#SportStory – Rugby / K.Boulogne (Albi) : «C’est pas impossible de me revoir sur la pelouse du Stadium!»

Le chouchou du public du Stadium, nous a accordé un entretien grand format pour nous narrer sa belle carrière , au gré de ses aventures en jaune et noir, bien sûr, mais aussi d’étapes à Biarritz, Castres, Pau, Perpignan ou encore Provence Rugy. L’ouvreur du Sporting Club Albigeois, en quête d’une sortie choisie, voit chaque saison son happy-end repoussé par le sort. En 2019, dans une demi-finale retour face au Rouen Normandie qui sentait le souffre, et dont la polémique arbitrale a défrayé la planète rugby, »Kéké » aurait pu être le héros salvateur d’un comeback en ProD2. Mais Laurent Cardona et son sifflet, n’ont pas voulu récompenser la domination albigeoise dans les derniers instants, privant ce joueur découvert par Christophe Urios, d’un remake de la finale de Montpellier, quand, avec sang froid, d’un coup de botte, il ramenait le Sporting en Top 14. Cette saison, c’est un drame sanitaire mondial, qui vient là aussi, lui ôter la saveur d’un départ accompli. Revenu en 2017 à Albi suite à une blessure aux cervicales l‘ayant obligé de stopper sa carrière, en assistant Vincent Clément dans son opération commando maintien Pro D2, en tant que coach intérimaire. Puis ayant pérenniser son poste avec l’arrivée d’Arnaud Méla et Jeremy Wanin,Kevin Boulogne a décidé en janvier 2019, de faire un pied de nez à sa destinée. Focus sur un symbole de la épopée bénie en Top 14, qui veut faire d’un retour en ProD2 un épilogue en forme d’apothéose.

 

 

Crédit photo Pierre Bras

Première question incontournable dans cette crise sanitaire du Coronavirus,  comment vas-tu et comment vis-tu ce confinement ? Et comment vont tes proches, sachant que tu as de la famille dans l’est, dans l’épicentre de cette cochonnerie de Covid-19 ? 

 

Tout le monde va très bien. On est bêtes et disciplinés, on écoute les règles du gouvernement, on est à la maison, en famille. On a quand même tous la chance d’avoir un jardin, de pouvoir sortir un peu de la maison, de pouvoir faire sortir les enfants. On va dire que c’est un mal pour un bien parce-que cela fait quand même du bien de se ressourcer en famille et de passer du temps avec mes enfants et ma femme. Ça fait du bien là-dessus mais il est sûr qu’il y a plein de choses qui nous manquent, le contact humain avec les gens, le rugby en soi, plein de choses du quotidien. Mais, il y a plus malheureux que nous et il faut le prendre comme ça. 

 

On va aussi te demander des nouvelles d’une de nos plus fidèles lectrices et auditrices. Est-ce que  » maman Boulogne  » va bien ? 

 

Oui,  » maman Boulogne  » va bien (rires). C’est vrai qu’elle te suit beaucoup vu qu’elle est très loin et que, pour avoir les matchs et les infos en direct, elle est beaucoup sur ta radio. 

 

Pour faire un peu le portrait de ta longue et belle carrière, on va commencer par la fin. On sait que tu devais raccrocher les crampons en fin de saison. Quoi qu’il arrive, que le SCA monte en Pro D2, et on l’espère tous, ou qu’il ne monte pas, tu n’auras pas la fin que tu souhaitais avec ces phases finales au Stadium et où, dans un coin de ta tête, tu aurais peut-être passé le drop de la gagne pour emmener les jaunes et noirs en Pro D2 ? J’imagine que c’est une déchirure pour toi ? 

 

Déchirure oui et non parce qu’aujourd’hui, on ne sait pas encore ce que je vais faire la saison prochaine. Parce-que, tout simplement, le fait qu’on finisse comme ça, le fait que cette année, ça se passait quand même très bien à titre personnel mais surtout à titre collectif. J’avais une seconde jeunesse, une deuxième chance et je le vivais comme tel tous les jours, c’est ce qui faisait que je me sentais bien donc, il est sûr qu’un coup d’arrêt comme ça ne fait pas plaisir mais, au jour d’aujourd’hui, on est tous dans l’attente de savoir si on est en Fédérale ou en Pro D2. Avec Arnaud et Jérémy, on discute beaucoup et on verra bien si l’année prochaine, pourquoi pas refaire un an de plus. On verra selon l’évolution du recrutement, selon le budget et ce genre de chose. 

 

Médicalement, tu serais OK pour jouer en Pro D2, ça pourrait le faire ? 

