#Rugby – Fed1 / B.Trey (Blagnac) : «Il va falloir qu’on revoie la manière de diriger nos clubs.»

Nous sommes allés à la rencontre du président des Caouecs de Blagnac, Benoit Trey. Pour le club de la haute – Garonne et son homme fort, la crise du Coronavirus et ses conséquences sur l’économie du sport, doivent nécessairement amener à une évolution des pratiques et des mœurs de gestion en fédérale 1. Attentif aux mesures prises par les instances, celui qui dirige le Blagnac Rugby, véritable club caméléon de l’ensemble de la palette sociologique de l’ovalie (Amateur/Pro/Féminines / EDR) , ne cache pas ses interrogations sur un futur qu’aucun acteur du sport n’arrive totalement à définir. Coup de projecteur sur un Président et un club qui malgré l’adversité conjoncturelle, vont essayer de se réinventer dans le cadre du projet Cap 2022.

 

 

Benoit, on va commencer par un trait d’humour. Tu sais que je suis beaucoup les réseaux sociaux et j’ai vu que le confinement avait des vertus. Tu t’es reconverti en jardinier d’Argelès ? Tu fais tout, tu es au four et au moulin dans ce club ? 

 

Je passe au stade régulièrement pour voir si tout va bien, si tout reste bien en place. Je passe chaque semaine au stade donc là, c’était l’occasion d’aller fouler la pelouse, ça me manque un peu. 

 

J’imagine que cette pelouse, l’ambiance du stade et puis les copains du club, car un club, avant d’être une entreprise, est pour beaucoup une grande famille, des copains, des discussions, un lien social qui doit quand même beaucoup manquer en cette période ? 

 

Ça nous manque et un stade vide, ça fait quelque chose. Je ne vous cache pas qu’à chaque fois que je passe mes deux heures au club, j’ai un pincement au cœur de voir tout figer comme si tout s’était arrêté. Ça fait drôle donc, en effet, ça nous manque. 

 

On va rentrer dans le vif du sujet. On t’avait eu en débat avec d’autres clubs de Fédérale 1 avant la prise des mesures. On connaissait déjà les tenants et les aboutissants de quelques-unes mais depuis, il y a quand même un gros volet de mesures qui ont été annoncées par la Fédération Française de Rugby. Ça va des espoirs jusqu’à la Fédérale 1, ça va de la DNACG jusqu’au format de compétitions. Qu’est-ce que tu penses pêle-mêle du tout, du package ? 

 

Il y a deux points. Il y a le côté financier avec l’aide allouée par la Fédération où pour l’instant, à part pour les licences/assurances pour lesquelles on ne sera pas prélevé, on n’a pas trop la vision de comment ça va se passer. Déjà sur cette fin de saison, qu’est-ce qu’on doit payer, qu’est-ce qu’on ne doit pas payer ? Donc, on attend quand même des retours plus précis de la Fédération sur ce point-là, la manière dont vont pouvoir s’articuler ces aides directes, et même si c’est indirect, à travers les non-prélèvements. Sur le 2e point concernant la DNACG et le CCCF, là aussi, il y a eu une annonce du président sur le principe d’alléger ou de tenir compte de la crise dans son arbitrage. Donc, j’espère que cela sera suivi des faits, je pense que oui. Là-aussi, on attend un petit peu d’avoir les retours et de comment cela va s’inscrire au niveau du règlement parce-que tout doit quand même être écrit, c’est un peu comme les annonces gouvernementales et les décrets derrière. Donc, on attend, on est en effet un petit peu au crochet de ces annonces-là et de la manière dont ça va être géré, je pense quand même que les décisions ont été prises une à une. Après, il y a le 3e volet, c’est le volet sportif avec là-aussi une prise en compte de la situation de crise et le fait qu’il va falloir tous se relancer dans nos effectifs, dans nos équipes. On va dire qu’on a pris acte de la nouvelle formule de la Fédérale 1, sans rentrer dans la polémique bien évidemment. On est un club, on prend acte, on attend là-aussi des décisions sur l’histoire des têtes de série et des poules régionales, encore une fois, on espère que ce sera suivi des faits. On nous a laissé entendre que ce serait maintenu. 

