#Rugby – Fed1 / V.Labat (USSS) : «Garder certaines valeurs de clocher!»

Victor Labat, le coach de l’US Saint Sulpicienne, vit une saison extraordinaire sur les bords de la Leze, venant confirmer le travail entrepris avec patience et minutie. Pour ce club récemment monté en fédérale 1, l’âme amateur est un levier intangible, qui fait de l’USSS , un des derniers représentants du rugby de clocher à l’ancienne. Bien au chaud dans la mêlée des qualifiables au Du Manoir, les hommes de Victor Labat, débarquent ce samedi dans le Tarn, affaiblis par une pléiade d’absents, mais avec la ferme intention de venir chatouiller l’ogre albigeois dans son antre du Stadium. Unique tombeur des leaders du classement national de fédérale 1, dans un match qui restera dans les anales de la mythologie ovalienne de la Leze, Saint Sulpice compte bien démontrer une fois de plus qu’il est le petit village de 2000 habitants qui fait trembler les préfectures.

 

Crédit photo Facebook Victor Labat

 

Victor, toi et tes gars débarquez en terre tarnaise. Ce coup-ci, vous êtes attendus comme le loup blanc puisque vous êtes la seule équipe à avoir fait chuter le Sporting Club Albigeois lors de ces phases régulières de Fédérale 1. Et on imagine que vous vous savez attendus ? 

 

Sûrement oui puisque cette victoire chez nous a fait un peu de bruit. Ce jour-là, ça nous a attiré beaucoup de positif. Malheureusement, quand on est monté très haut, on peut descendre assez rapidement donc on a eu du mal à s’adapter après  » cet effet Albi « . Je pense qu’Albi avait ce jour-là un peu décrié notre victoire, les conditions étaient sur ce match compliquées pour tout le monde. Je pense qu’on a eu la chance de faire un match quasiment parfait face à une équipe qui elle avait eu des zones de défauts que l’équipe n’a pas habituellement et ce jour-là, ça nous a souri. Maintenant, de l’eau est passée, a coulé sous les ponts et c’est vrai que nous, on va se présenter à Albi sans pression. Mais oui, je pense qu’Albi aura à cœur de montrer quelque chose pour répondre à la seule défaite qu’ils aient eue. 

 

On le sait, à Saint-Sulpice, ce côté  » petit village d’Astérix  » qui arrive à faire trébucher les gros, ça vous plaît. C’est vraiment dans ça que vous retrouvez votre âme d’actuel club de rugby amateur ? 

 

Nous, au niveau de Saint-Sulpice, c’est un club qui est assez récent en Fédérale 1, c’est un club qui continue à se structurer dans le sens de la Fédérale 1. Pour autant, les présidents demandent et insistent vraiment sur le fait que l’on garde certaines valeurs de clocher. On arrive quand même à faire évoluer les mentalités, à faire évoluer notre jeu mais tout en gardant vraiment cette représentation d’une certaine forme de rugby, oui, en effet. 

 

Actuellement, vous êtes à la 4e place de la poule. Beaucoup de suiveurs disaient  » attention, cette année, Saint-Sulpice va venir pour faire une grosse saison, ils vont surprendre leur monde « . Il y en avait plein comme ça qui étaient annoncés en début de saison en disant  » attention, on est là pour faire quelque chose « . Mais Saint-Sulpice confirme parce-que cette 4e place, il n’y avait pas grand monde qui vous la promettait d’office ? 

 

Oui, les choses sont faîtes aujourd’hui, on se base sur des choses, notamment sur des budgets. On ne va pas se le cacher, c’est sûr qu’une équipe comme nous aujourd’hui, si on part sur une logique budgétaire et économique, c’est sûr qu’on n’est pas à notre place. Maintenant, on commence à performer régulièrement sur la Fédérale 1 et à chaque saison, notre classement avance vers le haut. Aujourd’hui, on est 4es, il est possible qu’on soit 5es ce soir ou dimanche soir parce qu’une équipe qui ne fait pas de bruit mais qui pose énormément de problèmes à tout le monde, c’est Mauléon. Et Mauléon aujourd’hui, un peu comme nous, est représentatif d’une certaine forme de rugby. Je pense que oui, ces deux équipes-là n’étaient pas forcément attendues mais on voit qu’on n’est pas forcément les seuls de la poule. Et je crois qu’il y a encore plus d’honneur concernant cette équipe de Mauléon qui, avec un budget encore moindre que le nôtre, arrive à faire des choses tout autant extraordinaires. 

