#Rugby – Fed1 / HG.Gueydan (Bourgoin) : «L’objectif va être de jouer la première place!»

Nous sommes allés à la rencontre d’un club mythique, le CSBJ, ce club de Bourgoin qui a fait rêver des générations entières de passionnés de l’ovalie. Henri-Guillaume Gueydan, qui en préside les destinées depuis 3 ans nous a accordé une interview Grand format , pour nous développer son plan pour faire d’ici peu de temps, rayonner à nouveau les Berjaliens sur les pelouses hexagonales. Focus sur un président ambitieux, mais très lucide sur l’économie du rugby, tout comme le contexte sociétal actuel, et dont beaucoup prédisent que ses initiales , « HGG » résonneront bientôt, comme celle d’un des personnages influents du rugby moderne.

 

 

Henri Guillaume Gueydan, vous faites partie de cette nouvelle génération, des présidents de clubs. Vous avez aussi une spécificité : vous n’êtes pas un ancien joueur, vous n’êtes pas un ancien entraîneur de rugby. Souvent, dans le monde du rugby, il y a un certain atavisme, un certain corporatisme mais vous, vous venez du milieu de l’entreprise. C’est peut-être quelque chose qui vous permet actuellement d’avoir un regard un peu différent sur le rugby d’aujourd’hui ? 

 

Oui, certainement. En tous cas, ma volonté est de gérer le club depuis deux ans comme n’importe laquelle de mes filiales. Pour moi, c’est juste une filiale en plus avec la petite particularité d’un club de sport. Il y a un côté passion médiatique que je ne connais pas, que je ne connaissais pas il y a deux ans dans mes sociétés. 

 

On s’est un peu renseigné sur vous avant de réaliser cette interview. Vous êtes arrivé dans le milieu du rugby pas atavisme, avec votre papa qui était sponsor du CSBJ. Ce club et ce stade de Rajon, une fois qu’on y a goûté tout jeune, on ne peut plus s’en passer. C’est ça qui vous a donné la flamme pour ces couleurs ? 

 

Oui, et puis, je suis Berjallien. Je suis né dans la banlieue de Grenoble et je suis arrivé à Bourgoin à l’âge de deux ans donc, je ne connais que Bourgoin. Et quand on naît à Bourgoin, on grandit avec le CSBJ Rugby, on ne peut pas faire autrement (rires). 

 

A l’époque de votre papa, c’était les années fastes, les années glorieuses du CSBJ. Quand vous avez repris la présidence, il fallait avoir une grosse once de courage parce-que la maison CSBJ était en péril. Comment avez-vous cette décision et comment vous êtes-vous lancé dans cette aventure de reconstruire le CSBJ ? 

 

C’est une décision qui a été prise presque instinctivement. J’ai appris que l’association était sur le point d’être liquidée et il y avait une audience trois semaines plus tard sur ça. J’ai passé une nuit compliquée le jour où je l’ai appris et le lendemain, j’ai contacté les quelques personnes en qui j’avais confiance et je leur ai dit  » il faut qu’on fasse quelque chose « . Donc, on s’est lancé, on a vite, vite travaillé, trouvé des solutions jusqu’à ce présenter devant les dirigeants du club et aussi les joueurs. On a rencontré tout le monde le même jour pour leur dire ce qu’on pensait faire. Ça les a tous surpris parce qu’il n’y avait plus personne qui avait envie. Ça a été très spontané et unedrôle d’expérience, ça n’était pas calculé (rires). 

 

Quand vous êtes arrivé, il y avait un trou financier de 700 000€ mais aussi un club qui était morcelé avec toutes les entités qui se regardaient un petit peu en chien de faïence. Comment vous êtes-vous attelé pour remettre tout le monde autour d’un projet commun ? 

