#Football – N2 / P.Gonzalez (AS Saint Priest) «  Des clubs vont déposer le bilan ! « 

La décision d’arrêt du championnat ne fait pas que des heureux dans le monde du football. Nombreux ne peuvent ainsi pas défendre vaillamment leur peau et se retrouvent condamnés à l’étage inférieur pour la saison prochaine. C’est le cas de l’AS Saint Priest, une situation qui n’est pas pour plaire au président Patrick Gonzalez, lequel monte au front.

Aujourd’hui, vous êtes dans une situation compliquée avec la décision de la FFF. Quelles actions allez-vous mener pour contrer cela ?

D’une part un courrier a été envoyé au ministre des Sports, Roxana Maracineanu par Eric Thomas (président de l’AFFA, Association Française de Football Amateur) et moi-même. Nous en avons également appelé au CNOSF. Nous avions déjà envoyé deux courriers au président Le Graët début et mi-avril, lesquels n’ont pas eu de retour. Cette décision est injuste et manque d’équité. Le sport amateur c’est quoi ? C’est un règlement avec des principes de l’olympisme. On va d’un point A à un point B. Aujourd’hui nous n’avons pas pu terminer ce championnat à cause de la pandémie. Malheureusement nous vivons avec du malheur. Du coup, on applique du malheur sur du malheur.

Qu’entendez-vous par là ?

On dit aux clubs « et ben on décide de bloquer le championnat aujourd’hui, d’en faire descendre trois de N2 et trois de N1, des clubs amateurs » Mais en district et en ligue, qui sont également des clubs amateurs, ils ne comptent qu’une seule descente et une seule montée. Où se trouve l’équité sur le coup ? Nous aurions du faire une saison blanche avec zéro descente, comme au rugby. C’est ce qu’a fait Bernard Laporte c’est très bien. Aujourd’hui, nous avons plus de 3000 clubs, si je dois les défendre, c’est par rapport à ce championnat. Regardez, il y a deux ans, en Ligue 1, Toulouse s’est sauvé à la dernière journée alors qu’ils avaient dix points de retard. À partir de là, qui vous dit que le premier d’aujourd’hui, sera le premier de demain, et réciproquement pour le dernier ?

D’autant que concernant votre club, vous êtes dans la charrette pour un petit point de retard…

Voilà. Nous juste avant le confinement, nous avons perdu contre Grasse 2-3, du coup nous devenons relégables. Le week-end suivant, nous recevions Marignane qui est juste devant. Pour ce match à la maison, nous récupérions six blessés. Nous devions aussi jouer à la maison Nîmes, le dernier et Endoume, l’avant-dernier, sans oublier les réceptions de Hyères et l’OL. Il nous suffisait d’avoir 31 points pour nous maintenir. Aujourd’hui, nous en avions 21. Avec ces quelques matchs importants à domicile ça pouvait faire largement la différence. Tout ça ce n’est qu’une question d’argent.

Aujourd’hui, en terme monétaire, qu’engendre cette situation pour votre club ?

Déjà, nous ne pouvons pas compter sur les entreprises qui nous aident. Elles sont elles-même en difficulté et cherchent avant tout à s’occuper d’elles. Nous sommes en N2 donc considérés comme club élite. Afin d’aider au déplacement, la FFF nous alloue 35 000€. Si nous descendons en N3, nous n’aurons plus que 8000€. En cas de descente, la subvention de la collectivité serait probablement réduite à son tour. C’est propre à tous les clubs, pas seulement au président Gonzalez de Saint Priest. La descente sous-entendrait également moins de spectateurs, moins de revenue buvette, et des sponsors moins généreux.

Quelles seraient les conséquences d’une telle perte ?

Nous achèterons moins d’équipement pour les gamins déjà. Nous sommes un des plus gros formateurs de la région Rhône-Alpes. Chaque année, nous avons entre 20 et 30 gamins au départ pour des clubs pros. Je ne pourrais pas repartir avec les mêmes effets et ça sera très compliqué. J’en ai parlé au maire, je suis capable aujourd’hui de démissionner et de laisser le club. Il m’a dit surtout pas.

« Tout ça ce n’est qu’une question d’argent », pourriez-vous étayer vos propos à ce sujet ?