 

Oui, bien sûr, puisque j’ai eu le feu vert pour jouer de Fédérale 1 à Top 14, pas en-dessous de Fédérale 1. C’est un peu contradictoire mais c’est aussi logique dans le discours que j’ai eu du médecin. En-dessous, les joueurs sont moins préparés, les chocs sont moins importants mais les joueurs sont moins préparés pour les encaisser. Au-dessus, avec toutes les séances d’entraînements que l’on a, on est normalement beaucoup plus préparé à encaisser une charge de travail et des chocs beaucoup plus importants. 

 

Donc, on peut encore espérer revoir Kevin Boulogne foulerl’année prochaine, que ce soit en Pro D2 ou en Fédérale 1, la pelouse du Stadium ? 

 

Ce n’est pas impossible. 

 

C’est déjà une très, très bonne nouvelle pour nos lecteurs. On va aussi parler de ta longue et belle carrière. Comme on le disait en introduction, tu es originaire de Lorraine. Où as-tu commencé à tâter le rugby et comment y es-tu venu ? 

 

Comme beaucoup de gens je pense, c’est une histoire de famille. Mon père était rugbyman, ma mère l’a toujours accompagné dans les bureaux, mon frère faisait aussi du rugby. J’ai baigné dedans depuis tout petit et c’était une suite logique. Quand on voit papa au bord du terrain, on a envie d’aller avec lui et forcément, on y prend goût. Après, une fois qu’on a goûté à ce sport, on a toujours les copains, les valeurs et on n’a plus envie d’en partir. 

 

On dit souvent que les buteurs sont des  » footeux  » refoulés, tu corrobores ? Parce qu’on sait que tu vas de temps en temps taper la gonfle avec les copains à Carlux

 

C’est vrai que j’ai fait du foot mais sur la fin parce-que je ne pouvais plus jouer au rugby à ce moment-là. Ça a changé depuis mais j’ai toujours voulu faire du sport, ça fait partie de ma vie et ça me manquait quand je ne pouvais plus jouer au rugby donc, je suis allé au foot, déjà pour me tenir en forme et surtout pour cet esprit de convivialité pendant et après les matchs ainsi que la solidarité sur les terrains. Donc oui, j’ai été tapé au foot mais c’est depuis que je suis tout petit, j’ai toujours été un poulet sans tête (rires). Si on me faisait courir autour du terrain, je n’avais pas envie par contre, si on me donnait un ballon, je pouvais courir et taper dedans pendant des heures. 

 

Ça nous donne quelques éléments de réflexion et de compréhension. Quand on suit ta biographie, tu es né à Libourne, tu es originaire de Lorraine, on te retrouve en espoirs au Castres Olympique. Comment as-tu fait ce maxi triangle ? 

 

Tout simplement. Mon frère était parti plus jeune que moi, même s’il avait trois ans de plus, sur Castres. Un jour qu’on était allé le voir jouer des phases finales, lors de la compétition Crabos, je me suis tout simplement mis à taper au ballon aux poteaux à la fin du match après leur rencontre et les entraîneurs de Castres m’ont vu comme ça. Ils l’ont dit à mon frère et ensuite, ils ont envoyé Christophe Urios, qui était à l’époque directeur du centre de formation, aux  » Ovalies du Levant  » vu que j’étais en sélection Alsace/Lorraine. Il est venu nous voir au tournoi, il m’a repéré et m’a demandé si ça m’intéressait de rejoindre mon frère. De là, tout a été très vite, tout le monde connaît l’entraîneur de haut vol qu’est Christophe, il l’était déjà. Tout était cadré, la proposition, les émargements, et ça a rassuré directement mes parents de me laisser partir avec mon frère. C’était une proposition qui n’était pas refusable à mon âge si je voulais aller plus haut. 

 

Quand tu étais minot et que tu t’es retrouvé face à Christophe Urios qui avait déjà sa gouaille légendaire, tu as du un peu  » claquer des genoux  » face à ce bonhomme, à ce monstre du rugby ? 

 

Bien sûr ! Quand Christophe est venu me voir et me parler, il en imposait direct. On était jeune, quand un monsieur comme cela te parlait, tu voyais de suite que c’était propre, régulier, pro, charismatique. Et derrière, ça se ressent sur ta carrière parce qu’en haut, on n’est pas trop rugby, et c’était une différence énorme pour moi. Aujourd’hui, c’est un monsieur comme cela qui m’a repéré et qui m’a mis le pied à l’étrier dans le monde du rugby. 

