#Rugby – Fed1/ Y.Chateauraynaud (Graulhet): «Être dignes de porter le maillot rouge et noir! »

Yoann Chateauraynaud, ancien joueur du Sporting Club Albigeois, ancien joueur et actuel coach des espoirs du Sporting Club Graulhetois nous accordé un entretien à quelques heures d’un derby qui sera pour lui un patchwork de sa carrière.

 

 

Crédit photo Arnaud Bertrand -SCG

Yoann, ce match de dimanche va revêtir pour toi une symbolique assez particulière. Tu as porté ces deux maillots, tu as connu ces deux clubs qui ont des statuts bien à part, l’un est professionnel, l’autre est amateur. C’est une partie de ta carrière qui va être sous tes yeux et sur le pré dimanche ? 

 

C’est sûr que ça va faire bizarre, d’autant plus que je ne pourrai pas y participer. En ayant joué dans les deux clubs, j’aurai aimé participer à cette rencontre, sous l’une ou l’autre des couleurs. Il est certain que, maintenant, mon cœur est graulhetois mais j’ai passé de belles années à Albi donc oui, c’est une rencontre particulière pour moi. 

 

On va dire que maintenant, ton cœur est rouge et noir mais, quelque part, il reste une petite teinte jaune ? 

 

Oui, tout à fait. Avec tous les bons moments passés là-bas, les belles rencontres que j’ai faites dans ce club, les bénévoles et le statut professionnel que j’ai eu la chance d’avoir grâce à Albi donc c’est un club particulier dans ma carrière même si je ne n’en ai pas fait beaucoup. Mais, c’est sûr que tous les clubs où j’ai œuvré font maintenant partie de moi. 

 

Tu m’as tendu la perche. Albi est un club pro, Graulhet est un ancien bastion mythique du rugby qui est amateur. Quelle est ta vision entre ces deux rugbys ? Parce-que ce sont deux rugbys qui jouent dans la même division mais qui ont quand même des visions et une pratique différentes ? 

 

C’est la grosse problématique de ce niveau de Fédérale 1. C’est qu’il y a des clubs avec des budgets légitimes pour prétendre monter en Pro D2, soit pour y revenir soit pour prétendre atteindre ce niveau, y revenir comme Albi. Je pense que ce sont un club et une ville qui méritent leur place en Pro D2, comme j’ai eu la chance d’y être. Graulhet a son histoire également mais les évolutions économiques par rapport au territoire ont fait que, de par la dynamique professionnelle du rugby, Graulhet se retrouve à ce niveau-là. Ce n’est pas jouer dans la même cour et à armes égales. A Albi, ils ont la capacité de pouvoir s’entraîner tous les jours avec des joueurs qui s’investissent pleinement, nuit et jour, dans le rugby pour progresser. Et Graulhet, avec ses autres armes, ont deux, voire trois entraînements par semaine avec uniquement des joueurs amateurs à une ou deux exceptions près. Donc, c’est sûr que le dimanche sur le pré, on voit la différence même s’il y a parfois des exploits avec le cœur. Mais, c’est vrai que c’est quand même compliqué à réaliser. 

 

L’autre jour, on avait Jule Montes en interview. Ce qui est un peu la quintessence de ça, c’est qu’il nous disait  » moi, le rugby, je ne l’ai jamais vu comme un métier et je le vois comme une passion. Je n’ai jamais eu envie de le voir comme un métier « . C’est aussi un peu ça la marque de fabrique de ces clubs amateurs ? On dit souvent aussi que les clubs amateurs ont plus d’âme que les clubs professionnels. Tu corrobores ? 

 

