Rugby – Fed1 / D.Tchapnga (Albi/Dijon) : «Je suis très, très fier de pouvoir jouer dans ce club!»

Dimitri Tchapnga alors qu’il vient juste de s’engager avec le Sporting Club Albigeois pour la saison prochaine (2020-2021) ,nous a accordé une interview exclusive. Ce pilier droit qui a débuté sa carrière au Cameroun avant de passer à Tulles, Chambéry ou encore Dijon, ne s’en cache pas , Albi est un club qui l’a toujours inspiré, surtout à l’époque un certain Arnaud Méla foulait les pelouses de Top 14 avec la tunique jaune et noire. Remarqué par le staff albigeois lors des haletants 1/4 de finale Jean Prat 2019 face au Stade Dijonnais, à 32 ans celui que ses anciens partenaires bourguignons surnommaient « Le Tchap » et qui se défini comme quelqu’un qui « aime s’y filer », arrive dans le Tarn avec l’envie de relever le challenge Pro D2. Focus sur un joueur qui s’était déjà fait remarquer en mai 2019 au Stadium d’Albi, en marquant un essai lors de l’affrontement en playoffs entre Tarnais et Côte d’oriens.

 

Crédit photo Stade Dijonnais

 

Dimitri, l’année dernière, ça avait bruissé, on avait eu des indiscrétions dans le Midi Olympique qui disait qu’Arnaud Méla était très intéressé par ton profil et cette année, ça a matché. Qu’est-ce qui t’a amené en terre albigeoise ? En grande partie le défi Pro D2, j’imagine ? 

 

Déjà, merci de me donner la parole. Oui, si Albi était monté l’année passée, je serai déjà à Albi parce-que j’étais encore en contrat avec Dijon et je ne pouvais être libéré qu’en cas de montée d’Albi. Ça s’est fait cette année et je suis très, très fier de pouvoir jouer dans ce club parce-que c’est un club mythique, un club qui est vraiment très connu. Je me rappelle quand j’étais petit, je voyais Albi joué en Pro D2 et en Top 14. Donc, c’est avec plaisir que je vais relever le défi de jouer à Albi. 

 

Quand on parle de Top 14 ou de Pro D2, Albi était connu en Top 14 pour être des rugueux, des bagnards qui venaient un peu  » casser la bouche  » à toutes les grosses équipes du Top 14. Ce côté un peu rugueux, laborieux et besogneux, c’est quelque chose qui te plaît ? Et en plus, à l’époque, ça jouait beaucoup devant à Albi

 

Je pense que ça colle un peu avec mon style de rugby. Moi, je n’ai pas fait d’école de rugby, j’ai commencé le rugby très, très tard. Mon sport de base, c’était la boxe donc j’avais pratiquement 19 ans quand j’ai commencé le rugby. Et au Cameroun, le rugby, c’était plaquer, plaquer, prendre le ballon et foncer devant. C’est quand je suis arrivé en Italie que j’ai vraiment commencé à apprendre à jouer au rugby et ensuite en France. Dans mon style de rugby, quand on me voit, je ne suis pas technique mais j’aime m’y filer. 

 

Comme on dit, tu es un vaillant sur le terrain. Tu nous parles de ta carrière avant Albi, et on sait que tu as fait de belles années, notamment à Chambéry et à Dijon, mais tu es passé par Tulle et le rugby corrézien qu’un certain Arnaud Méla connaît bien. Mais, on n’a pas trop de fil avant Tulle. Tu peux nous raconter ton parcours entre ta première licence et Tulle ? 

 

J’ai commencé au Cameroun au Dschang Rugby, dans ma ville natale. J’ai été repéré en Italie où j’ai joué en Série A pendant deux saisons. le CUS Genova Rugby. Ensuite, Éric Mercadier, l’entraîneur de Pamiers aujourd’hui, était à l’époque à Saverdun en Fédérale 2 et m’a fait venir dans ce club où j’ai joué deux ans. C’est Jérôme Bonvoisin qui m’a fait venir à Tulle où je suis resté un an. 

