#Rugby / A.Méla (Albi) : «Il y a des gens qui ont la mémoire courte!»

Arnaud Méla, le manager du Sporting Club Albigeois, nous a accordé un entretien exclusif. Pour celui qui espère fermement que son club retrouve la Pro D2 dès la saison prochaine, le soutien de la fédération et de son président Bernard Laporte, sont grandement appréciés. Mais l’ex seconde ligne international n’hésite pas à tancer les clubs pros récalcitrants à la montée du SCA, en leurs rappelant, qu’eux aussi , ont eu fait un passage en fédérale 1. L’ancien joueur de Brive, emplit d’une certaine sérénité, n’ose imaginer qu’après 3 ans de sacrifices des albigeois pour se structurer sportivement dans l’optique de la Pro D2, le destin et la volonté de la LNR ne viennent anéantir tout cela. Confiant dans les instances de son sport, rasséréné par le soutien indéfectible du monde amateur, l’originaire de Bigorre se penche déjà sur un recrutement, qu’il veut calibrer pour la … ProD2.

 

 

Arnaud, tu en as connu des montées en Top 14, en Pro D2, des compliquées en tant que joueur, des stressantes, des au bout du temps mais là, avec le Sporting Club Albigeois, tu bats tous les records. Heureusement que tu n’as pas de pacemaker sinon, je pense qu’avec le stress qui monte actuellement, il se serait déclenché quelques fois ? 

 

C’est vrai qu’au niveau du stress, ce n’est pas l’idéal. Les montées que l’on a joué, dans tous clubs où je suis passé, on les a jouées sur le terrain et on avait un peu notre destin entre nos mains donc c’était à nous de décider si on voulait gagner, d’en faire plus que les autres. Là, aujourd’hui, on est un peu spectateur et on suit tout ça de très près. Bien sûr, j’ai confiance en les instances, à entendre Bernard Laporte hier sur RMC, on voit qu’il est présent, qu’il est avec nous, qu’il ne va pas lâcher sa Fédération, qu’il est proche de ses clubs de Fédérale et qu’il a sujet de faire monter les clubs de Fédérale 1. Donc ça, c’est quelque chose qui nous fait du bien parce-que moi aussi, il faut que j’avance, il faut que je fasse avancer mon recrutement. Encore hier soir, j’étais au téléphone avec des joueurs mais c’est vrai que, pour le moment, tant qu’on ne sait pas si on va monter ou pas, ce n’est pas évident de discuter avec des joueurs et de pouvoir se projeter. Je leur demande d’être patients et, quand on entend une émission comme hier soir, ça rassure un peu. On se dit qu’il y a du bon sens et que ça va aller, qu’on va finir par aller la chercher cette Pro D2. 

 

On sait que le Sporting Club Albigeois a ferraillé pendant trois ans en Fédérale 1 Elite et en Fédérale 1. Malgré le fait d’être pro, le leitmotiv du Sporting Club Albigeois, c’est d’aller à l’extérieur, chez des clubs amateurs en essayant de ne pas trop rouler des mécaniques, de les respecter et surtout, de respecter les valeurs de ces clubs amateurs. On voit qu’à force, les graines ont fait des bourgeons car quasiment tous les clubs amateurs soutiennent le SCA pour cette montée en Pro D2. Ça aussi, ça doit faire plaisir ? 

 

Ça fait plaisir. Ça fait partie de mes valeurs, j’ai joué en Fédérale 1 à Tours, je connais le niveau Fédéral, je sors d’un club qui joue en Fédérale 1 aujourd’hui. Je respecte énormément, j’ai des amis et des copains qui jouent en Fédérale 1 ou qui jouaient parce qu’ils sont de mon âge et maintenant, ils sont trop vieux. Mais en tous cas, je respecte énormément ces clubs, surtout dans notre poule où l’on avait les clubs du Piémont Pyrénéen que j’apprécie et qui ont quand même écrit pas mal de pages de l’histoire du rugby français. Donc, bien sûr que c’est important de respecter ces équipes-là. La plupart des joueurs que l’on rencontre sont des joueurs qui sont pluriactifs, qui travaillent à côté, qui vont se donner tous les week-ends pour jouer et, quand on joue Albi, pour eux, c’est une grande affiche. Ils sont fiers de faire une grosse prestation contre nous, à nous aussi de bien se préparer, de les respecter pour pouvoir aller faire une grande partie chez eux. C’est ce qu’on a fait cette année, on a tout le temps respecté les équipes chez qui on est allé, ce n’est pas trop mon style d’aller quelque part en chantant. C’est la base et l’ADN de notre sport de respecter l’adversaire et donc, tant mieux si ces équipes ont apprécié et nous soutiennent parce-que cela veut dire qu’on a fait passer les bons messages et qu’on ne s’est pas trompé de chemin. Oui, j’en suis content. 

