#SportStory – Rugby / C.Maynadier (UBB) : «Au SCA, tu joues pas pour ta gueule, tu joues pour l’autre!»

Clément Maynadier est revenu lors de notre grand débat « SCA, 20 ans de haut niveau » sur ses plus belles émotions en jaune et noir. Élevé à la mamelle du rugby made in Béchu, le talon international de l’UBB, nous livre un récit de son lien indéfectible avec la cité épiscopale , agrémenté de quelques anecdotes qui ne dépareillent pas. Comme les joueurs du SCA, Bordeaux Bègles et Clément Maynadier sont dans l’attente de leurs devenirs sportifs, dans une saison qui les avait vu marcher sur leurs championnats respectifs. Focus sur un joueur qui n’oublie pas d’où il vient, et qui tient à transmettre à une nouvelle génération albigeoise postulant au ProD2, une certaine idée des valeurs que doivent incarner ceux qui arborent la tunique jaune et noire.

Clément, toi qui est de Bordeaux et du Top 14, rentrons de suite dans le vif du sujet, comment tu vois cette situation avec un club qui est premier national de fédérale 1 (Albi) , qui tape à la porte de la Pro D2 mais dont les clubs pros, dont tu fais partie, rechignent un peu à ouvrir cette porte ? 

CM (UBB) : Oui, c’est chaud ! Je ne dis rien parce-que ce n’est pas moi qui ait les clés, ce sont les présidents qui sont au-dessus. Apparemment, ils veulent rester à 30 clubs mais c’est une situation qui est compliquée pour tout le monde, aussi bien pour les 30 clubs professionnels, je pense, que pour les clubs qui sont en Fédérale 1 et qui veulent monter. La situation est vraiment compliquée parce-que tous les clubs ont des enjeux économiques, ont des enjeux financiers et le fait actuellement de ne pas pouvoir continuer et finir la saison pour la Fédérale, est un problème pour savoir comment on va faire l’année prochaine, savoir s’il faut faire monter deux clubs, s’il ne faut pas faire monter deux clubs. Mais, c’est vrai que ce n’est pas facile. 

Parce qu’entre l’UBB et Albi, il y a quand même un parallèle. Que ce soit Albi ou l’UBB, vous faisiez quand même la saison de votre vie comme on dit dans le jargon et vous ne pourrez sûrement pas aller au bout du rêve. Le contexte va sûrement obliger à annuler toutes les rencontres, voire même la finale de Top 14. Que ce soit pour Gaëtan Bertrand ou toi, il y aura une part d’inachevé ? 

CM (UBB) : Pour Gaëtan (Bertrand présent lors de l’interview) et le Sporting, c’est sûr puisque ça a été annoncé. Pour le Top 14 et la Pro D2, il y a encore un mince espoir auquel il faut s’accrocher mais il est sûr que les dispositions pour reprendre sont assez minimes. Est-ce qu’on pourra regretter de ne pas finir cette saison, je ne sais pas. C’est sûr qu’on faisait une belle saison, un parcours quasiment sans faute. Si on ne doit pas la finir, c’est que le sort ne voulait pas qu’on la finisse. Tu l’as dit au début, il y a des enjeux qui sont plus importants que notre petit dilemme sportif à l’heure actuelle mais oui, il y aura peut-être un goût d’inachevé. 
Clément, le choix qu’a fait Quentin Pilet de venir au Sporting Club Albigeois alors qu’il y a une volonté de monter en Pro D2 mais qui n’est pas encore assurée, tu aurais pu faire un choix comme ça en étant jeune joueur, sur un coup de cœur, un projet qui te parle ? 

CM (UBB) : Oui, exactement. Quand on a la possibilité de monter à l’étage supérieur, il faut prendre sa chance, il faut le tenter. Moi, il y a quelques années, j’ai eu la chance de pouvoir tenter de monter à l’étage supérieur avec Bordeaux et ça fait maintenant 7 ans que j’y suis donc tant mieux. Je crois que, chaque fois qu’un joueur a l’opportunité d’aller voir à l’étage au-dessus, il faut qu’il le tente. A une époque, La Guiche a fait pareil, il l’a tentée en venant à Albi et ils ont monté le club en Pro D2 puis en Top 14. Je pense que tout joueur qui veut faire du rugby à haut-niveau, dès qu’il a l’opportunité de monter d’un cran, il faut qu’il la prenne. Il sait qu’il y aura une grosse marche à chaque fois qu’il va monter de niveau mais s’il s’accroche et qu’il bosse, il est normalement tout le temps récompensé. 

