#Rugby – Fed1 / E.Bonachera (SJLO) : «Je ne m’affole pas, le club n’est pas en danger!»

Nous sommes allés mardi 17 mars 2020, à la rencontre (téléphonique) d’Eric Bonachera , le Co-President du Saint Jean de Luz Olympique, qui vit avec inquiétude, comme l’ensemble de la France, la crise sanitaire Coronavirus, mais avec sérénité pour son club. Celui qui est un des hommes forts des corsaires du SJLO, nous a livré la situation de son club, qui découvrira comme beaucoup les effets réel de l’épidémie sur l’économie qu’à posteriori. Mais pour le co-Pdt de ce club amateur qui joue les trouble-fête chez les gros bras professionnels, la gestion financière équilibrée et mesurée des dernières années, devraient permettre aux joueurs portant le maillot frappé du scapulaire, de continuer d’embraser Kechiloa en fédérale 1 la saison prochaine.

On est avec Eric Bonachera, un des co-présidents du SJLO, le Saint-Jean-de-Luz-Olympique. Eric, bonjour

 

Bonjour

 

Eric, j’imagine que ça doit un peu être la soupe à la grimace à Saint-Jean-de-Luz comme partout. Déjà, de un, de par la situation qui est grave et dramatique suite à cette épidémie de coronavirus et de deux, parce qu’il n’y a plus de rugby et donc plus cette flamme qui illumine Kechiloa tous les week-ends ? 

 

Ah, c’est sûr … J’ai bien aimé l’interview d’Urios que j’ai lue ce matin qui dit qu’on n’a pas le droit de se plaindre. En premier lieu, il y a la maladie et il y a la pandémie, ça c’est le plus important. Le reste, le rugby, ce n’est pas grave, si on ne joue pas au rugby, ce n’est pas si grave par rapport à tous les malheurs qu’il y a autour de nous. 

 

Souvent, quand on est dans le feu de l’action, qu’on a la tête dans le guidon, on entend parfois des présidents usés par rapport à tous les tracas et les soucis inhérents au rugby, qui disent que ça leur pèse. Maintenant qu’il n’est plus là, il nous manque déjà ? C’est la passion qui revient, c’est là que l’on voit qu’on est tous mordu de ce sport ? 

 

Oui, complètement. Après, ce sont les supporters. J’ai croisé du monde ce week-end pour les élections, il y avait plusieurs personnes qui nous demandaient encore quand est-ce qu’on allait rejouer. Quelque part, ça manque réellement à une petite ville comme la nôtre, nous aussi, c’était bizarre parce qu’on arrivait au fur et à mesure. On est même ennuyé parce qu’on avait réservé l’hôtel pour Nantes, comme on avait prévu de jouer samedi prochain, et on avait payé l’hôtel par avance. Aujourd’hui, je ne sais pas si je vais être remboursé, l’hôtel ne donne pas de consigne donc, ce sont de petits soucis par rapport au reste. Après, on ne sait pas comment gérer le groupe, plus le confinement dorénavant. La reprise sera quand même un peu plus dure, il faudra qu’on voie. 

 

Surtout pour  Saint-Jean-de-Luz, où vous avez de hautes ambitions sportives, le Du Manoir voire le Jean-Prat si plus et affinités mais, vous êtes un club amateur. Comment s’est gérée cette situation dans un club amateur ? Est-ce que tu as des salariés, comment cela s’est il passé avec les joueurs ? 

 

Nous, ça se résume très vite. On a un salarié 1/2 et un jeune stagiaire en plus donc, évidemment, ils sont au chômage technique. On a prévenu la comptabilité et les comptables pour essayer de penser à la suite. Nous avons deux contrats au club au niveau des joueurs donc on a mis là-aussi en branle les comptables pour qu’ils nous les mettent aussi en chômage technique. Après, il est évident que, pour l’instant, on ne tire pas trop de plan sur la comète. Si on reste un ou deux mois sans jouer, c’est vrai que la vision de la saison n’est plus la même. On ne va pas donner des primes de match sur des matchs que l’on n’a pas joués, on ne va pas faire des indemnités kilométriques sur des kilomètres qu’on n’aura pas fait donc, le budget est à revoir. Et en même temps, on s’inquiète un peu parce qu’il y avait de l’argent à rentrer au niveau des sponsors et je me vois mal aller réclamer de l’argent à des gens qui ont dû fermer leurs activités par rapport à cette pandémie. Mais, on ne s’affole pas. 