 

On rappelle à nos lecteurs que les poules que l’on voit sortir un peu partout, ce sont des projections faites par des confrères, c’est leur droit, mais ça n’a rien d’officiel. Les poules officielles seront bien pour le 15 Mai ? 

 

Oui, bien sûr. C’est pour ça que dans mon club, et je pense que c’est un petit peu partout pareil, les dirigeants de clubs sont en train de calmer les ardeurs en interne au niveau des entraîneurs et des managers pour expliquer que ce qui est annoncé ou ce qui circule sur les réseaux sociaux sont des fakes. On n’est pas dupes, si je puis dire, on attend les annonces officielles des poules, bien que ce soit accessoire et pas très important par rapport à ce que vit notre pays en ce moment. Sur l’aspect des espoirs, je trouve que là-aussi, le fait de nous associer aux équipes 1, ça va nous permettre d’amener parfois, souvent même, des économies. 

 

Rien que de mettre l’équipe espoir et l’équipe 1 dans le même bus, ça fait une grosse économie ? 

 

Il va falloir savoir combien d’équipes vont être identiques en termes de poules, là-aussi, on attend des précisions. L’idée est bonne mais maintenant, il va falloir la mettre en application dans des poules et dans des projections de calendrier. 

 

Si nos échos sont bons, il y a même des mesures pratiques pour les signatures de contrats. Il y avait une petite problématique puisqu’un joueur et un président ne pouvaient pas être au même endroit à cause du confinement. Il y a donc eu des adaptations qui ont été faites par le service informatique de la Fédération. Il y a aussi tout un pan du service administratif qui a numérisé et simplifié pour continuer à faire vivre les clubs durant cette période. Les gens ne le voient pas, c’est l’arrière-boutique comme on dit, mais ça aussi, c’est important ? 

 

Tu me l’apprends, le coup des signatures de contrats. C’est peut-être parce-que, pour l’instant, on n’en a pas signé et qu’on en signera pas beaucoup. A Blagnac, on n’est pas pro (rires). 

 

C’est lors de notre dernier débat qu’Yves Garçon, le président de Chambéry, a soulevé la problématique. Et Maurice Buzy-Pucheu a répondu que le service informatique et juridique de la FFR était en train de travailler sur quelque chose de dématérialisé qui permettrait de faire des signatures électroniques ? 

 

C’est une très bonne nouvelle. Et puis, on va dire que, malheureusement cette crise sanitaire arrive au bon moment puisqu’on a déjà des moyens importants mis à notre disposition pour dématérialiser donc, c’est logique. 

 

Toi qui es un président qui commence à avoir roulé sa bosse en Fédérale 1, tu commences à avoir un peu de bouteille, comment tu assimiles la sociologie de cette Fédérale 1 ? Au début de la crise, tout le monde était un peu en état d’alerte et de choc, maintenant, vous êtes un peu plus dans l’analyse. Comment tu analyses les réactions de chaque club et comment tu vois cette Fédérale 1 ? Est-ce que tu n’as peur qu’économiquement et sociologiquement, ça parte un peu dans tous les sens cette année ? 

 

Déjà de par le fait qu’on soit beaucoup plus de clubs, beaucoup plus de clubs vont avoir des difficultés à avoir un effectif solide. Il est sûr que ça tirailler un petit peu plus pour l’organisation des effectifs de chaque équipe. Ensuite, forcément, le fait d’avoir accueilli plus d’équipes, il pourrait y avoir un risque qu’il y ait une baisse de niveau sur la Fédérale 1. Je ne suis quand même pas certain que ce soit trop le cas, je pense que les clubs qui vont nous rejoindre auront des vertus et des valeurs à défendre. 

 

On l’a vu avec Mauléon cette année qui était un promu et qui a tenu la dragée haute au club des hauts de tableau ? 

