finale contre Trélissac. On va avoir un peu d’humilité et on va se dire qu’on va assurer le maintien le plus rapidement possible et si on peut grappiller un petit peu plus, on grappillera. Mais moi, j’aimerai, je souhaiterai pour les gamins du club qu’on retrouve un peu l’esprit et le goût des phases finales. 

 

Le Du Manoir avec cette nouvelle mouture de la compétition qui enlève quand même trois qualifications aux 6es mais qui élargit la sphère puisqu’on est à 60 ? Il va quand même y avoir pas mal de clubs qui vont vouloir s’accrocher et ça va être une belle bataille pour ce Du Manoir. Il y aura le maintien mais, très vite, il pourrait y avoir des équipes qui, en jouant le maintien, pourront aussi rêver d’aller accrocher le Du Manoir comme Lannemezan il y a deux ans ? 

 

Bien sûr. Si on a une poule régionale, on sera dans une poule passionnante et bouillonnante comme on l’aime. On va faire une heure de voiture pour aller voir Saint-Jean-de-Luz, le week-end après, on recevra Anglet, on ira à Tyrosse. On a vraiment une poule très, très proche vers chez nous donc, ce sera sympa. Ce n’est pas que je ne veuille pas aller à Cognac-Saint-Jean d’Angely ou à Rennes, ce n’est pas du tout ça mais, ça serait bien qu’on remette des poules régionales, que les Toulousains restent avec les Toulousains parce qu’on sait très bien que, quand il y a des derbys, ça attire du monde. Donc, ce n’est surtout pas que je ne veux pas, c’est que la ferveur est quand même très populaire quand il y a des derbys, on le sait en plus. 

 

Pour le maintien, on va dire que ça va être un peu plus aisé que la saison dernière puisque les derniers descendront obligatoirement mais qu’il y aura un classement des trois plus mauvais avant-derniers pour la relégation, ce qui ne sera pas le cas des deux autres avants-derniers. Pour Oloron, ça donne une cartouche de plus pour le maintien ? Parce-que l’année dernière, ce maintien était quand même très, très chaud. 

 

On s’est arrêté à 4 journées de la fin, on avait quand même 5 points d’avance sur Pamiers en sachant qu’on avait deux réceptions, Mauléon et Bagnères donc, on était plutôt pas mal parti pour le maintien. Il est sûr que le dernier descend mais bon,  vous savez, si on reste sur une poule avec Mauléon, Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Tyrosse, Dax, Lannemezan, Bagnères, Oloron, le premier qui va me dire qui descendra, il est quand même fort ! Tous les clubs que j’ai cité sont quand même des clubs qui ont un passé, une identité, Mauléon qui finit 4e, Bagnères qui ne lâche jamais rien, Tyrosse qui se qualifie chaque année comme Anglet et Saint-Jean-de-Luz. Donc, celui qui me dit aujourd’hui celui qui va descendre, il est fort mais, c’est ça qui est passionnant dans cette poule et c’est ce qu’on peut espérer si la reprise a lieu en Septembre ou en Octobre. 

 

Tu penses que ce championnat qui, pour toi, peut être très bouillonnant, très local, pourrait aussi raviver la flamme de Saint-Pée et ravoir les grandes chambrées d’antan ? 

 

Oui, bien sûr, il ne suffit pas de grand-chose, comme partout, comme dans tous les sports. Il suffit d’un très bon démarrage de 3 matches / 3 victoires d’entrée pour qu’au 4e match à Saint-Pée, tout le monde revienne mais comme partout. C’est sûr qu’on a quand même un public assez fidèle bien entendu mais, si on veut revenir à il y a quelques années, il suffit de pas grand-chose comme je l’ai dit. Un bon début en championnat car on dit toujours que le début donne le tempo de la saison donc, c’est sûr que si on démarre très bien, on pourrait revenir au stade très rapidement et avoir de grosses chambrées. On va avoir les chambrées quand on va recevoir Dax, quand on va recevoir Mauléon, quand on reçoit Tyrosse, il y a toujours 2 000 personnes mais c’est sûr que, si on pouvait en avoir 3 000 / 3 500, on ne s’en priverait pas. Maintenant, si on fait 2 000 personnes l’année prochaine sur chaque match, 2 000 entrées payantes, je signe de suite. 

