#Rugby – Fed1 / P.Guicherd (Mazamet): «Être persuadé que ce qui est impossible est réalisable!»

Nous sommes allés faire un petit tour dans le sud du Tarn avec le Sporting Club Mazamet et l’un de ses entraîneurs, Philippe Guicherd, alias  » La Guiche « . Pour l’ex Carcassonnais et Albigeois, la reprise a amené son lot de belles surprises, avec une victoire en terre gardoise face au RC Nîmes. Relégable dans une « poule de la mort », qu’il préfère surnommer « la poule des voyages », Philippe Guicherd malgré l’adversité sportive et le nécessaire apprentissage de la fédérale 1, ne se cache pas derrière l’arbitrage ou d’autres faux-fuyants. Comme lorsqu’il exerçait sa fonction « d’assistant de l’arbitre » tout en cumulant le poste de seconde ligne sur les pelouses de Top 14, « la guiche » prônent deux vertus héritées de son mentor Eric Bechu : Le supplément d’âme et le labeur. Rencontre avec un personnage dont le franc-parler et l’humour laissent transpirer des convictions profondes sur son sport.

 

Crédit photo Christophe Plautin – SC Mazamet

 

Philippe, 2020 commence sous de bons auspices à Mazamet. Il y a eu le week-end dernier une bonne nouvelle qui nous est arrivée de Nîmes puisque vous êtes allés taper ce Rugby Club Nîmois et ça donne du baume au cœur pour tout le rugby mazamétain ? 

 

Oui, on est invaincu à l’extérieur en 2020 donc, ce n’est pas mal pour nous (rires). 

 

C’est un bon début. 

 

C’est une bonne chose (rires). 

 

Maintenant, il va falloir faire le pendant à la Chevalière ? 

 

C’est ça. On a déjà un match important ce week-end à Castanet. On ne sait pas encore s’il va se jouer ou pas à cause des intempéries. Mais, c’est vrai qu’on valide un peu sur ce match là tout ce qui avait été fait depuis le début. Après, on sait très bien que par rapport aux grosses écuries ou aux grosses formations, c’est dans la durée qu’il faut qu’on performe. On a fait un résultat à Nîmes mais ce serait bête de tout gâcher en s’écroulant après. 

 

On a eu Jean-Christophe Bacca, que tu connais très bien, il y a peu. Il y a quand même quelques similitudes entre Grauhlet et Mazamet. On a l’impression que cette année, vous manquez un peu de chance, que vous avez un peu la scoumoune parce-que souvent, la pièce retombe du mauvais côté. Je pense par exemple pour vous au match contre Céret où ça ne s’est joué à rien et où il y avait peut-être la possibilité d’aller chercher une victoire ? 

 

Je ne sais pas, j’essaie d’être objectif. Je pense que sur le match de Céret, même si on peut gagner sur la fin, on peut aussi le perdre sur des mauvais choix qu’on fait ou aussi dur des sorties de camp. Donc, je pense que la chance, il faut aussi se la provoquer. Moi, je ne parle jamais des arbitres, je ne parle jamais non plus de la chance parce-que je pense qu’il faut se provoquer les choses, qu’il faut aller se les chercher et au bout d’un moment, ça s’équilibre. Au cours d’une saison, quand tu fais tout ce qu’il faut pour aller dans le bon sens, en général, ou tu passes parce-que tu as fait les efforts nécessaires ou tu ne passes pas parce-que les autres ont été plus forts ou plus réguliers. En général, les choses se provoquent. Quand tu subis, forcément tu recules. Nous, quoi qu’il se passe, on est obligé d’avancer, d’être exigeants avec les joueurs, de leur mettre la pression même si on est dernier, mettre du plaisir aux entraînements mais avec beaucoup de travail. Les joueurs font beaucoup d’efforts, on fait des déplacements à 5h du matin, ils retravaillent le lendemain. Mais on le savait, on ne se plaint pas. On continue à travailler là-dessus, à avancer, à mettre de la bonne humeur. Ça se concrétise par une belle victoire à Nîmes parce-que c’est une belle victoire à 13 contre 15 à la fin, c’était très compliqué. Les joueurs sont allés se la chercher, ça fait plaisir de les voir tous se sauter dans les bras à la fin du match. C’est aussi qu’ils ont envie qu’on maintienne ce club en Fédérale 1. 

