#Rugby – Fed1 / T.Trautmann (CS Vienne) : «Le titre de 2012, c’est mon meilleur souvenir de rugby!»

Nous sommes allés à la rencontre d‘une légende du rugby viennois, Thomas Trautmann, qui va raccrocher les crampons sur un dernier match hivernal à Dijon (le 1er Mars ), sans adieu au public d’Etcheberry. Pour celui qui prendra en main les destinées sportives du CS Vienne la saison prochaine au côté de Julien Veniat (Rumilly), espérait encore pouvoir faire un dernier tour de piste en playoffs, lors de cette interview réalisée avant l’annonce de la fin du championnat de fédérale 1. Le futur-Ex leader de jeu drs Isérois, nous dresse bilan et perspectives, tant d’une carrière que d’un club avec lequel il a goûté l’ivresse d’un titre de champion de France de fédérale 2 en 2012.

 

 

On a suivi l’évolution à Vienne avec un grand changement dans le staff la saison prochaine. Julien Véniat traverse un petit bout de France pour venir de Rumilly à Vienne et on a appris que tu allais faire la paire avec lui, que tu raccrochais les crampons en fin de saison pour endosser le costume de manager. J’imagine que c’est un choix que tu as du mûrement réfléchir et soupeser ? 

 

Oui, exactement, ça a été pour moi de longues réflexions. C’est toujours difficile de raccrocher les crampons, d’arrêter de jouer. Moi, je jouais depuis l’âge de 5 ans donc, c’est vrai que c’est compliqué de se dire qu’il faut arrêter. L’opportunité était belle pour moi, je savais que j’avais envie d’entraîner un jour. J’ai passé les diplômes quand j’étais pro et notamment le DJEPS pour entraîner plus tard. Je ne pensais pas que ça allait arriver si tôt mais en pesant le pour et le contre, mon corps est aussi un peu fatigué et je ne suis plus non plus forcément aussi performant qu’avant. J’aurai peut-être pu aller encore jouer dans les divisions inférieures mais l’opportunité était belle à Vienne et dans mon club. J’ai envie de m’investir dans ce projet qui, pour moi, est super important. 

 

C’est un beau challenge que tu relèves, surtout qu’on sait qu’à Vienne, il y a un beau projet sportif de structuration du club. Mais, on sait aussi qu’il est souvent difficile de basculer directement de joueur à entraîneur sans qu’il y ait une année sabbatique pour se ressourcer. Tu as pris conseils auprès d’entraîneurs, un peu comme Guillaume Aguilar à Mâcon dans ta poule, qui ont eux-aussi sauté le pas directement ? 

 

Non, je n’ai pas trop pris de conseils auprès de ces gens-là. C’est vrai que la plus grosse question, c’était ça, c’était de savoir comment j’allais changer de casquette, comment mes coéquipiers de maintenant allaient le prendre. Donc, j’ai déjà parlé avec quelques joueurs de l’effectif qui m’ont plutôt rassuré et qui m’ont dit que ça ne leur posait pas de problème. La difficulté était aussi de  » remplacer  » Matthieu Lazerges qui est l’entraîneur qui m’a entraîné le plus longtemps dans ma carrière donc, c’est quelqu’un qui compte beaucoup pour moi, avec qui je partage beaucoup de choses, d’abord rugbystiquement et dans la vie, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. 

 

C’est un véritable mentor ? 

 

Oui, sur ces dernières années, carrément, ça a vraiment été mon mentor. J’ai eu d’autres entraîneurs qui m’ont marqué dans ma carrière comme Franck Corillon mais Matthieu Lazerges fait partie intégrante de ma carrière. Donc, c’est difficile de se dire qu’on va remplacer quelqu’un comme lui. Et je sais qu’il a une capacité à analyser le rugby que je n’ai pas encore mais je vais essayer de travailler pour tendre vers ce qu’il fait. 

 

On va aussi parler un peu de ton binôme, Julien Véniat. C’est le coach actuel de Rumilly, l’année prochaine, il sera à tes côtés sur le banc de touche. Le fait de faire la paire avec Julien a participé à ton choix ? 