Nous, on aime bien faire des analogies avec l’histoire. Toi qui a connu le Sporting Club Albigeois en Pro D2, la bande actuelle à  » Méloche  » (Arnaud Méla) et à Gaëtan Bertrand a des analogies avec vous ? Tu sens l’ADN du Sporting Club Albigeois dans cette équipe ? 

CM (UBB) : Oui, je la sens dans le sens où moi, quand j’ai vu arriver Eric au Sporting en 1999, il l’a fait avec des mecs qui étaient dans le terroir et il a fait venir 2/3 mecs de l’extérieur, des mecs qui étaient revanchards pour pouvoir monter. Arnaud Méla qui arrivait de Tours, La Guiche de Carcassonne, tous ces mecs-là qui sont arrivés, il y avait aussi Stan (Krzesinski) et les autres. 
Et les Vincent Clement , Yogane Correa et consorts…
CM (UBB) : Oui,  » Le Black « . C’est cette équipe de revanchards, de mecs qui avaient envie de prouver, dont tous les clubs avaient fermé la porte à un moment donné en disant  » soit ce sont des joueurs qui n’ont pas la maille soit ils ont des gros caractères et on n’arrive pas à les gérer, ils sont casse-couilles « . Eric les avait pris, il leur a filé un cadre. Bon, parfois, ce n’était pas facile parce-que j’ai vu de jolis moments (rires). De jolies empoignades, de jolis moments . 
Des coups de gueule aussi ? 

CM (UBB) : Oui, des coups de gueule. J’ai vu Steph Delpuech enlever le maillot, l’envoyer à la gueule de Béchu en disant  » J’en ai plein le cul de toi, je me casse  » et se faire des bisoux trois heures après. C’était comme ça, c’est avec des mecs comme ça que le Sporting est arrivé à remonter et je sens un peu ça cette année. Avec des mecs comme Gaëtan qui venait de Lavaur plus les anciens comme Bastien (Dedieu) et Matthieu (André) qui ont envie de laisser le clubs propre au plus haut-niveau, tout ça apporte une super émulation et je pense que c’était vraiment l’année pour pouvoir monter. 

On sait que le Sporting ne sera jamais le club le plus riche de Pro D2 s’il monte en Pro D2. Mais, qu’il y a des valeurs sur lesquelles il va falloir qu’il capitalise comme par exemple le lien familial et la convivialité ? J’ai une petite anecdote : hier, quand j’ai eu un certain Raphaël Mérancienne, Ex joueur du Sporting Club Albigeois, formé au SCA, il m’a raconté une petite histoire à propos d’un certain Clément Maynadier quand il a eu fini sa carrière au SCA. Henry Broncan avait pris le jeune espoir qu’était Raphaël Mérancienne  dans le bus avec les joueurs et, à la fin du match, le dénommé Clément Maynadier lui avait offert son maillot de match. C’était un peu la transmission entre le grand de l’équipe senior qui partait sous d’autres cieux et le petit jeune espoir qui avait des étoiles dans les yeux. C’est aussi ça le Sporting Club Albigeois et ce qui doit peut-être y être cultivé ? 