 

Pour conclure sur de l’humour, la dernière fois que l’on t’avait eu dans le cadre de notre grand débat Fédérale 1 avec certains de tes confrères présidents, tu nous disais en fin d’émission qu’il te tardait que le confinement soit fini et qu’il y ait la possibilité de faire de grands rassemblements pour qu’il y ait une grande fête du club. Tu nous avais même dit que tu avais déjà acheté le cochon et les fûts de bière pour ça. A priori, pour qu’on refasse de grands rassemblements, ce n’est pas demain la veille. Si j’ai un conseil à te donner, le cochon et les fûts de bière, prend garde de ne pas les acheter trop tôt, qu’ils ne soient pas périmés et qu’on puisse faire la fête ! 

 

Exactement mais là, le cochon est dans le maïs. On a prévu, avec Laurent, on a parlé de faire une grosse fête, un gros barbecue où l’on réunit toute la famille bleu et blanc. Mais là, ça ne va pas être encore possible, c’est bien dommage, on ne sait même pas si on va pouvoir s’entraîner en groupe. On ne sait rien pour le moment donc oui, on l’avait prévu et en plus, entre les joueurs, entre les dirigeants, ça nous tarde beaucoup. C’est reporté mais je peux te dire que, si jamais ça a lieu, ça va quand même être assez fort et on risque de rester un moment au stade parce qu’on va tout simplement être contents de se retrouver. On vit quand même un moment difficile, on ne va se plaindre nous parce qu’on a du terrain. Je pense toujours à ceux qui vivent en ville dans des appartements, au 4e ou au 5e étage, avec des enfants. Nous, on ne peut pas se plaindre. J’ai lu une interview qui m’a beaucoup touché, celle de MamukaGorgodze qui disait  » on ne peut pas se plaindre. Il y a eu je ne sais combien de morts en France et ce n’est pas parce-que je suis sorti du stade pour mon dernier match que voilà « . Donc, on n’a pas le droit de se plaindre mais il est sûr que les retrouvailles vont être très chaleureuses. Maintenant, ce qui me fait peur, c’est que j’entends un peu tout et n’importe quoi tous les jours, des gens qui se contredisent, des gens qui ne savent pas où ils vont ni tout simplement où on va avec le sport. Parce qu’on est un sport de contact donc, est-ce qu’on aura droit au contact en Septembre ? Je doute. Donc, on attend patiemment de se retrouver, tout simplement. 

 

La seule chose qui reste à tous les passionnés, c’est l’espérance de revenir très vite sur et autour des prés et des terrains. Et on espère que, quand ce sera le cas, il y aura une belle fête à Oloron et surtout, qu’il y aura une belle saison 2020 / 2021 qui fera de nouveau porter haut les couleurs du FCO

 

Merci et je vais encore te remercier toi et Radio Albigès parce-que vous faîtes vivre la Fédérale. Beaucoup, beaucoup regardent, on ne dirait pas mais c’est impressionnant ce que vous faîtes pour faire vivre la Fédérale 1. Je voudrai vous remercier parce qu’on est au courant de tout, on est au courant du moindre événement, du moindre recrutement. Et franchement, même si vous montez en Pro D2, j’espère que vous allez continuer à faire vivre un peu la Fédérale 1 parce-que franchement, c’était super. 

 

C’est prévu et puis, la Fédérale 1, l’essayer, c’est l’adopter. Quand on y est, on ne veut plus la quitter

 

Exactement et merci beaucoup en tous cas

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-8-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Pierre Serena lors de l’émission le « MagSport – RadioAlbiges  » du 8 mai 2020.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s