 

Et c’est là que tout s’est emballé. Tu es repéré par Chambéry, avec en plus à l’époque, Michel Ringeval aux manettes qui connait bien le rugby italien. D’entrée à Chambéry, c’est une très belle saison puisque vous allez en finale contre Nevers pour l’accession en Pro D2 ? 

 

Voilà, c’est mon parcours rugbystique jusqu’à présent. 

 

A Chambéry, c’est vraiment là que tu as commencé à tutoyer le très haut-niveau avec la Fédérale 1 Elite. Qu’est-ce que tu retiens de cette année chambérienne ? 

 

Ce n’était pas trop une bonne année pour moi parce-que je me suis blessé, c’est d’ailleurs la première année où je me blesse.  Il y a une belle année sportivement mais je me blesse et je ne joue pas beaucoup. En plus, je perds aussi mon père la même année donc franchement, cette année à Chambéry était un peu une année obscure. 

 

Les résultats pour le club étaient bons mais pour toi personnellement, ça a été très compliqué ? 

 

Oui, c’est une année un peu triste pour moi. 

 

On le comprend totalement. On t’a vu ensuite rebondir au Stade Dijonnais avec l’arrivée de Renaud Gourdon et un nouveau projet ainsi qu’un nouveau cycle. Cette période au Stade Dijonnais t’a vraiment permis d’acquérir la plénitude de tes moyens, tu es devenu un des piliers indéboulonnables du pack de Renaud Gourdon. Qu’est-ce que tu retiendras de ce passage à Dijon ? Pour la saison passée, j’imagine que ça a été le parcours en play-off avec ce match au Stadium où l’on a cru pendant un moment que Dijon allait faire trébucher l’ogre albigeois. Mais, il y a eu le come-back des jaunes et noirs qui est venu doucher les espoirs des Bourguignons ? 

 

Franchement, je ne remercierai jamais assez Renaud parce qu’après ma saison à Chambéry où je m’étais blessé, je pense que plein d’équipes doutaient. J’avais des propositions mais quand je me suis blessé, il y en a plein qui m’ont fermé la porte. Renaud est le seul qui a cru en moi donc tout ça, c’est énorme. Je ne pourrai jamais assez le remercier par rapport à ça. Je suis arrivé à Dijon, on avait un gros défi, une bonne équipe de copains parce qu’il n’y avait personne, aucune star. On est arrivé dans une saison où on a commencé avec -8 points donc il a fallu se battre dès le début du championnat pour pouvoir se sauver la première année. Ça, je pense que ça nous a vraiment ressoudé parce-que personne ne croyait en nous. On a fait une bonne première année et la deuxième année, on s’est directement qualifié pour les play-offs. On a joué Albi, on a gagné à l’aller et au retour, je crois qu’à -20 minutes de la minute, on était quasiment sûrs. 

 

Oui, même nous qui commentions le match, à moins 20 minutes, on commençait à avoir des sueurs froides et à se dire qu’Albi risquait de passer à la trappe. On ne faisait pas les fiers derrière notre micro. Je pense que tout le stade retenait son souffle à M-20 comme on dit. 

 

Je m’en rappelle parce-que j’ai marqué l’essai qui nous donne les 10 points d’écart. Quand j’ai marqué l’essai, j’étais trop fier ! Avec Jérémy Bécasseau, sur le terrain, on s’est dit ‘ je pense que c’est cuit, on va gagner « . Mais il y a eu l’interception … On a été abattu mais c’est le sport, on n’a pas su gérer le match à la fin. 

