#Rugby – Fed1 / S.André (Trelissac) : «Pour l’instant, on me reverra sur le banc des écoles!»

Sylvain André, alors qu’il a annoncé il y a peu, son départ volontaire du SAT, nous a accordé une interview grand format, pour nous dresser le bilan et les perspectives de cette belle aventure Trelissacoise. De l’ADN du club autour de la famille Daudou, en passant par sa vision de la fédérale 1 , ou encore le débat sur les accessions, l’ex coach des lignes arrières de Trelissac se livre en invétéré passionné qu’il est. Se retirant pour pleinement profiter avec son épouse d’une double paternité imminente, Sylvain semble savourer ce nouveau statut loin des bancs de touche. Focus sur un technicien au parcours en Périgord auréolé d’un titre de vice-champion de fédérale 1 en 2018 , mais qui reste un homme, certes, inquiet pour l’avenir de la fédérale 1, qu’il regardera désormais en observateur, mais invariablement attaché aux valeurs familiales et telluriques.

 

Sylvain, On a appris par la voix du club que tu cessais ta collaboration avec le SA Trélissac. Si on a bien compris, ce ne sont pas pour des raisons sportives mais plutôt pour des raisons familiales. Qu’est-ce qui t’a amené à refermer une partie et un cycle de ta vie ? 

 

C’est exactement ça. Je n’ai pas été évincé du club, ce n’est pas un choix parce-que je ne voulais pas prolonger. Le club voulait continuer avec moi à la tête de l’équipe sauf que j’ai un heureux événement qui va arriver. Mon épouse est enceinte de jumeaux, une naissance prévue pour fin août/début septembre, et on a déjà une petite fille, Camille, à la maison qui à 3 ans donc ça va faire trois enfants à la maison plus mon métier où j’ai quelques évolutions de poste. Il va falloir que je sois un peu moins  » présent  » au rugby donc ça devenait un petit peu voire trop compliqué et le niveau de Fédérale 1 demande de l’exigence, de l’entraînement, de la préparation et du temps, que ce soit en amont, en aval ou pendant les séances. Ce ne sera juste plus possible avec ma vie de famille donc du coup, je vais laisser ma place au club. Le chapitre se referme là, sur cette situation un peu délicate. Je le savais depuis un moment mais j’aurai préféré qu’il n’y ait pas cette histoire de virus, déjà pour tout le monde, mais aussi pour finir sur des phases finales. Ça m’aurait mis un peu de baume au cœur. 

 

Un happy-end ? 

 

Oui, happy-end mais je n’ai pas à me plaindre. En trois ans, j’ai vécu de très belles émotions au sein du club donc tout est bien et tout va bien. 

 

Dans ce qui t’a amené à ta décision et à ton choix, est-ce que le contexte de la pandémie qui ramène à certaines vertus et valeurs, qui amène à se ressourcer et à se remettre en question, a participé à ton choix ? 

 

Non, parce qu’à partir du moment où j’ai su que j’allais avoir des jumeaux, le choix était acté. J’ai eu la chance d’être pro, d’être joueur de rugby professionnel, d’entraîner une équipe de Fédérale 1 de bon voire même de très bon niveau. J’ai toujours eu cette chance-là mais j’ai toujours dit que ça n’était qu’un ballon ovale et que le plus important resterait toujours ma famille. La situation fait que je n’ai plus qu’à le prouver et je le prouve en m’arrêtant, ce qui me paraît logique, je pense que tout le monde aurait fait pareil. Mon épouse a subi tous les soucis du joueur de rugby pendant des années et maintenant ceux de l’entraîneur. Je pense que je peux lui renvoyer un peu la pareille et passer du temps en famille. En tous cas, ce temps-là le vaut, c’est une certitude. 

 

Il y a une corrélation entre toi et ton ancien club puisque, que ce soit pour toi ou pour le SAT, cela va être un nouveau cycle et une nouvelle histoire qui commencent. J’ai vu que le président passait la main en douceur et qu’il y a aussi l’entraîneur des avants qui est parti chez les voisins de Bergerac ? 