 

En fait, on n’a pas cherché à faire des annonces exceptionnelles. On a demandé aux gens de nous donner un peu de temps s’ils avaient envie de nous laisser notre chance et de tenter le coup, parce qu’il n’y a que le temps et les actes qui peuvent nous donner raison, et c’est encore le cas aujourd’hui. Certains estiment que nos annonces sont extraordinaires mais en fait, on est dans le cheminement de ce qu’on a prévu depuis le début, on a un plan avec des étapes chaque année jusqu’en 2023 et on avance. Au départ, on a juste cherché à mettre du liant, à faire en sorte que les gens se reparlent, à comprendre pourquoi ils ne se parlaient plus. J’étais déjà un peu au courant car j’étais partenaire et très présent au club, chaque année un peu plus. Donc, je voyais des choses mais je ne savais pas tout. En fait, j’ai traité cela comme on traite la reprise d’une entreprise en difficulté c’est à dire qu’il faut parler avec tout le monde, écouter les gens pour essayer de comprendre ce qui ne marche pas. Et après, petit à petit, mettre des pansements à droite et à gauche et proposer des idées nouvelles. 

 

On va faire un peu le jeu des analogies même si chaque club a ses spécificités. On sait qu’il y a un club qui, un peu comme vous, a mis un plan en marche et est monté petit à petit, c’est le Rouen Normandie Rugby avec des gens qui sont un peu de votre génération et qui sont des entrepreneurs. Ce qui s’est fait à Rouen vous a inspiré, avec tout un territoire qui s’est fédéré autour du rugby ? 

 

Pas du tout, je ne sais absolument pas ce qu’ils font. Je sais qu’il y a eu un projet mais pour moi, il y a tout un territoire voire même une région qui a cette volonté. Nous, ce n’est pas le cas, autour de nous, il y a des clubs qui ont grandi quand le CSBJ s’est cassé la figure. Certains avaient grandi avant mais le LOU avait pris la place du CSBJ, c’est comme ça. On s’est croisé, les ascenseurs se sont croisés il y a à peu près 8 ans en arrière. Et puis, on a d’autres grands clubs autour de nous, on a Oyonnax à 1h, Grenoble à 40 minutes, le LOU, Valence qui a eu une saison difficile mais Valence-Romans commence à être costaud. 

 

Et même en Fédérale 1, il y a quelques clubs dans le paysage ? 

 

Je parlais effectivement des gros mais en Fédérale, il y a du monde. On va voir la poule qu’on aura la saison prochaine mais on pourrait avoir une poule très proche de nous : Chambéry, Vienne, Rumilly, l’ASVEL, on parle de poule lyonnaise. Je ne vais pas tous les citer mais oui, il y a du monde. L’Isère est le 2e département de France en termes de licenciés de rugby. 

 

Quand vous êtes descendus de Pro D2 en Fédérale 1, vous étiez accompagné du Sporting Club Albigeois, club que l’on connaît bien puisque nous sommes un média tarnais. Bourgoin et Albi sont deux bastions du rugby mais les deux clubs ont pris deux chemins différents pour essayer de revenir et de retendre vers la Pro D2 et le haut-niveau. A Bourgoin, vous êtes repartis de la base et des fondamentaux, tout d’abord via l’association et maintenant en redéveloppant une SASP tandis qu’à Albi, on a essayé de conserver le professionnalisme. Maintenant, avec le recul, est-ce que vous pensez que conserver la SASP aurait été possible à Bourgoin ? 

 

Je ne sais pas, quand je suis arrivé, elle était liquidée depuis presque un an. Ce n’est pas une mauvaise chose d’être repassé par le mode associatif. Ça a des contraintes mais ce n’est pas une mauvaise chose, ça a permis de remettre pas mal de choses à plat, je ne sais pas si c’est mauvais. Parfois, quand ça va vraiment mal, il est bon de tirer un trait et de recommencer. Là, on n’a pas tiré le trait, on n’en était pas loin et ça aurait pu et on s’est d’ailleurs posé la question avant de faire retirer le dossier auprès du tribunal pour dire  » laissez-nous une chance de continuer « . On s’est demandé s’il ne fallait pas laisser la liquidation se faire mais, c’est un choix que l’on a fait. On ne saura jamais si c’était le bon mais en tous cas, pour l’instant, on se dit qu’il était bon puisqu’on est là et qu’on fait plutôt bonne figure. 

 

Et puis, il y a des bons résultats. L’année dernière, un quart de finale Jean-Prat, cette année, vous étiez dans la poule dite  » de la mort « . 

 

On comptait sur la fin de la saison pour aller peut-être grappiller une place et finir 3e, ça aurait été bien. 

