#Rugby – Fed1 / J.Montels (Graulhet): «J’ai le SCG chevillé au corps!»

En pays Graulhetois, il est des noms qui évoquent instantanément le rugby, Montels est de ceux-là. Jules, dernier bourgeon d’une lignée de gladiateurs de l’ovalie , porte ses couleurs rouges et noires au fond de son cœur. Pour celui qui a été nourri depuis sa plus tendre enfance, lors des veillées au coin du feu , par les exploits et les légendes des « mégissiers » , porter la tunique du club du centre-Tarn est une évidence. Voyant le rugby véritablement comme un loisir et une passion, cet assureur à la vie civile, arbore son statut d’amateur comme une fierté et une véritable philosophie de vie. Alors que le club a été frappé de plein fouet par le décès de son pilier droit , Beka Burdiashvili, la réalité sportive reprend ses droits, avec dès ce samedi, un match en retard à Tarbes. Jules Montels et ses coéquipiers repartent à l’assaut du maintien en fédérale 1 , pour l’amour de leurs couleurs, pour la passion d’une ville et le souvenir de Béka.

 

Crédit photo Arnaud Bertrand – SCG

 

Quand on parle de ton nom en terre graulhetoise, c’est vraiment un nom qui est marqué en rouge et noir chez les Mégissiers ? 

 

Tout à fait, c’est une histoire de famille chez nous, du côté Montels mais aussi du côté Durand, celui de ma mère. On est très fiers d’honorer les couleurs du Sporting. 

 

Toi qui est la nouvelle génération de Montels a porté haut les couleurs rouges et noires, tu dois quand même avoir un lourd héritage sur les épaules, celui de ne pas décevoir les attentes de la famille ? 

 

Tout à fait. C’est avant tout de faire du mieux possible, de rendre fiers les plus anciens parce-que le Sporting a encore la chance d’être suivi par des gens qui ont joué, qui l’ont supporté, qui aime ce club. Donc, avant tout, c’est se faire plaisir et rendre fiers les gens qui nous suivent. 

 

Tu as du un peu grandir avec des veillées au coin du feu où on te racontait les exploits héroïques des générations précédentes. Tu l’as en toi toute cette histoire du Sporting Club Graulhetois ? Tu le sens chevillé en toi, ce passé qui est quand même assez mythique ? 

 

Bien sûr, pour moi, ça a toujours été comme ça. Tous les jeudis, je vais boire un café avec les anciens et notamment, il en reste encore, de la génération qui a été vice-championne de France en 1957. Donc effectivement, ce sont vraiment des anciens mais qui viennent encore nous voir et je trouve que c’est bien de s’imprégner de cette époque-là et de celle un peu plus récente. Evoluer dans un club sans en connaître l’histoire, c’est quand même triste. Moi, je l’ai chevillée au corps parce-que je n’ai connu que ce club et, par conséquent, j’en connais pas mal de pages. Mais, toute l’histoire est trop longue. 

 

Guy Laporte nous racontait qu’à son époque, il y avait des matchs avec tellement de monde à Pélissou que les gens montaient même dans les arbres pour voir les matchs. Il nous disait aussi qu’aujourd’hui, les gens laissaient les arbres bien tranquilles et que plus personne ne les embête. Tu penses que, peut-être, pour le derby contre Albi, un brin de cette âme va renaître ? 

 

Je ne sais pas parce-que les époques ont bien changé. On a un peu moins de public parce-que, comme partout, quand les résultats ne sont pas là, le public est assez absent. Néanmoins, sur les derbys, ça mobilise toujours un peu plus d’afficionados du rugby. Alors, à première vue, ceux de la ville mais j’espère aussi qu’il y aura quand même pas mal de gens au stade. C’est vrai aussi que les derbys ou les matchs gros contre petits, il y en a toujours eu à Graulhet. C’était un peu assimilable à l’histoire de la ville et de son activité économique puisque le rugby faisait partie intégrante de la ville mais c’était avant tout le travail du cuir. C’était un peu cet esprit d’entreprise, des gens, des ouvriers, qui luttaient au quotidien pour travailler et gagner leur croûte et qui, le dimanche, voyaient dans l’arrivée des grosses cylindrées sur les terrains de rugby, la partie patronale. Donc, c’est toujours cette histoire de rivalité, un peu de lutte des classes sociales. Mais oui, ça ferait toujours plaisir de voir des derbys avec du monde autour. C’est le but, c’est l’enjeu de ces matchs entre voisins. 

 

La lutte des classes, on peut la retrouver entre Graulhet, petit club amateur, un des plus petits budgets de la Fédérale 1 qui a été repêché de la Fédérale 2, face aux armadas pros Tarbes, Albi ou semi-pro comme Blagnac. C’est un levier qui pourrait être actionné en disant :  » on n’est peut-être pas invité en Fédérale 1 mais on va montrer qu’on ne doit notre place à personne et on va aller se la chercher  » ? 

