#SportStory – Rugby / P.Guicherd : «Tout ce qu’il y avait autour construisait ce qu’il y avait à l’intérieur!»

Phillipe Guicherd, l’actuel coach du SC Mazamet, nous accordé un entretien sur ses jours de repos, entre deux rondes pour tenter de faire respecter les mesures pour lutter contre le Covid 19, via son métier de policier. Pour le guerrier de l’Aude, la situation actuelle l’amène loin des turpitudes et tractations actuelles, mais qui ne l’empêche pas cependant d’ouvrir la boite aux souvenirs jaunes et noirs. Entretien avec « la guiche« , emblème d’une époque le Sporting guerroyé en Top 14, et une bande de copains à renverser l’ordre établi.

Une photo évocatrice de la grande famille du SCA durant la parenthèse Top 14.

La Guiche, toi, tu vis ce contexte et cette crise coronavirus à double dose, d’une part comme tout le monde et de l’autre de par ta fonction de policier où tu dois faire respecter les mesures gouvernementales. J’imagine que, pour l’instant, les petites problématiques du rugby te passent un peu par-dessus la tête ? 

 

PG (SCM) : Oui, c’est ce que j’allais te dire. Et puis, le problème de savoir qui monte ou pas … On est en pandémie, c’est international, il y a des gens qui sont dans la souffrance, des gens qui sont au contact de la maladie tous les jours. Je pense que les priorités des uns ne sont pas celles des autres, la priorité, c’est le sanitaire avant tout, même si ça fait  » vieux con  » de parler comme ça. C’est sûr qu’il y a des enjeux économiques pour les clubs de rugby mais il y a aussi les petites entreprises qui vont avoir du mal à se remettre de cette crise financière et sanitaire. Donc, c’est vrai que le rugby est important, que ça nous régale tous mais il y a pire. Essayons déjà de sortir de cette crise en étant le moins affectés possible, en récupérant tous nos proches et après, le rugby. C’est ce que dit Clément (Maynadier), ce qui doit se passer se passera et puis voilà. En étant objectif sur une saison qui est tronquée de manière sportive, mon regard à moi, c’est qu’une saison nulle est une saison nulle. Il n’y a pas de montée, il n’y a pas de descente, on repart à zéro, on met une croix sur le calendrier même si ça fait chier économiquement mais bon, ce n’est que de l’économie et après, ça repart. 

 

La problématique pour la Fédérale 1, c’est que tous les autres championnats ont des montées, de Fédérale 3 à Fédérale 2 et de Fédérale 2 à Fédérale 1. Donc, logiquement, il devrait aussi y avoir montée de Fédérale 1 à Pro D2 ?

 

PG (SCM) : Moi, si on m’avait demandé mon avis ou qu’on l’avait demandé aux autres, j’aurai clairement été d’avis de geler le championnat. Aucune montée quel que soit le niveau, la saison est nulle pour tout le monde, pas de champion, pas de descente, pas de montée. On repart à zéro, on s’occuper de soigner, de peut-être assainir économiquement certains clubs, repartir peut-être sur un nouveau schéma économique, s’occuper de nos anciens qui sont dans les EPHAD, s’occuper de nos assistantes sociales, nos infirmières, nos policiers, nos pompiers, que chacun s’occupe un petit peu de ce qui passe dans nos villages et après, on repassera aux autres. 

 

En parlant de solidarité, si on peut faire un parallèle, les clubs pros refusent Massy et Albi. Quand il y en a pour 30, il peut y en avoir pour 32 donc, on peut faire aussi pack et solidarité dans ces périodes-là ? On peut le voir comme ça,  » La Guiche  » ? 

 

PG (SCM) : Moi, je ne comprends pas. Pourquoi 32, pourquoi pas 34 ? Du moment qu’il n’y a plus d’équité sportive, il manque des matchs de championnat. Les premiers méritent forcément leur première place mais, dans un cadre de phase finale, tu prépares la saison pour arriver sur les phases finales, tu ne prépares pas la saison pour finir premier. Si d’entrée de jeu, les premiers montent, c’est autre chose mais là, les deux premiers sont qualifiés pour jouer la montée. Donc, je ne vois pas pourquoi le premier de chaque poule serait plus avantagé que le 8e national ? Si au départ, il y en a 8 qui doivent jouer la montée, c’est soit les 8 la jouent soit aucun ne peut la jouer et le championnat est annulé. 

 

Après, il y a des dossiers et il n’y a aussi pas beaucoup de clubs qui remplissent tous les critères pour monter ? 

 

PG (SCM) : C’est différent, ça rentre dans les critères des clubs qui peuvent monter que la DNACG donne à la base. C’est sûr que ça fait chier parce qu’Albi est dedans et s’est déjà fait voler la montée l’année passée, tu te dis qu’ils ont vraiment la mafre pour monter. N’empêche que je le redis, actuellement, il y a des gens qui sont à plat ventre pendant 15 jours avec un tuyau dans la bouche et c’est un peu plus grave pour certaines personnes. 

 

On est d’accord

 

PG (SCM) : Je sais que je te casse le moral (rires)

 

Là, ça y est, tu nous as plombé l’ambiance (rires) ! Mais ne t’inquiète pas, on a de la ressource 

 

PG (SCM) : Quand je vois des « mongols » qui sortent toute la nuit pour chercher des folies à rouler, franchement, le rugby est loin. 

 

Je te comprends.

PG (SCM) : Faut le vivre pour le croire !

Clément Maynadier (UBB) : Franchement La Guiche, comment tu fais pour les calmer avec les 2 mètres de distance réglementaires (rires) ? 