 

C’est ça. Il y a aussi Stéphane Labrousse, qui était manager en début de saison, qui est parti en cours de saison, mais qui était manager, entraîneur, joueur, qui était là depuis des années et qui avait fait monter le club jusqu’en Fédérale. Le président Pierre Laurent va passer la main à deux nouveaux présidents mais va rester dans l’entourage du club pour s’occuper un peu du sportif parce qu’il a la connaissance et la nouvelle équipe de dirigeants en a  » moins « . Elle va débuter dans ce milieu-là donc, elle va aussi avoir besoin d’avoir des gens qui ont des repères. Et Mathieu Touron, mon collègue, avait décidé d’aller à Bergerac, tout simplement parce-que c’était plus proche de chez lui et que c’était aussi un projet intéressant. On bossait en collaboration et le fait que je lui annonce que je m’en aille aussi, ça lui a également fait décider de ce changement-là. Donc oui, c’est une fin de cycle au sein de ce club-là mais c’est pareil, quand quelque chose s’arrête, il y a toujours quelque chose qui recommence. Ça ne sera pas moins bien, ça ne sera pas mieux, ce sera simplement différent, comme dans tous les changements. On n’est pas meilleur que les autres, on n’est pas moins mais, ce qui est sûr, c’est que ce qui va arriver à l’avenir sera différent. En plus, ça colle avec le coronavirus et les soucis financiers qu’il va y avoir et vont être engendrés par cette situation donc ça va sûrement permettre au club de Trélissac de repartir sur un projet peut-être un peu différent et de  » rebâtir  » avec cette situation-là. 

 

Un projet qui s’inscrit quand même toujours en Fédérale 1 ? 

 

Oui, je crois que le club a décidé d’être en Fédérale 1. De toute façon, sportivement, cela fait trois ans que je suis entraîneur et il n’y a jamais eu de souci. Il y a eu une finale, un 8e de finale contre Narbonne avec les poules regroupées. On était aussi parti cette année pour se qualifier donc on aurait qu’il y ait des phases finales, ça aurait fait du bien à tout le monde. Mais je pense que le club, ils en parleront mieux que moi, va sûrement devoir prendre un virage dans la volonté de vraiment jouer le maintien, de jouer le bas de tableau et de ne pas faire comme on faisait chaque année depuis trois ans c’est à dire annoncer à tout le monde qu’on jouait le maintien mais avec dans un coin de la tête la volonté de se qualifier. Là, vu la situation économique de tous les clubs, je crois que ça sera difficile d’annoncer et d’aller chercher des ambitions pendant la saison pour des clubs comme Trélissac qui sont des petits clubs. Il y a aussi la pression qu’il va y avoir des clubs aux alentours puisque nos voisins de Périgueux vont monter, on a nos voisins de Limoges qui montent aussi. On a des bordelais comme Langon, Floirac qui montent, le Bassin d’Arcachon qui est déjà en Fédérale 1. Donc, il va y avoir bon nombre de derbys et de petits déplacements, ça va aussi mettre un peu de pression. On sait que le contexte des entreprises va être difficile financièrement pour aider les clubs et on sait aussi que les clubs vivent de ça. Donc, je pense qu’il y aura peut-être des moments un peu plus délicats pour tout le monde mais, comme je l’ai dit, ce ne sera ni mieux ni moins bien, ça sera différent. 

 

Bergerac, même s’ils descendent en Fédérale 2, Périgueux, Limoges, ça fait beaucoup de clubs dans le même lot, qui sont côte à côte. Pour les sponsors, ça doit quand même parfois frotter ? 

 

Il y a aussi Sarlat, en Fédérale 2, qui est 40/50 minutes de Trélissac, c’est comme Périgueux en termes de situation géographique. Il y a aussi Belvès, Bergerac en Fédérale 2 qui sont à 50 minutes, Limoges en Fédérale 1 à 1h15, Périgueux à 10 minutes. 

 

Ce coin de France est l’épicentre de la Fédérale 1 ? 

 

Il y a beaucoup de monde. C’est un endroit qui est compliqué parce qu’autour, vous avez Angoulême qui est en Pro D2 à une heure de route, Brive qui est en Top 14 et à 40 minutes, Agen, qui était dans le comité avant, qui est à un peu moins d’1h30 et qui est aussi en Top 14, Bordeaux est à 1h15. Donc, vous avez beaucoup de concurrence autour et c’est difficile de se faire une place mais j’espère que les clubs vont continuer. Ça va faire des matches contre Limoges, contre Périgueux qui vont remplir les stades, la billetterie, tout le monde sera content. J’espère que ça ira pour tout le monde. C’est vrai que, sportivement, c’est quand même difficile quand il y a beaucoup de monde autour d’essayer de se faire sa place, c’est toujours un peu de combat. 

