#Rugby – Fed1 / E.Bonachera (SJLO) : «Le rugby pro n’est pas inspirant et ne correspond pas à la vie d’aujourd’hui.»

Lors de notre second débat spécial fédérale 1, nous avons interrogé Eric Bonachera sur le devenir de son club et de l’élite fédérale. Pour le co-président du club basque la situation actuelle, le renforce dans sa vision du rugby et dans sa volonté de rester dans une structuration amateur. Pour ce club qui dispose de 750 000 euros de budget, la sortie de la crise Coronavirus laisse entrevoir un immense brouillard, quant à l’état économique où ils retrouveront leur réseau de partenaires. Ardent défenseur d’une certaine idée du jeu à Kechiloa, Éric Bonachera espère que de cette adversité sanitaire sorte une nouvelle donne en fédérale 1, qui permettra de se démarquer d’un rugby pro, qu’il juge : « pas inspirant et ne correspond pas à la vie d’aujourd’hui. ».
LC : Eric, comment vis-tu le confinement à titre personnel et est-ce que tu as des nouvelles de tes gars ? Est-ce qu’ils arrivent un peu à garder le moral malgré cette situation un peu compliquée pour des sportifs de haut-niveau ? 
EB (St-Jean-de-Luz) : Oui, on garde le moral, on est en contact avec les gars. Ça nous est tombé dessus à tous, comme vous. Notre dernier match a été le 29 Février, ce jour-là, on a joué avec une équipe en bois à Bergerac et on a offert des maillots aux jeunes parce-que ce n’était que des jeunes qui étaient là. C’était prémonitoire, c’était le dernier match de la saison pour nous. Techniquement, les mecs sont à fond derrière le club. Dans le club, on n’a qu’un contrat 1/2 et tous les autres marchent à la prime donc, il n’y aura pas de prime sur Mars/Avril/Mai parce qu’on n’a pas de rentrée. Mais personne n’a rouspété, tout le monde est désolé. Ils ont aussi eu un programme d’entraînement qu’ils essaient de respecter. On a du pot d’habiter un joli pays quand même donc ça passe un peu mieux qu’ailleurs. On n’est pas en centre-ville donc ça va. 
LC : On va maintenant parler de la saison prochaine parce qu’on est obligé de se projeter, il y a des intérêts divergents pour chacun. Pour toi Eric, ça va être une constante en Fédérale 1. S’il y a impact financier, vous reverrez peut-être un peu vos ambitions à la baisse. De la course au Jean-Prat, vous redescendrez à la course au Du Manoir, on ne vous le souhaite pas mais ça peut être une hypothèse. Mais, on sait que vous avez quand même de la ressource sportive ? 
EB (St-Jean-de-Luz) : Nous, c’est sûr qu’on se prépare à souffrir l’année prochaine en termes de finances. On a un budget qu’on va dire léger et techniquement, la question aujourd’hui est de savoir si nos partenaires vont pouvoir suivre. On a beaucoup de petits partenaires qui vont souffrir économiquement de cette crise. Je me vois mal aller chercher de l’argent chez des gens qui ont des soucis persos économiques donc il est sûr qu’on va être à la merci de ça et, à partir de là, on va préparer le budget en fonction. On se pose des questions parce qu’il n’y a rien d’évident. Nous, on fonctionne sur un budget de 750 000€, il faut aller chercher 390 000 de partenariats. On a 80 000 de la ville, est-ce que la ville va donner autant car est-ce qu’il n’y aura pas d’autres priorités ? Après, on a quand même un noyau de joueurs du cru, je me dis que ça va être difficile pour tous les clubs. Aujourd’hui, je ne vois pas quel président peut promettre, ou alors il est milliardaire ou alors il est menteur ou alors il est les deux (rires). Mais, on ne va pas pouvoir promettre la lune. De toute façon, on ne promet jamais la lune mais il va falloir être très intelligent dans ce qu’on va dire aux joueurs pour pouvoir assumer. 