 

Autre personne qui connait très bien le rugby, c’est Henry Broncan. Il y a quelques mois, il nous disait qu’avec les meilleurs joueurs de Fédérale 1, il y a moyen de bâtir une équipe redoutable en Pro D2. Est-ce que tu corrobores et est-ce que c’est l’un des axes de ton recrutement ? 

 

C’est sûr. Si on prend le meilleur joueur par équipe ou les deux meilleurs joueurs par équipe, tu feras une très belle équipe de Pro D2 parce qu’il y a quand même du potentiel, chaque équipe a un joueur qui sort du lot. Après, il y a des joueurs qui ne sortiront jamais de leurs bastions, qui resteront avec leurs copains dans leurs petits cocons mais il est sûr que tu peux faire une bonne équipe en piochant à droite et à gauche. Dans mon recrutement aujourd’hui, je regarde beaucoup les joueurs de Fédérale et bien sûr aussi de Pro D2 mais ça ne m’inquiète pas du tout d’aller chercher des joueurs en Fédérale 1, je sais très bien qu’il y a de la qualité et de la densité. La différence entre Fédérale 1 et Pro D2, c’est juste le rythme. Il y a des équipes qui sont équipées, il y a des joueurs qui sont costauds, il y a aussi des joueurs qui savent jouer au rugby. C’est le recrutement que j’ai, je regarde aussi. 

 

Quand tu vois la réussite de Jules Soulan, qui était l’année dernière à Dijon en Fédérale 1 et qui maintenant fait les beaux jours de Colomiers, ça donne quand même des idées ? 

 

Jules Soulan, le petit Queheille qui était à Lavaur, Il y en a un ou deux qui jouent à Aix qui étaient aussi à Dijon. 

 

Et Thomas Lacelle aussi  !

 

Bien sûr. Il y a Toto, Swan Cormenier qui joue à Bayonne et qui a fait des matchs en Top 14, il en sort tous les ans des exemples. L’année d’avant, c’était Hounkpatin qui était à Rouen et qui joue à Castres. Ce que je veux dire, c’est que c’est bien sûr très formateur de jouer en Fédérale 1. Il vaut mieux jouer des matchs en Fédérale 1, être estimé et très important dans une équipe, ça donne de la confiance, que de plutôt végéter 4e au poste en Pro D2 et de faire deux matchs à l’extérieur dans la saison. Tu n’emmagasines rien, tu ne joues pas, tu ne vis pas des situations et tu ne prends pas d’expérience. Donc, c’est pour cela qu’il ne faut pas hésiter à aller passer un an ou deux en Fédérale 1, faire 25, 30 à 40 matchs et là, on vit des situations, on joue, on est important dans une équipe et ça, c’est important. Dans ce sport, c’est la confiance qui fait beaucoup la différence et c’est quand tu joues que tu emmagasines de la confiance. Moi, le passage en Fédérale 1, si j’avais un joueur qui était un peu limite, je lui conseillerai direct d’y aller et après, il y a toujours des entraîneurs qui regardent les clubs de Fédérale 1. 

 

Il y a des passerelles ? 

 

Les passerelles, elles y sont. 

 

Et les passerelles, elles commencent par le passage d’un club de Fédérale 1 en Pro D2. Quand Mercredi, tu entends les clubs pros qui balayent d’un revers de la main et refusent la montée des deux prétendants de la Fédérale 1 à la Pro D2, à savoir Albi et Massy alors que, quand on fait le calcul, sur 16 clubs, il y en a 11 qui dans un passé récent ou lointain étaient en Fédérale 1, tu n’as pas l’impression qu’ils oublient un peu d’où ils viennent ? 