 

Qu’est-ce que tu retiens de tes années castraises ? Ce sont les débuts et les prémisses du rugby professionnel, là où tu as commencé à prendre conscience que tu avais une carrière devant toi ? 

 

Les années castraises sont franchement de très bonnes années même si je sais qu’il y a une petite guéguerre chaque année entre Castres et Albi. Mais c’était très, très bien, il y avait un bon groupe, une bonne école de formation. Franchement, c’était propre et très agréable à vivre, j’ai fait tous mes jeunes là-bas, j’ai connu les sélections, j’ai connu des amis qui le sont encore aujourd’hui comme Florent Fourcade, mon témoin de mariage, qui est un ami depuis plus de 20 ans maintenant. C’est la beauté du rugby de faire des amitiés comme ça. C’était de très, très bonnes années et je ne regrette en aucun cas d’avoir été là-bas parce-que c’est aussi ce qui m’a lancé dans ma carrière juste avant Albi. 

 

On arrive à Albi. Tu franchis le pas, tu viens à Albi pour l’épopée Béchu, l’épopée Top 14. D’Urios à Béchu, tu passes d’un grand personnage à un autre grand personnage, qui avaient tous les deux du charisme et des gouailles légendaires ? 

 

Sincèrement, dans ma carrière, on va dire que j’ai toujours eu ce facteur chance, soit sur le terrain d’avoir eu la chance en match au bon moment soit surtout en-dehors du terrain avec deux  » Monsieur  » qui sont venus, Christophe pour me lancer en équipe jeunes et Éric pour le monde pro. C’était deux Monsieur qui étaient reconnus dans le monde entier, qui faisaient progresser et transcendaient leurs joueurs. Sans ces deux personnes réellement dans ma vie, je ne sais pas si j’en serai là aujourd’hui. 

 

Qu’est-ce que t’a dit Éric Béchu quand il est venu te chercher à Castres ? 

 

Éric Béchu, tout le monde le connaît, il était franc et honnête. Il est venu me chercher en me disant que j’étais à Castres mais que les jeunes ne jouaient pas, que si je venais à Albi, je serai le 3e en N°9 vu qu’ils venaient de monter en Top 14, en cas de blessure ou de contre-performance, ça a été clair d’entrée. J’ai joué tout le début de la saison avec les espoirs, avec Jean-Michel, qui est maintenant malheureusement décédé, et Jean-Christophe Bacca avec qui j’ai encore énormément de contacts et avec qui je m’entends très, très bien. Je faisais de bonnes petites prestations, les coaches des espoirs le remontaient à Eric. Eric n’étais pas très satisfait de Morgan Williams, le 9 du Stade Français qu’ils avaient fait signer en début de saison et l’un avec l’autre, il m’a donné ma chance. Je me rappellerai toujours de mon premier match à Agen, ça s’est bien passé et Éric a un peu misé sur moi dans le développement et les années futures. Ça avait bien réussi et je le remercie pour ça. 

 

Tu as alterné avec une légende au poste de 9, albigeoise comme toi,  » Pageot  » ? C’est sûrement le 9 le plus iconoclaste que tu as du connaître dans ta carrière ? C’est un mythe ! 

 

 » Pageot « , c’est l’idole des jeunes (rires). C’est un mec que tout le monde connaissait, qui était monstrueux dans la vie, dans un groupe. En-dehors et sur le terrain, c’était pareil, il était capable de tout et de rien. On l’a vu, tous les gens parlaient de lui. On se rappellera toujours de son drop à Castres, personne ne s’attendait à quoi que ce soit avec Pageot et pourtant, il a toujours été monstrueux à chaque match qu’il a fait et c’est un mec qu’on ne pouvait que suivre. 

 

On te voit sur le terrain avoir des brins de folie, des coups de folie. Il y a un peu de Pageot en Kévin Boulogne quand il fait ça ? 

 

Quand tu joues des années avec lui, au bout d’un moment, tu es obligé d’anticiper tous ses coups même si certains étaient difficiles à anticiper (rires). Mais au bout d’un moment, le rugby ça fait partie de ça, de jouer au rugby, de tenter des choses, bien sûr pas folles pour ne pas mettre en péril l’équipe. Mais si l’équipe est préparée à tout ça, ça peut faire de très belles actions comme parfois de moins belles, ça ne passe pas tout le temps. 

 

Qu’est-ce que tu retiens de ces années Top 14 ? C’est passé tellement vite que vous n’avez peut-être pas eu le temps de le savourer, que vous n’avez peut-être pas eu le temps de prendre conscience de là où vous aviez porté le rugby albigeois, au firmament du rugby hexagonal ? 