 

Oui, bien sûr. Il y a eu des entretiens téléphoniques et ensuite des entretiens, on s’est vu avant que je ne donne réponse. On a essayé d’échanger, on se connaissait un petit peu mais juste comme ça, on avait joué l’un contre l’autre, on s’était vu 2, 3 fois, on avait bu une bière ensemble mais on ne se connaissait pas forcément. On a échangé un peu sur le sujet, j’avais suivi ce qu’il avait fait à Villeurbanne et ce qu’il faisait actuellement à Rumilly. Ce qui m’importait d’abord, c’est d’être avec quelqu’un avec qui j’étais sur la même longueur d’ondes sur la structuration. Parce-que moi, dans mon rôle, je vais être entraîneur de l’équipe première des seniors mais j’ai envie de garder un œil sur tout ce qu’il se passe en espoirs, sur la formation et sur l’école de rugby. J’ai commencé il y a 5 ans à être directeur de l’école de rugby, après, petit à petit, je me suis occupé de toute la filière jeune et maintenant, on me propose ce poste d’entraîneur de la première. Mais moi, je ne veux pas être juste l’entraîneur de l’équipe première, je veux vraiment garder un œil général sur la politique sportive du club et je voulais partager le point de vue de Julien là-dessus. J’ai été content qu’il veuille s’engager dans une politique sportive du club. 

 

En parlant de la politique sportive de Vienne, on sait que c’est un club qui ne fait pas beaucoup de bruit mais qui qui se structure pas à pas. Vous avez fait un magnifique parcours en phase régulière cette saison, vous étiez 3es ex-aequo avec Chambéry et Suresnes. Quel est l’objectif pour la saison prochaine ? Continuer à monter les marches de la Fédérale 1 petit à petit ? 

 

A aujourd’hui, on a du mal à se projeter au vu des événements actuels, on ne sait pas trop comment ça va se passer. Aujourd’hui, je ne pourrai pas te parler d’objectifs au classement ou d’objectifs de résultats. Ce qui est sûr, c’est qu’on veut structurer le club du mieux possible, de continuer à être un club phare sur la formation dans notre agglo, dans l’agglomération viennoise. On essaie de plus en plus de travailler en collaboration avec les clubs aux alentours parce qu’il y a plein de  » petits  » clubs. Ce que je dis n’est pas péjoratif, il y a plein de petits clubs amateurs qui fournissent de supers jeunes et notre but est de se servir de ces jeunes-là, qui sont issus de la formation de l’agglo viennoise pour continuer à grandir. 

 

En gros, d’être la locomotive locale ? 

 

Oui, c’est ça. Nous, on est très proches du LOU donc on sait très bien que les meilleurs jeunes vont partir dans ces clubs, au LOU ou même à Grenoble et tant mieux parce-que ces clubs bénéficient de moyens que nous, nous ne pouvons pas amener à ces jeunes-là. Mais nous avons aussi nos moyens et on essaie de bien bosser avec les jeunes depuis quelques années pour pouvoir faire qu’il y en ait un maximum qui joue en équipe première même si on sait très bien que, pour être bons, pour être postulants à la qualif en Fédérale 1, on est obligé de recruter des joueurs d’expérience de temps en temps mais on essaie de s’appuyer sur des joueurs locaux. 

 

Souvent, quand on côtoie ou qu’on rencontre des clubs qui sont dans la poule de Vienne, que ce soit dans la poule 4 l’année dernière ou dans la poule 1 cette année, le premier mot qui vient de la bouche de vos adversaires, c’est  » Vienne a une armée de bénévoles, c’est magnifique « . On sait que cette armée de bénévoles est l’ADN de ce club. Toi, en tant que manager, tu vas t’appuyer sur ces bénévoles qui font office de  » poutre  » et de cœur du club ? 

 

Bien sûr, d’autant plus que c’est de plus en plus dur de survivre financièrement dans cette Fédérale 1 donc, on va bien sûr s’appuyer sur ces bénévoles. C’est vrai que, quand les équipes viennent le dimanche, elles sont souvent impressionnées déjà de par le nombre de personnes qu’il y a au stade parce-que c’est vrai qu’il y a pas mal de monde, pas mal d’espaces de réception, beaucoup de monde à la fin du match. Tout ça, c’est grâce aux bénévoles et il y a aussi des bénévoles qui bossent sur le sportif à l’école de rugby, sur la filière jeunes. Moi, j’ai la chance de connaître ces gens depuis très longtemps, il y en a qui me connaissent depuis que je suis né. Il y en a d’autres avec qui j’ai fait connaissance au fil de ces 10 dernières années, depuis que je suis revenu au club. Tout le club compte beaucoup sur eux et sans eux, on ne serait pas grand-chose aujourd’hui. 

 

Ces bénévoles sont en fait une vraie richesse et un vrai fil conducteur du club ? 

 

Ça l’est mais on sait que ça a aussi ses limites, il ne faut pas trop tirer dessus (rires). On leur en demande beaucoup, on essaie parfois de leur rendre comme on peut. En tous cas, ce sont des gens qui nous aident beaucoup et on sait que sans eux, on n’en serait pas là. 