 

On sait que, quand on arrête une aventure comme ça, c’est souvent une petite mort, que ce soit pour un joueur ou un entraîneur. Est-ce que tu as complètement coupé le cordon ombilical avec le SAT ou on te reverra un peu  » traîner tes grôles  » au stade Firmin Daudou 

 

Dans un premier temps, je pense que je dois m’occuper de mes enfants parce-que deux d’un coup plus une petite fille de trois ans 1/2, ce sera difficile. Quand j’aurai un petit peu de temps, j’y passerai mais pour tout vous dire, j’étais encore hier à la ferme de Bernard Daudou et des frères Daudou, Pascal et Bernard, qui sont des dirigeants historiques du club et les petits-fils de Firmin Daudou, qui a donné son nom au stade. J’étais encore à leur ferme pour aller chercher mes légumes, on y voit tous les dirigeants du club, on se retrouve tous là-bas. Avec les mesures de sécurité, on discute tout à 1m50 les uns des autres, c’est un peu moins chaleureux qu’avant mais en tous cas, je continue à les voir. Je pense que j’aurai toujours le droit d’aller au stade sans souci (rires). Je pars avec une bonne image, je n’ai pas de problème avec le club, je m’entends très bien avec tout le monde, j’ai toujours eu de très bonnes relations avec le président, c’est un choix familial qui est compréhensible. Les résultats ont été bons, l’image du club a été bonne pendant trois ans donc, je n’ai aucun souci avec ça et je serai le premier supporter du club. J’espère qu’ils iront là où ils souhaitent, je sais que ce sera dur comme c’est dur pour tout le monde, mais je ne leur souhaite que de bonnes choses. J’espère vraiment pour eux que ça ira et, dès que je le pourrai et que j’aurai un peu de temps entre deux biberons, un dimanche où il fera beau parce-que je n’ai pas envie d’y aller sous la pluie, j’irai me glisser, si possible incognito, dans les tribunes pour voir un peu ce que ça donne. 

 

Incognito, on a quand même un peu de doutes

 

Oui, incognito, ce sera compliqué mais je n’irai pas les embêter, que ce soit les dirigeants ou autres. J’irai juste les saluer, boire une bière avec plaisir et après, quel que soit le niveau sportif, les résultats ou pas, ce sont plus des histoires où l’on est attaché aux hommes plutôt qu’aux résultats. Que ce soit en Fédérale 1, en Fédérale 3, en Honneur ou en séries, je serai toujours attaché à ces gens-là avec qui j’ai de l’amitié donc, il n’y aura aucun souci. Et j’irai peut-être aussi voir Bergerac avec mon  » ex-collègue  » Mathieu Touron. Il y a des gens dans le département, il y a Périgueux qui est le club où je jouais avant qui remonte au plus haut niveau amateur. Si j’ai des week-ends dispos, je vais avoir de quoi aller voir des matches. 

 

Il faudra quand même garder un peu de temps pour ta famille. Il ne faudrait quand même pas que tu sois plus occupé en n’étant plus entraîneur que quand tu entraînais ? 

 

Ça, je n’en doute pas parce-que quand tu t’enquilles les trois entraînements le soir plus le boulot le soir et la préparation des séances plus la vidéo, tu passes du temps donc, je vais pouvoir passer du temps en famille. Mais, je pense que mon épouse me dira parfois le dimanche  » va voir un match parce-que tu commences à me gonfler à rester à la maison « . Elle n’est pas habituée non plus à ce que je sois à la maison. 

 

Elle s’habitue avec le confinement actuellement ? 

 

C’est ça. J’avoue que c’est un peu difficile même si ici, dans le département, on n’est pas à plaindre parce-que beaucoup de gens ont des maisons, des extérieurs ou des jardins. On n’est pas dans des grandes régions comme Paris, Montpellier, Bordeaux ou Toulouse où les gens tournent en rond, là, je comprends que ce soit difficile. Mais ce qui nous manque le plus, ce n’est pas vraiment le rugby, c’est le fait d’être avec les copains du rugby, de pouvoir discuter avec les copains même sans forcément jouer mais de voir les gens qu’on apprécie de voir toute l’année. Au final, le rugby, ce n’est parfois qu’une excuse pour pouvoir passer du temps ensemble. 

