#Rugby – Fed1 / M.Buzy-Pucheu (FFR): «On va soulager les clubs sur les conditions financières!»

Le vice-président de la Fédération Française de Rugby en charge du monde amateur, Maurice Buzy-Pucheu, nous a accordé un entretien grand format, quelques minutes, après les annonces de Bernard Laporte ce dimanche 22 mars 2020. Alors que l’ensemble des clubs de rugby français venaient de recevoir une lettre du président de France Rugby, leur dévoilant les grandes lignes du plan de relance, « MBP » est venu nous décrypter une partie des mesures. Pour l’originaire du piémont pyrénéen, la crise sans précédent que vit la nation, doit tout d’abord faire relativiser sur les problématiques du sport. A l’instar de ces sages, qui se bonifient tel le vin avec l’affinage, et qui émaillent la sociologie de la France rurale, le numéro 3 de la fédé, lance un message de raison et d’espérance. Mais celui qui est le boss de la fédérale, n’en oublie pas les clubs amateurs et semi pro, qui font preuve d’une vive inquiétude face une situation hors du commun. C’est pour cela que Maurice Buzy Pucheu prend son bâton de pèlerin, pour expliquer les décisions de l’instance fédérale, et surtout envoyer un message fort aux licenciés, « France Rugby ne vous laissera pas tomber ». Focus sur un dirigeant de l’ovalie francaise qui n’esquive aucune question (phases finales, DNACG, fond de soutien , modifications réglementaires etc…) , mais qui se bat pour sauver et rassurer la base du rugby hexagonal.

Maurice Buzy-Pucheu, tout d’abord comment allez-vous avec cette crise sanitaire du coronavirus ? 

 

On agit avec beaucoup de conférences audio, par téléphone, par visio parfois mais surtout par téléphone. Vendredi, toutes réunions confondues, j’ai passé 6h de temps au téléphone. On ne va pas se plaindre, ce n’est pas ça mais, c’est un peu plus compliqué que sur un schéma normal. 

 

Et la santé va bien ? 

 

Oui, la santé va bien et beaucoup de pensées pour ceux qui souffrent, qui sont touchés par la maladie mais aussi pour toutes les personnes qui sont impactées. Je pense surtout aux entreprises, aux artisans, aux gens qui sont bloqués chez eux, qui ne peuvent pas travailler, qui vont certainement se mettre en difficulté économique. On va comparer notre rugby à des choses qui sont beaucoup plus pressantes et beaucoup plus immédiates pour des personnes du monde  » civil  » sur le plan économique. 

 

J’imagine que pour ce confinement, vous avez fait comme tout le monde et que vous êtes revenu aux sources et aux valeurs, au pied des Pyrénées ? 

 

Vous savez, je suis issu du milieu rural, j’avais connu une expérience familiale il y a très, très longtemps ce qui fait que les retours aux sources sont toujours nécessaires déjà pour se positionner humainement, parce-que nous sommes dans le mondialisme. Malheureusement, la télévision nous montrait tous les jours des gens qui souffraient, des gens qui étaient en guerre, des catastrophes naturelles. Moi, je pense qu’on a regardé un petit peu en spectateurs mais pas tellement en acteurs. 

 

Ça nous revient maintenant en pleine figure. Dans ce contexte de crise sanitaire de coronavirus, la Fédération Française de Rugby vient d’annoncer, par la voix de son président Bernard Laporte, un grand plan Marshall, un grand plan de relance. Vous avez sorti l’artillerie lourde pour venir au soutien dans le ruck du rugby amateur ? 

 

Oui, tout à fait. Ça semblait nécessaire vu le nombre de retours qu’on a des clubs. Je suis tous les jours en contact avec des présidents de clubs. Moi-même, j’ai des échos ici sur le département, sur la ligue. Il y a des gens qui sont en grande souffrance financièrement et moralement. Donc, il ne faut surtout pas que cet épisode fasse disparaître des clubs, c’est la volonté première du président. Ce sauvetage des clubs doit bien sûr se faire avec un plan qui doit être raisonné mais j’ai confiance parce-que la grande majorité des présidents de clubs du milieu amateur, je ne connais pas le milieu professionnel mais il y a aussi des gens responsables chez les professionnels, sont des gens qui sont honnêtes et qui ont beaucoup donné au rugby. A ce titre, ils méritent que la Fédération Française de Rugby les aide et comprenne leur souffrance. 

 

Dans la pratique, ce plan s’articule en deux volets. Vous pouvez nous expliquer un peu les deux grands thèmes ? 

 

Il y a toute la partie économique. Il va y avoir la reversion des fonds qui n’auront pas été dépensés cette fin de saison puisqu’il y a malheureusement cinq journées en Fédérale 2 et 3 et quatre journées en Fédérale 1 qui elles sont déjà annulées, puisqu’on a décidé d’arrêter un classement au 25 Mars. 

 

Avec péréquation pour les clubs qui avaient des matchs en moins ? 