 

Et après le retour à la normal, il y a quelques sponsors qui risquent malheureusement d’y laisser des plumes, malgré les aides gouvernementales. Ça va être un contexte économique compliqué pour le sport en général ? 

 

Je le pense réellement. Heureusement qu’on a des gens solides et qu’on ne dépense pas non plus comme des fous. Le budget sera revu à la baisse, ça s’est sûr, parce qu’on ne peut pas aller réclamer de l’argent à des gens qui ont fait faillite, en espérant qu’il y en ait le moins possible, Mr Macron a bien dit qu’il n’y aurait aucune faillite suite t à ça. Mais, quelqu’un qui est en difficulté, on ne va pas en plus allez lui demander de nous aider. Il faudra plutôt que nous, on aide nos partenaires dans la mesure du possible en leur donnant un peu de joli rugby à Kechiloa

 

Grosso modo, le manque à gagner pour le  Saint-Jean-de-Luz-Olympique, tu le chiffres à combien ? Cela représente combien d’argent dehors et dont vous ne savez pas si vous allez l’avoir ? 

 

On va dire qu’il nous restait à peu près 10% du budget à rentrer, on a un budget de 750 000€. Je ne sais pas, il faut voir, il y a des grosses boîtes où c’est étalé en 2 à 3 fois dans l’année, celles-là vont tenir un engagement tout à fait normalement. Mais aujourd’hui, il faut penser au pire et à nous aussi de serrer un peu au niveau des dépenses. Il nous restait deux matchs à la maison en phase régulière dont un effectivement qui nous aurait fait un peu de recette donc celui-là, ça passe à la trappe. L’autre était Rennes, c’était un peu moins important. Il nous restait deux déplacements en phase régulière dont celui de Nantes qui va nous coûter un peu si on ne nous rembourse pas. Ensuite, si on reprend plus ou moins tardivement, on ira directement en phases finales donc, espérons qu’on ait la chance de recevoir et de ne pas trop se déplacer. 

 

Le fond de soutien de Bernard Laporte, annoncé durant ce week-end et vendredi dans nos colonnes, tu comptes beaucoup dessus ? C’est quelque chose qui va être primordial pour la survie de ton club ? 

 

En fait, je ne sais pas comment ça va se passer, je ne sais pas comment ça va être calculé. La survie du club, on ne va pas se porter la poisse, mais je ne vois franchement pas pourquoi on disparaîtrait. Il suffit après d’être plus humble dans nos perspectives et puis c’est tout. On a quand même nous un budget de 750 000, heureusement par rapport à certains qui ont beaucoup moins. On a un petit prêt auprès des banques pour l’aménagement du club qu’on avait fait, la véranda. Il y a des choses comme cela qui vont continuer à courir mais, si c’est un peu décalé, ce sera un peu décalé. Je ne m’affole pas et le club n’est pas en danger, loin de là. Comme on est un club amateur, je suis sûr que même les joueurs, je me mouille un peu mais je suis sûr qu’il n’y en a aucun qui va venir réclamer des sous s’il n’a pas joué et qu’il voit que le club est en difficulté. Je suis tellement sûr de tout l’ensemble du club. 

 

Les Corsaires sont une grande famille ? 

 

Oui, et puis dans ces moments, c’est là où il faut se serrer entre nous et montrer qu’on est réellement là pour le rugby. 