 

Tu nous parlais tout à l’heure des hommes qui font ce club et de la famille Daudou. C’est déjà assez atypique dans le rugby français qu’il y est une continuité comme cela d’une famille qui s’investit à très, très long terme dans un club. Ça fait partie de l’ADN de Trélissac mais c’est aussi la vie sociale de ce club, pour ne pas perdre son âme ? 

 

C’est exactement ça. Pour expliquer très rapidement l’histoire de Trélissac, Firmin Daudou était le grand-père de Bernard et Pascal qui sont donc dirigeants, Bernard porte l’eau sur les terrains à tous les matches depuis quelques années. Le grand-père avait été maire du village et son nom a été donné au stade parce-que, si je ne me trompe pas, ce sont des terres qui devaient sûrement appartenir à la famille. Le stade a été construit sur ces terres-là avec le nom de la famille. Je n’aime pas trop dire  » rugby de clocher  » les copains, les amis parce-que je dis toujours qu’il faut avant tout être bon au rugby car, si on était juste copains, ça ne marcherait pas, on ne gagnerait pas les matches. Mais quand on joue au rugby et qu’en plus, il y a une histoire derrière et que les joueurs arrivent à s’en imprégner et que tout le monde arrive à faire corps autour de ça, à avancer malgré des situations difficiles, malgré un contexte parfois un peu difficile, on arrive à avancer et à avoir les résultats que l’on a. Donc, c’est très positif et l’espère, et j’en suis sûr, que tous ces gens-là vont continuer à rester et le club perdurera, les clubs perdureront tous, il n’y a pas que Trélissac, tant qu’il y aura des hommes de qualité qui les géreront et des hommes de valeur. Tant que cela fonctionnera comme ça, ça ira, le jour où des gens qui prennent de mauvaises décisions pour de mauvaises raisons dans les clubs, c’est souvent là que ça devient difficile. 

 

On a te poser la question qui assaille un peu le monde du rugby et de la Fédérale 1. Cette Fédérale 1 s’armait et se surarmait depuis quelques années, cela s’est même accéléré depuis deux ans. Avec la crise financière qui va arriver derrière, on ne va pas se le cacher, il y aura un impact financier qui ne sera pas neutre, est-ce que tu penses que cette  » bulle spéculative « , comme on l’a appelée du rugby professionnel qui ressemblait un peu à la bulle spéculative du foot et qui s’en rapprochait de plus en plus, va exploser surtout à l’échelle Fédérale 1 ? Je ne parle pas du Top 14 ou de la Pro D2 parce-que ce sont d’autres problématiques mais de la Fédérale 1

 

La Fédérale 1 va exploser parce-que ce sera difficile pour les clubs moyens, les petits clubs et même pour les  » gros  » clubs de maintenir leurs budgets. Ce sont des choses assez simples, quand vous allez voir le petit boucher du coin pour lui demander 1 000€ pour le club, il ne pourra tout simplement pas les donner. 

 

S’il est encore là parce-que certains auront peut-être fermés entre temps ? 

 

S’il est encore là, peut-être qu’il ne pourra donner qu’ 1/10e de ce qu’il donnait donc 100€ peut-être 200, les plus costauds donneront peut-être la moitié donc 500. Je le vois actuellement, j’ai beaucoup de monde au téléphone, de l’effectif de Trélissac ou d’autres clubs, ils expliquent que les clubs que les clubs qui les contactent leur font des proposition sur le plan sportif mais quand ils arrivent sur le plan financier, ils font tous des propositions à la baisse avec comme explication  » on ne pourra pas maintenir ce qu’on donnait à certains joueurs, à maintenir le projet comme il était, c’est tellement flou, on ne sait même pas qui monte et qui descend, s’il y a des montées ou pas de montée « . C’est assez délicat donc, quand on additionne tout cela et que l’on met l’aspect financier avec, je pense que ce sera difficile pour tout le monde. Donc, je pense que le fossé se creuse encore plus entre la Pro D2, le Top 14 et la Fédérale 1 parce qu’eux, en Top 14 et en Pro D2, ont la chance de pouvoir vivre avec des mécénats, sur de gros mécènes avec des profils comme Lorenzetti, Altrad dans des gros clubs et surtout sur les droits TV. La Fédérale 1 ne vaut rien aujourd’hui en termes de droits TV. Elle n’est assise sur rien, elle est assise sur une économie qui est un château de cartes qui peut s’écrouler. Et là, avec le très, très gros coup de vent actuel au niveau de l’économie, ça peut s’écrouler et on peut se retrouver avec des clubs qui passent de budgets de peut-être 1M à 700 ou 800 000 parce qu’ils seront obligés. En plus, les collectivités locales ne pourront peut-être plus donner autant aux clubs. 

