#Football – D2F / S.Fau : «Arrêter le championnat, je pense que c’est la seule issue!»

Samuel Fau, le coach adjoint de l’ASPTT Football de l’Albigeois, confiné dans ses terres natales montalbanaise, nous a livré sa façon d’appréhender la pandémie Coronavirus. Au chômage partiel actuellement, le préparateur physique de l’équipe fanion du club, n’en garde pas moins un œil sur le sport et l’enjeu primordial de cette saison, le maintien en D2F. Entretien avec un acteur du sport qui vit la situation avec philosophie et lucidité, tout en espre des lendemains plus radieux.

Samuel, déjà, comment vis-tu toutes ces mesures de restriction pour lutter contre le Coronavirus ? 

 

Bonjour. Je ne te cache pas que c’est assez compliqué, tu dois le savoir puisque tu as quand même, on peut dire, les deux pieds dans le monde du sport. Pour nous, le fait de ne pas s’entraîner, de ne pas être sur les terrains, de ne pas être à la salle de musculation, de ne pas être à l’extérieur, c’est déjà très, très compliqué à vivre. Mais bon, on n’a pas le choix, là on parle de santé donc, il faut faire avec. 

 

Toi, personnellement, tu es toujours sur Albi ou tu es rentré en famille comme beaucoup de gens ? 

 

Du coup, je suis rentré en famille comme beaucoup de gens. J’ai la chance d’être de la campagne donc disons que je vais avoir un peu plus de liberté chez moi à la campagne que dans mon petit appartement sur Albi. 

 

Tu es allé respirer le bon air de Sapiac et de Montauban ? 

 

Oui, voilà, je suis juste à côté de Montauban et comme tu dis, je suis allé respirer le bon air de Sapiac

 

La problématique actuellement, c’est que tout le sport est bien sûr en stand-by. C’est un black-out total, tous les championnats sont arrêtés et gelés. L’inquiétude qui monte du milieu du sport, c’est savoir si les championnats reprendront, s’ils finiront totalement ou partiellement ou si cela re-débutera la saison prochaine. Toi, as-tu un avis pour commencer et ensuite, un souhait ? 

 

Nous, clairement, vu notre position, on ne va pas se cacher que si le championnat est gelé à la fin de l’année, ce n’est pas un mal pour un bien mais, vu notre position, on le prendra, il faut le dire. Après, on était sur une dynamique assez positive donc on ne sait jamais de quoi est fait le sport. On avait Saint-Maur qui était devant, on les jouait potentiellement dans deux rencontres. Si le championnat reprend, je pense qu’il faudra, après cette coupure, partir sur deux voire trois semaines de préparation afin d’être dans une forme optimale. Donc, je ne sais pas comment ils souhaitent l’agencer, j’avoue qu’on n’a pas de donnée là-dessus. On a tous des interrogations par rapport à ça, de se dire comment vont-ils faire. Est-ce qu’on va jouer deux fois par semaine ? Potentiellement nous en plus, on est en barrage. 

 

Potentiellement, il reste combien de matchs à l’ASPTT en phase régulière ? 

 

En championnat, on a 6 matchs à jouer et potentiellement, avec la position qu’on a actuellement, ce serait 2 à 4 matchs de plus. 

Soit entre 8 et 10 semaines à caler c’est à dire que ça commence à devenir assez costaud ? 

 

Exactement. Et puis, il faut surtout penser à l’année d’après sachant que les prépas reprennent en général début juillet, individuelles voire collectives donc, on y serait très, très vite. 

 

Faisons un peu de fiction. Avec potentiellement une reprise le 15 avril, mais ça paraît assez tôt, voire le 1er Mai, il faudrait quasiment deux mois ou même plus de deux mois pour effectuer toutes les rencontres de championnat plus les barrages. Ça ferait une fin de saison quasiment fin juillet ? 

 

Clairement oui. Là, je pense que, vu comme c’est parti, on va partir pour un bon mois et on retomberait mi-avril. Donc, le temps de revenir un peu en forme, j’espère qu’ils nous laisseraient au moins deux semaines de préparation, on serait début mai. Et après, comme tu l’as dit, potentiellement deux bons mois. 

