#Rugby – Fed1 / J.Veniat (Rumilly / CS Vienne) : «Je sais où je mets les pieds!»

Julien Véniat, l’entraîneur de RC Rumilly Savoie, a un peu défrayé la chronique cette semaine, et pas pour cause de Coronavirus – Covid19, mais parce qu’ayant annoncé son départ pour un autre club de la poule 1 de fédérale 1 : Le CS Vienne. Lors d’un entretien réalisé, quelques heures avant que, les mesures pour lutter contre la crise sanitaire soient prises, le futur ex coach des savoyards nous a étayé son choix, tout en avouant vivre quelques moments compliqués suite à son annonce. Pour celui qui a peu-être vécu son dernier match aux Grangettes , lors de la victoire face à Chambéry dans le derby savoyard (1er mars 2020), la reconnaissance est de mise pour un club qui lui a donné, la chance de se lancer dans la profession. Fier d’avoir hissé ce bastion du rugby, jusqu’aux portes du Du Manoir (Itw réalisé le jeudi 12 mars 2020 avant la suspension du championnat), Julien Veniat va appréhender ce nouveau challenge auprès d’une légende du rugby Viennois , Thomas Trautmann. Focus sur un coach qui a maintenu le promu Rumilly en fédérale 1, et qui va découvrir un club ambitieux, ainsi qu’un nouveau projet sportif plein de promesses.

Julien,  tu as un peu emballé le mercato alors que nous ne sommes qu’au printemps ? 

 

On n’est qu’au printemps mais je voulais éviter de revivre l’intersaison que j’ai passée avec Rumilly puisqu’avec les phases finales, on avait fini très tard. Le recrutement a vraiment été délicat, a été long et très tardif. Ça a été un condensé pas facile à vivre et donc, je voulais éviter ça et en même temps, permettre à Rumilly de se retourner. Et par respect pour mes joueurs, leur annoncer assez tôt pour que tout le monde puisse se retourner. 

 

Comme on l’a appris, tu viens de signer au CS Vienne pour la saison prochaine. Première question, comment le fait que tu passes à une nouvelle étape, une nouvelle aventure et à une nouvelle page a été pris par les supporters des Grangettes et par les dirigeants de Rumilly ? 

 

Pas très bien. A la base, je voulais rester à Rumilly, c’est une décision qui n’a pas été facile à prendre. Ça a été un crève-cœur parce-que je me suis attaché en premier lieu à mes joueurs, pour qui j’ai un profond respect parce-que c’est surtout grâce à eux qu’on a tous ces résultats et que tout se passe bien à Rumilly depuis deux ans. Pour mes joueurs, pour les supporters auxquels je me suis attaché aussi, je me suis attaché à la ville, aux gens, aux personnes qui composent le club donc, ça n’a pas été de gaieté de cœur. J’ai senti chez les dirigeants une grosse, grosse frustration et beaucoup d’amertume aussi. C’est un fait, j’en prends acte et voilà, ça a été annoncé, c’est fait. 

 

Après, s’il y a un happy end avec une qualification en Du Manoir, on va dire que ce sera à moitié pardonné voire totalement pardonné ? 

 

Je ne sais pas. C’est délicat, c’est une période qui n’est pas très facile à vivre. Maintenant moi, par rapport à mes joueurs, je m’investis à 200% par respect par rapport à eux parce-que j’ai envie que ça se termine bien sportivement. On a encore la possibilité de se qualifier donc on va jouer tous les matchs à fond. On sait que le calendrier n’est pas favorable mais on va tout donner jusqu’à la fin pour que ça ne se finisse pas en eau de boudin. 

 

On le sait, tu l’as annoncé à tes joueurs après la victoire face à Chambéry. Dans un derby, c’est quand même une victoire de prestige et une victoire qui vous permet de continuer à espérer au Du Manoir. Vous avez fait entre vous ce qu’on appelle  » un pacte de vestiaire « , entre le staff et les joueurs ? 

 