 

C’est tout à fait ça. Après, ça reste des matchs de gala et il faut se réjouir de les jouer, sans toutefois y laisser trop de plumes parce-que l’effectif n’est pas très dense. On sait que ce n’est pas notre championnat, les poules ont été faites comme ça avec des têtes d’affiche. C’est toujours bien de s’étalonner, même si on sait déjà qu’on n’est pas du tout dans les mêmes hauteurs de tableau. Mais, ça reste quand même des matchs qu’il faut préparer avec plaisir puisqu’on sait que le résultat tournera souvent en faveur du gros. Il faut les jouer pour s’entraîner aussi pour les matchs qui suivent contre des équipes un peu plus à notre portée. J’ai tout simplement envie de dire que ce sont des matchs qu’il faut apprécier parce-que ça ne se représentera pas toujours. Quoi qu’il advienne, si on vient à quitter la division, on sera content d’avoir pu jouer ces matchs de gala et en profiter. 

 

Crédit photo Christophe Fabries

En parlant de match de gala et de gros match, il y en a un qui vous attend dès aujourd’hui, à Tarbes. C’est un match qui avait été reporté avant la trêve des confiseurs mais qui arrive à un moment compliqué pour vous, le groupe, puisqu’on le rappelle, vous avez subi l’adversité de plein fouet avec la disparition brutale de Beka Burdiashvili sur les routes du Tarn. A peine deux semaines après ce drame, ce coup du sort, il vous faut repartir au combat contre Tarbes, un des cadors de la poule 3. Ça va quand même être assez dur de se remettre en focus sur le sportif ? 

 

Bien sûr. Ça a été un terrible drame qui nous a beaucoup affectés et dont on va essayer de se relever, tout en gardant en tête la mémoire de Beka. Ce week-end, match reporté, encore une fois, il y a à relativiser parce qu’avec ce qui nous est arrivé, le sportif est important mais ça reste un jeu. Nous, ce qui nous importe, c’est de tout donner pour ne pas avoir de regret, de combattre avec nos armes, de tout donner. Déjà, de ne pas avoir de regret dans l’investissement, de faire le maximum. J’espère qu’on va avoir la force supplémentaire de Beka, de son âme qui sera toujours avec nous. 

 

Comme je le disais à Nicolas Navarro, vous allez maintenant jouer à 16 ? 

 

Voilà, on va jouer à 16 mais surtout, on va jouer comme lui. Notre président le disait, on ne va pas jouer pour lui, on va jouer comme lui parce qu’il avait toujours la rage de vaincre et il aimait profondément ce club. Je crois que le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre, c’est de tout donner quoi qu’il advienne sur le terrain au niveau du résultat mais de ne pas avoir de regret à la fin du match. 

 

Avant le match contre Albi et après ce match contre Tarbes, il y a un match contre Pamiers. Là aussi, ça va être un moment clé de votre saison ? 

 

Oui puisque Pamiers fait partie de nos concurrents au maintien. Au vu du classement, ce sont nos premiers concurrents donc, forcément que le résultat là-bas comptera beaucoup. Ça restera un match des plus capitaux, ça sera à nous de nous y préparer, comme tout match couperet. Malheureusement, les années passées nous ont habitués à ce genre de match. Ce ne sont jamais les plus agréables à jouer parce-que, forcément, l’enjeu prend souvent le dessus sur le jeu. Mais la logique du classement est là et les matchs retour valent souvent leur pesant d’or. 

 

Allez chercher un bonus défensif à Tarbes avec la rage et la grinta, ça serait déjà un moyen de lancer une belle dynamique ? 

 

Bien sûr. Je crois que, pour ce match, avant même de parler de résultat comptable, de défaite ou de victoire, c’est pour nous de se remettre les idées en tête, de reprendre goût au rugby après ce qui est arrivé. Donc, le but premier de ce match-làsera de nous retrouver, de retrouver un peu de liant, de collectif, d’esprit rugby, de s’appliquer, de vraiment jouer, de mettre tous les ingrédients et se rassurer. Ce sera de reprendre un peu de capital confiance, même si c’est sur des séquences, et puis, si on arrive à prendre un point de bonus défensif, on en sera très content. 

 

A Radio Albigès, on aime bien aussi parler de la pluriactivité des joueurs parce-que tu fais partie de ces joueurs qui s’entraînent le soir au rugby et qui bosse la journée. En amont de cette interview, on avait un petit débat d’idées sur amateurs, semi-amateurs, amateurs financièrement ou semi-amateurs financièrement mais aussi amateurs dans la philosophie de voir le rugby. Tu peux nous parler un peu de ta façon de voir le rugby, de comment tu vis la pluriactivité ? 