Moi, j’ai eu la chance à Albi de ne pas avoir cette sensation. En fait, je vivais de ma passion, ce n’était pas un travail, je n’avais pas ce ressenti. Maintenant que je suis dans le monde professionnel, le monde concret, c’est mon travail. Alors que, ce que je ressentais à Albi, ce n’était pas ça. Après, ce que je vois par rapport à la professionnalisation, plus ça va et plus ça tend vers ça, et c’est vrai que ça perd un peu de son âme. Mais c’est vrai que, même au plus haut niveau, sur des Coupes du Monde où même ce qu’on a vu l’an dernier sur le Top 14, si je prends l’exemple de Toulouse, certes Toulouse devient champion de France avec des joueurs de qualité. Mais, le plus qu’il y a eu pour qu’ils atteignent le Graal, ça a été l’état d’esprit et je pense qu’ils fonctionnent en équipe, ce qui est aussi la force du rugby. Donc, il y a le niveau, il y a la technique, il y a tout ça mais, s’il n’y a pas d’âme, les équipes n’arrivent pas au bout. Il y a aussi le contre-exemple avec Toulouse où on sait qu’avec le supplément d’âme comme on l’appelle, on arrive à aller plus loin. Après, quand il y a une différence concrète de niveau entre joueurs, on peut mettre tout le cœur qu’on peut y mettre, souvent d’ailleurs à l’exemple de Graulhet, je pense qu’on en met trop et pas à bon escient. Du coup, on s’épuise et contre des grosses cylindrées comme Albi, on tient quelques minutes, peut-être une mi-temps et après, on explose physiquement et eux arrivent à mettre leur jeu en place. Donc, c’est là-aussi toute la difficulté et c’est là aussi qu’on voit la différence de préparation également. 

 

Parle nous aussi un peu de ce club de Graulhet. On sait qu’il y règne un gros esprit famille. C’est aussi ça qui t’a porté vers ce club des Mégissiers, ce côté familial ? 

 

Oui, en étant remercié par Albi, j’étais un peu déçu de cette mentalité, de cette spirale professionnelle où le côté famille et dévotion pour le club était un peu mis de côté. Donc, j’ai clairement été meurtri par rapport à cette mentalité qui n’était pas du tout la mienne. C’est pour ça que concrètement, dans ma tête, j’ai basculé sur de la reconversion parce-que je voulais toucher à autre chose car j’étais un peu dégoûté de cette dynamique-là au niveau pro et, à l’époque, de la dynamique d’Albi et de sa direction. 

 

On ne va pas s’étendre sur le passé, va t’on dire. 

 

Oui, voilà. Donc du coup, dans ma reconversion, Graulhet m’a contacté et c’est vrai que le premier contact avec les dirigeants m’a bien plus, l’état d’esprit certes amateur mais avec le niveau Fédérale 1. Après, sincèrement, je n’avais pas forcément suivi les résultats et je n’avais pas cerné la complexité de Graulhet mais c’était un challenge à relever. L’état d’esprit et le contexte de Graulhet m’étaient favorables donc je n’ai pas hésité une seconde à signer dans ce club. 

 

Et puis, en parlant de famille, un des présidents Guy Laporte qui est très paternaliste. C’est un père pour tous les joueurs et même pour tout le staff ? 

 

Il a repris le club dans un contexte un peu particulier. Il est dévoué au club, on ne peut pas lui retirer ça. Dans sa façon de faire, on ne partage pas forcément son point de vue mais, sur le fait qu’il s’investisse pleinement au club, il n’y a pas de souci. Et c’est vrai qu’il faut lui tirer notre chapeau parce qu’il n’y a pas beaucoup de résultat mais il met cœur et âme à maintenir le club en Fédérale 1. Il faut aussi se regarder le nombril, Graulhet, dans le contexte de la Fédérale 1 actuelle, est-il à sa place ? Je ne sais pas. 

 

C’est un vaste débat

 

C’est un vaste débat, oui. Il y a du pour, il y a du contre, surtout quand on voit les résultats de Graulhet actuellement en Fédérale 1. Il y a moyen de gagner plus de matchs mais on voit qu’on ne les gagne pas donc je ne sais. En étant en espoirs et en côtoyant les juniors quelques mercredis, je vois aussi qu’il faut créer un club avec une formation, garder ses joueurs, les faire progresser, les faire monter et déjà, les garder en équipe une plus créer une dynamique. C’est vrai que c’est complexe et je tire mon chapeau aux présidents parce-que ce n’est pas une mince affaire de recréer une dynamique au club où, depuis quelques années, les victoires ne sont pas probantes. Et du coup, la dynamique de club n’est pas forcément au beau fixe donc, c’est sûr qu’il faut mettre les rames pour relancer la machine. 

 

On sait que, maintenant, tu es coach des espoirs au Sporting Club Graulhetois. Coacher, transmettre, c’est quelque chose qui te tenait à cœur auprès des plus jeunes ? 