 

Autre similitude avec Graulhet, c’est que ce week-end, que ce soit Graulhet ou Mazamet, vous êtes à la croisée des chemins. Graulhet, c’est un gros derby pour le maintien, un derby tarno/tarnais (interview réalisé avant l’annulation suite au décès de Beka Burdiashvili). Pour Mazamet, c’est un derby occitan face à Castanet (match lui aussi reporté mais pour condition climatique) , qui est pour l’instant lanterne rouge de la poule 2, cette poule qu’on appelle tous  » la poule de la mort « . En plus, Céret va à Aubenas, Aubenas qui pour l’instant marche sur l’eau. Il y a peut-être une fenêtre de tir pour revenir dans les rétros de Céret ?

 

Honnêtement, jusqu’à maintenant, on ne va pas changer notre fusil d’épaule, on est essentiellement centré sur nous-mêmes. Le discours des joueurs et du staff, c’est qu’on allait à Nîmes pour préparer Castanet. Notre priorité, c’est Castanet. On a fait monter le gâteau à Nîmes en ayant une victoire là-bas et on n’a pas envie de tout gâcher face à Castanet. La victoire à Castanet reste une priorité pour nous et pour confirmer le progrès et le fait que les joueurs aient basculé dans leurs têtes en disant « on peut y croire « . Céret, on ne s’en occuper. Déjà nous, gagnons des matchs, marquons des points et après, on fera le compte. Si on ne marque pas de point, ça ne sert à rien de regarder les autres. 

 

On a vu, comme tu l’as dit, que vous aviez fini à 13 contre 15 face à Nîmes. Dans les cartons rouges, il y a un certain Nomani Tonga qui en a pris un. Il joue au même poste que toi, il vient d’Albi en étant passé par Rodez l’année dernière. On sait que sur le terrain, tu n’étais pas un enfant de chœur, on ne va pas se mentir. Quand il fallait en poser une, tu n’étais pas le dernier à le faire. Quand tu vois jouer Nomani, parfois, il ne te fait pas un peu penser à toi dans ta jeunesse, qui n’est bien sûr pas si loin ? 

 

Non, pas du tout (rires). Nomani a une grosse capacité à mettre des tubes défensivement avec des gros plaquages, ce que j’ai toujours été incapable de faire. A contrario, il est un peu moins discret que moi donc il prend beaucoup trop de cartons, plutôt parce qu’il a un jeu très, très agressif au niveau du plaquage et même parfois offensivement quand il porte le ballon. Il est un peu exposé, il s’expose et moi, j’étais un peu plus discret. 

 

Comme le disait une fois en interview ton compère de l’époque Arnaud Méla, vous aviez, à l’époque, trouvé quelques cachettes sur le terrain pour mettre quelques coups en secret ? 

 

Ca faisait partie d’un autre rugby. On était aussi là pour aider les arbitres, c’était plus facile pour eux après pour arbitrer. Les piliers étaient plus dans l’axe, il y avait moins de triche. Il y avait de l’autorégulation donc on travaillait avec les arbitres (rires). 

 

On sait que toute cette génération qui est passée à Albi en Top 14, vous avez eu un mentor qui s’appelait Eric Béchu. Maintenant que tu es passé de l’autre côté, que tu entraînes, les valeurs que vous a inculquées, que vous a fait infusées Eric Béchu, est-ce que tu arrives à en récupérer quelques-unes pour les retransmettre maintenant à la nouvelle génération ? 