 

Vous aviez abandonné cette année l’idée de vous qualifier en Jean-Prat ? Vous ne pensiez pas arriver à aller détrôner Bourg et Narbonne, ils avaient pris trop d’avance ? 

 

Oui, ça devenait compliqué. On aurait eu une chance si on avait réussi à battre Narbonne au mois de Janvier chez eux, ça s’est joué à peu de choses. A partir de là, ça devenait compliqué mais on s’était dit qu’on allait faire un beau parcours en Du Manoir et que ça serait sympa. 

 

Vous avez un peu tout connu dans cette Fédérale 1 : la Fédérale 1 Elite la première année, les poules de 12 avec 48 clubs et le Jean-Prat pendant deux saisons et l’année prochaine, vous allez connaître cette fameuse Fédérale 1 avec 5 poules de 12. Pour vous, que pensez-vous de cette organisation et comment la voyez-vous pour l’avenir ? 

 

J’ai été très surpris de cette annonce parce qu’on estime que la Fédérale 1 est l’élite du rugby amateur et 60 clubs, je trouve que cela fait beaucoup pour une élite. Donc, c’est plutôt surprenant mais je ne suis pas du genre à critiquer les gens parce-que je sais ce que c’est que d’être dirigeant et de faire des choix. Les dirigeants de la FFR ont fait leurs choix mais maintenant, je ne pense pas que ça va pouvoir durer longtemps, sur plusieurs années avec 60 clubs, ça ne me semble pas très cohérent. Il me semble qu’il faut retrouver un système  » Elite « , un peu élitiste à minimum. Il faut réduire le nombre de clubs en Fédérale 1. 

 

Beaucoup de clubs pensent qu’avec ces 5 poules de 12, cela laisse des perspectives à la Fédération Française de Rugby pour la saison 2021/2022 d’organiser un nouveau championnat. 

 

Oui, une poule Elite ou une nouvelle division. On est beaucoup à se dire que c’est peut-être ça, une phase transitoire. 

 

Pour vous, c’est quand même le sens de l’histoire pour cette Fédérale 1 qu’il y ait une Pro D3, une poule Elite, on l’appelle comme on veut, ou une division Jean-Prat et une division Du Manoir ? 

 

C’est une des possibilités, ça peut être une des façons d’essayer d’éteindre ces débats constants depuis des années à savoir ce qu’il faut faire. Ce n’est pas évident, le choix est complexe mais si on se compare un petit peu à d’autres sports, il faut que la 3e division soit réduite en nombre de participants. Alors, je ne sais pas s’il faut 12 clubs, s’il en faut 24 mais il est sûr que, et je pense qu’on est tous d’accord, 60, c’est beaucoup. Et 48, c’est pas mal aussi (rires). 

 

La problématique pour vous, en tant que chef d’entreprise, le caractère d’exceptionnalité pour aller chercher des partenaires à 60 ou 48 est beaucoup moindre qu’en poule Elite ? 

 

Bien sûr, ça joue mais ce n’est pas ce qui nous bloque le plus. Mais il est sûr que si on jouait toutes les semaines contre Narbonne, Albi, des clubs de ce calibre, ça pourrait peut-être attirer plus facilement du public et des sponsors. 

 

En tant que média tarnais un peu chauvin, je vous dirai que j’espère que l’année prochaine, vous ne jouerez pas contre Albi car cela voudrait dire qu’Albi est en Pro D2. 

 

Je leur souhaite, c’est vraiment tout le mal que je leur souhaite. Je ne sais pas quand est-ce que la décision doit être prise mais je n’aimerai pas être dans leur position parce-que depuis un mois, ça doit être compliqué à vivre de ne pas savoir sur quel pied danser. 

 

En cas de non-montée des clubs de Fédérale 1, comment verriez-vous le signal envoyé par la LNR ? Un signal quand même plutôt négatif ? 

 

Oui, ça voudrait dire que la LNR veut vraiment fermer son élite de 30 clubs mais je pourrai le comprendre parce-que ça change beaucoup de choses de passer de 30 à 32. 

 

Du côté du CSBJ, j’imagine qu’on regarde cette Pro D2. On ne va pas se mentir, la place naturelle du CSBJ est dans l’élite du rugby français, à minima en Pro D2. A quel terme visez-vous cet objectif d’espérer revenir en Pro D2 ? 