 

Oui, il y a des gens qui ont la mémoire courte. Mais malheureusement, ce dont je me rends compte dans cette situation-là, c’est qu’on ne parle plus trop de rugby, c’est le côté financier qui est en train de tout bouffer. Ils sont 30, ils se partagent une enveloppe à 30 et ils se disent que, s’il faut la partager à 32, il y en aura un peu moins. Je trouve ça dommage que ce soit encore une histoire d’argent. C’est toujours cette situation-là qui est compliquée, qu’on ne parle pas de l’amour de notre sport. Ce sont tous des managers, ce sont tous des entraîneurs, le président est le manager d’un club donc, ils savent tous très bien la passion et l’investissement qu’il faut mettre pour pouvoir arriver à monter. Certes, j’aurai préféré qu’on aille en phases finales, qu’on ne la doive à personne et qu’on aille la chercher sur le pré. 

 

Il manquera quand même cette saveur des phases finales ? 

 

Il manquera cette saveur mais on n’a pas le choix. On voit bien qu’en France, tout est chamboulé à tous les étages, tous les métiers. Il faut s’adapter, la tête de l’état s’adapte, tout le monde s’adapte, il faut qu’on s’adapte nous-aussi. Mais, on s’est entraîné, on a fait s’entraîner les joueurs, les joueurs se sont donnés et ont joué pendant 6/7 mois à fond pour en arriver à jouer une montée. Et tous les entraîneurs savent aujourd’hui l’investissement, comment on s’entraîne pour en arriver là. Quand tu fais une saison et qu’au bout tu n’as rien, tu sais très bien que c’est dur à avaler, qu’il faut relancer l’équipe, relancer les joueurs. Donc, c’est dommage qu’ils oublient tout ça juste pour une histoire de se partager une enveloppe de plus. J’espère qu’ils finiront par lâcher, il y avait aussi possibilité de faire un Top 16 avec juste une poule unique de 16, ça faisait deux rencontres de plus. Pour les équipes avec des internationaux, c’est embêtant parce-que ça fait deux matchs de plus chez soi, mais pour les petites équipes ou les équipes de milieu/fond de tableau, ça fait deux réceptions de plus, ça fait deux recettes de plus et tu emmagasines de l’argent aussi. Donc, il y a aussi une possibilité de gagner de l’argent autrement, il y a des possibilités. Je sais qu’ils vont y arriver, s’ils veulent, ils peuvent. 

 

Et Bernard Laporte stipulait bien, quand RMC l’a questionné sur le sujet, qu’au bout du bout, c’était la Fédé qui avait les clés du camion avec les règlements, qu’elle pouvait arbitrer comme elle le voulait sur les règlements et donc, sur les montées et les descentes. Bien sûr, juste derrière, il a dit qu’il ne voulait pas en arriver à cette extrémité-là et qu’il aimerait avoir un terrain d’entente avec la Ligue Nationale de Rugby. J’imagine qu’à Albi, ce genre de propos rassure ? 

 

Bien sûr que ça rassure mais de toute manière, on peut avoir confiance en Bernard. C’est quelqu’un qui, quand il a des convictions, les a rarement lâchées, on l’a vu en tant qu’entraîneur et tant que sélectionneur. C’est quelqu’un qui est déterminé, quand il a quelque chose en tête, il ne va pas abandonner. J’ai confiance en lui et je sais très bien que c’est un patron. Ça a été un patron sur tous les bancs et à la fin, c’est souvent le patron qui prend les bonnes décisions donc j’ai confiance en tous ça et j’attends maintenant. Ça a été repoussé à la fin du mois, c’est un peu long pour nous, c’est languissant mais on n’a pas le choix, c’est comme ça. Donc, il me tarde d’avoir une bonne nouvelle pour avancer notre projet. 

 

Ca a été repoussé à la fin du mois mais il se dit qu’il y aurait aujourd’hui ou dans la semaine des réunions de concertation. On pourrait déjà avoir de grosses tendances dans les jours à venir ? 