 

Forcément. On a tous été marqué par notre évolution avec Eric, je pense qu’on s’est construit avec lui et on l’a aussi aidé à se construire lui. C’est vrai qu’on est souvent focalisé sur Ericavec le boulot qu’il faisait mais il y avait Philippe Laurent derrière, il y a avait Daniel Bach, Jean-Christophe aussi qui fonctionnait en équipe. Il a su s’entraîner de personnes de confiance et même si lui était le chef de la barre, le capitaine du bateau, il a su s’encadrer. Après, c’est vrai qu’au niveau des valeurs qu’il a su nous inculquer à nous, sur le terrain, ce sont des valeurs immuables de travail, d’abnégation, de sacrifice, un mot un peu fort aujourd’hui, pour le copain, de jouer pour le copain à côté. Ce sont des valeurs qui sont ou qui devraient être toujours en vigueur. Avec les nouvelles générations de joueurs qui arrivent, on se rend compte que le rugby est de plus en plus un sport d’individus qui jouent pour le collectif. Ca devient parfois un peu compliqué. 

 

Quand on discute parfois avec tes anciens coéquipiers, que ce soit Yogane Corréa ou Vincent Clément, ils nous disent qu’Eric Béchu arrivait quasiment à vous faire grimper aux arbres. S’il vous avait demandé de monter sur le toit du Stadium, vous l’auriez fait en courant. Tu arrives à avoir ces relations avec les joueurs ? Tu arrives à les transcender, à leur injecter  » le sang dans l’œil  » comme on dit ? 

 

Pas aussi bien qu’Eric pouvait le faire mais c’est vrai qu’Eric a aussi mis le temps, il a construit. Moi, j’arrive, j’y travaille, j’essaie mais c’est vrai que ça prend du temps. Eric nous a tous choisis un par un quand il est arrivé à Albi, il a construit son équipe à son effigie. Et c’est vrai qu’il a su trouver les hommes et après les transformer en joueurs de rugby. C’est sûr que moi, j’ai cette inspiration-là, comme Arnaud doit l’avoir mais, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ce sont des relations de confiance qu’il faut établir entre l’entraîneur et l’entraîné. Ça prend un peu de temps mais c’est vrai qu’il faut tendre vers ça pour qu’il y ait une relation de confiance avec l’entraîneur qui te fait croire, qui te fait être persuadé que ce qui est impossible est réalisable. 

 

On va revenir sur Mazamet. L’année dernière, la montée en Fédérale 1 pour certains suiveurs a peut-être été un peu précipitée. Peut-être que cela manquait d’un peu de structuration, de préparation pour arriver dans cette Fédérale 1 qui est en train de se professionnaliser. On sait que pour l’instant, vous êtes focus sur l’objectif maintien, que ce n’est pas une mince affaire. Mais, est-ce que tes dirigeants, est-ce que vous le staff, vous travaillez déjà à l’année prochaine, à essayer de développer, de structurer, de renforcer cette équipe de Mazamet en cas de maintien ? 

 

Oui, on a pris de l’avance. Je pense qu’il faut déjà sécuriser et fidéliser les joueurs qui nous font élever le niveau de Fédérale 2 à Fédérale 1 au niveau structurel, au niveau organisation, au niveau médical, au niveau staff en général. Ils ont été un peu pris de court au niveau structurel mais on essaye d’y travailler depuis le mois d’août, depuis qu’on est arrivé avec Damien, on essaye de prendre ça en charge. Peut-être que les personnes qui étaient habituées ne se rendaient pas compte du chantier sportif. Mais, il y a tout ce qu’il y a autour du sportif et forcément, avec cette poule … Pour moi, ce n’est pas  » la poule de la mort « , c’est surtout la poule des voyages, ce qui rend les choses un peu compliquées.

 

Les voyages forment la jeunesse ! 

 

C’est ça et c’est bien aussi. Le gros avantage, c’est qu’il n’y a qu’une équipe. Quand tu prends le bus, tu es un peu moins serré et tu as plus de place pour les jambes donc ça, c’est bien. Mais c’est vrai qu’on travaille pour l’année prochaine à renforcer, à sécuriser au niveau sportif et extra-sportif. On y travaille depuis le mois de Juillet de l’année dernière, oui. 