 

Moi, j’ai toujours appréhendé le rugby de cette façon puisqu’à Graulhet, on a toujours fonctionné sur de l’amateurisme. Alors, on a parfois essayé de calquer des entraînements, notamment en Fédérale 1, d’essayer de s’entraîner davantage pour rivaliser. Je le conçois de manière loisir, j’ai toujours conçu le rugby comme un jeu avant tout, où l’intérêt est d’échanger des gens d’un peu tous horizons: des étudiants, des gens qui travaillent dans des professions libérales, des artisans, des commerçants … De partager aussi des moments en-dehors des terrains, c’est ce qui fait un peu la richesse de notre sport. Dans la division, on est amené à côtoyer des équipes pros. Le rugby reste le même mais c’est appréhender de façon un peu différente puisque j’imagine qu’on ne va pas toujours à l’entraînement avec le sourire. Certains doivent l’avoir mais moi, je sais que j’ai toujours plaisir à me rendre à l’entraînement parce qu’il y a les copains et que je sais que vais me divertir, passer un bon moment et on reprendra le travail le lendemain. 

 

Et tu n’as pas un peu le syndrome des  » journées longues  » ? 

 

Non, parce qu’honnêtement, ça me permet après mes journées de travail de me vider la tête. C’est un bon équilibre à trouver, même sur les dernières années qui ont été difficiles puisqu’on a joué le maintien avec des histoires de relégations et de repêchages sur tapis vert. Certes, c’est compliqué et je ne dirai pas que moralement, ce n’est pas compliqué parce-que, quand on est compétiteur, ce n’est pas évident de gagner deux, trois matchs par saison et on cogite souvent parce qu’on veut toujours faire mieux. Mais, malgré tout, j’ai quand même le soir la joie de retrouver les copains pour vraiment penser à autre chose et partager un moment de complicité. Parce qu’on a aussi la chance d’avoir un socle de vrais copains où on partage beaucoup de choses ensemble et on le voit, on s’entraîne au rugby de la même manière. 

 

Toi qui a grandi au pied du stade Pélissou, quel est ton plus souvenir là-bas ? Que ce soit en tant que joueur ou en tant que minot supporter qui était au bord des travées pendant la fin des années fastes. 

 

Beaucoup, beaucoup de bons souvenirs. C’est vrai que sur les dernières années, les bons souvenirs sont ceux des victoires arrachées sur des matchs de maintien, des matchs couperet où c’était quitte ou double donc ça, ça reste un bon souvenir. Pour nous, forcément que la plus belle saison restera celle de l’accession en finale en Fédérale 2, l’année où nous sommes remontés puisqu’on enchaînait les victoires et surtout, la cohésion était vraiment à son maximum. C’était aussi de voir la ville revivre aux couleurs du Sporting, chose qui s’est un peu perdue depuis, mais on avait réussi à faire naître un engouement que moi, je n’avais jamais connu par le passé puisque j’étais trop jeunes pour les belles années. Je les ai vues dans les articles de presse, dans des vidéos mais je ne les ai jamais vues de mes propres yeux. En 2014, de revoir la ville dans cet état-là, en rouge et noir partout, ça faisait vraiment très chaud au cœur et je crois que ça restera un super souvenir. 

 

On connaît toute l’histoire et l’historique du Sporting Club Graulhetois, des rouges et noirs. Quel est l’ADN actuel de ce club ? 

 

L’ADN aujourd’hui, je pense que ça l’a toujours été, ça restera la générosité, de par ses bénévoles et tous les gens qui font que les joueurs puissent pratiquer ce sport et se régaler. C’est un club qui est vraiment attaché à ça et je crois que tous les joueurs qui passent une saison, qui en partent et qui passent par ce club sont marqués par l’accueil qu’ils y reçoivent, que ce soit au niveau de tout, des dirigeants, des bénévoles, des supporters. Le budget ne permet pas de rivaliser avec de grosses écuries de la poule mais, au-delà de ça, si je parle de Graulhet, c’est surtout dans ce sens de générosité, de solidarité. Ca fait aussi partie, dans les coups durs, de trouver du monde autour de soi. Et après, de courage, parce qu’il en faut aussi quand on affronte des équipes de calibre supérieur donc, la vaillance restera quand même, même si c’est un terme plus général au rugby, et à Graulhet, on en a surtout besoin. 

 

On ne change pas les bonnes vieilles recettes ? 

 

On ne change pas les recettes qui gagnent. C’est ce qu’il faut essayer d’inculquer aux générations qui montent, on veillera à ce que ça se transmette. On nous l’a transmis, à nous de le transmettre. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

 Réécouter l’itw Audio de Jules Montels SCG lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges du 7 février 2020 »

https://hearthis.at/radio.albiges/20-02-07-magsport/

 

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