 

La donnée que vous avez en commun entre Mauléon et Saint-Sulpice, c’est que vous avez un public qui est chaud bouillant, passionné et qui vous suit envers et contre tout ? 

 

Tout à fait, c’est une chance que l’on a. Je pense que c’est assez propre aux équipes un peu excentrées des grosses villes. Nous, on a la chance, comme Mauléon ou d’autres, d’avoir un suivi, d’avoir un réseau de bénévoles assez fort, qui est parfois trop passionné, dans les deux sens. Des fois, il y a du bon mais il y a aussi du moins bon, parfois, il y a des choses qui ne sont pas forcément à faire. Mais malheureusement, quand on est passionné, ces débordements-là arrivent et franchement, je le vois dans le quotidien. Les gens qui s’investissent toute la semaine, surtout bénévolement, il faut savoir tirer un coup de chapeau à toutes ces personnes. Le week-end dernier contre Pamiers, il y a eu une organisation extraordinaire, on a pu faire plus de 2 000 personnes dans un stade qui n’est pas forcément énorme. Donc, ça nécessite un investissement vraiment important de tous les bénévoles. 

 

Actuellement, si la phase régulière s’arrêtait aujourd’hui, vous tomberiez en Du Manoir contre Bourgoin. Bourgoin qui se déplace à Saint-Sulpice-sur-Lèze, je pense que ça serait une fête monumentale ? 

 

Oui, c’est ça. Nous, aujourd’hui, l’objectif principal, le premier de la saison dernière pour cette saison, c’était de faire aussi bien que la saison dernière, c’est à dire prétendre à une qualification. Aujourd’hui, on est quasiment qualifié, à quelle place, ça, on ne le sait pas. On ne va pas remettre toute notre saison en cause si on ne finit pas 4es. Par contre, finir 4es, c’est sûr que c’est une chance de recevoir au match retour donc, c’est quelque chose qui n’est quand même pas négligeable. Et surtout, cette 4e place, si ça reste comme ça, c’est Bourgoin. 

 

C’est le meilleur cadeau que vous pouvez faire aux bénévoles, recevoir Bourgoin ? 

 

Oui. Après, je ne suis pas inquiet, je sais qu’on aura forcément du monde même si on finit 5es. Mais c’est sûr que finir 4es, recevoir une équipe comme Bourgoin sur un match retour, c’est un supplément d’âme, c’est quelque chose de magnifique pour un club comme nous, c’est évident. 

 

Et surtout, on sait que le cœur de club est le club-house, c’est un club-house assez typique rugby amateur. Si vous recevez Bourgoin, je pense que le fanion de Bourgoin va trôner en plein milieu du club-house ? 

 

Oui, je pense que tu as pu le voir sur le match aller (rires). 

 

On s’était régalé. Malgré la défaite des jaunes et noirs, on s’était régalé dans cette ambiance vraiment typique du rugby. 

 

C’est ça et on le voit aujourd’hui. Les grosses cylindrées financières, c’est autre chose mais, les équipes comme nous qui arrivent à performer, c’est parce qu’il y a quelque chose d’autre. C’est à dire qu’aujourd’hui, si on n’a pas ces moments de vie entre personnes, que ce soit à Saint-Sulpice ou ailleurs, quand on a des problématiques budgétaires, quand on a des problématiques d’entraînement, si aujourd’hui on ne se retrouve pas autour de certaines valeurs humaines, on n’arrive pas à performer. Donc nous, c’est vrai qu’on axe beaucoup notre travail autour de tout ça et ça passe par le dimanche. Alors, il y a des dimanches où on a plus de monde ou moins de monde, mais on ne va pas dire  » ce match-là, il y avait moins de monde « . On va juste dire  » on a passé un bon moment et profitons de ça « . Nous, en fait, on avance là-dessus, c’est tout. 

 

Et puis, cette adhésion populaire permet aussi parfois de se transporter et d’aller au-delà de ses limites techniques ou collectives ? Quand on voit qu’il y a autant de gens qui vous soutiennent et qui quelques fois font même des concessions sur leurs vies privées, ça vous donne la «  sanquette  » comme on dit dans le Sud-Ouest ? 

