#Décryptage – Rugby / Réunion FFR-LNR: Acteurs, enjeux et perspectives.

Annoncée par certains confrères ce mercredi, la réunion de travail entre la Fédération Française de Rugby et la Ligue Nationale de Rugby se déroulera ce jeudi 14 mai 2020, en visio conférence. Emmanuel Eschallier, Alain Tingaud et Alain Carré représenteront la LNR, tandis que Serge Simon , Alexandre Martinez et Maurice Buzy Pucheu formeront la délégation FFR lors de cet échange sur l’articulation d’une probable future 3eme division professionnelle. Nous vous décryptons les enjeux et les perspectives de ce premier tour de table entre les deux instances du rugby hexagonal.

1. Acteurs :

La ligue nationale de rugby sera représentée, lors de cette première réunion de travail sur la probable future nationale 1, d’un collège de 3 participants, le directeur Général Emmanuel Eschallier, l’ex Président de Massy et d’Agen Alain Tingaud en tant que membre du comité directeur de la ligue et Alain Carré, le président de Colomiers et de l’UPCR, le syndicat des clubs professionnels. Ce dernier sous le feu des projecteurs depuis le positionnement de son entité syndicale contre l’accession des clubs de fédérale 1 et la proposition de double poules en ProD2, risque d’être marqué à la culotte par les représentants de la FFR, tant Bernard Laporte a pu être courroucé par ses agissements récents.

En face, la Fédération française de Rugby aura une délégation emmenée par l’homme de confiance de Bernard Laporte, son vice président Serge Simon, qui est en outre le représentant fédéral permanent à la LNR. Alexandre Martinez, l’ex président de l’ASV Lavaur, et grand artisan du plan Marshall à destination du rugby amateur, accompagnera l’ex joueur de Bégles et du Stade Français dans cette réunion qui pourrait engendrer une véritable révolution dans la pyramide des compétitions. Pour finir de compléter la délégation fédérale, la FFR a mandaté Maurice Buzy Pucheu, le vice Pdt en charge du monde amateur, l’homme de l’ombre qui laboure le terrain téléphoniquement depuis le début de la crise Coronavirus pour réorganiser l’élite fédérale. Car en cas de création de la Nationale 1, la compétition étant détachée sportivement, mais pas juridiquement de la fédérale 1, c’est donc MBP qui en prendrait le patronage.

2. Les perspectives :

– Sportives :

La nationale 1, sur le papier est sportivement très alléchante , tant elle pourrait regrouper un panel d’équipes des plus homogènes. Selon nos sources, Dijon, Suresnes, Chambéry, Blagnac, Tarbes, Bourg en Bresse, Bourgoin, Narbonne, Nice et Cognac seraient partants. Quant à Dax, ils seraient eux aussi dans le coup après avoir décliné l’offre, mais une pression municipale du côté dacquois a donc incité Benoit August à faire une volte-face et à accepter de se lancer dans l’aventure. Quid de Niort, qui ne cache pas ses ambitions futures et se structure d’année en année? Pas éligibles sportivement, les gars des Deux Sevres, se verront-ils proposer un strapontin? Cela n’est pas à exclure. Quant à Saint Jean de Luz, Aubenas ou encore Hyères-Carqueiranne, selon nos informations ils auraient passé leur tour. Quant à Albi et Massy, le positionnement du moment est sans équivoque : Focus sur la ProD2. Les deux premiers nationaux, ragaillardis par le soutien sans faille de Bernard Laporte, tablent sur une montée et ne regardent ce projet que de très loin. En outre, la montée de ces deux clubs viendrait très certainement repousser le projet de Nationale 1 à la saison 2021-2022. Emballante sur le papier, cette nouvelle division professionnelle chapeautée par la FFR et co-financée par la LNR, pourrait se retrouver face aux mêmes écueils que feue la fédérale 1 Élite. Car pour les suiveurs assidus de la fédérale, tout le monde a en mémoire le tragi-comique des dernières éditions voyant seulement 4 ou 5 clubs en capacités de monter , et où l’intensité et l’enjeu sportif avaient décliné au gré des péripéties financières des participants.

– Financières :

C’est le grand flou actuellement sur ce domaine. Quel modèle économique pour ce nouveau championnat ? Quelle sera la mane télévisuelle redistribuée par la chaîne L’ Equipe qui devrait en garder la diffusion car ayant un contrat courant jusqu’à 2021 avec la FFR? La question se pose et au vu du calendrier de renégociation des droits TV, tout laisse à penser que le diffuseur de la fédérale1 restera sur les canons actuels en termes de droits TV. Autre sujet d’interrogation, la part organisationnelle ou financière de la LNR dans cette division ? Un sujet qui risque de crisper les débats, ce jeudi. En clair, tout est à construire dans ce domaine qui, ne nous le cachons pas, est le nerf de la guerre du sport moderne .

Les enjeux :

Beaucoup parle de luttes d’influences, d’enjeux électoralistes , mais l’enjeu principal de cette discussion entre ligue et FFR, est simple et limpide : la trace historique laissée par les dirigeants du rugby français dans un période qui l’est au plus haut point. La volonté de Bernard Laporte et de France Rugby de faire monter les équipes en dynamique de la série au Top 14, sans relégation, était une trace pour nos descendants qui aurait permis une lisibilité certaine. Mais l’envie de France Rugby de créer une 3eme division (en cas de refus persistant de la LNR à voir accéder Albi et Massy au ProD2) pourrait être une véritable recomposition du rugby hexagonal, voire une mutation.

Qui empêcherait donc dans ce cas de figure, France Rugby de rompre la délégation de gestion du rugby professionnel envers la ligue, si l’instance fédérale récupérait l’organisation de cette nationale1? Après avoir géré une 3 eme division professionnelle , Bernard Laporte pourrait voir une forte tentation le saisir: pourquoi ne pas gérer le Top14 et la ProD2 tant qu’à y être? A trop vouloir se recroqueviller sur elle-même, la ligue nationale de rugby ne serait-elle pas en marche pour son extrême onction ? Dans tous les cas, le débat des deux montées en ProD2 et sur la nationale 1 met en exergue une lutte d’influence entre les deux entités qui gèrent le rugby français. Mais si le contexte sanitaire, comme évoqué dans un de nos articles, imposait une reprise tardive des championnats, la loi imprévisible de la nature ne viendrait-elle pas se placer en juge de paix? Cela est une possibilité qui enfle de jours en jours, faisant apparaître le prisme d’une double poule en ProD2 et en Top 14 , sonnant le glas de la nationale 1 et dévoilant l’erreur stratégique historique de la LNR au grand jour par son entêtement depuis de longs mois. La nationale 1 ne serait-elle pas le cheval de Troie de la FFR pour mettre la LNR face à ses incohérences ? Bernard Laporte prendra-t-il le leadership sur Paul Goze? Les deux présidents étant absents des débats ce jeudi, c’est leurs lieutenants respectifs qui vont devoir débroussailler un champ de mines, avant une entrée en piste des deux principaux protagonistes, qui espérons, saura préserver l’intérêt supérieur du rugby.

Article rédigé par Loïc Colombié

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s