#Rugby – Fed1 / B.Bagate (Perigueux) : «Ils n’ont rien contre personne mais surtout, ils ont beaucoup pour eux!»

Lors de notre débat sur la fédérale 1 et sur l’actualité rugby du 3 avril 2020, Benjamin Bagate nous a,comme à son habitude, livré un avis tranché et plein de passion sur la situation. D’un tampon magistral à la LNR dont il fustige l’autarcie, en passant par un soutien indéfectible à Bernard Laporte dans sa démarche envers les clubs de fédérale 1, ou encore sa vision d’un rugby qui s’aveugle dans la surenchère, l’actuel coach du CA Perigueux pose ses convictions. Celui qui fera probablement la paire la saison prochaine avec Didier Casadei, n’oublie pas d’évoquer une crise sanitaire qui le touche dans sa chair, car son père médicin, se bat sur le front Covid 19. Focus sur le plus albigeois des périgourdins, qui quelques heures avant d’apprendre qu’il retrouvait la Fed1, nous a livré une interview à coeur ouvert.
LC : Benjamin, j’imagine que pour toi, il y a moins le manque d’activité sportive que certains de nos invités, puisque ça fait quelques temps que tu as raccroché les crampons. Mais, selon mes échos, tu t’es quand même décidé à te remettre au sport ? 
BB (Périgueux) : Je te remercie de spécifier que ça fait longtemps que j’ai raccroché les crampons (rires), ça fait toujours plaisir. Ce qui est surtout difficile, c’est quand tu aimes être avec les joueurs au quotidien. Après, on essaie de s’occuper avec quelques petits programmes d’exercices physiques concoctés par Raph Mérancienne et Sartorius qui me torture tous les deux jours. Et puis, on s’occupe en famille et c’est très bien comme ça. 
LC : Benjamin, c’était ta première saison à Périgueux, une saison qui s’est déroulée à merveille. Là, bien sûr, comme pour tous les clubs, cette crise sanitaire est venue fracasser vos rêves de playoffs de fédérale 2. Que vas tu retenir de cette première saison en terres périgourdines ? 
BB (Périgueux) : Ce que je retiens, c’est notre victoire à Limoges qui n’avait souffert d’aucune contestation puisqu’on avait joué à 13 à un moment donné, on a été capable de l’emporter malgré tout. Et notre dernier match à domicile contre Tulle où on commençait un peu à voir les prémisses du jeu avants/trois-quarts qu’on voulait mettre en place. On avait battu une équipe de Tulle qui restait sur 6 matchs sans défaite, on avait gagné 37 à 6 et on avait vraiment fait un beau match de rugby avec des essais de 100 mètres. Ce sont vraiment les deux matchs qui m’auront le plus marqué avec aussi mon retour à Périgueux après y avoir joué il y a 22 ans. Dans un stade que je connais bien, ça a bien fait plaisir. 
LC : Benjamin, sur le côté prépa de tes joueurs, tu les as déjà préparés à revenir l’année prochaine en Fédérale 1 ou en Fédérale 2 ? (Interview réalisé avant la décision fédérale d’accession en fédérale 1 du CAP)
BB (Périgueux) : Pour l’instant, on les a préparés à pas grand-chose puisque, quand tu ne sais pas, il vaut mieux fermer sa gueule, ça, c’est la première des choses. Donc, on ne sait pas où on sera, ce qui est certain, c’est qu’ils ont un programme de préparation physique qui va être modifié en fonction de la reprise de l’entraînement, s’il y a reprise de l’entraînement et s’il y a début de la saison prochaine. On est tous pareil, on ne sait pas trop où on va donc à chaque jour suffit sa peine. Pour l’instant, la saison est terminée, ils ont un programme et après, on avisera en fonction des décisions gouvernementales. 
LC : Benjamin, tu es l’actuel coach de Périgueux mais aussi, l’ancien coach adjoint d’Albi. Tous les chemins mènent à Albi parce-que si Albi montait, ça ferait peut-être un appel d’air pour qu’il y ait des places qui se libèrent en Fédérale 2 pour un club comme Périgueux ?  (*Perigueux est monté sans ce biais , du fait de la réforme mise en place, quelques heures après notre débat, par la FFR.)