 

Il faudra aider tout le monde ? 

 

Voilà, il va falloir relancer l’économie, relancer les écoles, redonner obligatoirement de l’argent dans le médical. Le tissu associatif qu’est le rugby ou le sport en général sera peut-être un peu saigné pendant quelques temps et ça serait normal parce-que ce n’est pas la priorité de l’état français de s’occuper du sport. C’est plus la priorité de s’occuper du point de vue médical et qu’il n’y ait pas des gens qui meurent. Donc, c’est vrai que ça va être très difficile. Honnêtement, aujourd’hui, je n’aimerai pas être à la place des gens qui préparent les saisons à venir. 

 

On aime bien t’avoir à l’antenne parce qu’on sait que tu as une fibre humaine assez développée. Il va aussi y avoir une casse sociale au niveau des joueurs, on le voit déjà en Top 14 et en Pro D2. On imagine que la liste PROVALE des joueurs chômeurs au mois de Juillet va être à rallonge par rapport aux autres années. Tu n’as pas peur que ce soit ensuite impactant sur les divisions en dessous, c’est à dire la Fédérale, l’honneur, la promotion honneur et même les séries ? Il risque d’y avoir beaucoup de joueurs qui dégringolent du milieu pro qui arrivent en Fédérale 1 et des joueurs de Fédérale 1 de devoir qui se retrouvent peut-être dans l’impasse ? 

 

Bien sûr mais le souci va être financier. C’est à dire que le joueur qui est habitué à vivre avec un contrat pro à 3 000€, quand un club de Fédérale 1 va vouloir le récupérer et aurait pu lui donner 2 000€ sur un club intéressant, peut-être que là, il ne pourra lui donner que 1 500. Donc, il va falloir que les gens revoient un peu leurs ambitions à la baisse par rapport au financier, les joueurs, les dirigeants, etc. Ça sera aussi difficile de faire comprendre à tout le monde que la situation actuelle oblige tout le monde à aller dans ce sens-là. Il y a beaucoup de gens  » y a qu’à, faut qu’on  » dans les bars, les bars sont fermés mais l’image, c’est un peu ça mais honnêtement, je n’aimerai pas être à la place des gens qui décident que ce soit à la Fédé, à la Ligue, dans les clubs, les présidents, les dirigeants. Aujourd’hui, monter un budget va être compliqué, beaucoup de joueurs de Fédérale vont se retrouver avec la pression de joueurs au chômage. Il ne faut pas se leurrer, les problèmes qu’il y avait au niveau économique et social français, on va les avoir au niveau économique et social dans le sport et notamment dans le rugby. On est quand même le reflet de la société. 

 

Tu as l’impression que les mesures de la Fédération Française de Rugby, le plan Marshall de soutien aux clubs, la réforme des espoirs, le nouveau mode de championnat pour l’année prochaine en attendant que tout revienne dans l’ordre, ça va dans le bon sens ou alors, pour toi, cela ne te convient pas ? 

 

Pour moi, la réforme des espoirs va dans le bon sens parce-que ça va permettre aux clubs, surtout au niveau financier, d’avoir les deux équipes dans un bus, rien que pour cet exemple-là, et de ne pas payer deux bus. De faire des matchs à domicile pendant que l’équipe une joue à domicile, ça permet d’avoir du monde au stade mais surtout d’avoir de la visibilité sur cette compétition. Parce-que, je donne un exemple, quand vous avez un match des espoirs de Trélissac contre les espoirs de Bagnères, un samedi après-midi quand personne ne joue, il n’y a pas grand monde qui est intéressé par ce match-là, vous voyez ce que je veux dire ? 

 

A part les joueurs, oui, je comprends

 

A part les parents, les petites copines quand ils en ont, c’est un peu compliqué. Je crois qu’en plus, la tranche d’âge est finalement remontée ? 

 

Moins de 23 mais avec des aménagements donc, pas totalement mais en partie, oui

 

Ça permettra à certains joueurs de rester, de faire un an de plus. Après, j’avoue ne pas avoir suivi où l’on en était des montées et descentes par rapport à la Pro D2. 