 

On va te poser la question un peu décalée. Tu sais qu’au Mag Sport Radio Albigès, on aime bien taquiner un peu. On a vu qu’il y avait eu un grand séminaire de la Fédérale 1 où on a parlé des formats, des projections, des possibilités pour faire évoluer cette Fédérale 1. Il n’en est pas sorti grand-chose pour le moment. Par contre, quand ton président Mr Rouanet est arrivé, la première chose qu’il a dit dans ce séminaire, et ce sont tous les présidents qui nous l’ont fait remonter en écho, c’est  » Je vous préviens, je suis Mr Rouanet, le président de Mazamet. Je ne suis ni Michel Drucker, ni Laurent Cabrol « . C’était par rapport à la  » saillie  » de Michel Drucker sur la Fédérale 1. Tu n’as pas l’impression que cette saillie un peu médiatique a fait plus de mal que de bien ? 

 

Ça veut dire quoi saillie médiatique, où veux-tu en venir

 

Cette phrase, cette expression médiatique qu’a eue Michel Drucker sur la Fédérale 1 où on avait vu des présidents de Fédérale dire  » Michel Drucker qui s’occupe de la Fédérale 1, je ne suis pas sûr que ce soit le plus à même de donner son avis « 

 

Je ne sais pas si c’est très intéressant de commenter (rires). Que des personnages publics ou des industriels qui s’intéressent à la Fédérale 1, qui donnent un coup de main à leur club, à leur ville, moi, je ne trouve pas ça dérangeant, au contraire. Du moment qu’il y a de la passion, qu’il y a de l’affection, je ne vois pas en quoi ça dérange. Plus la Fédérale 1 sera médiatisée, plus ça rendra les choses intéressantes. On voit que certains matchs de Fédérale 1 sont télévisés donc on voit très bien le niveau qui est intéressant. Moi, je trouve que c’est bien que la Fédérale 1 soit de plus en plus médiatisée. Si après, ça peut aider les clubs à se structurer, à former des joueurs et à évoluer, je trouve ça plutôt intéressant que la Fédérale 1 soit médiatisée. 

 

Nous, on avait eu un peu l’impression que le président de Mazamet, Mr Rouanet, avait été un peu gêné de cette prise de position médiatique parce-que ça l’avait mis un peu en porte à faux par rapport aux autres présidents de Fédérale 1 qui n’étaient peut-être pas sur la même longueur d’ondes le jour du séminaire. 

 

Peut-être, je ne sais pas,il faudrait lui poser la question à lui (rires). Le côté médiatique, c’est toujours une histoire d’ego entre présidents. Moi, je trouve ça plutôt bien quand même qu’il y ait des personnages publics, des industriels ou des mécènes qui s’occupent des clubs de Fédérale. Quand je vois Matthieu Blin qui s’intéresse à Suresnes, c’est très bien. Il y a de plus en plus de techniciens qui s’occupent des mecs de Fédérale. Ça fera monter le niveau, ça permettra aux jeunes joueurs de toujours jouer en Fédérale 1 et d’évoluer comme il faut. C’est bien pour le rugby en général. 

 

Tu nous parles de Suresnes. A Suresnes, il y a un Catalan mais qui est passé par le Tarn, il s’appelle Vincent Carbou. Tu le connais, tu le côtoies un peu ? 

 

Je ne le connais pas. C’est un talon, c’est ça ? 

 

Non, c’était un arrière. 

 

Non, derrière, moi, je ne connais pas (rires).  

 

Philippe, on va te souhaiter tout le bonheur du monde pour cette année 2020 et ça passe par le maintien avec le Sporting Club Mazametain et dès ce dimanche à Castanet, par un gros match de tes hommes. Et on espère qu’à la fin des 80 minutes, vous aurez le morceau de biscuit et que vous recollerez un peu dans cette lutte au maintien et qu’à la fin du championnat, on puisse avec tous les clubs tarnais lever le coude et le verre au maintien du rugby tarnais en Fédérale 1. 

 

Ce serait avec grand plaisir qu’on se retrouve tous entre Tarnais dans la même de Fédérale 1 l’an prochain avec Albi en Pro D2. 

 

Ça serait le top et on va croiser les doigts pour que cela arrive. On espère qu’il y a aura un joli happy end à l’inverse de l’année dernière. 

 

Voilà, c’est ça on croise les doigts.

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