 

Je ne retiens que des bonnes choses, surtout à Albi. On a eu la chance d’être dans une période qui a été marquante pour l’histoire du club surtout avec un groupe qui était humainement hors du commun, un groupe que je n’aurai jamais compté atteindre, ça n’a été que de très bonnes années. Après, au-delà de ça, au jour le jour, le Top 14 était beau, le groupe était beau, j’ai vécu chaque journée en jouant au rugby et quand je ne jouais pas, ce n’était que des moments magiques. Il faut savoir le savourer comme tel et savoir aussi retransmettre ce qu’on a eu, essayer de donner aux jeunes qui montent. Il n’y a pas que nous, il faut penser à l’ensemble, on a tous des missions pour le club où l’on est, que ce soit sur ou en-dehors du terrain. Il faut qu’on réalise la chance qu’on a de ce qu’on fait, réellement. Bien sûr, des situations sont parfois plus dures que d’autres, quand on est blessé, quand on ne joue pas, quand on n’est pas dans les petits papiers des entraîneurs. Mais, il a tellement pire dans la vie qu’il faut toujours arriver avec la bonne humeur, la banane et montrer aux autres la joie de vivre. 

 

S’il y avait une image à retenir de cette période enchanteresse en Top 14, ce serait laquelle ? Cet essai de roublard quand il suffisait d’une pénalité pour aller chercher la victoire, que tu as pris un trou de souris en jouant vite et qu’Éric Béchu t’a un peu regardé d’un œil mauvais qui disait  » là, ça passe, ça va mais si ça ne passe pas, je te fume  » ? C’était un peu ça qui exprimait l’état d’esprit de ce groupe ? 

 

Pour moi, personnellement, il y a deux images marquantes. Il y a bien sûr l’essai à Castres dans notre premier match lors de la montée. La victoire à Castres a été énorme pour toute l’équipe, on m’en reparle même encore aujourd’hui. Il y ensuite bien sûr la pénalité de la gagne à Montpellier pour la remontée en Top 14 après la descente administrative. Donc, ces deux moments-là sont marquants. 

 

Surtout qu’à l’époque, vous étiez le premier club à remonter direct en Top 14 après une descente en Pro D2. C’était la première fois que cela arrivait

 

De toute façon, c’était le pari d’Éric. Il l’avait annoncé haut et fort, il avait un discours dans ce sens et tous les joueurs ont adhéré. Il est sûr que, sur le papier, on n’était pas les meilleurs mais par contre, avec le groupe qu’on avait, avec les coaches qu’on avait, parce qu’il ne faut pas non plus oublier dedans Philippe Laurent et Daniel Blach qui faisaient un triptyque assez atypique avec Eric, tout ça cumulé, on a retourné des montagnes. Mais, comme je l’ai dit, ce n’est pas que la personne, c’était surtout le groupe. Si chacun brillait, si chacun vivait bien, c’est parce-que tout le monde était ensemble et tout le monde faisait ça dans le même sens. Ça donnait vraiment envie de se transcender et même d’y laisser la santé pour sauver l’équipe.

 

Tu nous parles de cette pénalité de la gagne à Montpellier pour la remontée en Top 14 lors de la saison 2008/2009. Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un buteur quand on en est là, quand on a le destin d’une équipe, d’une ville et de milliers de supporters entre ses godasses ? 

 

Sincèrement, je pense que sur le terrain et encore aujourd’hui, car on en discute souvent avec ceux qui sont proches de moi, on ne s’en rend pas compte. Je me rappelle du match à l’époque, je dis à Martin sur la mêlée  » il me faut la pénalité, fais ton job, je ferai le mien « , c’était clair et net. Il a fait son job, j’ai eu la pénalité avec la mêlée qu’on avait, il m’a donné le ballon en disant  » maintenant, c’est à toi « . Et inconsciemment, je pensais franchement que j’étais sur une pénalité très facile, j’avais l’impression d’être à 22m sur les 15 alors qu’en revoyant les images par la suite, ce n’étais pas du tout le cas (rires). Vraiment, dans ma tête, si à la fin du match, on m’avait demandé où était la pénalité, je vous aurai dit qu’elle était vraiment à 22m sur les 15, j’en étais persuadé. J’aurais parié ma main à couper qu’elle était là et en fait, pas du tout. 

 

C’est aussi peut-être cet état de transcendance qui fait le charme du sport de haut-niveau ? 

