#Rugby – Fed1/ K.Qadiri (Beaune) : «C’est le rendez-vous que j’ai coché!»

Certains l’appellent  » Le facteur X bourguignon « , d’autres au CS Beaune le surnomment  » la Morocco Air Lines « , une chose est sure , l’ex joueur de Massy et du Stade Français est une arme redoutable des « viticulteurs » cette saison. Karim Qadiri, l’arrière/ailier qui affole les compteurs de la Fédérale 1 nous a accordé un entretien quelques heures en amont d’un comeback au bercail au stade Ladoumègue. Pour celui qui rêve d’étage au dessus et de faire un retour tonitruant dans le giron professionnel, ce match sur ses terres franciliennes est un carrefour tant pour lui que pour ses partenaires. Focus sur un joueur qui renaît de ses cendres tel un phénix avec les bleus et blancs, et qui compte bien devant sa famille et ses proches faire étalage de son talent.

 

Crédit photo Jean Marc Fondeur

 

Karim, arrive pour toi ce dimanche un match avec une dose émotionnelle assez particulière. Tu retournes dans ton club formateur, tu retournes défier Massy. On imagine que tu vas revenir en région parisienne revanchard, avec le couteau entre les dents ? 

 

Oui, c’est ça et on jouera au stade Jules Ladoumègue. Moi, j’ai commencé le rugby à Massy et depuis tout petit, on voyait les grands jouer sur ce terrain-là. Je n’ai pas eu la chance de jouer souvent sur ce terrain mais c’est vrai que ce week-end aura une saveur particulière. 

 

On imagine que tu as gardé des amis, des accroches, des attaches en région parisienne et qu’il va y avoir tous les amis et toute la famille qui vont venir te voir défier les locaux ? 

 

Oui, c’est ça. Mes parents habitent à Massy, j’ai toute ma vie à Massy. Ma copine est à Massy, mes amis, tout le monde est à Massy donc c’est le rendez-vous que j’ai coché, et que tout le monde dans mon entourage a coché sur le calendrier. 

 

En plus, tu arrives cette saison lancé comme un frelon, tu fais un début de saison assez énorme. C’est un peu le retour de l’enfant prodigue ? 

 

Oui et non. Moi, je me contente de ce que je sais faire, à savoir jouer au rugby. Après, sur ce début de saison-là, c’est vrai que ça m’a pas mal souri. Enfant prodigue … J’ai quitté Massy pour aller au Stade Français donc là, ça va être l’enfant tout court qui revient à la maison. 

 

On l’a compris, Massy est ta madeleine de Proust. Mais, il y a eu une fin de scénario à Massy qui a été compliquée puisque tu étais en train de faire des études d’infirmier qui étaient très prenantes et qui te tenaient énormément à cœur. Et Massy ne t’a pas donné tous les moyens de les mener à bout donc tu as basculé chez le frère ennemi, au Stade Français, si j’ai bien suivi ? 

 

C’est un peu petit plus compliqué mais, pour résumer, oui, c’est un peu ça. Disons que, les entraînements avec les pros à Massy ne collaient pas forcément avec mon emploi du temps scolaire. Je ne pouvais pas me permettre de faire l’impasse sur le scolaire donc j’ai décidé de quitter Massy par rapport à ça pour prendre du plaisir, chose que je ne prenais plus sur ma dernière saison à Massy. Et, ça a été un pari plus ou moins gagnant dans la mesure où j’ai pu aussi prendre de l’expérience et voir ce qu’il se passait ailleurs. 

 

Tu es très modeste mais tu as quand même un palmarès. Tu as été international français, tu as aussi fait partie du Pôle France à Marcoussis. J’imagine que la déception que tu as connue à Massy, et un peu au Stade Français, t’a aussi construit dans le joueur que tu es actuellement ? 

 

Oui, bien sûr. Il y a un dicton qui dit qu’on apprend beaucoup des échecs et pour le coup, la fin à Massy et la fin au Stade Français m’ont aussi permis de rebondir et de prendre conscience qu’au final, la notion de plaisir est peut-être plus importante que la notion de compétition. Moi, je suis un joueur qui, quand je joue pour le plaisir, peut-être performant alors que quand je mets le focus uniquement sur les performances, je vais passer à côté de tous mes matchs. 

 

Tu somatises un peu ? 

 

Oui, c’est un peu ça. Je marche beaucoup au feeling et il y a des fois où je me mets un peu trop la pression, chose que je ne me mets plus depuis que je suis à Beaune parce-que j’ai appris à me calmer et à me canaliser. Franchement, je suis super content et toutes ces expériences-là, je ne les regrette pas parce-que ça a forgé le joueur et l’homme que je suis maintenant. Donc, c’est tout positif. 