LC : Pour un club comme Saint-Jean-de-Luz, 5 poules de 10 avec pas mal de derbys, je pense à Dax, Tyrosse, Anglet, Mauléon et consorts, ça doit plus vous parler qu’une poule de 14 où on allonge les frais de déplacements et les coûts ? 
EB (St-Jean-de-Luz) : Complètement. On y était déjà habitué cette année puisqu’on était, je crois, 3e au niveau des déplacements avec entre autres Nantes et Rennes. D’ailleurs, on avait réservé l’hôtel pour Nantes, ils ne nous ont jamais remboursés (rires) ! 
LC : Sylvain Bouillon (Présent au débat et joueur du Stade Nantais) va faire le commercial pour aller te chercher des sous (rires).
EB (St-Jean-de-Luz) :  Oui mais bon, s’il est au Pays Basque (où Sylvain Bouillon est confiné) … C’est sûr que, s’il y a plus de derbys,ce sera mieux pour tout le monde en termes de déplacements, en termes de buvettes. Quand on reçoit Rennes, il est sûr que ce n’est pas ce qui remplit le club, sans être médisant sur Rennes, mais les gens ne se déplacent pas. Comme le dit Benjamin (Bagate) , on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé donc ce n’est pas évident de parler aujourd’hui parce-que tout peut encore changer du jour au lendemain. Attendons de voir ce qu’on nous sort. Je te rappelle que, cette année, nous étions dans une poule où il n’y avait aucun promu alors qu’on nous avait dit autre chose l’an dernier donc, les choses vont changer. 
LC : On sait que la Fédérale 1 est un championnat de brassage. C’est un peu la quintessence du rugby amateur, des pros, des petits bastions, des grandes villes comme Nantes. Le fait que la caste du dessus, celle des professionnels de Pro D2 et de Top 14, refuse que les clubs de Fédérale 1 montent, c’est quand même un signal négatif qui est envoyé ? 
EB (St-Jean-de-Luz) : On va laisser le rugby pro avec ses problèmes qui sont de faux problèmes, en fait, ce sont des problèmes d’égoïstes. Dans le rugby pro, comme l’a dit Benjamin (Bagate) tout à l’heure, tu as des entraîneurs qui parlent de rugby au jour d’aujourd’hui où il y a des centaines de morts. Je crois que le rugby pro est trop dur aujourd’hui, plus dur que le monde professionnel. Un joueur qui se blesse est laissé de côté, il ne vit pas. Le rugby pro n’est pas inspirant et ne correspond pas à la vie d’aujourd’hui. Donc, ils ne veulent pas accepter des clubs comme Albi, c’est une honte et puis c’est tout, c’est une honte. Albi a fait le nécessaire, tout le monde est concerné dans le rugby par cette pandémie, OK. Même les deux clubs qui sont montés l’an dernier, ils ne peuvent pas la ramener. Rouen et Romans-Valence ne peuvent pas le ramener et je suis sûr qu’ils sont très contents de ce qu’a décidé la Ligue aujourd’hui. Ce n’est pas logique. Après, je rejoins mon collègue de Saint-Sulpice, on est vraiment loin de tout ça, on est à penser le budget du mieux possible, finir le mieux possible. Le seul truc dont on est certain aujourd’hui, c’est qu’on a décidé de faire une grande fête quoi qu’il en soit, pour ne pas se quitter comme ça, avec tout le monde, pour qu’on se revoit tous ensemble et dire au-revoir aux joueurs qui raccrochent les crampons. On a un petit ailier qui va raccrocher, Patxi Etcheverrigaray, il n’aura pas son petit jubilé donc, c’est un peu dommage. Nous, on est plus sur des trucs comme ça, bien finir, payer tout le monde et du coup, heureusement qu’on n’a pas trop de contrats. 
LC : Quand on voit la situation de certains clubs , il risque d’y avoir des joueurs qui se retrouvent sur le carreau donc, une casse sociale comme on dit. Vous n’avez pas l’impression qu’au bout du bout, avec cette crise du coronavirus, les clubs vont se serrer la ceinture et que ce sont encore les joueurs qui vont en subir les conséquences et se retrouver dans des conditions encore plus précaires ? 