 

Notre objectif est d’être installé en Pro D2 en 2023, c’est l’objectif que l’on s’est fixé. Il ne me semble pas démentiel, ça nous semble jouable à condition d’avancer comme on souhaite le faire et d’être sérieux. Et après, il faut avoir les résultats sur le terrain, ce n’est pas le tout de faire tout un travail autour, il faut que ça matche avec les résultats du terrain et ça, on ne le sait jamais à l’avance. On est content parce-que, chez les jeunes, ça fonctionne bien, on va avoir pour la 3e année consécutive nos moins de 16 et moins de 18 en élite, nos moins de 15 vont jouer les barrages pour être en élite donc c’est super. C’est important, on redevient un club formateur, ce qu’on avait un peu perdu depuis quelques années et qui faisait notre force. 

 

En parlant de formation, on ne va pas tous les citer parce qu’on passerait 1/4 d’heure à citer tous les joueurs sortis du CSBJ, mais il y a des noms illustres issus de Bourgoin. Est-ce que vous vous appuyez sur les Chabal et compagnie pour essayer de redonner un élan au club ? Est-ce qu’ils sont venus au soutien dans le ruck 

 

Très peu, on ne va pas se raconter d’histoires. Il y a eu tellement de mauvaises histoires dans ces 10 dernières années ou de joueurs qui ne voulaient plus trop revenir. Ça commence un peu, je suis assez proche de Julien Bonnaire, pour ne citer que lui, mais il est prêt à un peu nous aider, on discute. Il devait parrainer notre tournoi des Petits Dauphins au mois de Juin mais il est reporté. On verra si on peut le faire cette année en 2020 ou si on attend maintenant l’été prochain. Ce sont des petits signes assez intéressants. On a le retour de Momo Kribache dans l’effectif, ça aussi, ça ne se faisait plus trop, les joueurs ne voulaient pas venir finir leurs carrières chez nous. Et là, Momo nous a dit  » c’est un dernier défi que me plaît, je vais pouvoir faire quelques belles années avec mon club d’amour « . Il a été formé ici, il y a passé 12 ans avant de partir à Mont-de-Marsan donc ça, ce sont des signes positifs. 

 

C’est une petite victoire pour vous de voir que cette machine et cette dynamique se réenclenchent ? 

 

Oui, c’est ce qu’on essaye de faire depuis deux ans. C’est redonner des couleurs et redonner l’envie aux gens de venir au stade, de nous suivre, de nous encourager, de revenir nous aider soit sur le terrain soit en-dehors. C’est un long travail, c’est vraiment un travail de longue haleine, ça je m’en doutais. Mais oui, il faut encore du temps. 

 

De toute façon, pour être président, il faut quand même une certaine vocation. C’est comme quand on est gendarme ou pompier, il faut une vocation parce-que c’est un métier hors du commun ? 

 

Oui, c’est comme être dirigeant d’entreprise, en général, il faut avoir un côté fonceur et il faut aussi avoir beaucoup de réflexion par ailleurs. C’est particulier, on n’est pas tous fait pour être dirigeant de club ou d’entreprise. Il faut être prêt à l’encaisser parce-que c’est 24h/24h, tous les jours, une responsabilité, plein de choses à faire, plein de choses à penser, à prévoir, il faut se projeter loin. Ce n’était plus le cas, le club vivait au jour le jour et nous, on ne l’a bien sûr pas annoncé tout de suite, mais l’objectif prévu a tout de suite été à 5 ans. On se dit  » où est-ce qu’il faut aller  » et après, on se met des étapes, on avance et on verra bien. 

 

Quand vous êtes arrivé, vous avez de suite annoncé que le mécénat et le grand argentier, c’était fini au CSBJ et en Berjallie. Vous veniez avec un pack d’acteurs économiques du territoire. Pour vous, les mécènes uniques sont un risque pour les clubs parce-que, quand le mécène s’en va, c’est toute la maison qui met la clé sous la porte ? 

 

Bien sûr, c’est mon point de vue, c’est dangereux. Bien sûr, quand ça marche, on est très content qu’il soit là mais c’est bancal. C’est comme avoir un client unique, c’est très dangereux. Il faut que le club puisse avoir des recettes qui ne soient pas totalement dépendantes du sportif, il ne faut pas que ça dépende d’une personne et il faut savoir mettre en place un système financier qui ne dépende pas que des résultats sportifs. C’est ce qu’on essaye de mettre en place et on va bien voir, ça démarre maintenant. 