 

Je pense que oui. Je pense qu’avec l’objectif qu’on avait, on était à deux doigts de l’obtenir avec ce groupe, on ne pouvait pas échouer. Tous dans nos têtes, on était parti sur des objectifs. En mêlée, c’était d’avancer d’un mètre et on avançait de trois, en défense de monter fort, on est monté très fort et même dans la tête d’un buteur, de se dire qu’elle était facile alors qu’elle était compliquée. On allait toujours chercher plus loin, toujours plus haut et je pense que c’est cela qui a fait qu’on est remonté cette saison-là. 

 

Après la belle parenthèse Top 14 à Albi, tu es un peu allé faire le tour du pays et surtout des grands bastions rugbystiques. Je pense à Biarritz, à Perpignan, à Pau et même à Provence Rugby. Qu’est-ce que tu as retiré de ce petit tour du sud de la France ? 

 

Sincèrement, que des bonnes choses déjà parce-que, rugbystiquement, il faut savoir tenter l’aventure, partir et se mettre en danger et ça a aussi été le cas dans certains clubs. A Perpignan, je n’ai pas trop joué et sur la fin, beaucoup plus. A Pau, ça a été l’inverse, j’ai beaucoup joué puis un peu moins sur la fin. Mais, c’était des histoires d’hommes et même, pour la vie avec la famille, ce sont quand même des villes magiques. J’ai côtoyé des mecs que je voyais à la télé comme Nicolas Mas, Guilhem Guirado avec qui je jouais en cadet et que j’ai vu plus tard gravir les échelons. Mais je ne peux pas dire tous les noms parce qu’il y a eu tellement de Monsieur que si, au jour d’aujourd’hui, j’ai pu avoir la chance de jouer et de m’entraîner, c’est que c’était énorme. Ce sont des choses que je n’oublierai jamais. 

 

Entre Perpignan, Pau, Biarritz, Provence, quel club t’a le plus marqué ? Perpignan avec l’ambiance et le public qu’il y a autour, l’ambiance catalane ? 

 

Franchement, tout parce qu’il y a toujours un détail qui a été marquant dans un club. Le public catalan, ça a été une histoire énorme, dès le premier match de la saison, les murs qui tremblaient dans le vestiaire, ça a été magique. La première fois qu’on rentre sur le terrain à Pau et que ça chante la Honhada, ça donne des frissons en sortant du couloir. A Biarritz, c’est pareil, le BO, la ville, le cadre, les gens passionnes en rouge et blanc avec ce lien, ce sont des trucs qu’il faut vivre. 

 

Après avoir fait ce tour de France des grands bastions du rugby, tu as dû mettre ta carrière entre parenthèses à cause d’une hernie cervicale. Tu es revenu à Albi à une période qui n’était pas la plus simple. C’était la dernière année de Pro D2, tu es revenu avec Vincent Clément, Julien Guiard et FloWjeczorek, plus Jean-Christophe Bacca qui était déjà là, essayer de tenir le gouvernail dans une période où, sportivement, il y avait des remous. Ce retour, ce come-back à Albi était obligatoire et totalement dans le sens de l’histoire que tu voulais écrire ? 

 

Sincèrement, pas du tout. Je suis revenu à la base juste pour entraîner les cadets du club revenir dans ce club qui a toujours compté dans mon cœur. Donc, je suis juste revenu pour les jeunes et après, j’ai eu le facteur chance que, malheureusement cette année-là, cela se passait mal avec les entraîneurs qui ont été écartés. J’ai eu de la chance encore une fois dans ma carrière, comme je l’ai dit, j’ai toujours eu la chance dans ma vie d’avoir eu des « Monsieur  » qui ont été là pour moi. Quand Vincent Clément a repris les rênes, c’est lui qui est venu me voir pour me dire  » je veux qu’on le fasse ensemble « . Donc voilà, j’ai eu la chance que ça se soit mal passé cette année-là et même si ce n’est pas bien parce qu’on est descendu. Dans ce malheur, ça a fait mon bonheur que Vincent me demande de venir avec lui. Avec les autres coaches, on a repris un peu le pouvoir et les rênes et ça s’est plutôt bien passé. Après, ça c’est mal passé entre Vincent et le club mais sincèrement, je ne suis pas trop les actualités internes dans les clubs ou sur les terrains, les histoires d’hommes, les échanges sur les entraîneurs, les joueurs. C’est Vincent qui gérait beaucoup ça et ça s’est mal fini, j’en suis triste parce-que Vincent, c’est un  » Monsieur  » aussi, il ne faut pas se tromper. Donc, ça a mal fini pour lui mais moi, encore une fois, derrière, qui revient ? Arnaud Méla et Arnaud Méla, j’ai joué avec lui, il m’a dit que j’aimais ce club, que ça s’était bien passé, que j’avais quand même fait mes preuves pendant 4 mois et qu’il voulait que je reste avec lui et qu’on essaie de reconstruire le club ensemble. Tout ça fait partie de la chance, si ça avait été un entraîneur externe, est-ce qu’il m’aurait gardé ou non, je ne suis pas sûr. 