 

On parle de Beaune. On sait que l’un des entremetteurs, entre autres, pour tu viennes à Beaune est Pascal Papé. J’imagine que ce choix de venir à Beaune n’est pas que pour l’attrait du bon vin ? 

 

Non, encore plus parce-que je ne bois pas (rires). 

 

Je m’en doutais. Donc, qu’est ce qui t’a amené à venir à Beaune en plus du fait que Pascal Papé a quelques relations avec le club de Beaune ? 

 

J’ai reçu un message du coach, de Sébastien Magnat en fin de saison lorsque j’étais au Stade Français. Il cherchait un ailier pour les aider dans leur challenge qui était le maintien pour leur première saison en Fédérale 1. J’y ai vu une opportunité parce-que je savais que ça risquait d’être compliqué pour de la Pro D2 parce-que je n’avais pas forcément validé tous les objectifs que j’avais à valider. Et je savais qu’en venant ici, j’allais avoir du temps de jeu. C’était la principale chose que je recherchais, reprendre du plaisir et jouer, jouer, jouer. L’année dernière, j’ai fait toutes les feuilles de match donc mon pari a été gagnant la saison passée et se confirme cette année aussi. 

 

On sait que l’année dernière, tu étais un peu déçu de toi-même, tu attendais un peu mieux de toi ? 

 

Forcément quand on arrive. Après, l’acclimatation en début de saison a été assez compliquée. J’habitais à Massy puis à Paris quand je jouais au Stade Français qui sont relativement des grandes villes. Quand on arrive dans ce qu’on appelle la campagne, les 4, 5 premiers mois ont quand même été assez compliqués. Mais, une fois que l’acclimatation a été faite, ça a été tout seul. 

 

Tu as aussi trouvé des vertus en revenant aux sources, dans ce rugby fédéral qui est quand même la base de l’ovalie ? 

 

Clairement. Et ça, franchement, c’est un truc que je conseille à tous les jeunes qui recherchent du temps de jeu. Franchement, c’est formateur et ça forge non seulement le joueur, dans la mesure où l’on prend du temps de jeu, de l’expérience mais aussi en tant qu’homme. Je me sens vachement plus posé, plus calme depuis que je suis arrivé ici que je ne l’étais avant. 

 

La quintessence de tout ça, c’est quand même cette seconde saison qui commence sur des chapeaux de roue, des essais en veux-tu, en voilà. On sent Karim Qadiri qui est libéré ? 

 

Oui mais, franchement, je ne me prends même plus la tête. Je me contente juste de jouer, de prendre du plaisir et ça me sourit sur ce début de saison. Je ne sais pas comment l’expliquer mais je dirai qu’on prend confiance en soi et qu’au final, tous les sacrifices qu’on a faits jusqu’à maintenant commencent à payer donc, c’est tout bénef. 

 

L’appétit vient en mangeant, on sait que tu es un chasseur d’essai. Est-ce que des challenges persos, comme celui de meilleur réalisateur de la Fédérale 1, est un objectif que tu t’es fixé en soi ? 

 

Ce n’est pas forcément un objectif que j’avais en début de saison mais, bien sûr, quand on regarde les stats … 

 

On se prend au jeu ? 

 

Oui, voilà, c’est ça (rires). Le week-end dernier, par exemple, je n’ai pas marqué. Je vois que les autres derrière reviennent, on se dit  » OK, je vais m’y remettre, il ne faut pas que je me laisse distancer « . Mais franchement, au début de saison, je ne me disais pas  » je vais finir meilleur marqueur de Fédérale 1 « . Après, si je le suis, tant mieux, si je ne le suis pas, j’aurai donné ce qu’il fallait pour l’être. 

 

Tu en gardes un peu sous la semelle en cas de play-off de Du Manoir ? Parce qu’on voit quand même que Beaune est 5e. L’objectif est bien sûr le maintien mais, on le sait depuis le début de saison et vous ne vous en cachez pas, si vous pouvez aller tâter du Du Manoir, vous ne vous en gênerez pas. Il faut quand même en garder pour la saison parce-que tu es quand même très souvent titulaire, tu es l’un des hommes les plus utilisés par Sébastien Magnat. Tu n’as pas peur que la saison soit un peu longue ? 

 

Honnêtement, non. 

 

Où, à ton jeune âge, tu avales les minutes ? 

 

Oui, c’est ça. L’année dernière, je crois que je me retrouve à 1 400 minutes, et je n’ai pas vu passer la saison. Les week-ends s’enchaînent et quand on gagne, tu as envie d’en avoir plus donc, le corps suit. Après, j’espère que le corps suivra si on va le plus loin possible au Du Manoir. 