 

A l’automne, on a vu passer des articles de la presse locale à Bourgoin annonçant que vous remontiez une SAS. C’est maintenant le moment pour Bourgoin de rebasculer dans le professionnalisme pur et dur, de remettre la machine de guerre en marche. Qu’est-ce que cette SAS va changer pour la saison prochaine ? 

 

En fait, c’est dans notre plan parce qu’en association, il y a des choses qu’on peut difficilement faire, notamment aller chercher des investisseurs. Ces gens-là, on les a à nos côtés, non pas sous le coude mais autour de nous depuis un certain temps et ils n’avaient pas la volonté de faire du mécénat dans l’association. Ce sont des gens qui ont la volonté d’investir dans un capital donc, pour cela, il faut une structure professionnelle, il faut une entreprise. C’est une des raisons pour lesquelles on créée la SAS mais c’est un tout. On n’a pas que la SAS, on a créée tout un tas de choses autour du club : une application digitale avec une plateforme de commerce digitale qui commence, un système de média … On est train de mettre en place pas mal de choses et commence ces derniers jours à les annoncer partiellement. 

 

Ce projet est beau et on voyait qu’il commençait à prendre de l’ampleur et puis est arrivé cette crise coronavirus. Vous, en tant que chef d’entreprise et président de club, vous n’avez pas eu une bouffée de peur et d’angoisse quad cette crise est arrivée en vous disant que la poisse du CSBJ revenait, que vous étiez en train d’y arriver et qu’une catastrophe de plus, venu d’on ne sait où, vous tombait dessus ? 

 

Je me suis dit cette citation, qui est le titre d’un film,  » la vie n’est pas un long fleuve tranquille « , c’est comme ça. On sentait qu’il y avait des choses qui se lançaient, un engouement, c’était bien et puis paf, arrive le virus qui freine tout et met tout le monde sur son canapé. Mais on ne s’est pas arrêté, on a continué à travailler hors-club, pour tout ce qu’on prépare autour autant que possible. Alors bien sûr, ça fait perdre du temps, ça ralentit les choses mais on a continué, on a continué à faire notre recrutement. D’autres clubs ont fait le choix d’attendre, nous, on a un objectif très précis, on sait où on veut aller. On avait un objectif avec Jean-Henri Tubert, on savait quels profils de joueurs on voulait à tel et tel postes. Etbien, on a continué à travailler, on s’est appelé tous les jours et on avance là-dessus. On a fait le choix de ne pas se laisser bloquer par l’épidémie. 

 

Par contre, vous allez le renier mais, en termes de communication, vous êtes un peu un ovni actuellement parce-que tous les clubs annoncent des baisses de budget et des serrages de ceintures. Mais, à Bourgoin, on a vu passer que vous augmentiez le capital de 500 000€ et ça a bien sûr un peu interpellé les suiveurs du rugby. Comment se fait-il qu’à Bourgoin, vous alliez un peu à contresens de la dynamique actuelle ? 

 

C’est par rapport à ce que je viens de vous dire, c’est que ce sont des choses que l’on prépare depuis longtemps. On a un cheminement assez précis en tête et en fait, crise ou pas crise, on ne change pas notre route. Simplement, il y a des choses que l’on devait signer fin Mars, début Avril et que l’on va plutôt signer en Juin ou en Juillet. Ça a décalé parce qu’on ne pouvait pas rencontrer les personnes et qu’on n’avait pas le droit de sortir, d’ailleurs, on n’a toujours pas le droit. Donc, ça va se décaler un petit peu mais on reste sur notre objectif. On a des gens qui se sont un peu désistés mais on en avait d’autres qui étaient en attente, parce qu’on avait fait des choix de priorités donc on reste dans notre chemin. Il a été percé, on s’est fait un petit peu bousculé mais c’est pour cela, je me rends bien compte qu’on nous a pris pour de grands malades. 

 

Je ne me serai pas permis mais oui, j’ai vu passer cela sur les réseaux sociaux, des personnes qui posaient des questions et qui avaient même quelques théories «  complotistes  » va-t-on dire. 