Je l’ai annoncé après Chambéry. C’était une journée qui était clairement magnifique pour le club. Après le match, je l’ai annoncé aux joueurs car il y avait une semaine de coupure après. Je l’ai annoncé à la direction aussi. Ça m’a aussi permis de prendre du recul et de mesurer le chemin qui avait été parcouru depuis une grosse année et demi parce-que du coup, on a battu Chambéry dans le derby devant plus de 3 000 personnes. C’est vrai que, quand j’ai signé au club, on m’avait dit que ça allait se passer comme ça et qu’on allait se retrouver au 1er Mars maintenus avec 11 victoires, j’aurai signé tout de suite. Donc oui, ça fait relativiser, ça fait regarder un peu en arrière et c’est super positif. Après, concernant l’impact avec les joueurs, j’ai envie de dire que pour moi, c’est ma manière de procéder et je ne vais pas baisser mon investissement, bien au contraire parce-que je n’ai pas envie qu’on dise  » il a levé le pied « . Par contre, ça va être aux joueurs de nous donner la réponse sur la fin de la saison, c’est en fait eux qui vont décider de ce qu’on va en faire. Moi, il n’y aura pas de débat sur mon investissement et mon engagement personnel, ce sont eux qui vont décider ce qu’on va faire sur cette fin de saison. Le maintien est acquis, c’était le but premier du club donc c’est une très bonne chose. Ca permettra au club de se projeter et d’aborder le recrutement rapidement. Maintenant, oui, il y a quelque chose de sympa à faire. On va voir comment la fin de saison va se goupiller avec l’épidémie que tout le monde connaît. Mais bon, le boulot est fait et j’ai la chance de pouvoir partir l’esprit très serein. 

 

On va maintenant parler de ta future destination, Vienne. Qu’est ce qui t’a amené à obliquer, à pencher vers ce club de Vienne ? 

 

Au départ, je ne voulais pas regarder ailleurs. Je voulais rester à Rumilly, déjà par rapport à tout le travail qui avait été fourni par le club et sur le plan sportif aussi donc je ne voulais pas regarder ailleurs. Il y a eu quelques points qui m’ont fait juste regarder au départ et puis après, il y a eu un rendez-vous, deux rendez-vous et ça a bien matché avec les dirigeants. Je sais où je mets les pieds, je savais où je mettais les pieds déjà dès le premier entretien puisqu’en ayant joué à Villeurbanne depuis trois ans, je connaissais toutes les composantes et tous les paramètres de ce club. Et puis ensuite, le discours des dirigeants qui m’ont témoigné beaucoup de confiance donc, c’est vrai que c’est valorisant pour un jeune coach. Il y a des résultats mais c’est vrai que, des échos qu’ils en avaient, c’est clairement valorisant et pour le travail que je fais depuis un an et demi. Après, ça s’est concrétisé mais il n’y a pas si longtemps que ça. Je l’ai annoncé très rapidement aussi pour que tout soit clair très vite et que tout le monde puisse se projeter. 

 

On sait que ce club de Vienne a une grosse assise populaire et une armée de bénévoles. Mais, si nos échos sont bons, c’est aussi un club qui veut grandir et se structurer. C’est également ça qui t’a amené à plonger dans ce projet ? 

 

Oui mais je ne peux pas en vouloir au club de Rumilly qui se structure, qui vient de monter. Il y a un boulot énorme qui a été fait. C’est pareil, je ne peux pas en vouloir au club, je ne peux que les remercier de m’avoir fait confiance. Je sais que certaines personnes avaient été sceptiques à la base de faire signer un coach qui n’avait jamais coaché alors qu’il fallait absolument monter en Fédérale 1. Donc, je ne peux que remercier le club et les gens qui m’ont entouré pendant ces deux ans. Maintenant, je me projette à partir de l’année prochaine sur un nouveau projet. Il y a le potentiel autour de Lyon pour être clairement le 2e club après le LOU et, encore une fois, avec des problématiques que je connais très bien, avec un effectif que je connais bien aussi donc c’était quand même confortable comme projet. Le club est actuellement 3e ex-aequo de la poule, ça joue le haut de tableau de Fédérale 1 donc oui, c’est très intéressant pour moi. 

 

Et en plus, tu vas faire la paire avec une légende du rugby viennois, Thomas Trautmann ? 

 

Absolument. Avec Thomas, le courant est passé très vite, on se rejoint sur pas mal d’idées notamment sur la fraîcheur du discours et sur une certaine dynamique qui va nous animer. Il y a pas mal de choses à mettre en place, il y a déjà un super boulot qui est fait par le staff actuel et il y a un effectif qui est vraiment extrêmement intéressant. Donc, c’est vraiment enthousiasmant, il y a de l’excitation dès l’année prochaine après avoir bien fini, et j’insiste vraiment là-dessus, avec Rumilly de se projeter sur ce nouveau challenge. 

 

Tu as pu échanger un peu avec le staff actuel de Vienne ? 

 

J’ai échangé avec Benjamin Ollivier qui est actuellement l’entraîneur des avants et qui, quand il a su que j’étais en contact vu qu’il avait déjà fait part de sa décision d’arrêter dès Noël, m’a appelé pour dégrossir un peu. C’est venu de lui-même donc c’est vraiment sympa. C’était pour dégrossir un peu, voir les erreurs qu’il avait pu commettre pour m’éviter de les faire à mon tour. Donc oui, on a échangé un peu mais, encore une fois, je sais exactement où je vais. 