 

On va repasser sur le registre sportif puisque tu es encore joueur pour quelques semaines. On sait qu’actuellement, il y a de gros points d’interrogation sur les phases finales de Du Manoir et de Jean-Prat. Le Jean-Prat, ce n’est pas encore pour Vienne, on vous le souhaite dans quelques années, ça voudra dire que le club aura bien grandi et voguera sous de nouveaux cieux. Mais pour vous, le Du Manoir, c’était l’année pour, vous étiez dans les clous. Une annulation ou une forme raccourcie du Du Manoir, auraient, j’imagine, un goût d’amertume pour Vienne ? 

 

Aujourd’hui, on prendrait même une forme raccourcie. On a surtout un petit peu peur d’avoir fini la saison. Nous, on avait déjà goûté aux phases finales il y a deux ans quand on était monté en Fédérale 1. A ce moment-là, il y avait la poule Elite en Fédérale 1 donc, on avait déjà goûté aux phases finales. On avait notamment fait une super performance contre Cognac-Saint-Jean-d’Angély, qui était une grosse écurie, qu’on avait battu à Vienne et qu’on avait éliminé en allant chez eux. On avait ensuite perdu contre Lavaur qui était une super équipe mais on avait passé de supers moments. C’est vrai que pour nous, cette année, les phases finales étaient super importantes pour le groupe. On avait envie de profiter de ces moments, de moments de matchs super importants. Quand on est joueur, on vit toute l’année pour jouer des phases finales donc, c’est vrai que ce serait dur si on ne les avait pas. Si on pouvait avoir une formule un peu amoindrie, même si ce n’est qu’un ou deux matchs, ce serait déjà sympa à jouer. Et puis, je pense que ce serait aussi important pour les finances des clubs de pouvoir compter sur un match à domicile. 

 

Quand on t’entend parler, tu parles directement des phases finales, on voit que tu n’es pas dupe. Malgré les communiqués de la Fédération, tu as déjà enterré dans ta tête les 4 derniers matchs de championnat ? 

 

Oui, moi, je n’imagine pas comment on pourrait jouer ces matchs de championnat. Pour l’instant, nous ne sommes pas trop touchés à Vienne, nous ne sommes pas en région parisienne ou dans l’est de la France où il y a beaucoup de cas de coronavirus. Mais, je ne suis pas un spécialiste, pour l’instant, on est un peu épargné mais on voit bien que c’est une crise sanitaire importante. Après, le rugby reste secondaire, il y a des gens qui meurent tous les jours. Pour l’instant, ces matchs-là ne sont pas la priorité, je le comprends bien. 

 

Le 01er Mars, quand tu as chaussé les crampons avec Vienne, tu te disais dans ta tête que ça pouvait être le dernier match de ta carrière ? Si ta carrière s’est vraiment arrêté le 01er Mars, tu vas être obligé d’organiser une belle fête, un jubilé pour quand même rechausser une dernière fois les crampons ? 

 

Le 01er Mars, je ne m’attendais pas du tout à ce que ce soit mon dernier match de rugby, ça c’est sûr. C’était je crois à Dijon. Ce n’est pas vraiment la sortie dont j’ai rêvé, j’aurai aimé jouer un dernier match à Vienne, au stade Jean-Etcheberry où j’ai commencé le rugby, où mon père a joué, où mon grand-père a joué donc, j’aurai bien aimé faire ça. Les conditions font que ce ne sera peut-être pas possible, on verra. Si je le fais en phases finales, tant mieux sinon, peut-être que j’organiserai une fête avec tous les copains avec qui j’ai joué depuis des années. Ça aura un autre goût, ce sera autre chose mais ça sera tout aussi bon. 

 

On va clôturer avec la question bonus. On espère que tu auras un dernier beau souvenir avec ce maillot de Vienne, voire plusieurs car ça voudra dire que vous aurez fait les phases finales de Du Manoir. Mais à l’heure actuelle où l’on parle, si tu avais un souvenir à retenir de tes années viennoises, ce serait lequel ? 

 

La première année où je suis revenu, en 2012, j’arrivais du monde pro dans une équipe de Fédérale 2. J’ai retrouvé des valeurs et, au final, on a été champion de France avec des mecs exceptionnels qui sont depuis devenu des amis. C’est vrai que le titre de champion de France de Fédérale 2 en 2012 contre Saint-Sulpice à Béziers, au stade de la Méditerranée, même si c’était un match de Fédérale 2, a vraiment pour moi, qui avait un petit peu joué dans le monde professionnel, une saveur particulière. C’est mon meilleur souvenir de rugby, à Vienne et ailleurs. 

 

On te remercie et on espère pour toi que la crise sanitaire ne durera pas trop longtemps, que tu pourras fouler une dernière fois le stade de Vienne. Et que, l’année prochaine, tu vogueras vers de nouvelles ambitions et de nouveaux objectifs avec le poste de manager au CS Vienne. 

 

Pas de souci, j’espère que tout le monde ira bien. Merci beaucoup

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

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