Nous sommes capables de mettre 16 équipes par groupe en district ou en ligue. Pourquoi ? Comme ça le championnat va perdurer un mois de plus, les éducateurs seront payés en conséquence et les arbitres. Mais ce sont les clubs qui rémunéreront les arbitres. Il faut arrêter les bêtises. Là c’est une situation compliquée. Des clubs vont déposer le bilan ! De notre côté, nous faisons beaucoup de formation et de lien social. Du coup, nous risquons de diminuer notre bilan et nos encaissements de moitié. Nous ne pourrons pas engager d’autres équipes et devrons même nous séparer d’éducateurs et ainsi laisser des gamins sur le carreau. Mais au nom de quelle logique sportive et quelle logique sociale peut-on défendre une telle décision ? Quand je parle de moi ce n’est pas seulement pour l’AS Saint Priest. C’est également le cas pour nombre de mes collègues. J’aimerais que tout le monde, du plus petit club de district à la National 1, soit logé à la même enseigne. Le football fait vivre des millions de personnes avec 2 200 000 pratiquants. Nous sommes tous amateurs à des niveaux différents. Si j’étais président d’un club professionnel, je ne serais pas à Saint Priest. Aujourd’hui, chacun son niveau, mais il faut de l’équité et de la droiture dans tout. Ils peuvent revenir en arrière, et là je dirais chapeau, ce sont des gens bien. Mais si rien n’est fait, nous serions capable de ne pas reprendre le championnat. Ça ne serait pas un seul club, mais 3000 ou 4000 avec toutes les équipes. Dans cette difficulté avec le covid-19 qui a tué beaucoup de gens, il ne faut pas rajouter du malheur au malheur. Il faut unir plutôt que désunir.

Vaut-il mieux reprendre le championnat ?

Non. Ils comptent déjà faire reprendre les championnats de L1, L2 et National 1, du fait des droits télés avec la fin du championnat le 15 Juillet. Comment cela sera-t-il réalisable avec les hôtels et restaurants fermés avec des déplacements de 800 km ? Les avions c’est caducs pour l’instant donc déplacement en bus. Ils vont amener leurs gamelles et dormir sur le pavé ? Même d’un point de vue santé c’est dangereux…

Comment ça ?

Les joueurs qui entrent sur le terrain, vous ne savez pas s’ils n’ont pas contracté le coronavirus. Pour le savoir il faudrait faire une radio des poumons et une électrocardiogramme avant le match. J’en ai parlé avec des spécialistes, des médecins du sport. Si il arrive un mort, qu’est-ce qu’on fait ? Tout ça pour de l’argent.

Du coup pas d’arrêt des classements, ni de reprise du championnat. Mais une saison totalement blanche pourrait être perçue comme une défaite pour les clubs en très bonne position pour monter. Que préconisez-vous du coup ?

Il faut faire une année blanche en terme de descentes et autoriser une montée à la rigueur. Au pire, plus d’équipes descendront l’année d’après. C’est possible d’enlever les Coupes pour une saison, en gardant la Coupe de France par contre. J’entends des présidents dire qu’ils ont dépensé de l’argent, mais nous aussi. Maintenant s’ils veulent faire monter un ou deux clubs ce n’est pas un problème, c’est la descente le soucis. Au rugby, ils ont carrément mis des poules supplémentaires. Bernard Laporte se fait élire par tous les présidents de clubs amateurs et professionnels, nous ce n’est pas le cas.

À vos yeux, cette décision représente-telle une « mort du foot amateur » ?

Bien sûr, j’ai des courriers de présidents envoyés à Monsieur Le Graët. Ils expliquent être montés en N3 et avoir investis en conséquence. La décision de la FFF les fait descendre du coup ils démissionnent de leurs clubs et déposer le bilan. Je réagis par rapport à ces présidents. Ce n’est pas possible de faire ça lorsque l’on est passionné. Nous présidents de clubs amateurs, nous sommes bénévoles avant tout. Nous sommes là tous les week-ends, les soirs, en déplacement. Nos femmes crisent souvent. Nous sommes davantage avec le football qu’avec nos familles. Je me répète, mais la décision de la Fédé est purement motivée par l’argent. Nous avons une fédération riche, c’est bien, mais derrière c’est à elle d’aider. Le football amateur représente 99% de notre sport, les pros ne sont qu’1%. Tous les présidents avec lesquels j’en parle souhaitent pouvoir élire les dirigeants de la FFF et pas uniquement 216 grands électeurs. C’était un souhait d’Emmanuel Macron.

Propos recueillis par N.Portillo

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s