 

La petite cocasserie de cette chose, c’est que ce week-end, sous réserve sanitaire puisque cet interview est réalisée ce jeudi 12 Mars et que d’ici là, il peut y avoir de l’eau qui coule sous les ponts avec un stade 3 dans l’épidémie coronavirus qui pourrait arriver, où se déplace Rumilly ? A Vienne ! Ce calendrier est quand même assez cocasse avec cette annonce juste avant que vous ne vous rencontriez. J’imagine que ça ne va pas être simple à gérer ? 

 

C’était dans les tuyaux depuis un petit moment, les joueurs ont été au courant depuis un petit moment. Vienne a décidé de communiquer maintenant que la qualification est acquise. Ils attendaient aussi l’aval de Thomas qui n’avait pas validé. Certains pensent que ce n’est pas très élégant, c’est tombé comme ça. Nous, au club, c’est acté que je m’en vais, les joueurs vont faire la part des choses avec une certaine maturité. On a bien préparé le match et on va se donner à 200%. Moi, je suis à 300% rumillien cette semaine pour le match donc, je ne vois pas trop le problème. 

 

Et puis en plus, du côté de Vienne, tes futurs potentiels joueurs, ceux qui resteront, auront envie de se montrer aux yeux de leur futur coach ? 

 

Oui, c’est sûr que c’est cocasse par rapport à ça et il y en a certains qui, j’espère, ne traverseront pas le terrain trop souvent pour se montrer. Mais c’est vrai que ce sera particulier, clairement, ce sera particulier. On a surtout préparé le match en se disant que, si on ne prenait pas de point à Vienne, ce serait très compliqué et je pense qu’on pourrait dire au revoir à la qualification en regardant les calendriers de Beaune et de nous-mêmes. Donc, on y va pour faire unrésultat et moi, je n’y vais pas dans l’idée de regarder les joueurs de Vienne. 

 

On va revenir sur le derby face à Chambéry qui a été gagné. J’imagine que ça a dû être une grande fête dans le club mais on avait fait un petit pari. Tu l’avais renvoyé sur ton président, Mr Moine, mais c’est pour quand l’ascension du Mont Blanc vu que vous avez battu Chambéry ? 

 

Jocker (rires) ! Non, ça a été un super match, on y a vraiment mis les ingrédients. Et puis, il y avait du monde, c’était une belle fête. Je ne vais pas prendre ça comme une concrétisation des deux années mais c’est qu’en arrivant l’an dernier, j’aurai eu du mal à me projeter à ce point donc c’est bien. Moi, j’allais voir Chambéry en Fédérale 1 l’an dernier. Et dans des matchs contre Dijon ou contre de grosses écuries, je me disais qu’il y avait vraiment un fossé. Et finalement, on les a joués et on les a battus sans qu’il n’y ait rien à redire. Donc oui, c’est super positif et ça a vraiment été un beau moment pour le club. 

 

Battre Chambéry qui, en 2017, était quand même en finale d’accession pour la Pro D2, c’est malgré tout une belle reconnaissance pour Rumilly ? 

 

Complètement. Il y avait une belle effervescence, c’était un beau moment qui a rappelé certaines phases finales au public de Rumilly. Un public que je remercie encore pour ces deux belles années, qui ne sont pas encore terminées puisqu’on va aller chercher une qualification pour encore faire plaisir à ces gens qui le méritent tellement. Encore une fois, ça mesure le chemin parcouru depuis deux ans. Certains ont peut-être du mal à s’en souvenir et on la mémoire courte mais bon, c’est comme ça. Ce sont les aléas d’une annonce comme ça, c’est ma première fois et ce n’est pas facile. Il y a des gens qui le prennent plutôt mal mais c’est comme ça. Donc, j’espère que ça ne se finira pas mal, je sais que les gens sont conscients du travail qui a été effectué et moi, je suis conscient de la chance que j’ai eue d’avoir pu commencer à Rumilly, dans un si beau club. 

 

En clair, si on résume ton propos, malgré ton départ qui a été annoncé, tu vas t’attacher à aller arracher cet objectif Du Manoir pour clôturer la page Rumilly avec les honneurs et partir la tête haute ? 

 

Exactement. J’ai l’esprit vraiment serein par rapport à ça, par rapport au maintien qui est déjà acquis. Maintenant, ce n’est que du bonus. Comme à mon habitude, et je ne vais pas changer mes habitudes, je vais m’investir à 200% pour aller chercher cette qualif que le club mérite tant. 

 

Merci Julien. On te souhaite le meilleur pour cette fin de saison avec Rumilly et le meilleur pour la saison prochaine avec Vienne. 

 

Merci

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez l’intégralité de l’itw audio de Julien Veniat dans le #MagSport – RadioAlbiges du 17 mars 2020 ci dessous

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-17-03-2020-version-finale/

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