BB (Périgueux) : Déjà, oui, je suis un supporter d’Albi. Après, est-ce que vraiment ça fera un appel d’air, je n’en sais rien. Comme l’a dit Eric (Bonachera SJLO), et comme je l’ai dit au début, on ne sait pas à quelle sauce ça va se passer, ce qui est certain, c’est qu’il y a beaucoup de concertations à l’heure actuelle. Il y aura des gens qui seront contents, des gens qui seront déçus en fonction des décisions qui vont être prises. Moi, ce qui me navre un peu dans cette situation, et ça rejoint un peu ce que disait Vincent (Calas), c’est que ceux qui savent se taisent et que ceux qui parlent racontent beaucoup de conneries. Donc, attendons avant de crier au feu ou au loup, attendons de voir ce qu’il va se passer et on verra bien quelle décision sera prise. Si on doit être en Fédérale 1, on y sera, si on ne doit pas y être et bien, on n’y sera pas. Je crois qu’aujourd’hui, il y a des choses qui sont beaucoup plus importantes, il y a des vies qui sont en jeu. Par moment, quand j’entends parler certaines personnes du milieu du rugby notamment des entraîneurs du milieu professionnel, ça me fait un peu mal au ventre. Chacun regarde encore son intérêt et on n’a peut-être pas compris que si on en est là aujourd’hui, c’est peut-être aussi que la nature se charge de nous faire comprendre plein de choses. Voilà, c’est mon petit coup de gueule. 
LC : Benjamin, tu penses quoi de la question de Didier Revellat notre consultant, sur la flambée des salaires en fédérale 1? Et cette bulle spéculative du rugby, qu’en penses-tu ? 
BB (Périgueux) : Moi, je crois que notre rugby est à l’image de notre société. C’est un peu ce que je disais tout à l’heure, dans notre société, il y a des gens qui ont des salaires astronomiques et qui ont pourtant des métiers où ils ne prennent pas de risque. On a parlé des infirmières, on parle des médecins. Moi, j’ai mon papa qui est médecin, qui a 69 ans et qui, aujourd’hui, est au front. Il y en a d’autres, les caissières de supermarchés, les agents d’entretien, c’est un peu tout ça qui est remis en cause et Dame Nature va se charger de remettre l’église au centre du village. Donc, ça va être dur, à mon avis, il va y avoir du remue-ménage. Je suis content que des clubs comme Saint-Jean-de-Luz, Saint-Sulpice-sur-Lèze, Mauléon ou d’autres, sans faire de démagogie, montrent qu’il y a des valeurs dans notre sport. Je trouve qu’il y a de moins en moins de valeurs dans notre société et donc, il y en a automatiquement moins dans notre sport. On est de plus en plus égoïstes et je crois qu’aujourd’hui, avec ce qui est en train de se passer, j’ai la faiblesse de penser que ça va, encore une fois, nous remettre l’église au centre du village et qu’on va peut-être revenir à des valeurs humaines un peu plus fortes. Après, dire qu’aujourd’hui il y a des hauts salaires dans le milieu du rugby, c’est qu’il y a des gens qui ont mis de l’argent pour payer des salaires. Donc, je ne jetterai pas la pierre aux joueurs qui les reçoivent, je jetterai plutôt la pierre à tous ces gens qui croient qu’à coup de millions, ils vont réussir à avoir des résultats. Il y a des clubs, Saint-Jean-de-Luz, Saint-Sulpice-sur-Lèze, à leurs niveaux, ou Albi à l’époque quand on avait joué la demi-finale d’accession, on avait un budget qui était moyen et on avait réussi à faire des choses. Et c’est tout ça qu’il faut arriver à faire, c’est un juste équilibre et dans la vie comme au rugby, il faut arriver à ce qu’il n’y ait pas trop d’excès. Malheureusement, on a une société et on a un monde du rugby où il y a beaucoup trop d’excès. 
LC : Et pour toi, que la LNR claque la porte au nez d’Albi et à Massy, ce n’est pas une façon de dénigrer ces deux clubs et en même temps, une façon de dénigrer tout le championnat d’où ils viennent, c’est à dire et le monde amateur et le monde professionnel ? Parce-que c’est un championnat de brassage. 
BB (Périgueux) : Brel avait une chanson comme ça qui disait  » chez ces gens-là monsieur « , ils ne s’occupent que d’eux. Que ce soit Massy, Albi, Bourg-en-Bresse, ils s’en foutent, ils sont bien entre eux, ils se protègent entre eux à l’instar de pleins d’autres « sectes ». Les personnes se protègent entre elles, les très riches se protègent entre eux. Ils sont dans leur petite ligue, ils n’ont rien contre personne mais surtout, ils ont beaucoup pour eux. C’est ce que j’appelle les petits arrangements entre amis. Je sais que le président de la FFR, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, est plutôt favorable à ce qu’il y ait des montées. Je sais qu’il se battra parce qu’il a un caractère comme ça. 
LC : Comme sur un terrain, un lache rien !  