 

Mauléon mais pas que. On les prend souvent en exemple et à juste titre mais il n’y a pas que Mauléon et Saint-Sulpice qui ont le monopole des valeurs et des vertus, si je puis dire. Je nous mets nous aussi dans ce cas-là, même si on a peut-être un budget plus important de fonctionnement. Contrairement aux idées reçues, encore une fois, Blagnac a lui-aussi a 90% de joueurs pluriactifs qui ont un travail à côté, qui ne s’entraînent que le soir et qui rembauchent le lundi. Je crois que notre épopée l’an dernier l’a prouvée, on n’a nous-aussi bousculé les grands. Je ramène un petit peu le débat à mon club mais c’est la vérité parce-que je défends mes troupes. Et croyez-moi, certes, il va y avoir de beaux derbys, de beaux matches et un côté champêtre mais à Blagnac aussi, on véhicule beaucoup de valeurs et on se fera un plaisir de renouer avec les matches et les derbys qui nous tiennent aussi à cœur. 

 

Je te branche un peu mais, depuis que vous avez battu Bourgoin en 1/4 de finale en Jean-Prat, ce qui a quand même été un moment clé de la saison passée, lors de cet exercice , vous avez basculé dans le Gotha. C’est le revers de la médaille, maintenant, on ne te compare plus à Saint-Sulpice ou à Mauléon, vous êtes passés dans la strate au-dessus. Vous êtes considérés maintenant comme des gros calibres de la Fédérale 1 à Blagnac ? 

 

C’était le projet du club il y a trois ans de jouer les premiers rôles en Fédérale 1 donc, on va dire qu’on est dans les clous de nos objectifs. On a bâti un projet sportif sur le long terme, avec le travail exceptionnel du staff, de tout le club et du manager Christophe Deylaud donc, c’est un travail de longue haleine. Même si c’est vrai qu’il y a eu ce coup médiatique et sportif, si je puis dire, du 1/4 de finale, c’est un travail qui est antérieur à ce résultat-là. Donc, c’est un travail de tout un club qui est récompensé à travers le projet qu’on a lancé tous ensemble il y a trois ans maintenant. Sur la question de la Fédérale 1 de demain, je pense qu’il va falloir que chaque partie prenante garde la tête froide. Je vois certains présidents de clubs qui annoncent des sommes et des budgets qui m’interpellent. J’espère que tout sera tenu et qu’ils ont des garanties pour pouvoir annoncer ce qu’ils projettent. Vu l’incertitude qui plane sur l’économie mondiale, sur l’économie nationale, le monde du sport et le rugby, qui plus est le rugby amateur, j’espère qu’il n’y aura pas de projection trop ambitieuse, trop optimiste qui ferait qu’il y ait des problématiques derrière beaucoup plus grave qu’elles ne le sont maintenant. Et quand je parle de partie prenante, il y a aussi le rôle important des joueurs. Il faut que les joueurs comprennent, et malheureusement, certains sont un peu hors-sol, qu’il y a une situation sans précédent qui frappe notre pays, une récession économique annoncée et l’économie du rugby va être impactée de plein fouet. C’est aussi le monde amateur, la majorité des joueurs sont dans le monde de l’entreprise et connaissent donc la crise, la subissent eux-aussi dans leurs entreprises. Mais, j’espère que les joueurs vont aussi garder la tête froide et qu’ils vont comprendre que, s’il y a une baisse de salaires dans leurs clubs, que c’est pour quelque part, maintenir et assurer la continuité du club et pour pouvoir continuer d’assurer les engagements et de les maintenir jusqu’au bout de la saison. Celui qui ira à l’appel des sirènes pour aller chercher 100 ou 200€ de plus ailleurs, dans un autre club, il faut qu’il s’assure aussi qu’il soit payé jusqu’au bout. Il y a toute cette problématique-là, moi, je pense qu’il va falloir qu’on revoie la manière de diriger nos clubs. J’ai mes joueurs chaque semaine en visio, on fait le point en transparence, on les a tenus au courant de la situation. C’est aussi eux qui ont fait des propositions et c’est là où, quelque part, je suis rassuré. Il y a encore ce qui nous lie et ce qu’on aime dans le rugby, il y a ce côté solidarité et fraternité. Quand je dis revoir notre manière de gouverner, c’est qu’il va falloir un peu plus impliquer nos joueurs, leur trouver des solutions s’il y a des baisses de salaires pour leur amener du confort et pour qu’ils se sentent bien dans la vie du club. Parce-que beaucoup attendent ça, au-delà des entraînements et des matches, de s’impliquer encore plus dans la vie du club et se rapprocher des bénévoles, des dirigeants et des partenaires. 