 

Ah bon ? (rires)

 

Oui, qui se demandaient si ce n’était pas un coup de bluff ou une course à l’échalote

 

Non, ce n’est pas le genre de la maison, en tous cas mon genre. Je suis quelqu’un de très posé, de très réfléchi mais ambitieux. Là, j’ai un objectif et on met tout en place pour le garder. Donc, il ne faut pas nous prendre pour des fous, c’est comme ça. Je ne dis pas qu’on bénéficie de la crise mais en tous cas, on a tout fait pour ne pas être trop bouleversé. On le sera un peu, comme tout le monde, on ne sait pas quand la saison va reprendre, ça va décaler des choses. 

 

A Bourgoin, vous êtes quand même un club avec un gros ADN populaire. Vous faîtes beaucoup de billetterie, peut-être pas à l’image de Bourg-en-Bresse mais presque comme eux qui fait des stades pleins tous les week-ends. Avec cette crise du coronavirus, on sait que derrière, il y aura peut-être des gens qui auront des réticences à se rendre dans de grands rassemblements mais également des contraintes sanitaires. J’imagine que c’est un gros point d’interrogation pour le futur du CSBJ, de savoir comment vont être gérées les rentrées et les recettes de billetterie ? 

 

Certes, on a un public fidèle mais, depuis deux ans, on n’a pas des recettes de billetterie exceptionnelles par rapport à notre budget. Elles sont bien sûr très importantes pour la Fédérale 1 mais ce n’est pas ça qui fait tourner le club. J’aimerai mais ça ne représente pas un pourcentage très, très important. Donc, si elle est bouleversée, et il y a de grandes chances qu’elle le soit, ce ne sera pas gravissime. 

 

Vous nous parlez d’un objectif de remontée en Pro D2 en 2023 mais parfois, la nature va plus vite que les projets. Si en 2021 ou 2022, avec le recrutement que vous faîtes et l’effectif que vous allez avoir, vous arrivez à décrocher la timbale, vous monterez même si vous êtes en avance ? 

 

Oui, bien sûr, tout ça est aussi prévu. L’objectif est d’être installé en 2023 mais d’y être bien, pas une montée à l’arrache. Et là, en fait, on se prépare petit à petit, on a un objectif en termes de recrutement pour le faire d’une certaine manière pour avancer, structurer, renforcer l’équipe petit à petit et pareil chez les équipes jeunes. Donc, doucement, doucement, on met des choses en place et si dans un an, on sera début Mai et ce sera les phases finales, on nous dit que notre dossier est éventuellement OK pour monter, il n’y aura aucun souci. En plus, dans un an, il y a encore du temps pour travailler mais ça, ça ne me fait aucun souci. 

 

Quelle va être la feuille de route pour cette prochaine saison que vous allez fixer à  » coach Tubert  » qui est maintenant devenu un pilier du CSBJ ? 

 

La feuille de route est sans grande surprise. On a fait un bon recrutement qui est presque terminé, on a élargi le groupe comme on le souhaitait. On avait besoin d’avoir un peu plus de joueurs de niveau Fédérale 1 plus plus donc, on a récupéré des joueurs de Pro D2. L’objectif va être de jouer la première place parce qu’on n’augmente pas le budget de façon conséquente comme cela pour dire qu’on va jouer la 5e place, ça me semble plutôt normal. Notre objectif est d’être 1er ou 2e parce-que ça sera bien mais, à mon avis, il faut viser la première car, en plus, avec cette formule à 5 poules, on ne sait pas ce que va donner sur les phases finales mais je pense qu’on le saura d’ici 10 à 15 jours. Qualifier les premiers de poule, ça, on l’a tous compris mais après, qu’est-ce qu’on va faire comme formule ? 

 

A priori, des échos que l’on a eus et des informations exclusives que l’on a sorties récemment, les 5 seconds et le meilleur 3e s’affronteront en barrages. 

 

Pour faire des barrages, oui, j’ai lu ça mais ce ne sont que des suppositions. Donc, si les deux premières places sont qualificatives, tant mieux mais on visera quand même la première. Et si on obtient la 2e, tant pis, ça suffira (rires) ! Mais l’objectif sera le Jean-Prat, ça, c’est évident. (Itw réalisé avant l’annonce d’une possible division nationale) . On ne peut pas faire de tels efforts financiers et dans le recrutement, ce qui est étroitement lié, pour aller jouer autre chose que les deux premières places, ça, ce serait ridicule et absurde. 