 

Les tendances, ce sont les pires, ce sont celles qui font le plus mal à la tête parce-que, tant que l’info n’est pas sortie, on va encore se faire des films. Il y a des jours où je lis un article, je suis au fond du seau, le lendemain, j’en lis un autre et ça va beaucoup mieux. C’est un peu les montagnes russes (rires). J’ai hâte d’être au jour J et qu’ils envoient un mail en disant  » feu, vous êtes en Pro D2, vous pouvez recruter et vous lancer dans votre saison et continuer « . Ça fait trois ans qu’on travaille pour ça et là, ce serai vraiment un coup d’arrêt. 

 

Avant, le baromètre était le bistrot du coin de la ville, maintenant, dans le rugby moderne, ce sont souvent les réseaux sociaux. On voit que le peuple jaune et noir et les supporters du Sporting Club Albigeois sont comme toi en émoi, inquiets, certains jours optimistes, d’autres au fond du seau. Tu as un petit message à leur faire passer ? Parce-que ça doit aussi faire du bien qu’il y ait ce pack de supporters qui, derrière, pousse pour que le Sporting aille au bout de ses rêves, à savoir la Pro D2 ? 

 

Déjà, les remercier d’être à fond derrière nous parce qu’ils ont été là toute la saison. Je suis très déçu qu’on n’ait pas les phases finales parce-que c’est quelque chose qui crée quelque chose avec sa ville et sa population. On passera par d’autres chemins mais en tous cas, je ne peux pas trop les rassurer, je n’en sais pas plus qu’eux, je suis les informations.

 

Pour l’instant, on tient la corde ? 

 

Oui, que ça tient la corde et que Bernard a une ligne de conduite à suivre et qu’il la suit bien. Il faut croire en Laporte et il va nous emmener en Pro D2. Je pense qu’on le mérite et il me tarde d’avoir cette bonne nouvelle, qu’on puisse peut-être simplement se retrouver dans un mois et demi ou deux mois, quand le confinement sera fini, voire trois mois, je ne sais pas s’il faudra attendre plus. On se retrouvera peut-être au Stadium avec les joueurs et nos supporters, qu’on puisse simplement se rencontrer. 

 

Une belle fête ? 

 

Voilà, se faire une sortie et clôturer cette saison. 

 

Les supporters ont aussi un grand questionnement. Qu’on soit en Pro D2 ou en Fédérale 1, enfin tu penses bien que les supporters n’imaginent que la Pro D2, c’est le recrutement. Tu en as un peu parlé, tu as des noms à leur annoncer pour les mettre en appétit ? 

 

Pas tout à fait, ça ne va pas tarder. J’ai fait signer deux joueurs sûrs, j’ai contacté trois autres joueurs pour qui je suis en attente de signatures de contrats. Il faut patienter une petite semaine et demi de plus et après, il va y avoir quelques noms qui vont sortir, oui. (Voir article sur Q.Pilet et D.Tchapnga ).

 

On comprend que, durant les négociations, il faille aussi garder un certain secret ou devoir de réserve. 

 

Voilà exactement (rires)

 

Pour toi, s’il n’y avait pas de Pro D2, tu le vivrais vraiment comme une injustice ? 

 

Une injustice … Oui, j’en ai un peu  » plein le cul « . L’an dernier, je l’ai pris comme donc je ne me suis pas positionné une fois, une seconde et même quand ça ne va pas très bien, je me dis  » ça va passer « . Après, s’il n’y a pas, on fera le point et on réfléchira à tout ça. Mais, pour le moment, je suis vraiment sur cette optique de monter et je travaille pour la montée. Mon recrutement est tout fait pour la montée donc je ne me suis pas tout à fait poser la question de savoir si ça allait passer. 

 

Comme à Radio Albigès et au Mag Sport, on est quand même un média tarnais, qui traite de toute la Fédérale 1 mais qui est albigeois avant tout, on va te donner rendez-vous au Stadium. Si on te donne rendez-vous au Stadium, c’est qu’il y aurait eu un joli biscuit au bout ? 

 

Voilà, ça serait la bonne nouvelle et si on pouvait se retrouver dans 3/4 mois autour du Stadium, ça serait bon signe pour tout le monde. 

 

J’espère que Reynald (Bruned le Pdt du comité d’animation des bénévoles et supporters du SCA) a préparé les fûts pour la fête. 

 

Reynald sera toujours prêt (rires)

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez l’itw audio d’Arnaud Méla, dans l’émission le #MagSport – RadioAlbiges du 7 avril 2020 .

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-7-avril-2020/

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