 

Péréquation totale. Les matchs en moins seront bien sûr inclus, il faut qu’on ajoute là-dessus les points  » chartre de l’arbitrage « , le respect des obligations jeunes et ensuite, les quelques dossiers qui sont en appel et relatifs à des décisions mais qui concernent essentiellement la Fédérale 1 et la Fédérale 2, les décisions de la DNACG. 

 

Avec, sur le plan économique, on va dire, une plus grande mansuétude qu’à l’accoutumée ? 

 

Non, ce qui s’est fait jusqu’à maintenant au niveau de la DNACG sera appliqué puisque là, la saison était normale. Ensuite, pour la saison prochaine, c’est certain qu’il y aura des mesures. Ce sera certainement le 2e volet de notre entretien. 

 

On sait aussi que vous parliez de l’arrêt du championnat. Il y avait un match en suspens, Nice/Narbonne avec un appel au CNOSF. Comment allez-vous faire pour prendre ce match en compte ? Vous allez vous basez sur le dernier avis de la commission d’appel de la Fédération ? 

 

Le CNOSF vient après la commission d’appel. Cette dernière avait décidé match à rejouer, le CNOSF reste un avis consultatif. Mais vu qu’on va appliquer la péréquation, je pense que ce qui était sujet avant l’arrêt des matchs donc avant le 15 Mars, tombera de lui-même. 

 

Dans la situation actuelle, tout le monde a mis son orgueil dans sa poche ? 

 

Oui, je crois quand même qu’il y a la raison qui s’applique et qui doit être respectée. On peut aimer son club mais de tous les entretiens que j’ai pu avoir avec les présidents, essentiellement les présidents de Fédérale 1, mais j’ai aussi des contacts locaux avec des présidents de petits clubs, les gens ne sont pas dans un esprit de bataille. Ils sont dans un esprit de de déjà gérer la fin de saison puis de préparer la saison prochaine avec tous les incertitudes qu’il y a. Certains côté sponsoring avec les entreprises vont sortir exsangues de cette période. Je ne sais pas pour combien de temps il y en a mais, d’après les échos qu’on a, je pense que ce sera long. 

 

Le fond de soutien de 35 millions, bien sûr exceptionnel, est fait pour combler un peu ce manque à gagner qu’il va y avoir dans ce corps économique qui participe à la vie des clubs mais aussi le manque à gagner des billetteries ?

 

Il y a une partie de 4 millions d’euro qui va être redistribuée sur les économies de la fin de saison, les économies FFR. Ensuite, pour l’année prochaine, les clubs repartiront et la FFR va prendre en charge tout ce qui est lié au démarrage. C’est à dire qu’elle va prendre en charge les licences/assurances, les frais de mutation, tous les frais qu’ont les clubs pour un début de saison. Bien sûr, on n’entrera pas dans des éléments comme les recettes de matchs, les manques de publicité. On ne peut pas aller aussi loin dans tout ça mais disons qu’on va déjà soulager les clubs sur les conditions financières de début de saison. 

 

Sur le second volet, on voit aussi qu’il y a la création d’un organisme de crise, l’arrêt du prélèvement des licences, et un train de mesures d’exception. De quoi retourne ce dernier ? 

 

Vous voulez parler du niveau réglementaire ? 

 

Oui, tout à fait

 

Il y a des articles dans le règlement notamment sur la chartre de l’arbitrage qui étaient dans l’ensemble très respectés, parce qu’on est en train de terminer le recensement des retours des clubs, il y a 5% des clubs qui ne l’auraient pas respecté. Ça a du sens mais on ne va pas encore perturber les clubs avec ces empêchements et autres. Il y a aussi les obligations sur les jeunes et autres, je pense que les clubs vertueux vont les continuer et il y a ceux qui sont en difficulté, justement parce qu’ils sont en difficulté ou autres. Pendant une année, ce n’est pas qu’on va modifier le règlement ou autre, mais on a pris la décision de suspendre l’application d’un certain nombre de ces articles des règlements de compétitions qui sont contraignants. 

 

Pour donner un exemple, pour s’engager l’an prochain en Fédérale 1, le cahier des charges sera beaucoup moins restrictif ? 

 

Il faut qu’on en discute, on n’est pas encore rentré dans les détails. La décision a été prise vendredi soir et ce week-end, on a un peu levé le pied par rapport à nos échanges. On a une réunion qui va redémarrer aujourd’hui dans laquelle nous préciserons ces détails mais l’idée, c’est ça. Et puis, comment voulez-vous qu’un club fasse au mois de Juillet son bilan d’objectifs, son plan prévisionnel et financier ? Imaginons le pire, que le confinement dure et que les entreprises ne travaillent pas jusqu’à fin mai, est-ce que vous pensez qu’elles seront à même de dire fin Juillet aux clubs si elles peuvent leur donner ou non ? D’autant plus que les clubs que j’ai eus m’ont dit  » on n’a pas encaissé la totalité « . La majorité des clubs ont 10% de sponsoring ou de partenariat qui ne sont pas rentrés. Les présidents le disent  » est-ce que vous pensez que maintenant, on va aller leur réclamer ? Ils donneront ce qu’ils pourront donner « . 