 

Vincent Clément alias  » Vince  » ou Arnaud Méla alias «  Méloche « , ce sont deux de tes anciens coéquipiers et tu as coaché avec les deux. Quelles sont les différences entre les deux analyses ou la façon de gérer le groupe ? Même si ça n’a été que 4 matches avec Vincent et que cela fait maintenant presque trois ans que cela dure avec Arnaud, quelle est la différence de perception entre les deux ? 

 

Ils ont vraiment un point commun entre les deux, c’est qu’au-delà d’être entraîneurs d’un groupe, c’est qu’ils aimaient leurs joueurs. Sincèrement, Arnaud et Vincent pensent beaucoup plus aux joueurs qu’à eux-mêmes. Je pense qu’ils seraient prêts à se couper un bras pour leur groupe, à essayer de leur donner tout ce qu’ils peuvent pour un groupe. C’est vraiment un point qu’ils ont en commun. Après, ce sont deux manières de manager différentes. Vincent était beaucoup plus sage, réservé, posé et Arnaud a beaucoup plus un discours dans le sportif pur et dur, avec la cohésion à côté qui, sans ça, ne marche pas et il est le premier à nous montrer l’exemple. Deux managements différents mais avec un point commun, c’est qu’ils aiment leurs joueurs. 

 

Cette première année où tu as été pleinement coach avec Arnaud Méla et Jérémy Wanin, vous êtes quand même arrivés sur une poudrière puisque, toi qui avais vécu un peu ce qui s’était passé avant, le club avait un peu couiné en coulisses. Sportivement, il y avait eu une descente en Pro D2, il y avait une dynamique à remettre en place ainsi qu’un nouveau groupe et un nouveau cycle. Quand on voit le chemin passé maintenant, tout le monde se dit  » oui, c’était logique  » mais, à la base, ce n’était pas si simple que ça ? 

 

Non, à la base, ça n’était pas si simple que ça. Après, comme je l’ai dit, l’avantage, c’est que chacun est à sa place et doit rester à sa place. Quand Arnaud est arrivé, c’était le manager et l’entraîneur des avants, c’était à lui de gérer avec les problèmes qu’il y avait eu avant, de remettre les choses en place et à nous les entraîneurs/joueurs de suivre, il ne faut pas se tromper. Dans la construction du club, ce sont quand même d’abord Arnaud et les présidents qui ont mis le projet en place, beaucoup aussi avec Jérémy. Parce qu’Arnaud et Jérémy sont indissociables, il ne faut pas l’oublier. 

 

Ce sont Tic et Tac ? 

 

Oui, voilà, ce sont deux mecs qui sont énormes. Et c’est vrai que leur apport dans la reconstruction a été énorme pour le renouveau du club. Donc moi, personnellement, je ne vais pas jeter des fleurs quand il n’y en a pas, j’ai juste écouté les consignes du club. Mon rôle, c’était entraîneur et mon job était d’entraîner avec Jérémy et Arnaud. Après, ce sont eux qui ont restructuré le club parce-que c’était leur job. 

 

Première saison, vous échouez dans la remontée, déjà face à Rouen, dans des demi-finales qui ne sont pas encore directement qualificatives puisqu’il y avait une finale à aller gagner. Vous échouez à deux marches de la fin, sur des matches qui se jouent très tactiquement et où il y avait peut-être la place pour le Sporting de passer. Beaucoup de suiveurs ont dit que ce groupe n’était peut-être pas encore mûr. La seconde saison, tu ré-embrayes en tant que coach et aussi en tant qu’analyste du Sporting Club Albigeois. Mais, en milieu de saison, tu replonges, tu reprends ta licence et tu reviens sur les pelouses. Qu’est-ce qui t’a fait basculer ? 