 

Avec au minimum une coupure parce qu’on le sait, légalement, jouer 8 matchs d’affilée, je ne pense pas que ce soit dans les possibilités médicales ? 

 

Oui, surtout vu les règles de confinement. Toutes les filles ont un programme individuel à suivre sur les prochaines semaines ce qui est normal. On a mis de la course, apparemment, pour le moment, on peut aller courir dehors en étant seul, je ne sais pas si ça va durer bien longtemps. Faire du renforcement musculaire, mettre du cardio hit lors des séances chez soi, c’est possible. Après, ce qui serait top, c’est qu’elles aient toutes un tapis et un vélo à la maison mais on n’en est pas encore là donc, c’est un peu plus compliqué. Sur la gestion physique, et même sur tout le travail, qu’il soit technique, tactique, pendant un mois, elles ne vont pas toucher le ballon. Et je pense que la reprise va être compliquée mais compliquée pour tout le monde. Donc, je ne sais pas du tout comment ils vont faire, je leur souhaite beaucoup de courage parce-que, dans tous les cas, si on reprend, on finira tard. Si on ne reprend pas, il y aura des contents peut-être comme nous et des moins contents, les premiers du championnat et ceux qui jouent la montée de R1 en D2. Donc, un peu comme tu l’as marqué dans ton article pour le rugby, ça va être compliqué. 

 

Dans tous les cas, il y aura un cimetière de déçus ? 

 

Oui, exactement, c’est sûr. Si on se met dans notre poule, au niveau du championnat, le premier Issy a 10 point d’avance ou plus, il est quasiment champion donc, c’est certain qu’il ne sera pas content. Tous ceux qui sont derrière et qui visent potentiellement la montée, eux seront plus contents. Le ventre mou, n’en parlons pas, et ceux qui sont en bas, encore plus. Des clubs comme Bergerac, Toulouse et nous, c’est sûr que, si on ne repart pas, on ne peut pas dire qu’on soit perdant sur le coup. 

 

Tu nous parles de  » si on ne repart pas « . Ça veut dire que, si le championnat de D2 féminine ne repartait pas, la saison serait considérée comme gelée, comme morte et on repartirait à zéro en Septembre, avec les mêmesprotagonistes ? 

 

Pour moi, s’ils arrêtent le championnat, je pense que la seule issue, c’est celle-ci. Je ne sais pas comment ils veulent l’agencer, surtout que les montées de R1 à D2 sont en fait régionales. Donc, il y a plusieurs clubs de R1 qui peuvent potentiellement monter en D2 donc, on ne va pas faire un championnat à 20 avec les 8 éventuelles montées cotésud/sud-est/sud-ouest pour jouer dans un groupe et nord-est/nord-ouest pour jouer dans l’autre groupe. Sinon, l’année prochaine, on fait un championnat à 20, enfin, ils font ce qu’ils veulent. Mais, là je t’avoue, si on ne repart pas, à part jouer les championnats, je ne vois pas ce qu’on peut faire. Parce qu’en soi, même Bergerac qui a 0 point, il reste 6 journées donc, ils peuvent en avoir 18 et se dire  » moi, à la fin du championnat, je peux être barragiste donc, pourquoi je descendrai ? « . 

 

Si on suit bien ton raisonnement, si on ne repart pas, le 1er Mars, quand vous avez joué contre Rodez avec ce magnifique score de parité de 0 à 0 qui était un gros point pour l’ASPTT, ça aurait été le dernier match de la saison. Une saison qui se termine le 1er Mars, c’est très tôt. Par contre, si on repart, la saison risque de se finir fin juin, mi-juillet ce qui sera très, très tard par rapport au calendrier habituel. Dans tous les cas, quoi qu’il se passe, cette saison restera hors-norme ? 

 

Ah oui, clairement ! Sachant que, si on repart, la possibilité est aussi de mise, comme tu l’as dit, on finira tard voire très tard. Et si potentiellement, ce que j’espère, on se maintien en D2, il n’y aura pas de trêve, on enchaîne. Ce sera 2019/2020 merci et 2020/2021 en suivant. 