 

Par rapport au débat avec Maurice Buzy-Pucheu, le président du CS Beaune André Goichot disait dans nos colonnes qu’il manquait de visibilité à l’instant T. Économiquement, il ne savait pas trop dans quelles eaux son club nageait. On peut peut-être faire une image, un parallèle avec les anciens qui, quand ils ont subi les bombardements, disaient souvent  » quand on était dans les caves ou dans les bunkers, on avait l’angoisse des bombardements. Mais là où l’on réalisait vraiment qu’on avait été bombardé, c’est quand on ressortait des bunkers et qu’on voyait l’état des dégâts « . On peut un peu faire le parallèle avec le coronavirus ? Pour le moment, on est sous les bombardements dans les bunkers et c’est vraiment quand on va ressortir dehors que l’on va voir l’état des dégâts ? Pour Blagnac et toi, c’est là que l’on va commencer à compter qui sera encore à Blagnac et qui, malheureusement, n’y sera plus ? 

 

Oui, c’est aussi ça. Quand je dis hors-sol, je pense qu’il y a beaucoup de personnes dans le rugby qui ne réalisent pas la gravité de la situation. Et, en effet, quand chacun va faire le tour de ses partenaires et de son écosystème, et nous les premiers, je pense qu’on va tous se rendre compte. Nous, on a essayé de faire des projections mais tous les clubs sont dans le même flou. Il faut surtout être réaliste, je ne dirai pas pessimiste parce-que ça repartira et qu’il faudra quand même une vague d’optimisme pour qu’on puisse tous prendre du plaisir à se retrouver, mais il faut tous être réalistes. Et la réalité, là, en ce moment, c’est qu’on a un tiers des entreprises françaises qui risquent de ne pas se relever. C’est en ce moment que ça se joue, les clubs prennent les engagements maintenant, ce n’est pas au mois de Septembre qu’on pourra dire  » on a projeté trop haut « . C’est pour cela qu’en ce moment, il faut que chacun reste un peu réaliste. Ou alors on reste dans ses engagements parce qu’on a un gros mécène mais l’écosystème du rugby amateur n’est pas fait comme cela. Ce sont beaucoup de PME et de TPE qui soutiennent les clubs. 

 

Des packs, des conglomérats d’acteurs économiques ? 

 

Toutes les PME sont touchées. Encore une fois, il faut que chacun garde la tête froide, il faut que chacun fasse des efforts et des sacrifices parce qu’on en est là pour qu’après, chaque club puisse encore exister. Parce-que peut-être que là aussi, des clubs pourront disparaître suite à cette crise, ce que je ne souhaite pas. Ce message, c’est celui que je véhicule dans mon club, c’est de rester humble, vigilant, réaliste, presque pessimiste dans les projections pour être sûr d’atterrir et d’honorer nos engagements jusqu’au bout de la saison. 

 

On le sait bien, comme tous les présidents, comme André Goichot qui le disait, tu manques sûrement de visibilité pour savoir où on est ton plan économique. Mais en l’état, qu’est-ce que le Blagnac Rugby pourra continuer de faire et ne pas continuer de faire la saison prochaine au vu de l’impact que risque d’avoir cette crise ? 

 