 

Tout simplement, quand on n’a pas choisi sa sortie en tant que joueur, on n’a pas forcément fait le deuil. En étant au contact avec les joueurs en tant qu’entraîneur, je tapais encore le ballon un peu avec eux ou quand il manquait un joueur pour faire les schémas, je me mettais à jouer avec eux donc, ça redonne un peu le goût. Après, c’était juste pour rejouer au rugby et revivre ces moments, vu que j’avais eu des copains qui était à côté au club de Marssac, j’avais demandé où j’en étais médicalement et si j’avais le feu vert pour faire quelque chose. C’est là que la réponse est tombée que j’avais le feu vert pour jouer de Fédérale 1 à Top 14. A partir de là, j’avoue honnêtement que j’avais commencé à chercher un club de Fédérale 1 aux alentours, si j’avais pu aller quelque part et surtout jouer, reprendre le jeu. Arnaud a profité de l’occasion pour me dire  » vu que tu es déjà dans le staff et que tu as un contrat chez nous, pourquoi tu ne reprendrais pas avec nous et on voit comment ça se passe. On voit comment tu es et on essaiera d’adapter en fonction « . Et de là, tout s’est enchaîné rapidement. 

 

Ça n’a pas été trop dur de re-basculer d’entraîneur à joueur dans l’équipe que tu coachais ? 

 

Sincèrement non parce-que même ce groupe est bon. Franchement, il était très bon à l’époque et j’étais très souvent en contact avec eux. Ce qui était le plus dur, ça a été de reprendre les séances de physique parce-que ça faisait bien longtemps que je n’en avais pas fait (rires). Après, sur un terrain avec un ballon, tout le monde fait son maximum, des fois c’est bien, des fois ça l’est moins mais ça s’est très bien passé dans ce groupe dès le début et je les en remercie aussi pour ça. 

 

Tu n’as pas un peu l’impression que le destin essaie de te jouer un peu des tours ? Tu cherchais à avoir une sortie comme tout le monde en rêve. Cette année, c’est une pandémie mondiale qui vient t’enlever des phases finales où il y avait peut-être possibilité de finir sur un joli happy-end parce-que maintenant, on peut le dire, Albi avait même candidaté pour accueillir la finale de Fédérale 1. L’année dernière, un contexte arbitral, on ne va pas revenir dessus, vient te voler cette pénalité qui était toute faite. Tout le monde la voyait, pénalité, Kevin Boulogne qui la passe et Albi qui monte en Pro D2. Tu n’as pas l’impression qu’à chaque fois, le destin te dit  » bon allez, tu vas faire une année de plus  » ? 

 

On en rigolait avec ma famille et ma femme. Si tu regardes bien, j’ai arrêté le rugby pour des problèmes, en revenant dans le groupe d’Albi, l’occasion s’est présentée de reprendre et on m’a dit  » vas-y, reviens  » donc, j’ai repris le rugby. Le deal était clair, c’est qu’on devait monter et j’arrêtais, on va dire que c’était le mieux pour tout le monde, à la base. On se fait malheureusement un peu voler la demi-finale donc ça ne s’est pas produit et on est tombé un peu de haut. L’année d’après, on se dit  » on n’a pas réussi l’objectif, continuons pour le plaisir, ça n’a pas l’air trop mal, voyons voir encore ce que ça donne sur une saison complète  » donc aujourd’hui, on est reparti sur une saison. Et là, malheureusement, il y a le covid-19 qui nous rattrape tous et ça fait en sorte qu’encore une fois, on ne termine pas la saison, qu’on n’a encore pas cette montée ou autre et que ça  dit  » tu n’as encore pas fini, peut-être encore un an en plus et l’année prochaine, vois ce qu’il se passe. Tu finiras peut-être la saison prochaine et si tu maintiens le club en Pro D2, si on a la montée, ou si tu fais monter le club en Pro D2 si on est maintenu en Fédérale 1 « . 

 

Finir en Pro D2, tu aurais bouclé la boucle et ça me donne l’occasion de te poser la question. Qu’est-ce que tu penses de ce débat qu’il y a sur montée ou non des clubs de Fédérale 1 en Pro D2, montée ou non d’Albi ou Massy en Pro D2 ? J’imagine bien sûr que toi, tu pousses des quatre fers pour que ça monte. Mais comment tu analyses la situation avec ces clubs pros qui, pour l’instant, jouent très «  groupir  » ? 