 

Pour le recrutement,  ça va être une catastrophe ? Il n’y aura aucun recul, ça va se faire dans un laps de temps très restreint. Ce sera  » entre le mur et la tapisserie  » comme on dit ? 

 

Oui, c’est sûr. Et en plus, si on est en barrages et qu’on s’en sort, on prend un mode  » plus  » par rapport aux autres, c’est certain qu’on va enchaîner. Donc, je t’avoue que tout le staff est dans l’interrogation, je pense même que tout le club et tous les clubs sûrement. Parce-que nous, on se doit de maintenir les filles à un niveau correct on va dire, en faisant ce qu’on peut. On n’a pas la chance d’avoir des GPS sur toutes les filles qui nous amènent potentiellement les données pour voir ce qu’elles ont fait pendant la semaine. C’est vraiment on leur fait confiance, il faut le mettre en avant, sur le travail physique et individuel. 

 

Les filles le vivent comment ? 

 

Elles le vivent mal aussi, nous les premiers. Je t’avoue que, quand c’est tombé, on savait que ça allait  de toute façon arriver, quand on voyait comment ça s’organisait à côté de nous, chez nos pays voisins. Nous, ce qu’on aime, c’est être sur les terrains. Pour le staff, c’est toute notre vie, c’est l’entraînement, c’est les terrains, c’est tout ça. Je t’avoue que c’est compliqué à vivre vu que ça nous coupe de tout. Notre passion, on l’a toujours mais de loin (rires). Donc, mes journées à moi maintenant, c’est travailler la vidéo, analyser des matchs. J’essaie de rester dans le monde du football mais différemment. 

 

L’autre problématique, c’est aussi la casse sociale qu’il y a autour de ça. On sait que l’ASPTT est un club amateur mais il y a des salariés, tu en fais partie dans le côté sportif et technique. Ta situation est comment actuellement ? Tu es en chômage partiel, en chômage technique ou, pour le moment, le club ne t’a pas encore  » désactivé  » et mis en stand-by ? 

 

Le président nous a contactés assez rapidement, il a fait les démarches tôt. Les 12 salariés du club vont être en chômage partiel. De toute façon, c’était la logique à suivre sachant qu’on ne peut pas s’entraîner donc qu’on ne peut pas faire notre travail. On n’allait pas être payé ou je ne sais quoi à ne rien faire. Donc ça, c’est la logique de la chose. J’avais aussi lu ton article par rapport aux joueurs du SCA et c’est sûr qu’il faut que le rugby reprenne. Ils sont premiers donc il faut que ça reprenne (rires). Mais après, même au niveau des employés, je crois que tu avais marqué 33, on est sur une autre structure. J’espère pour eux que ça va reprendre parce qu’on est quand même tous touchés au niveau du sport albigeois. Eux, j’espère que ça va reprendre, nous, si ça doit reprendre, on fera tout pour être prêt dès la reprise. Et si ça ne reprend pas, comme je te l’ai dit, on l’accepte, on fera avec et même, on ne va pas s’en plaindre. 

 

Pour rentrer dans la pratique, tu as eu des démarches à faire pour te mettre en chômage partiel ou alors tout a été géré par le club ? 

 

Non, le président Espié a fait les mesures nécessaires. Et dans ce qui était passé au niveau du gouvernement, je crois même que ça devait être l’entreprise qui devait faire les démarches. Donc nous, on est là si besoin d’aide mais sinon, il va gérer ça comme un chef. 

 

Pour conclure, comme l’a dit le président Macron, on est en guerre sanitaire contre le Coronavirus. On espère que tu seras vaillant sur le front du combat, c’est à dire que tu resteras bien confiné, et on te donne rendez-vous où sur nos ondes, puisque le virus ne traverse pas encore les ondes, et on l’espère, le plus tôt possible sur les prés, à Rigaud ou ailleurs. 

 

Merci à toi et restez confinés, c’est important, c’est pour la santé. Et merci à toi de quand même continuer de faire vivre le sport albigeois malgré qu’il n’y ait pas de match ou d’entraînement. Tu restes quand même dans l’actualité sportive. 

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

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