 

Si tu nous lances sur le débat, en tant que média albigeois, on est intarissable là-dessus

 

Moi, je suis objectif parce-que je ne joue rien, je n’ai rien contre Albi ni contre les autres clubs mais pour moi, une montée ne peut pas se jouer avec des points quand on n’est pas dans la même poule. S’il y avait une poule unique avec des points, tout le monde aurait joué l’un contre l’autre, c’est à peu près équitable et on peut estimer qu’un tel mérite plus qu’un autre puisqu’il a plus de points. Là, aujourd’hui, j’ai entendu dire Albi et Massy, si Bourg-en-Bresse avait été dans la poule d’Albi, qu’est-ce qui prouve que Bourg-en-Bresse n’aurait pas eu plus de points qu’Albi ou que Massy ? Donc, pour moi, ça doit se jouer sur le terrain puisqu’il y a quatre poules différentes. Je serai partisan de dire  » ou personne ne monte ou, si on fait une montée, on fait un match à huis-clos entre deux équipes « . Alibi recevrait peut-être parce qu’il a eu plus de points que les autres. 

 

Des access-matches ? 

 

Oui, je trouve qu’il faut se mettre à la place des autres, se mettre à la place de Bourg-en-Bresse qui fait ce qu’il faut pour monter. Après, on ne sait pas, peut-être qu’ils ont une poule plus difficile que celle de Massy. Donc, je trouve que c’est peu équitable. Faire descendre des équipes qui n’avaient pas beaucoup de points et qui, mathématiquement, étaient  » mortes « , c’est compréhensible. Mais là, pour moi, on ne peut pas présager de ce qu’il se serait passé donc je pense que, ou personne ne devrait monter ou on doit faire les montées sur le terrain. Ce n’est pas aux dirigeants ni aux règlements de décider de qui monte. Selon moi, les montées et les victoires appartiennent aux gens sur le terrain. 

 

Si personne ne monte de Fédérale 1 en Pro D2, tu n’as pas l’impression que l’ascenseur social entre le monde amateur/semi-pro/pro qu’est la Fédérale 1 et le monde purement pro qu’est la Pro D2, va être cassé ? 

 

Ça va créer une démarcation entre les deux niveaux parce-que cela veut dire qu’on part pour un an sur une ligue fermée, pareil pour le Top 14. Mais je crois qu’il ne faut pas se leurrer, à terme, c’est ce qu’il se passera parce-que les finances des clubs sont en difficulté partout. Donc, à terme, on verra sûrement des ligues fermées et on est en train de le voir. Le Top 14 est une ligue semi-fermée puisqu’on a enlevé une équipe qui descend et on a mis un barrage en place. Donc, on va y venir petit à petit pour faire de l’élitisme. Mais c’est vrai que je me mets à la place d’Albi, de Massy, de Bourg-en-Bresse, j’aurai envie de monter, je le conçois tout à fait. Le 11 Mai, on est censé avoir un confinement qui va s’ouvrir petit à petit. Il y a 4 équipes, cela fait deux matches, au pire, on les joue sur terrain neutre le même week-end, à huis clos. On teste tous les joueurs avant d’aller faire le match, on laisse un mois de préparation à tout le monde et on joue le match le 20 Juillet. 

 

Pour toi, en tant que coach, un mois de préparation après une si longue coupure, c’est suffisant ? C’est la jauge minimum pour pouvoir rejouer après ? 

 

Un mois, c’est le minimum pour que les joueurs soient en sécurité par contre, ce ne sera pas un grand match de rugby, ça c’est une certitude. 

 

Ça manquera de rythme comme les matches de début de saison ? 

 

Oui, ça manquera de rythme comme les premiers matches de début de saison. Par contre, ce qu’il faut voir, c’est est-ce que c’est équitable ? 

 

Et aussi la légitimité qui en sort derrière ? 

 

Est-ce que c’est équitable ? Oui, les deux équipes auront un mois. Tout le monde a été confiné, tout le monde aura un mois, c’est équitable. Est-ce que c’est équitable de faire le match sur terrain neutre ? Oui. Est-ce que c’est équitable de le faire chez l’un ou chez l’autre en fonction des points ? C’est un choix à faire. Mais là au moins, celui qui sortira gagnant du match, il pourra déjà dire  » moi, je monte mais on l’a gagné sur le terrain « . 