 

Ton nom, tu le vois en interview, arrive jusqu’aux oreilles des équipes et de la presse sudistes ce qui m’amène à ce qui suit. On l’a vu dans de nombreux articles, tu aimes beaucoup Beaune, tu t’y es ressourcé et tu t’y es retrouvé mais, tu ne vas sûrement pas y faire attache. On sait que tu as envie d’aller retutoyer au-dessus, peut-être la Pro D2 ou même le Top 14. C’est quelque chose qui est vraiment ancré dans ta tête ? C’est un objectif, un leitmotiv ? 

 

Ça, c’était clairement ce que j’étais venu chercher ici dans la mesure où moi, il me fallait du temps de jeu, il me fallait de l’expérience. Mais, l’objectif principal n’était pas forcément de m’éterniser en Fédérale 1 et de remonter le plus vite possible. Après, il ne faut pas non plus brûler les étapes dans la mesure où il ne faut pas que je me repose sur ce début de saison-là. Il faut que je continue à  » montrer ce dont je suis capable  » pour également attirer ce qui se fait au-dessus. 

 

Avant de parler d’ailleurs, tu es bien dans ce club de Beaune parce-que tu as aussi ton petit cercle de copains qui est arrivé avec entre autres Soheyl Jaoudat qui est arrivé. On va dire qu’il y a une petite «  Morocco Air Connection  » comme ça s’appelle à Beaune ? 

 

Oui, c’est ça (rires). Moi, de base, je suis arrivé du Stade Français avec Nassim Aanikid, le pilier, qui est un de mes meilleurs amis. Cette année, il y a Soheyl qui est arrivé, qui est aussi un de mes meilleurs amis, avec qui je joue depuis longtemps. 

 

C’est la team des  » parigots  » ? 

 

De base, Nassim vient de Lille mais il est arrivé au Stade Français donc, je le considère comme un Parisien. Soheylvient de Clermont donc, on va dire que c’est plus  » la team des Marocains  » (rires). 

 

Après, les relations entre l’Auvergne et Paris sont assez grandes, il y a beaucoup d’auvergnats en région parisienne. On va dire que tout auvergnat est un brin parisien ? 

 

Soheyl est un pur, pur, pur Clermontois donc, je ne sais pas s’il apprécierait qu’on dise qu’il est parisien (rires). Mais c’est vrai que ce cercle d’amis-là fait que la saison passe mieux cette année. L’année dernière, heureusement que Nassim était là parce-que, du coup, on a fait notre acclimatation ensemble. C’est vrai que cette année a une saveur particulière parce-que je joue avec de vrais amis dans la vie extérieure. 

 

Un groupe qui vit bien. Quand on vit bien au rugby, ou dans un sport collectif, ça permet aussi de faire de belles épopées ou de beaux exploits. La belle épopée, on vous la souhaite en Du Manoir, le bel exploit, ça pourrait être ce week-end face à Massy ? 

 

Oui, clairement. Moi, je ne considère pas qu’il y ait des équipes  » plus fortes « . Les équipes de Top 14 et bien, elles sont en Top 14. Bien sûr qu’il ne faut pas sous-estimer Massy, il ne faut sous-estimer aucune équipe mais, il faut toutes les prendre les unes après les autres et ne surtout pas jouer petits bras dans la mesure où, nous aussi on a du jeu à proposer et on sait jouer au rugby. 

 

Et puis Suresnes ou Châteaurenard face à Bourg ou encore Saint-Sulpice-sur-Lèze face à Albi ont montré la voie en montrant que des équipes dîtes  » plus faibles  » ne sont pas interdites d’aller faire trébucher des ogres ? 

 

Oui, c’est exactement ça. Après, ça va être compliqué du fait que Massy n’a perdu qu’un match et c’était à l’extérieur donc, je ne remets pas du tout ça en question. Mais, il faut qu’on y aille en se disant qu’on peut faire quelque chose. 

 

On va finir par la question humour/décalée Le Mag Sport. Tu n’arrêtes pas de marquer des essais, tu as envie de monter en Pro D2. Moi, je connais un club qui veut monter en Pro D2, ça s’appelle le Sporting Club Albigeois. Mettre un jour tes valises à Albi, ça te plairait, c’est un coin de France qui te plairait ? Ou alors, il te faut rester pas loin de la région parisienne pour avoir ton cocon ? 

 

Moi, je ne m’interdis rien du tout. Je ne m’interdis pas les expériences donc à voir (rires)

 

Peut-être que le message sera entendu à Albi et qui sait, le téléphone sonnera un de ces quatre. On te souhaite le meilleur pour ce retour en terre massicoise et puis surtout, le meilleur pour le reste de la saison avec le CS Beaune. 

 

Merci beaucoup

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

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