Continuer, notre projet de club reprendra parce-que c’est la question qu’on me pose souvent. Le projet  » Cap 2022  » reprendra de par sa structure, c’est un projet qui est structurant. Beaucoup ont fait l’amalgame  » Cap 2022  » = Pro D2 mais à la base, quand on a lancé le projet il y a 3 ans 1/2, c’était de jouer les premiers rôles en Fédérale 1, de maintenir les filles au plus haut-niveau du rugby féminin français, de travailler un axe important qui est la formation de nos jeunes, assurer la promotion dans les différentes catégories supérieures, un axe social et sociétal avec un déploiement dans les quartiers de la ville, dans les écoles, la création d’une commission emplois et formations qui a pour vocation de s’occuper de tout ce qui se passe en-dehors du terrain et de trouver des emplois, des métiers, des formations, accompagner tous nos licenciés filles et garçons dans une recherche d’emploi mais aussi pour une reconversion. Donc, de par sa genèse, si je puis dire, le projet  » Cap 2022  » va repartir, on y amènera des ajustements et la phase 3 va être lancée cet été. Le projet va reprendre mais bien sûr, on est quand même dans une projection où l’on va réduire le budget général de fonctionnement. On est autour des 20% de moins dans le budget, quand je parle de réalisme, c’est ça. Mais Blagnac aura toujours une équipe performante parce-que c’est aussi là notre priorité avec le staff sportif et avec Christophe Deylaud. C’est d’avoir une équipe performante l’année prochaine mais c’était aussi d’assurer nos arrières en conservant le groupe, le noyau dur. On a les cadres historiques, enfin historiques ce n’est pas le mot, mais les cadres importants formés au club que sont le capitaine et son vice-capitaine et d’autres et qui renouvellent leur confiance malgré la situation et le fait qu’on est annoncé une réduction de voilure. Donc, on a sécurisé le sportif en maintenant une équipe performante. On va dire que Blagnac va continuer tout ce qu’il a entrepris mais en étant réaliste par rapport à la situation. On va tous faire un effort dans les réductions de charges générales mais tout ce qu’on faisait reprendra. 

 

A Blagnac, il y aussi quelque chose que vous avez beaucoup travaillé avec la collaboration de ? (59.28) et l’équipe de Samsic Diarra, c’est le côté insertion et impact sociétal du club. Beaucoup disaient  » c’est précurseur, ce n’est pas obligatoire, ce genre de chose est facultatif « . Maintenant que nous sommes dans une crise comme celle-là, peut-être que ce côté insertion et impact sociétal au niveau du club va être une véritable pierre sur laquelle Blagnac va pouvoir s’appuyer ? 

 

En effet, notre projet prend tout son sens. Quand je dis le projet social, sociétal et le projet de formation, quand on a la plupart de nos joueurs et de nos joueuses qui ont une activité professionnelle avec l’appui du club, grâce au club pour certains et certaines, ça fidélise. Et en cette période d’incertitude générale, ils ont au moins la garantie de leurs emplois. Donc, en effet, ces points-là, ces axes de développement auxquels on a cru dès le départ de notre projet il y a 3 ans 1/2, prennent tout leurs sens et jouent leurs rôles de protection et de développement. Quand on parle de formation, beaucoup de clubs vont moins recruter, ça, c’est indéniable. Il va peut-être y avoir des départs, et c’est notre cas, de certains qui seront remplacés par des jeunes en interne. Le fait d’avoir mis le cap et l’accent sur la formation et d’avoir lancé dans le grand bain des minots de 18 ans la saison dernière et celle d’avant nous permettent à ce jour de garder ce niveau de performance espéré tout en réduisant quand même plus généralement la voilure au niveau de la masse salariale. Donc oui, notre projet  » Cap 2022 « , notre projet structurant avec le lien dans les écoles, le milieu scolaire et les quartiers vont en effet nous servir énormément dans ce contexte. 

 

Il y a un autre sujet sur lequel Blagnac est quand même un club phare en France, ce sont les féminines. Tout le monde s’inquiète de ce que va devenir la Fédérale 1, si quelqu’un va monter en Pro D2, s’il y aura des finales de Top 14 mais personne ne parle des féminines et il faut quand même en parler. Il y avait un championnat que, comme les autres, elles ont du arrêter avant le terme. Comment vivent-elles la situation et que va devenir le championnat de France féminin la saison prochaine ? 