 

Chacun défend sa paroisse, il ne faut pas se tromper. Même si c’est un club avec des valeurs et plein de choses positives, chaque club tire dans son sens, ce qui est normal parce qu’ils pensent aussi à la pérennité, qu’elle soit sportive ou financière de leurs clubs, leurs salariés, leurs joueurs, leurs groupes donc, c’est vrai que c’est dommage. Aujourd’hui, on était premier national avec Massy second et la logique voudrait qu’on monte mais après, il faut aussi entendre les clubs comme Bourg, comme Narbonne qui souhaitaient aussi monter et avoir une chance sur les phases finales comme nous de tout jouer sur les phases finales. Donc, tout le monde a un peu tort et raison, si on était 3e national, est-ce qu’on ne ferait pas pareil pour essayer de monter ? Parce qu’on avait tous ce but ultime de vouloir monter en Pro D2. Malheureusement, on doit attendre, on doit faire en fonction des présidents de Top 14 et de Pro D2 qui eux par contre, a contrario, même si je comprends les enjeux financiers et sportifs, ne pensent en aucun cas aux équipes amateurs et aux clubs de Fédérale 1 qui souhaitaient aussi monter. 

 

Pour certains , ils ne se rappellent pas d’où ils viennent, peut-être

 

Voilà, ils se restreignent entre eux à se dire  » c’est bon, la vie est belle, on va rester entre nous, entre copains et voyons comment on peut s’arranger entre nous « . Ce n’est pas très sympa parce-que je pense qu’au-delà de la survie de tout le monde, deux clubs de plus ou de moins n’auraient pas changé la donne. Il y a juste à trouver la bonne formule pour que tout le monde soit content et qu’on puisse évoluer ensemble. Parce qu’on part du principe où le premier et le deuxième national pourraient monter, tout le monde n’est pas d’accord mais, sans faire injure à ROVAL, ils n’ont que 18 points en Pro D2. Est-ce qu’ils ont plus mérité de rester en Pro D2 que des clubs de Fédérale 1 qui ont bataillé toute la saison pour essayer de monter en Pro D2 ? Je ne sais pas, je ne tire pas du tout sur eux. 

 

Le débat est ouvert

 

C’est juste une constatation. Moi, je suis pour que tout le monde reste en Pro 14 et en Pro D2 mais, est-ce que la saison n’est pas finie parce-que les mecs non plus n’ont pas été au bout de leur aventure ? Je trouve ça tout à fait logique mais je trouverai aussi logique qu’il y ait des clubs de Fédérale 1 qui montent. Après, ce n’est pas à nous de décider qui mais qu’il est des clubs qui montent et que les clubs de Top 14 et de Pro D2 fassent une formule qui puisse satisfaire tout le monde. Même si ça ne sera pas le cas parce-que chacun n’a pas les mêmes ambitions ou le même caractère que l’autre donc, ça va être compliqué.

 

On sait que tu vas peut-être refouler les pelouses de Pro D2 ou de Fédérale 1 mais tu as déjà pensé à ta reconversion. On sait aussi que tu t’investis de plus en plus au club. Tu peux nous parler un peu de l’après-carrière ? 

 

Pour l’instant, j’ai eu un poste de responsable de l’association. Jérôme Assié, Arnaud et le président Roumégoux m’ont sondé pour reprendre un peu le fonctionnement de l’association. J’ai pris poste depuis le 1er Février et ça se passe très bien. Pareil, je revis des moments avec des entraîneurs, des staffs, avec Romain Lalliard le directeur du centre et Rémy Castille à l’école de rugby, qui ont aussi été là pour me faire intégrer ce poste. Ils ont poussé derrière moi et maintenant, on travaille ensemble pour justement développer la partie association.

 

Créer une véritable identité jaune et noir des plus petits jusqu’aux seniors ? 

 

C’est ça, un peu responsable de l’école de rugby jusqu’aux espoirs, bien sûr accompagné par des staffs compétents qui sont avec moi. Si on a le but de monter en Pro D2 et qu’on y monte, il va aussi falloir qu’on travaille sur l’association. C’est super important, il ne faut pas l’oublier, ce sont nos jeunes, les jeunes de demain qui joueront peut-être en équipe première. Tout ça cumulé doit avoir une unité, unité est vraiment le mot important. Une unité de club de tout en haut à tout en bas avec des patrons en haut qui nous disent quoi faire en bas et ensuite, à nous de suivre leurs directives et à mettre en place pour qu’on soit tous sur la même longueur d’onde et qu’on bosse tous ensemble. C’est compliqué parce qu’il y a beaucoup, beaucoup d’intervenants avec aussi des caractères différents. Mais ça fait partie de notre job, il faut qu’on redore notre image. L’équipe une est notre vitrine, on le sait depuis quelques années. Si on monte en Pro D2, à nous de savoir surfer sur cette vague pour en tirer un point positif dans l’association. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/mag-sport-14-avril-2020/

Retrouvez en audio l’ITW de Kevin Boulogne lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 14 avril 2020.

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