 

Il y a aussi une grande question que soulèvent surtout les clubs de haut de tableau, je pense à Narbonne, à Bourg-en-Bresse, à Massy ou encore à Albi. Est-ce qu’il y a encore un espace pour qu’il y ait des phases finales de Fédérale 1 et est-ce qu’il y aura des montées, même si ces dernières sont aussi assujetties à la décision de la LNR ? 

 

La LNR aussi conduit à vue. Je sais qu’ils doivent se réunir cette semaine et j’ai vu dans Sud-Ouest l’interview de Paul Goze qui se demande s’ils vont augmenter le nombre d’équipes en Top 14 et en Pro D2. C’est une éventualité qu’ils n’écartent pas. 

 

Le diffuseur aura bien sûr son mot à dire ? 

 

Oui, bien sûr. Donc, là-dessus, notre objectif est qu’effectivement, les équipes qui ont fait les efforts nécessaires et qui, sportivement, financièrement et dans le respect des conditions ont accès à la Pro D2, puissent le faire. Je me suis entretenu avec les personnes directement concernées là-dessus et pour nous, c’est bien sûr notre objectif premier. Mais également pour les autres montées, qu’ils s’agissent de celles de Fédérale 2 et de Fédérale 3. Il y a aussi l’effet inverse, il y a des clubs qui me disent  » est-ce que je vais être sanctionné si moi, je demande à jouer au niveau inférieur ? « . C’est tout cela qu’il faut qu’on analyse et vous vous doutez bien que je n’ai pas la réponse à vous donner. 

 

Et s’il y avait un maintien des montées et des descentes, les phases finales de Fédérale 1 se feraient en version réduite ou ce serait les deux premiers nationaux qui monteraient ? Quelles sont les optiques ? 

 

C’est trop tôt pour le dire. 

 

Vous attendez d’avoir un peu plus de visibilité sur le calendrier ? 

 

Oui, c’est le temps. Si on m’annonce que le confinement ne sera plus en vigueur à partir du 15 Avril, nous, nous sommes comme je vous l’avais dit, tout à fait en phase pour organiser les phases finales sur la base du classement au 15 Mars pour faire jouer les matchs, il n’y a pas de problème. Ça permettrait aux clubs d’avoir 15 jours pour se préparer, sous condition bien sûr qu’ils aient don à leurs joueurs des programmes de préparation individuelle. , on est tout à fait à même de jouer les phases finales sous la forme qu’on avait prévue. 

 

Et la forme avec un seul match sec sur le terrain de la tête de série, ça peut être aussi une solution de repli ? 

 

Ça peut aussi être une solution mais il faut qu’on ait ces 15 jours de battement pour que le club puisse se préparer. Parce-que, si on nous annonce l’arrêt du confinement le samedi, on ne va pas envoyer des clubs les faire jouer le dimanche. 

 

Oui, on va les envoyer à la boucherie et ça ne sera pas respecter l’intégrité des joueurs

 

Au niveau santé, ça n’aurait pas de sens. 

 

Il ne faudrait pas sortir d’une crise sanitaire pour re-rentrer dans une nouvelle. Une question plus généraliste maintenant : on voit que certains français ont parfois un peu pris par-dessus la jambe le confinement ou la gravité de la crise sanitaire. Vous, en tant que patron du rugby amateur, est-ce que vous êtes satisfait du comportement des clubs du rugby et du monde de l’ovalie ? 

 

A ce que je sache, les clubs de rugby n’ont pas été sur le devant de la scène pour la non-application de ce confinement. Vous savez, le rugby est un sport qui est parfois un peu bordélique mais avec des gens qui ont le sens des responsabilités. 

 

Et dans les moments graves, c’est aussi là que l’on voit la vraie valeur des gens et ce qu’ils incarnent ? 

 

Tout à fait

 

On vous remercie, Maurice Buzy-Pucheu, d’avoir répondu à nos questions pour nous donner un peu le cap et bien sûr, les mesures phares que va lancer la FFR au soutien du monde amateur. Et on espère qu’une fois la crise sanitaire passée, le ballon repassera de main en main sur les prés de France et de Navarre. 

 

Effectivement, c’est notre souhait à tous et je souhaite que votre radio continue à faire vivre le rugby. Les journaux comme le Midol doivent continuer dans une période compliquée et continuer à alimenter par des informations réelles, c’est à dire les compétitions ou autres, ce qui passionne les français. Mais ce sera aussi pour eux l’occasion d’apprendre des styles de fonctionnement de la FFR. Et c’est très important que votre radio continue aussi ce lien donc, continuez. 

 

On va essayer et puis, ça nous permet aussi de nous réinventer dans ce beau métier qu’est le journalisme. On fait un peu plus d’actualité à froid et moins d’actualité à chaud. 

 

Tout à fait et ce que vous faîtes est remarquable. 

 

Merci, ça fait chaud au cœur et à très bientôt 

 

A très bientôt 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s