 

C’est vrai qu’on ne parle pas beaucoup des filles mais nous, à Blagnac, on en parle beaucoup. On y met un accent important et on s’en occupe énormément, en tous cas autant que les garçons. Les filles aussi subissent l’arrêt des compétitions et ont beaucoup de doutes sur le futur. On a un staff sportif piloté par Nicolas Tranier qui est très compétent, qui a forcément comme tous les autres clubs, gardé le lien avec les joueuses. Elles ont là-aussi été forces de propositions, elles nous ont proposé elles-mêmes de créer des clips et des vidéos pour pouvoir assurer la promotion du club et derrière, accueillir et montrer l’ouverture de notre club. Donc, elles ont été forces de propositions, elles ont des valeurs et des vertus que moi, je prends souvent en exemple dans mon club. 

 

Tu n’es pas le seul. Henry Broncan nous avait parlé avec émerveillement de sa rencontre avec les filles de Blagnac, il y a de cela quelques saisons. Pour lui, c’est un grand souvenir rugby et c’est vraiment ça qui l’a fait basculer dans l’aficionado qu’il est maintenant du rugby féminin

 

Elles sont impressionnantes d’humilité, de solidarité et de convivialité. Elles emmènent une vague de fraîcheur et d’exemplarité dans le rugby en général et on va dire, de façon exacerbée, dans la situation actuelle. Bien sûr qu’à Blagnac, on va repartir la saison prochaine avec les filles. Ce qui a été annoncé par la Fédération est une réforme qui a été maintenue de garder 16 clubs en élite et de faire 4 poules de 4 clubs avec des play-offs et des play-down après Noël. Donc, cette réforme est maintenue, on attend là-aussi de connaître les poules pour savoir un petit peu ce que ça peut donner dans les budgets en termes de déplacements. On aura une équipe qui sera performante puisque la totalité des joueuses restent la saison prochaine. Elles ont toutes un sentiment, comme les garçons d’ailleurs, de frustration et donc, celles qui envisageaient peut-être de faire leur dernier match vont repousser d’une année pour remettre les crampons et faire une année de plus. Donc, on va dire qu’il y a une émulation positive autour du club y compris chez les garçons. Certains qui envisageaient d’arrêter rempilent une année de plus parce qu’on ne pouvait pas s’arrêter comme ça, sur six mois de championnat et sur une telle dynamique. Les filles aussi sont dans ce cas-là, on aura une équipe toute aussi performante que les années précédentes avec en plus des jeunes qui montent et on m’a dit que c’était des jeunes très prometteuses. Donc, le rugby féminin à Blagnac a aussi de beaux jours devant lui. 

 

On va rebasculer sur les garçons. On sait que cette année, les poules vont être très, très géographiques. Quand on écoute tes propos, on imagine que Blagnac va vouloir garder son statut de club du haut de la Fédérale et de nouveau être qualifiable et qualifié en Jean-Prat. Tu préfères des poules géographiques avec ou sans têtes de série ? Parce-que sans tête de série, tu pourrais quand même te retrouver dans des poules un peu compliquées ? 

 

En effet, notre objectif est de garder ce qui fait que depuis deux ans, on joue les premiers rôles de la Fédérale 1. Donc, on vise le haut du tableau, on est tous des compétiteurs et bien sûr que l’on est attentif à cette règle des têtes de série. On espère pour nous, dans notre situation, que ce sera maintenu. Deux têtes de série plus les clubs autour en nombre de kilomètres, on a vu que c’était quand même intéressant en Fédérale 1. Puisqu’on a fini 2e la saison dernière, on est donc prétendant pour être à nouveau tête de série la saison prochaine. Donc nous, oui, par rapport à notre position et à notre souhait de rester dans les clubs qui comptent et qui jouent le haut de la Fédérale 1, les têtes de série seraient pour nous une bonne chose. Après, on fera avec ce qui nous est proposé. Encore une fois, il y a des choses plus importantes que ça, on fera avec les décisions et on les acceptera parce-que le seul souhait est qu’on puisse tous reprendre une activité rugbystique normale, économiquement certes, mais qu’on puisse retrouver les terrains et nos stades. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour parce qu’on se demande comment on va pouvoir sortir de cette situation, comment on va pouvoir rassembler nos joueurs sur un terrain. Si un, malheureusement, est touché par le virus il faudra que toute l’équipe soit en quarantaine. On imagine mal à ce jour la reprise des entraînements et le retour dans nos stades des supporters. Au-delà des souhaits et des vœux que l’on peut formuler, le vœu principal, c’est que tout le monde aille bien et que la santé des Français aille bien aussi. Reprendre le sport de manière normale est un souhait plus important que celui de l’organisation des poules. 