 

PG (SCM) : On les calme de loin (rires)

La Guiche, quelle est l’analogie qu’il y a entre ton époque, et l’époque de la génération maintenant Arnaud Méla puisque c’est l’un de tes coéquipiers, on se souvient tous de l’attelage Méla/La Guiche en Top 14, qui mène aujourd’hui cette bande ? 

 

PG (SCM) : C’est vrai que le don de soi est toujours important mais après, les jeunes qui montaient comme notamment Clément (Maynadier) ou Saby avant, qui était un peu moins jeune, qui arrivaient par la base nous donnaient eux-aussi envie de les prendre sous nos ailes parce qu’ils bossaient, qu’ils ne se posaient pas de question, qu’ils s’investissaient énormément. Nous, ça nous donnait envie de les faire croquer et qu’ils fassent partie de la famille, tout simplement. A un moment donné, il s’agit d’un échange avec des nouveaux qui donnent envie. On voit un peu trop souvent des jeunes qui arrivent en pensant que c’est tout fait parce qu’ils jouent en pro ou parce qu’ils ont des contrats. Non, le boulot ne commence pas là mais il continue, ce n’est parce qu’on est en pro qu’il faut s’arrêter de bosser et de se faire mal au quotidien. Je pense que c’est la différence entre des joueurs qui arrivent à jouer sur du long terme et ceux qui sont là et dont on dit  » c’est dommage, il lui manquait quelque chose « . Bin non, ce qui lui manquait, c’est le travail, du courage, du don de soi, c’est la différence entre les bons joueurs et les très bons joueurs. Je pense que Clément (Maynadier) est l’exemple même du joueur besogneux qui a commencé très tôt, qui s’en est donné les moyens, qui a continué à travailler, qui a le même état d’esprit que quand il avait 19 ans. C’est à dire que maintenant, il voit les petits jeunes arrivés, peut-être qu’il s’en occupe mais ce n’est pas pour autant qu’il a envie de leur laisser la main. Il veut encore en croquer parce qu’il est vieux et chaque année, j’ai l’impression qu’il signe 2 ans de plus (rires) ! C’est le Pagès de Bordeaux ! 

La Guiche, il y a eu des grandes joies au Sporting mais aussi des moments compliqués avec la redescente, l’incertitude qu’il y avait avec pareil, des décisions administratives. Si tu avais un conseil à donner à Gaëtan Bertrand et la jeune génération sur comment aborder ces problèmes ? Dans la vie d’un compétiteur, ça te met quand même la gangrène dans le cerveau ? 

 

PG (SCM) : Ce qui est le plus pénible quand tu es joueur, au-delà de ce qui a pu se passer l’an dernier contre Rouen qui est un peu différent, c’est quand la décision ne t’appartient pas, c’est ça qui est terrible. Quand tu es sur le terrain, tu fais des plaquages, tu marques des points ou pas, tu gagnes ou tu perds, ça peut être injuste, c’est comme ça mais c’est le sport. Mais quand c’est sur une décision administrative comme on a subi à Albi quand on est redescendu, avec des problèmes financiers où on ne sait toujours pas trop ce qu’il s’est passé ou comme là où on les prive d’une montée mais c’est quelque chose qui ne nous appartient pas. On peut dire ce qu’on veut, on peut gueuler, être d’accord, pas d’accord, ronger ton frein, tu subis. A la fin, tu attends la décision de certains qui peuvent parfois penser à leurs propres intérêts et toi, tu es en bas, tu attends la décision et tu es impuissant face à ça. A part la compassion, je n’ai pas beaucoup de conseils à donner, c’est compliqué. 

La Guiche, quel est ton plus souvenir en jaune et noir ? La première année en Top 14, la première année avec le maintien ? 

 

PG (SCM) : Comme Clément, c’est plus un sentiment général que des points particuliers. Ce sont souvent les avant-matches ou les après-matches qui ont été magiques. Les avant-matches, quand tu joues à la pétanque en Top 14, 1h/1h30 avant le début du match, les mecs venaient nous filmer et ne comprenaient pas pourquoi on jouait à la pétanque. Les après-matches en Top 14 quand tu fais des soirées déguisées pour le Nouvel-An alors que tout le monde joue la pression. Les arbitres venaient nous voir en nous disant  » mais vous sortez déguisés ? « , ils ne comprenaient pas. C’est tout ce qui faisait le fait qu’on était efficace sur le terrain parce qu’on vivait tous bien en-dehors et pas en-dehors. Et paradoxalement, la pire intersaison que j’ai passée, c’est quand on est monté en Top 14. On s’est tous tellement chié dessus de monter en Top 14, de passer pour des peintres dans les premiers matches du championnat qu’on s’est tous préparé comme des mongols depuis le début. On était tellement dans un autre état d’esprit de famille, de solidarité que personne ne voulait décevoir son équipier ou son cousin ou son frère, comme tu veux. C’est vraiment une ambiance particulière autour du match qui faisait que le match après, on s’en foutait. Mais, tout ce qu’il avait autour construisait ce qu’il y avait à l’intérieur. Et c’est vrai que c’était ça qui a été marquant sur toutes les années. 

 

Et Éric Béchu vous aurait demandé de monter sur la toiture du Stadium, vous l’auriez fait ? 

 

PB (SCM) : Oui mais comme je l’ai souvent dit … Il nous a construits mais nous aussi, on l’a construit. Ça, il ne faut pas l’oublier. 

 

Bien sûr, c’est tout un amalgame, il n’y a pas qu’un seul homme

 

PG (SCM) : C’est vrai qu’il nous faisait faire un peu n’importe quoi. Il n’avait pas besoin de trop nous pousser, on le faisait tout seul mais c’était bien (rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-10-avril-2020/

Réécouter notre débat sur le SCA avec P.Guicherd lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 10 avril 2020.

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