EB (St-Jean-de-Luz) : C’est sûr que tout le monde va devoir se serrer la ceinture. J’en reviens quand même aux salaires, les salaires sont distribués, le joueur serait bête de ne pas les accepter. Donc, quand quelqu’un donne n’importe quoi comme salaire, que ce soit à haut niveau ou chez nous aussi, c’est qu’il y a des gens qui déconnent. Ce sont les egos des présidents, des dirigeants qui font que. Même nous, en Fédérale 1, il n’y a pas 15 clubs qui peuvent monter pourtant, si tu écoutes, tous les dimanches, il y en a plein qui te disent  » on risque de monter, on risque d’être pro « . 
LC : Il y a un petit jeu que j’aime bien faire en début de saison. C’est écouter tous les clubs qui disent qu’ils vont monter et compter ceux qui peuvent réellement monter en fin de saison. En début de saison, tu en as 12, en fin de saison, tu en as 4. En chemin, il y en a qui se sont perdus. 
EB (St-Jean-de-Luz) : Exactement. Les egos des uns et des autres font que c’est  » à qui va aller pisser le plus loin « , c’est nul. Nous, on a quand même la chance d’avoir un bassin de joueurs et on peut vivre là-dessus. C’est sûr que des métropoles éloignées, il faut qu’elles sortent un peu plus d’argent pour vivre mais, encore une fois, ce n’est pas la faute des joueurs. Le rugby pro, c’est le rugby pro, c’est un autre monde, nous, on en est loin, il faut le comprendre au début de la saison et puis c’est tout. Après, c’est super bien, quand on est allé l’an dernier à Albi, on était mort de trouille, c’était deux jeunes en 2e ligne (rires). On les a un peu accrochés, on était content, on n’a pas pris une branlée, c’était bien. Se mesurer à de grosses écuries, c’est cool. C’est vrai que Sylvain et Nantes sont venus nous battre cette année mais on les a battus aussi. C’est bien quand on arrive à batailler comme ça. On n’a rien d’autre à demander au rugby, prendre son pied, vivre le meilleur moment possible. 
LC : Le sentiment d’appartenance que vous avez dans le rugby amateur par rapport au rugby pro, c’est quand il y a un petit qui a joué à Saint-Jean-de-Luz finit à Biarritz. C’est quand vous rencontrez une équipe comme Albi et que l’année d’après, vous la voyez en Pro D2 et que vous vous dîtes  » tiens, on avait accroché cette équipe il y a deux ans « . C’est peut-être aussi ça le sentiment d’appartenance qu’il y a entre le rugby amateur et le rugby pro ? 
EB (St-Jean-de-Luz) :  Il y a de ça et puis en même temps, tu me parles de Biarritz mais quand tu vois la gestion de Biarritz aujourd’hui, c’est de l’immobilier. 

LC : Tu dois avoir un dossier plus épais que nous sur le sujet, je pense
EB (St-Jean-de-Luz) : Ce n’est pas du rugby, c’est de l’immobilier ! C’est un autre monde. 

Pour finir Eric, que peux-t-on te souhaiter à toi et ton club pour l’avenir ?

EB (St-Jean-de-Luz) : Souhaiter à tout le monde de s’en sortir le mieux possible, que le club chez nous perdure, c’est le plus important, quel que soit le niveau auquel on doit évoluer. Et puis, merde aux Albigeois, Sylvain Bouillon, quand tu rentres au Pays Basque, on pourra peut-être t’accueillir (rires). Benjamin, qu’on te retrouve en Fédérale 1 avec Perigueux et Big Moustache (Didier Revellat notre consultant) , qu’il fasse gaffe. Le vrai Big Moustache à la Grande Vadrouille, il avait perdu la moustache donc attention à lui. (Rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié et Didier Revellat.

https://hearthis.at/radio.albiges/mag-sport-3-avril-2020/

Retrouvez en intégralité le débat audio spécial #Fed1 lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 3 avril 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s