 

On a vu qu’il y avait eu pas mal de débats sur Pro D3 ou pas Pro D3. On sait très bien qu’elle ne sera pas faite cette année, qu’elle ne sera sûrement pas faite l’année prochaine. Il faut qu’elle soit maturée et qu’un système économique se mette en place. Mais, est-ce le sens de l’histoire d’arriver un jour ou l’autre à cette Pro D3 en prenant bien sur le temps de la construire et de la structurer pour qu’elle soit pérenne économiquement et sportivement ? 

 

C’est vrai qu’à chaque fois qu’une saison se termine, on est toujours en train de se demande comment va être l’autre. Et on a toujours des personnes qui ne sont pas dans les décisions ou qui ne sont pas aux commandes des clubs qui se projettent pour nous. On a acté quelque chose avec les présidents, qui a à nouveau été confirmé, c’est que ça n’évoluerait pas pendant les deux prochaines saisons. Donc, encore une fois, on a beau faire nos projections, il en est pour l’instant de cette formule-là. Il est clair que la Fédérale 1, puisque que c’est l’élite du rugby amateur français, doit à mon sens se resserrer en tant qu’élite. De là à faire une poule élite, je n’en suis pas certain, puisque la poule élite d’il y a trois ans n’a pas donné satisfaction, elle a mis des clubs dans le rouge et en danger. On est repassé à 60 donc, il va falloir peut-être deux ou trois ans pour pouvoir réduire le nombre de clubs. Je suis convaincu qu’il faut resserrer le haut de la pyramide mais par contre, pas convaincu qu’il ne faille y mettre que 10 clubs. Moi, je pense qu’il faut plutôt partir sur un resserrement de l’ordre de 24 clubs qui permettrait de conserver cette inégalité que l’on aime, si je puis dire, avec des clubs aspirants et des clubs montants ou en tous cas, non prétendants. Il faut garder ces belles surprises et ces beaux résultats encore une fois de petits clubs au sens petits budgets. 

 

Parfois, la Fédérale 1 est un peu tous les jours la Coupe de France ? 

 

C’est ce qui plaît aux supporters et aux partenaires. Il faudra resserrer mais pour moi, je ne suis pas favorable à une poule élite, en tous cas, pas comme elle était avant. 

 

On entend parler d’un retour du public au 1er Janvier 2021. Pour un club amateur ou semi-amateur ou semi-pro comme l’est Blagnac, est-ce que, sans droit TV, il peut réellement vivre sans entrée ? Est-ce que ce n’est pas une hérésie de reprendre un championnat à huis-clos dans des championnats amateurs parce-que la billetterie et la buvette sont vos ressources principales ? 

 

Pour nous, la billetterie n’est pas la ressource principale, on ne fait pas guichet fermé tous les week-ends. 

 

Je pensais qu’Argelès, c’était Geoffroy Guichard ? 

 