 

L’année dernière avec Dijon, vous aviez un peu été les outsiders et vous avez surpris tout votre monde. Cette année, même si la saison a été de bonne facture, on a eu l’impression que vous n’avez pas réussi à rééditer le fond de jeu que vous aviez l’année dernière, à rééditer la performance que vous aviez réussi à avoir tout au long de l’année. Est-ce que tu l’expliques par la pression de la Pro D2, par le fait que vous étiez attendu au coin du bois ou peut-être aussi par la fin d’un cycle et le besoin de recommencer avec de nouvelles personnes à Dijon ? 

 

Je ne pense pas qu’on a été surpris. On a perdu beaucoup de joueurs, surtout une charnière qui fonctionnait bien. On avait Jules Soulan qui était le maître à jouer de l’équipe donc chacun se mettait à son diapason. Il est parti, tout comme Quentin à l’arrière qui faisait son taf, il y avait Thomas Guigon

 

Thibaut Dufau qui va revenir au Stade Dijonnais cette année après avoir fait un petit tour à Provence Rugby

 

Je pense aussi que le groupe qu’on a eu l’année passée, on ne l’a pas eu cette année. 

 

Il manquait quelques petits éléments pour avoir la flamme comme celle que vous aviez l’année dernière. Car on sentait que, la saison dernière, cette équipe de Dijon avait une flamme ? 

 

Malgré le fait de savoir qu’on ne pouvait pas monter, nous, l’année passée, on voulait gagner des matches. Quand on est allé à Albi, on ne cherchait pas à savoir si on allait aller en Pro D2 ou pas. Pour nous, juste le fait de gagner était énorme, on voulait gagner des matches. 

 

Les valeurs du rugby, les copains, un ballon et aller gagner des matches. Ce qu’on aime dans le rugby, c’est à dire se faire plaisir avec les copains ? 

 

Voilà, c’est ça. Je pense que, l’année passée, ça nous a vachement motivés et cette année, ça n’a pas marché. On a perdu cette année le premier match contre Villeurbanne qu’on ne devait pas perdre. Je pense que ça aussi, ça a joué parce qu’on a commencé sur un mauvais tempo. 

 

On sait que Renaud Gourdon est très paternaliste, surtout avec certains joueurs cadres. Quand tu as annoncé que tu quittais la maison Bourillot, la maison dijonnaise, il n’a pas pas un peu boudé ni été un peu déçu de te voir partir sous d’autres cieux ? 

 

Oui mais, que ce soit avec Renaud, avec Philippe Vernet, le président, ou Falco (Thomas Koehler, l’entraîneur adjoint, NDLR), je n’ai jamais été tricheur, j’ai été clair. Comme je le disais, c’est Dijon qui m’a relancé dans le rugby donc, je leur dois déjà du respect pour ça. En plus, au vu du personnage, Renaud n’est pas quelqu’un qui commence à entraîner aujourd’hui. J’avais une proposition pour prolonger à Dijon mais j’avais aussi Arnaud qui m’avait fait une proposition. C’était à Albi, tout joueur de rugby a envie de jouer à Albi et en plus, Albi est proche de ma belle-famille. Donc, j’ai dit à Renaud et à Philippe que l’année prochaine, je pensais ne pas continuer à Dijon. 

 

Tu nous parles du fait qu’Albi est mythique et met des étoiles dans les yeux pour un joueur de rugby. Il paraît, et Quentin Pilet nous l’a confirmé, que le tunnel du Stadium participe aussi au mythe ? 

 

Pour certains oui mais pour quelqu’un qui a fait du sport individuel, comme moi qui ai fait de la boxe, le tunnel me galvanise plus. 

 

Ça te rappelle la boxe et l’entrée sur le ring ? 

 

C’est ça. Même sur le ring, tu es comme sur un tunnel parce qu’en fait, tu es tout seul. Moi, ça me galvanise et ça ne me fait pas peur. 

 

Autre chose qui amène souvent les joueurs, surtout ceux qui jouent devant, à signer à Albi actuellement, c’est l’aura et le charisme d’Arnaud Méla dans le milieu du rugby. Le fait qu’Arnaud Méla prenne son téléphone pour t’appeler, ça a participé à ton choix ? 