 

C’est intéressant comme vision et ça amène au débat puisque maintenant, on le sait, il n’y aura sûrement pas d’access-matches à moins qu’il y ait un retournement de situation ce qui est possible avec les instances du rugby. Mais, ça donne une perspective et peut-être aussi une légitimation des accédants puisque c’est la problématique qu’il y a actuellement

 

Ça n’existera pas. Mais, c’est sûr que je me mets à la place du club d’Albi, dont tu parles puisque vous êtes un média du Tarn. L’année dernière, Albi ne monte pas de façon très, très juste avec une polémique arbitrale. 

 

Ne m’en reparle pas, j’en ai déjà des hauts le cœur

 

Sur la polémique arbitrale, j’aurai été un joueur ou un entraîneur d’Albi, je pense que j’aurai eu la même réaction. 

 

Toi aussi, tu aurais fait voler des camemberts à la réception d’après-match contre Rouen ? 

 

Je pense que j’aurai été agacé, oui parce-que, quand tu perds une montée comme ça, c’est difficile. Donc, je me dis que oui, Albi doit vivre cela comme une injustice et se dire  » on revient, la mairie et le club font un effort énorme, on repart avec un gros projet, on est costaud, on gagne quasiment tous nos matches, on va sûrement monter et on se donne une chance de monter « . Le coronavirus arrive là au milieu, le truc qui n’est jamais arrivé, c’est comme si l’équipe qui veut monter tombe sur l’année où la guerre mondiale est déclenchée. 

 

Exactement

 

T’as pas de chance ! J’ai envie de dire aux pauvres gens d’Albi  » c’est vraiment pas de chance « . Mais je me dis qu’il faut aussi être équitable avec les autres. C’est vrai que c’est dur de faire des choix comme cela et je ne voudrai pas être dirigeant pour décider pour les autres, vraiment pas ! 

 

Pour faire un brin d’humour, je t’avoue que certains joueurs d’Albi sont en train de réfléchir pour poser des pièges et attraper le fameux chat noir qui traîne au Stadium

 

Ah non, mais là, je les comprends. Franchement, quand tu perds une montée comme tu l’as perdue l’année dernière, quecette année, le championnat se passe bien et que tu sais que tu vas pouvoir défendre tes chances sur le terrain et que tu te retrouves avec un coronavirus, un truc qui tombe de nul part parce qu’un chinois à l’autre bout de la terre a apparemment mangé un pangolin, une chauve-souris ou ce que tu veux, tu te dis  » ce n’est pas possible, on n’est pas verni « . Donc, c’est vrai que moi, j’ai le beau rôle parce-que je ne suis pas impacté et je me mets à la place des gens d’Albi, de Bourg, de Massy et même à plus petit niveau, de Dax, de Cognac qui était parti pour se qualifier. 

 

De Narbonne

 

Narbonne qui voulait peut-être monter aussi. C’est difficile, c’est très difficile et chacun défend ses intérêts. Je suis neutre dans l’histoire parce-que je n’ai aucun intérêt. 

 

Passe-moi l’expression, quoi qu’il arrive, il y aura un cocu dans l’histoire ?

 

Il y aura plus qu’un cocu parce-que s’il y en a deux qui montent, il y en a six qui seront cocus, les six qui sont censés être en phases finales avec eux. 

 

Après, sur les six, tous n’avaient pas le cahier des charges pour monter. Blagnac ne voulait pas monter de suite, Cognac non plus, Dijon aurait pris l’accession si elle avait eu lieu mais ce n’était pas une question primordiale cette année. Par contre, pour certains clubs comme Albi, Bourg, Narbonne, Massy, oui

 

On en revient à ce que je te disais tout à l’heure c’est à dire que là, dans des décisions comme ça, c’est l’extra-sportif et le à côté du terrain qui décident. Tu n’as pas le budget, tu n’as pas ça, tu ne peux pas monter, moi, je pense que c’est le terrain qui doit décider. J’ai vécu une époque où; quand je jouais et que je suis monté avec Périgueux, l’année d’avant, c’est Lannemezan qui est monté en Pro D2 avec l’équipe de Marc Dantin et avec 700 ou 800 000€ de budget. Ils sont montés en Pro D2, ils n’avaient pas le cahier des charges, ils ne seraient jamais montés si on avait utilisé cette règle-là. Moi, je pars du principe que ça doit se joueur sur le terrain mais je suis en plus sûr qu’un club comme Albi pouvait monter sans souci sur le terrain. 