 

Je n’en attendais pas moins du Pays Basque et de Saint-Jean-de-Luz 

 

Merci beaucoup (rires)

 

On va parler aussi des possibilités de reprise ou non, il y a trois scénarios qui s’élaboreraient. Un scénario catastrophe où la crise durerait en longueur avec des restrictions et des confinements jusqu’au 30 Mai donc il y aurait annulation s’il n’y avait pas possible de revenir et de retourner sur les terrains avant cette date. Ce serait donc une annulation de la saison avec une reprise à zéro et un gel des descentes et des montées. Qu’est-ce que tu en penserais si on en arrivait à cette extrémité ?

 

Franchement, je ne me pose pas la question. Il faudra bien statuer s’il n’y a pas de solution et puis, ce n’est pas si grave. Tant mieux pour ceux qui en bénéficieront sur le papier alors qu’ils n’en bénéficient pas sportivement. Mais on ne va pas non plus se casser la tête, ça, ce n’est pas grave, franchement. Tant mieux pour ceux qui en bénéficieront et voilà. 

 

Les deux autres scénarios prennent en compte une constante qui est assez logique. Grosso modo, les derniers matchs de championnat ont très, très, très peu de chance de se jouer. Si le championnat reprenait, ce serait directement en play-off avec le calendrier normal s’il y avait une sortie de crise courte. Et, s’il y avait une sortie de crise à moyen terme, avec des play-offs raccourcis c’est à dire que, sur une phase aller, pas de phase retour. Pour ton club, qui avait j’imagine, prévisionné de faire un petit tour en Du Manoir ou en Jean-Prat, c’est quand même une recette supplémentaire ? Ça ferait du bien, ça mettrait du beurre dans les épinards ? 

 

Oui, complètement. A priori, d’après ce que j’ai vu, on tomberait contre Beaune, contre les Bourguignons. Donc, si on fait un aller/retour, on va dire qu’il y aura quand même un gros voyage à payer. Mais, si ça ne joue que sur un match, ce serions-nous qui, à priori, recevrions donc, on aurait une recette et, si jamais on passe, il y aurait une 2e recette derrière donc, ce serait sympa. Ça ferait du bien et puis, ce serait quand même sympa de finir par du sport. C’est tellement étrange la façon dont ça s’est passé … Pour l’anecdote, on devait jouer contre Rennes qu’on était prêt à accueillir. On était sur un dimanche d’élections où le siège du Saint-Jean-de-Luz Olympique est un centre de votes pour la mairie et on terminait aussi avec un arbitre russe. Donc, j’avais plus d’emmerdements hors-rugby sur ce match-là que du rugby (rires). Et là, du coup, tout s’est délité. J’aimerai bien qu’on termine la saison par du sport, si on peut. Après, on est tous impacté, professionnellement et humainement donc il faudra qu’on fasse attention. 

 

Ça ferait quand même bizarre si la saison s’était arrêtée le 29 Février, date du dernier match, sans le savoir ? Personne entre nous ne pensait que la saison s’arrêterait ce jour-là, quand on a tous vécu cette 18e journée. On ne pensait pas que ce serait la dernière ? 

 

Non, tout à fait, c’est un peu étrange. C’est comme à mon niveau, professionnellement. Hier, je suis allé vider mon entreprise, je ne pensais pas que je finirais comme ça, tu vois. C’est bizarre et on est tous dans l’attente mais, comme je le dis, la santé de tout le monde avant tout. Le rugby, quand on reprendra, ce sera bien. 

 

On va terminer avec ça, avec le rugby, la vie et la possible reprise. On espère pour toi que ce sera face à Beaune, ça voudra dire pour vous que ce sera en challenge Yves du Manoir en 8es de finale, quelle que soit la date. Et, un petit conseil, je sais que le club de Beaune a la plus belle cave de Fédérale 1, ne manque pas de te faire offrir une bouteille de par là-bas, elles valent le détour. 

 

A charge de revanche, on leur fera goûter du Patxaran, ce n’est pas la même chose. Ou du vin du Pays Basque, ils seront contents aussi. 

 

C’est aussi ça la joie et la beauté du rugby, quand les gens peuvent se rencontrer et que des amitiés peuvent se lier. 

 

C’est exactement ça !

 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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