Pas encore, bientôt (rires). Mais, pour nous, la billetterie et la buvette ne sont pas les premières ressources. Ce sont des ressources du club mais ce n’est pas ce qui fait qu’on tient le budget. Nous, ce sont nos partenaires, toutes les actions que l’on met autour de l’économie qui font qu’on peut fonctionner. Donc, oui, le rugby a besoin de supporters, il faudra absolument qu’on puisse jouer devant du public. Je ne suis pas non plus favorable aux huis-clos parce-que ça vient charger les clubs sans produire, on mettrait encore plus en danger l’écosystème du rugby s’il y a huis-clos, c’est clair. Par contre, il faudra que les clubs prennent des dispositions pour pouvoir rentrer dans les consignes. Quand on dit le jour d’après, même aussi en termes d’accueil du public, rien ne sera plus comme avant et il faudra que tous les clubs limitent le nombre de personnes dans leurs stades avec des mesures drastiques pour qu’on puisse à nouveau accueillir du monde sans malheureusement être touché par une 2e vague que tout le monde redoute. A Blagnac, étant donné qu’on a un stade de 4 000 places assises, si on fait rentrer 1 000 personnes, ça fait une personne pour 4 fauteuils, ça veut dire que nous à Blagnac, on pourra appliquer les consignes et permettre à tout le monde de garder leurs distances. Je pense qu’il faudra que tous les clubs en viennent là et qu’il faudra limiter le nombre de personnes dans le stade, il faudra imaginer une nouvelle organisation. Quand on parle de plus de produit lié à la billetterie, il faudra que les clubs se réinventent. On a challengé nos équipes de partenariats, de communication qui travaillent au côté du club sur ce point-là et leur disait hier encore  » réfléchissez, imaginez qu’on ne puisse pas accueillir de public dans le stade, imaginez comment on peut créer de nouveaux produits « . Donc, il faudra que les clubs se réinventent aussi pour avoir de nouvelles idées, créer de nouveaux produits dans l’ère du temps. Quand ont dit maintenant que le télé-travail a été officiellement lancé à travers, malheureusement, ce virus, ce sera la même chose pour les clubs. Des nouveaux produits vont être trouvés par les clubs à la sortie de cette crise. 

 

Ça, pour un club comme le tien qui est bien réparti entre structuration partenariale et les recettes de la billetterie, où c’est bien équilibré, ça va. Mais pour des clubs à gros ADN populaire, je pense à Bourg-en-Bresse ou Mauléon, qui sont deux clubs à l’opposé dans leurs structurations, pour eux, de ne pas avoir de public ou moins de public, ça peut quasiment être mortifère ? 

 

C’est sûr et c’est clair. 

 

Et c’est même un peu injuste car ce sont des clubs qu’on aime tous pour leur adhésion populaire. De plus, on incite les clubs à avoir ce  » corpus populaire  » et là, ils risquent d’en payer les conséquences ? 

 

Oui, bien sûr, on est tous dans le même cas. Même au-dessus, beaucoup de clubs de Top 14 et de Pro D2 ont tout bâti sur la billetterie et les abonnés. Il faudra faire avec et, quand je dis se réinventer, c’est en effet faire avec le principe qu’on sera limité dans les stades. Donc, tant qu’on n’a pas trouvé un antidote ou un vaccin, je pense qu’il va tous falloir qu’on se limite parce-que sinon, on ne va pas pouvoir reprendre. 

 

On sait que la nature humaine est faire comme ça. Quand on tombe, quand on chute, quand on est dans l’adversité, on en tire toujours une leçon pour progresser. Toi, en tant que président de club, quelle leçon tu garderas et tu tireras de cet épisode qui est hors du temps et hors du commun ? 

 

C’est une leçon d’humilité. En gros, je suis convaincu que la gestion en bon père de famille est celle qui va sauver notre rugby. Je suis convaincu que le fait de rassembler et d’être proche des personnes fera que ces personnes-là auront envie de nous soutenir et de venir. Donc, c’est une leçon d’humilité, de transparence parce-que, dans cette période-là, il faut être transparent, il faut expliquer les choses et expliquer les décisions. C’est ce qu’on a fait nous avec nos joueurs, ça a été reçu, je remercie mon groupe de joueurs et de joueuses et tous les staffs sportifs. Donc, leçon d’humilité, on n’est pas grand-chose face à la nature et il ne faut surtout pas s’enflammer et se croire plus fort que tout le monde. On est tous dans le même bateau et l’objectif est qu’on puisse reprendre une activité normale parce-que c’est pour cela qu’on se bat tous les jours. 

 

On te remercie et continue à nous mettre des vidéos où on voit tes enfants gambader sur le terrain quand tu vas faire ton tour du propriétaire à Argelès. Ca nous redonne de l’espoir, c’est le rugby qui reprend un petit peu. Rien que de voir deux minots se faire une petite passe avec un ballon, ça nous fait du bien en cette période

 

Je n’y manquerai pas, je le ferai

 

A très bientôt et on souhaite le meilleur aux Caouecs pour la suite

 

C’est gentil, à bientôt

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/mag-sport-21-avril-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Benoît Trey lors de l’émission du 21 avril 2020

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