 

Surtout qu’au vu des phases finales qui arrivaient, ils avaient un tableau plutôt accessible on va dire, même si le sport réserve des surprises, on se rappelle l’année dernière de Blagnac qui a tapé Bourgoin. 

 

Je suis persuadé qu’Albi avait 80% de chances de monter, c’est une certitude. Albi était équipé cette année, ils l’ont loupé de rien l’année dernière mais je pense que Bourg-en-Bresse se dit peut-être la même chose de son côté. Donc, c’est là où il est difficile de prendre une décision. Je ne sais d’ailleurs pas où l’on en est ni ce qu’il va se passer. 

 

On aura normalement un son de cloche définitif à la fin du mois

 

D’accord. De toute façon, la décision qui sera prise sera  » la bonne  » puisqu’elle sera prise

 

Du moins, on sera obligé de s’y plier

 

Voilà, tout le monde s’y pliera, il n’y aura pas de souci et c’est comme ça. Mais, comme tu l’as dit, il y aura un cocu dans l’histoire voire deux ou trois mais c’est comme ça et aux niveaux inférieurs, c’est pareil. Là, il y a 12 équipes qui montent de Fédérale 2 à Fédérale 1, qu’est-ce qui nous prouve que ces équipes-là ne se seraient pas faîtes sortir au premier tour parce qu’il fallait aussi passer par des phases finales ? Donc, on n’a aucune certitude sur rien. La situation est tellement spéciale que le choix qui sera fait sera un choix auquel tout le monde se pliera et ce sera comme ça. Et après, les équipes qui seront sur le terrain devront défendre leurs chances. Si Albi monte, je leur souhaiterai de rester le plus longtemps possible en Pro D2 et que ça se passe bien pour eux, si c’est Bourg-en-Bresse, et bien ce sera Bourg-en-Bresse. Moi, je regarderai ça depuis ma télé et mon canapé, entre des bibis et des couches. 

 

Si c’est Albi qui monte, on t’enverra une petite place pour venir voir un match au Stadium, du style Albi/Angoulême ? 

 

Avec plaisir. Je suis déjà venu quand je jouais à Castres voir quelques matches au Stadium à Albi donc, avec plaisir. C’est vrai que je vois tout ce qui se dit, tout le monde a son avis, c’est normal et c’est respectable. Mais en tous cas, comme je l’ai dit tout à l’heure, je n’ai pas envie d’être à la place de celui qui décidera. 

 

Le message a le mérite d’être clair. Une chose qui est sûre, c’est que ton choix à toi est irrévocable, pesé et soupesé. Une fois que les bambins auront grandi, et comme on sait que le rugby est une drogue, est-ce que tu replongeras peut-être dans le coaching ? 

 

Honnêtement, je ne sais pas. On m’a demandé si on allait me revoir sur un banc, j’ai dit que pour l’instant, on me reverrait sur le banc des écoles pour aller chercher ma gamine et sur le banc des parcs dans le centre-ville. 

 

Et dans les réunions parents/profs ? 

 

Et dans les réunions parents/profs (rires). Pour l’instant, je ne peux pas me projeter plus loin que ça, peut-être qu’un jour, je ré-entraînerais. Après, il faudra déjà qu’un club veuille de moi, première chose. 

 

Je ne m’inquiète pas pour ça 

 

Que ça me convienne, que je puisse avoir quelque chose qui m’intéresse en termes de projet. On verra, je ne me projette pas plus loin que ça. Pour l’instant, je vais me projeter dans le confinement, la naissance de mes jumeaux, un garçon et une fille, qui vont me remplir de joie. Après, si le rugby doit revenir, ça reviendra naturellement, je pense. 

 

On va te souhaiter de vivre pleinement ces heureux événements. On te souhaite aussi le meilleur pour ta vie professionnelle et on espère te retrouver un de ces quatre sur les bords des terrains, sur un banc ou en tribune mais où que ce soit, on se fera un plaisir de venir discuter avec toi parce qu’on le sait, quand on parle de rugby avec toi, c’est toujours avec la passion et avec le cœur. 

 

Merci beaucoup, à bientôt et bon courage à tout le monde dans cette période difficile. Restez chez vous, profitez de vos familles. Il faut tenir et on aura bientôt de meilleurs jours. 

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-17-avril-2020/

Retrouvez l’itw en intégralité de Sylvain André lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 17 avril 2020.

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