 

Oui, ça donne un coup de sanquette (rires). Après nous, en tant qu’entraîneurs, on se doit d’être respectueux de toutes ces personnes et des personnes qui sont passées avant nous. Je pense que la transmission en tant que personne, c’est quelque chose d’essentielle. Donc nous, on doit savoir transmettre du rugby, de l’entraînement mais on doit aussi être capable de transmettre des valeurs. Même si on vient de l’extérieur, il y a des gens qui sont passionnés par ce club, qui sont passionnés par les joueurs qui sont sur le terrain donc, il est important de remettre ça dans le cœur des personnes. Ça ne fait pas tout mais je pense qu’effectivement, pour l’avoir connu en tant que joueurs, dès qu’on est en difficulté et qu’on lève un peu les yeux, quand on regarde un peu tout ce qu’il y a, quand on analyse un peu rapidement qu’il y a des gens derrière qui se viandent pour toi, qui prennent du temps, qui mettent de l’argent, c’est sûr que ça permet parfois de relever un peu le genou quand on est en difficulté. 

 

On sait que l’hiver est une période compliquée pour jouer au rugby, c’est souvent une période propice aux blessures. Saint-Sulpice a t’il été un peu atteint par ces blessures et ces faits hivernaux ? 

 

Oui, on est vraiment touché par les blessures, des blessures de courtes ou de longues durées, mais on en a énormément. On aun peu le défaut de notre club c’est à dire qu’aujourd’hui, quand on est en surrégime, on est exposé à certaines blessures. Nous, on doit avancer en tant qu’entraîneurs pour faire comprendre à nos joueurs qu’il faut vraiment s’entraîner individuellement dans un club comme le nôtre. Parce qu’avec deux entraînements par semaine, l’enchaînement des matchs fait que les choses deviennent compliquées. A la suite de quoi, depuis 10 jours, on n’est pas épargné par l’hiver et tous ces cas de grippes, on a eu 8 à 9 grippés sur une dizaine de jours plus une infection soit une dizaine de joueurs qui devraient rentrer ce week-end mais on ne sait pas même pas s’ils pourront prétendre à jouer ni dans quel état de forme. Donc, c’est vrai qu’en ce moment, on n’est pas épargné mais bon, ça a permis de faire rentrer quelques jeunes. La semaine dernière, contre Pamiers, j’ai fait rentrer un espoir en 3e ligne, Rémy , mais c’est méritant et ça prouve que derrière, il y a aussi d’autres personnes que les cadres de l’équipe première. 

 

Je vais rebondir sur l’actualité. Rassure-moi, il n’y a pas de cas de coronavirus à Saint-Sulpice, qu’on ne soit pas obligé de commenter le match avec un masque ? 

 

Non, il n’y a pas besoin de masque. Il y a quelques Corona mais elles ne sont pas sous forme de virus. 

 

Elles sont gazeuses ? 

 

Voilà, elles sont gazeuses. Après non, je ne sais pas, on n’a pas eu de chance. On a eu un réseau infectieux qui s’est propagé aux joueurs et je touche du bois depuis deux jours, ça semble s’arrêter. 

 

On sait qu’à Saint-Sulpice, votre ADN est ce public passionné et bouillant, c’est aussi ce club-house qui est le cœur du club. A Albi, on a un lieu qui est assez mythique, c’est le tunnel du Stadium. 

 

Tout à fait, oui. 

 

Est-ce que ça fait partie de la mythologie qui entoure les jaunes et noirs. Est-ce que vous, les adversaires des jaunes et noirs, vous en parlez de ce tunnel ? 

 

Mes joueurs, je ne sais pas. Moi, j’ai eu la chance de le prendre deux fois en tant que joueur. En plus, c’était à l’époque où Albi sortait de grandes années, juste après l’ère Béchu et compagnie. Donc, moi, ça me parle mais aujourd’hui, les plus jeunes générations, je ne sais pas. Moi personnellement, ça me parle réellement. Albi, c’est quand même un stade, il y a quand même du monde mais, le stade étant grand, il n’est pas tout le temps plein. Mais, vu la dimension, il y a quand même un nombreux public, des gens qui soutiennent. De mémoire, la Bodega reste toujours d’actualité après les matchs. C’est un club que je connais un petit peu, où j’ai pu passer quelques moments en tant que joueur et que simple supporter venant voir les amis. C’est sûr qu’Albi reste un beau club de rugby, tant sportivement que sur les gens qui composent le club. 

 

On va finir sur un trait d’humour. Le couloir, tu l’as connu éclairé ou non éclairé ? 

 

Moi, j’ai eu la chance de le connaître éclairé (rires)

 

Ça vaut mieux

 

Il vaut mieux le connaître comme ça. Je pense que, si les lumières s’éteignent, ce n’est pas signe de bon match (rires). C’est une autre époque, oui

 

On te remercie pour cette interview et on te donne rendez-vous ce soir sur le pré pour le match entre Albi et Saint-Sulpice, le premier contre le quatrième. On se frotte déjà les mains d’y être. 

 

Merci, à ce soir

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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