 

Je n’avais déjà pas forcément la vision d’arrêter ma carrière sportive (rires). Je l’avais envisagé par rapport à mes antécédents ce qui fait que la décision d’arrêter a été plus simple et plus facile à accepter. Mais, la transition d’être sportif et d’arrêter le rugby était compliquée donc, pour moi, c’était logique pour aussi désamorcer le contexte de garder un pied dans le rugby et, pourquoi pas, donner quelques expertises que j’ai apprises, notamment à Albi. Donc, ça a coulé de source et vu que Guy Laporte m’a proposé le poste en espoirs, ça s’est fait naturellement. 

 

C’est quand même une mission compliquée parce-que, parfois, vous ne pouvez pas jouer tous les matchs ? 

 

J’en venais justement à ça. C’est une catégorie un peu difficile parce qu’il y a certains joueurs qui sont appelés en première et c’est très bien. Mais du coup, vu le bassin étudiant qu’on a à Graulhet, les joueurs arrivent un peu de loin, c’est complexe de faire venir les joueurs. Graulhet, c’est un peu au milieu de tout mais aussi un peu éloigné de tout également. Donc, ça demande une logistique et un investissement des joueurs que peu de joueurs ont donc, un effectif pas forcément pléthorique de base. En plus, avec les blessures de la une, on est aussi à la merci de rendre service à l’équipe première même si du coup, ils nous laissent aussi des joueurs de temps en temps. Mais c’est vrai que c’est compliqué à gérer et en plus, dans la catégorie espoirs, certains n’ont pas forcément l’ambition de jouer en première. Ils sont là, il y a une bande de copains donc, au niveau des efforts à fournir pour essayer de progresser ou quoi que ce soit, la plupart des joueurs n’ont pas cette mentalité. Ils viennent, ils font les efforts de venir mais, par exemple, quand on joue des équipes comme Dax ou Tarbes, on retrouve des joueurs qui essaient de s’entraîner la semaine, qui font de la préparation physique dans l’optique de monter en première. Nous, on a une minorité de joueurs qui sont dans ce focus-là et d’autres non donc, du coup, la différence de niveau se fait également ici, dans ce type d’efforts. 

 

On connaît déjà ta réponse à la question mais quoi qu’il arrive ce week-end, quel que soit le résultat, ce sera une belle fête du rugby tarnais ? Et puis, tu auras le cœur noir, rouge d’un côté, jaune de l’autre comme tu le disais mais, quel que soit le résultat, tu auras le sourire ? 

 

Oui, j’aurai le sourire mais il faut que les rouges et noirs de Graulhet soient dignes de porter le maillot, d’autant plus par rapport au contexte. Clairement, il y a une différence de niveau mais,  comme on le disait précédemment, le rugby, c’est aussi beaucoup jouer avec le cœur et l’âme. Tant que ça est mis sur le terrain, après, le score quel qu’il soit reflètera l’investissement des joueurs. S’il y a un miracle, il y a un miracle, si on peut gratter ce qu’on peut, on gratte mais qu’au moins, les joueurs mouillent le maillot et notamment, jouent en équipe et ça sera ça le plus beau du week-end. Albi arrive avec ses forces et ses certitudes, on ne va pas se cacher que la côte est grosse pour Graulhet. 

 

Mauléon a failli le faire le week-end dernier

 

C’est ça mais Mauléon sont en plus bien classés. Mauléon monte, c’est un nouveau de la Fédérale  mais ils ont peut-être une équipe un peu plus homogène, je n’ai pas étudié la question. 

 

Ils s’entraînent parfois sur trois lieux différents : à Bayonne, à un autre endroit dans le Pays Basque et à Mauléon. Il y a des jours où ils s’entraînent en séparés tellement ils ont des joueurs un peu partout dans le Pays Basque. Malgré cela, ils arrivent à faire unité les jours de match. 

 

Après, ça, c’est la force des équipes basques. 

 

Ah oui, c’est sur que là-bas, ils ont le rugby chevillé au corps voire au coeur

 

Les deux sûrement je pense (rires). En espérant que ce supplément d’âme se retrouvera chez les rouges et noirs dimanche

Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez l’itw Audio de Yohan Chateauraynaud lors de l’émission  » Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 21 février 2020 , ci dessous

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-02-21/

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