 

C’est évident. Je l’ai vu jouer à Brive quand en plus, il était capitaine. C’est quelqu’un qui était vraiment rugueux dans le jeu, qui était dur et qui sait même aussi se battre sur le terrain. 

 

Ah oui, comme on dit, il ne laissait pas sa place au chien

 

Voilà (rires). Donc, je pense que c’est bien, que c’est une bonne chose d’avoir des personnes comme ça pour progresser. Je crois que tous les joueurs aimeraient être entraînés par des joueurs qui ont un passif aussi énorme dans le rugby. 

 

Par contre, la problématique côté albigeois, c’est qu’il y a actuellement un point d’interrogation sur la Pro D2. Ce débat entre Albi et Massy et sur monteront-ils, ne monteront-ils pas, pour toi, le joueur qui va porter le maillot jaune et noir la saison prochaine, ça doit quand même te tracasser ? 

 

Si une personne dit le contraire, c’est faux. Je pense que ce serait un rêve de progresser en Pro D2 l’année prochaine. Là franchement, nous joueurs, n’avons pas les clés. C’est la LNR qui décide donc on ne peut faire que des projections mais on espère qu’il y aura une issue positive à la fin. 

 

Philippe Guicherd, qui est un ancien joueur jaune et noir et qui faisait la paire avec Arnaud Méla en 2e ligne en Top 14, disait qu’il n’y a rien de pire pour un joueur de rugby que de ne pas avoir avoir un levier pour aller se qualifier quand ça se joue dans les prétoires ou dans les instances. C’est quelque chose qui ne vous appartient plus ? D’habitude, vous allez chercher les montées, les descentes, les maintiens sur le terrain mais là, ça n’appartient plus aux joueurs ? 

 

Oui, parce-que quand on fait des phases finales, tu sais que c’est toi qui décide de l’issue de ce que tu veux. Si tu es bon, tu montes, si tu n’es pas bon, tu ne montes pas mais avec ce qui se passe, je pense qu’on ne pense pas trop à ça. Mais on se dit aussi qu’on n’était qu’à 4 journées de la fin du championnat de Fédérale 1, il y a des équipes qui, tout au long de la saison, n’ont perdu qu’un seul match. Je pense à Albi, à Massy, Bourg a fait une bonne saison aussi donc, je pense que chacun mérite de monter en Pro D2. Il faut voir ce que la Fédé et la LNR vont décider. 

 

On va terminer avec une question bien plus personnelle. Quels vont être tes objectifs personnels à Albi ? Essayer de gratter le maximum de temps de jeu et surtout bien t’intégrer dans ce groupe albigeois ? 

 

Déjà, c’est me fondre dans le groupe, de mettre tout ce que je peux à la disposition du collectif. Surtout me donner pour le collectif, je pense que c’est la base pour bien se fondre dans le moule, de tout donner pour avoir la possibilité de jouer. Je vais essayer de tout faire pour jouer (rires). Et après, gagner des matches. 

 

On a finir avec une question humour bonus. Avec Quentin Pilet et Damien Nevers, vous avez prévu de monter une amicale des anciens de Bourgogne et de la Côte d’Or ? 

 

Damien Nevers, je ne le connais pas trop, je pense que j’ai dû jouer contre lui quand il était à Beaune. Mais avec Quentin, on se connait bien. On verra, pour l’instant, Quentin et moi n’avons pas trop parlé de ça. 

 

Ça sera la  » Bourgogne Connexion  » au Stadium Municipal d’Albi ? 

 

Ah oui (rires)

 

Dimitri, on te souhaite le meilleur sous les couleurs jaunes et noires et on espère surtout que l’année prochaine, tu fouleras les pelouses du Stadium en Pro D2

 

Merci beaucoup

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/mag-sport-21-avril-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Dimitri Tchapnga lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 21 avril 2020

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