 

Et une poule de la mort ne vous dérangerait pas, ça pourrait même vous mettre déjà dans le rythme ? 

 

Je ne pense pas que vous ayez lu quoi que ce soit où je me plaignais de la fameuse  » poule de la mort  » de l’année dernière. Encore une fois, ce n’est pas moi qui fais les choix, il y a des gens qui sont là pour ça. Si on nous dit  » vous avez une poule régionale «  et bien, on aura plein de derbys parce qu’on a de quoi faire une poule très, très proche avec beaucoup de monde autour. Maintenant, s’il faut aller à Albi, s’il faut retourner voir nos amis de Blagnac et mon ami Benoit Trey

 

Avec la Brasserie des Caouecs, il paraît que vous y allez très souvent

 

Oui, quand je peux, j’aime bien aller voir Benoit et, s’il se trouve que c’est un jour de match, on aime bien aller à la brasserie (rires). On s’entend très bien, on voulait faire une entente mais on est géographiquement trop loin. 

 

Déjà que Bayonne / Biarritz ont du mal, si vous faîtes Blagnac / Bourgoin, là, vous allez faire couler de l’encre et on va avoir de quoi écrire pendant quelques mois. On va terminer en humour et avec une question plus locale pour nous : on sait qu’un chef d’entreprise a de l’intuition et du flair. Pour vous, Albi et Massy seront en Pro D2 l’année prochaine ou ils vont être recalés ? 

 

J’en parlais récemment et très honnêtement, je ne sais pas ce qui va être décidé. Vraiment, ce n’est pas que je ne veux pas me mouiller mais je ne comprends pas, on aurait pu se décider plus tôt là-dessus. Il y a de telles divergences entre la FFR et la LNR … Franchement, je leur souhaite de monter et ça nous fera deux concurrents de moins en Fédérale (rires)

 

C’est très pragmatique

 

Tant qu’à faire (rires) ! Ce sont deux grosses cylindrées donc autant qu’elles montent. Je ne sais pas parce qu’il y a quand même une histoire financière derrière même si Laporte a dit qu’il allait payer. Mais, ça veut dire qu’il va payer avec l’argent de la FFR ? 

 

Je ne pense pas que ce soit avec ses deniers personnels, ça, c’est sûr

 

Ça veut dire qu’il y aura moins d’argent pour les clubs de Fédérale 1, 2 et 3, c’est gênant. 

 

C’est sûr que cela pose des problématiques à moins qu’il n’y ait aussi une compensation pour les autres clubs, vu que la FFR aiderait ces deux clubs à monter et à garder l’ascenseur social entre la Fédérale 1 et la Pro D2

 

Franchement, je ne sais pas, je n’ai pas idée de ce qui va être décidé. J’ai déjà été très surpris de ce principe de maintien enfin, qu’il n’y ait pas de descente sauf sur demandes des clubs en Fédérale. Après, encore une fois, ce sont des choix qu’il faut faire, ce n’est pas simple. 

 

Dans tous les cas, si on a bien compris le sens de vos propos, sans faire trop de bruit et pas à pas, Bourgoin is back ? 

 

J’espère (rires)

 

C’est tout le mal que l’on souhaite à ce grand club qui a fait rêver des générations entières avec des épopées en Coupe d’Europe et en Championnat de France à l’époque en Top 14. Et on espère qu’on vous retrouvera l’année prochaine pour nous annoncer soit que vous remontez en Pro D2 soit que vous êtes  » à la corde  » 

 

Oui et puis, si on peut embêter un petit peu les clubs du sud-ouest, ça sera avec plaisir (rires)

 

Ce sera de bonne guerre comme on dit et c’est ça qui fait la magie et la passion du rugby et on espère revoir Rajon du côté d’Albi, en Pro D2 pour un petit Albi / Bourgoin qui était quand même un classico en Pro D2 il y a quelques années

 

C’est vrai

 

A très bientôt et on vous souhaite le meilleur pour votre aventure en Berjallie

 

Merci beaucoup

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-1-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de PG.Gueydan lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 1 mai 2020.

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