CM (UBB) : Oui, c’est ça parce qu’on me l’a appris comme ça, parce-que les joueurs qui sont passés avant me l’ont appris comme ça. Quand moi, je suis arrivé dans le groupe pro, j’avais 19 ans et quand tu arrives à 19 ans dans un groupe où tu  » bades  » les mecs avec qui tu vas jouer après, tu n’imagines pas. Déjà, quand j’ai commencé à m’entraîner avec La Guiche et les autres puis après, quand j’ai joué avec Arnaud, Martin, Christophe, ce sont des choses incroyables, on m’a appris le rugby comme ça. Pour mon premier match professionnel, j’avais 19 ans, j’ai joué contre Grenoble. On recevait Grenoble au Sporting, la première ligne, c’était Christophe Lafoy à gauche, Martin Gady à droite. On fait la mêlée et juste avant, ils m’avaient attrapé la première ligne grenobloise juste avant en leur disant  » lui, il a 19 ans, s’il lui arrive un truc, vous savez comment ça va finir, vous allez mal finir « . Il y a eu une grosse bagarre dans ce match le premier parce qu’au retour là-bas, on avait été reçu, Steph Delpuech s’était fait ouvrir comme un livre, il avait un bec de lièvre. Donc, il y a eu une bagarre à un moment donné au match aller, quand le talonneur en face est arrivé, il m’a plaqué et m’a dit  » n’y vas pas, si tu prends une poire, ça va mal finir et vraiment, on va mal finir nous « . Donc tu vois, le rugby, on me l’appris comme ça, j’ai eu ces valeurs-là. 

Avec un certain sens des valeurs comme on dit ? 

CM (UBB) : Oui, tu ne joues pas pour ta gueule au Sporting, tu joues pour l’autre. Si tu dois faire 400 déblayages et ne pas toucher un ballon de l’après-midi et que tu files 50 grains, tu as fait ton boulot. On me l’a appris comme ça, ce n’était pas se mettre en exergue, c’était jouer pour l’équipe, tout donner avec le cœur et puis derrière, accueillir les jeunes comme il faut mais aussi montrer aux jeunes que la place, tu peux me la prendre sans problème mais qu’il faut bosser. 
Tu viens de résigner pour deux ans à l’UBB . Il y a du Pageot en toi (rires)? Comme lui à l’époque, chaque saison tu rempiles pour une année de plus ?

CM (UBB) : (Rires) Ah, je ne vais faire que 32, aller, encore deux ans. A 34, je me poserai des questions.
Tu as fait mettre une clause dans ton contrat qu’au bout de deux saisons supplémentaires à l’UBB, tu en as une gratuite à Albi ? 
CM (UBB) : Je demanderai à Laurent Marti s’il veut bien me payer une année (rires). Mais pour Albi, il n’y a pas de problème. 

Je ne vais pas te poser à toi une question sur le tunnel du Stadium parce-que tu aurais des vingtaines d’anecdotes à nous raconter. 

CM (UBB) : J’en ai un à Bordeaux

Oui, je crois même qu’à Chaban-Delmas, il est plus long qu’au Sporting. 

CM (UBB) : Il est moins rigolo, il est large (rires)

Exactement, et il est bien éclairé. Clément, de toutes tes années au Sporting Club Albigeois, par contre si tu avais un moment à retenir, une anecdote, une saison, ce serait quoi ? 

CM (UBB) : Franchement, j’ai passé d’énormes moments au Sporting. Si je retenir une chose, c’est ma première année. Quand tu as 19 ans, que tu te retrouves à jouer une demi-finale et une finale de Pro 2 puis une finale d’accession en Top 14, c’était incroyable. J’ai l’impression que j’étais le roi du monde. Quand on a gagné, je me souviens de La Guiche qui était rentré de Pau et m’avait explosé l’essieu du 4/4 devant le bar de Pageot, sur le rond-point. 

Le fameux bar à « Pageot »…

CM (UBB) : Le bar de notre pote Pages, le 4/4, mon pauvre, sur le rond-point … Tu avais 20 000 Albigeois, on avait du mettre 2 000 ans à traverser entre la Mairie et le Vigan, c’était incroyable mais incroyable ! Donc, il y a cette première année mais les 6 autres que j’ai derrière, elles étaient toutes bien. Même la finale perdue contre Agen même après, quand on a joué sans se qualifier mais qu’on jouait tout le temps. Ça a été de grands moments, franchement, quand je suis parti d’Albi, c’était la première fois que je partais, j’étais de là, ça a été dur. Mais, comme je l’ai dit au début, quand tu as l’opportunité de jouer à l’étage au-dessus, il faut la prendre. Parfois, ça ne passe qu’une seule fois donc je l’ai prise mais Albi restera gravé à jamais. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-10-avril-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat lors de notre émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 10 avril 2020.

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