BB (Périgueux) : Exactement ! Malheureusement, encore une fois, on se heurte à cette omerta du milieu. Ils sont bien-pensants entre eux, ils se tapent sur le ventre  » je te protège, tu me protèges  » et à l’arrivée, tous ceux qui se trouvent en bas, c’est ce que disait Coluche  » ça sent la merde « . 
LC : Tu crois qu’il y a trop de business dans le rugby ?

BB (Périgueux) : Tu sais, ce sont les fameuses valeurs du rugby. On se gaussait par rapport au football mais aujourd’hui, les valeurs du rugby dans le monde professionnel, sincèrement, c’est quand même moyenasse. 

LC : Benjamin, toi qui as souvent une vision transversale, quel est ton ressenti sur tout ce qui vient d’être dit par nos amis présidents et joueurs lors de ce débat
BB (Périgueux) : Je t’ai un peu résumé mon ressenti. Je trouve qu’aujourd’hui, effectivement, le mérite de ces clubs petits par le budget mais grands par le cœur, est aussi méritant que Nantes ou Albi parce qu’eux aussi se battent économiquement. 2 000 habitants à Saint-Sulpice-sur-Lèze, 700 000€ de budget à Saint-Jean-de-Luz, ils sont peut-être encore plus méritants qu’Albi ou Nantes. Aujourd’hui, c’est ce qui fait un peu comme sur un terrain de rugby, où tu as des gens, des gros, des maigres, des petits, c’est tout ça qui fait notre force. Malheureusement, encore une fois, on a voulu économiquement aller peut-être un peu trop vite et aujourd’hui, si Albi ne monte pas, c’est un cataclysme. Alors oui, c’est un cataclysme mais comment on en est arrivé là ? Comment est-il possible que Nantes ait eu des difficultés à un moment donné ? Comment est-ce possible qu’un autre club ait des difficultés ? Je crois que la question de  » Big Moustache  » n’est pas dénuée de sens. A une époque, on a parlé de faire un petit peu comme au basket, de mettre un Salary Cap, pourquoi pas. Moi, je crois qu’il faut surtout revenir à des choses beaucoup plus simples, revenir à des valeurs, sur des budgets cohérents et être peut-être plus intransigeants. Ces clubs-là, Saint-Sulpice ou Saint-Jean-de-Luz, ils savent que, quand ils donnent un euro, il faut qu’ils en rentrent deux. Malheureusement, et c’est un peu aujourd’hui la spéculation économique, on le voit dans la bourse, les autres clubs se disent  » tiens, on va donner deux,on va rentrer un et demi et peut-être que ça va passer « . Mais non, ça ne peut pas passer comme ça et malheureusement, c’est comme ça dans la vie de tous les jours. J’espère que cette crise aura au moins du bon là-dessus et que ça donnera un peu du sens aux valeurs de la vie. 

LC : On va essayer de terminer ce débat avec une note positive et une note d’avenir. Je vais te demander ce qu’on peut se promettre, ce qu’on peut se souhaiter pour la prochaine saison ?

BB (Périgueux) : Ce qu’on peut nous souhaiter, c’est la santé d’abord. C’est ce qu’a dit Sylvain ( Bouillon) et c’est le plus important, aujourd’hui, c’est le bien le plus précieux. Ensuite, si les gens pouvaient être un peu moins égoïste, ça serait pas mal, que ce soit dans la vie de tous les jours et dans notre rugby aussi. Et effectivement, si on pouvait avoir nous la chance d’être en Fédérale 1, ce n’est pas une finalité mais ça serait bien. Et je serai heureux de croiser le président de Saint-Jean-de-Luz ou le président de Saint-Sulpice et d’échanger avec eux car notre sport doit être ça. Ça ne doit pas être que de l’argent, ça doit être des valeurs qui doivent revenir un peu à ce qu’elles étaient autrefois et qu’on perd un peu aujourd’hui avec ce modèle économique. 

Propos recueillis par Loïc Colombié et Didier Revellat

https://hearthis.at/radio.albiges/mag-sport-3-avril-2020/

Retrouvez notre débat fédérale 1 lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 3 avril 2020.

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