#Rugby – Fed1 / J.Gallart (Graulhet) : « Il y a aussi besoin d’un aspect féminin.»

Nous sommes allés à la rencontre de Juliette Gallart , l‘hyper-active ostéopathe du Sporting Club Graulhetois. Pour cette jeune femme , passionnée de sport au sens large, son aventure professionnelle et humaine au sein des mégissiers Graulhetois, est une des multiples cordes à son arc. Ancienne championne de boxe française et d’équitation , cette « ostéo » qui rêvait d’évoluer dans le milieu équin, outre son engagement dans ce bastion de l’ovalie hexagonale, s’est lancé un nouveau challenge . Depuis 1 an et demi, aimant repousser ses limites et découvrir de nouveaux horizons, en véritable club Omnisports à elle seule, Juliette s’est lancée dans une nouvelle discipline, la nage en eau libre. Cette discipline qu’elle a découverte alors qu’elle officiait sur les plages françaises à la SNCM, est devenu son nouveau cheval de bataille. Qualifiée pour les championnats du monde amateur à Cancun cette semaine, elle relèvera ce nouveau défi , avec un supplément d’âme indéniable, une cause qui lui est chère et qu’elle arborera lors de la Compétition, via le teeshirt de l’association de son frère (SLA pour les nuls), aidant les personnes, comme lui, atteintes de la maladie de Charcot. Focus sur une femme des temps modernes, qui bouscule les carcans et les embûches pour aller au bout de ses rêves.

 

Crédit photo Arnaud Bertrand / SC Graulhet

 

Juliette, vous êtes l’ostéopathe du SCG. En quoi consiste votre rôle dans le club des mégissiers et comment êtes-vous arrivée à ce poste-là ? 

 

Mon rôle est de veiller au bien-être des joueurs et d’essayer de minimiser au maximum les blessures qu’ils peuvent rencontrer, que ce soit lors des entraînements ou pendant les matchs, puisqu’on essaie vraiment de faire un rôle de préventif. Pour ça, je travaille aussi avec une kiné donc, on est toutes les deux. Je suis arrivée dans le milieu du rugby un peu par hasard, à force de voir des joueurs au cabinet. Je me suis demandé s’il n’avait pas besoin d’osthéo et j’ai été mise en relation avec Philippe Carayon , qui était là à l’époque et c’est comme ça que ça s’est passé. 

 

Vous travaillez dans un milieu d’hommes qui est parfois décrié comme machiste. Comment ça se passe quand on est une femme et qu’on est osthéo de rugbymen garçons ? 

 

Ça se passe très bien. Moi, j’avais peut-être quelques appréhensions au début parce-que je ne connaissais pas du tout ce milieu-là et je n’ai jamais eu de souci. Quand on reste professionnelle et qu’on fait les choses comme il faut, il y n’y a aucun souci à ce niveau-là. D’ailleurs, je ne serai pas restée s’il y avait eu quoi que ce soit. Ça fait 4 ans que j’y suis, ça s’est toujours très bien passé. Du moment qu’on reste dans un cadre professionnel, il y a un respect qui se met en place. 

 

Le rugby est souvent décrié et vu comme un sport machiste. C’est une légende urbaine, dans la réalité, ça ne l’est pas tant que ça ? 

 

Non, non, pas vraiment. On apporte quelque chose d’autre. Moi en tous cas, je le vois vraiment comme une collaboration, un travail d’équipe. Il y a aussi besoin d’un aspect féminin pour apporter autre chose que ce soit dans les échanges, pour avoir parfois des échanges moins musclés, ou que ce soit pour faire passer des informations, c’est parfois plus facile aussi d’être une fille. Il y avait déjà Julie quand je suis arrivée, qui est la kiné avec qui ça se passait déjà comme ça. Il y a du coup un bon équilibre qui s’est créé donc l’atmosphère n’est pas du tout machiste, pas à Graulhet du moins. 

 

C’est une très, très bonne nouvelle et ça va dans le sens de ma question suivante. Henry Broncan, qu’on avait en interview récemment, disait que l’avenir du rugby passait par les femmes, entre autres les femmes qui sont au bord du terrain, les femmes qui s’investissent dans les staffs. Mais aussi, le rugby féminin qui est en pleine expansion, qui est un véritable bol d’air frais pour la Fédération Française de Rugby. Ça vous parle le rugby féminin, c’est quelque chose que vous suivez assidument ou bien, avec toutes les activitéque vous avez, vous avez du mal à suivre la chose ? 

 

Oui, je fais beaucoup de choses à côté donc, je ne suis pas forcément tous les matchs. Mais je trouve très bien qu’on ait du rugby féminin, d’autant plus qu’on a une super équipe. Je suis pour le sport féminin donc je suis très contente que ça se développe. Et je pense aussi qu’il y a un véritable avenir dans le rugby pour les femmes étant donné qu’en ce moment, pour le rugby en général, c’est quand même assez compliqué. Donc, je pense que ça peut être un nouvel élan qui peut apporter beaucoup de choses au rugby actuel. 

 

On sait que, dans le milieu du rugby, il y a quelque chose qui est important, c’est la 3e mi-temps. Mais, on sait que dans le milieu médical, on prône plutôt l’hygiène, de faire attention à son corps. Est-ce que le staff médical fait la 3e mi-temps avec les joueurs ? Ca, c’est une question qu’on se pose. Ou alors, vous restez de côté et vous les regardez faire d’un air réprobateur ? 

 

Forcément, quand on est suit un club de sport, on est le staff médical mais on est aussi supporters, on a envie que notre équipe gagne. On est très content quand ils gagnent et on a plaisir à partager un moment avec les joueurs après, avec toute l’équipe. C’est sûr qu’on y passe un peu de tout. Le rugby, pour nous, du moins pour le staff médical, ce n’est pas que regarder d’un point de vue médical. Avant, on essaie d’optimiser les performances au maximum mais on a plaisir à partager un moment ensemble après. 

 

Il y a aussi de l’humain ? 

 

Complètement ! C’est de l’humain, moi, c’est ce qui j’y ai trouvé, j’ai trouvé que c’était humainement super. Il y a les bénévoles, il y a les supporters, tous les gens qui entourent, c’est une grande famille et on s’y sent vraiment bien. C’est pour ça que tout le monde a envie de porter cette équipe donc, c’est toujours plaisant de pouvoir partager un moment après parce-que forcément, il y a des relations amicales qui se sont créées depuis des années. 

 

En parlant de 3e mi-temps et de sourires après les matchs, le week-end dernier, il y a eu une seconde victoire pour Graulhet. Celle-là a du faire du bien parce qu’il commençait à y avoir une chape de plomb sur le club ? 

 

Oui, tout à fait. Là, c’était une victoire vraiment attendue. On stressait un peu parce-que le match d’avant avait été un peu dommage, la fin avait été un peu triste pour nous. Donc là, c’était vraiment attendu, on était tous très content et on espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres. 

 

On va maintenant parler aussi d’autre chose que du Sporting Club Graulhetois. Parce-que vous êtes ostéopathe dans la vie civile, ostéopathe au Sporting Club Graulhetoismais vous avez fait aussi une pléthore de sports et vous êtes hyperactive et encore active dans le milieu sportif de haut niveau. On commence par lequel ? L’équitation, la boxe, la nage en eau vive ? Parce-que, comme je le disais, c’est une pelote, quand on tire un fil, on trouve des passions à foison et souvent autour du sport. Vous avez commencé le sport plutôt dans l’équitation si j’ai bien compris ? 

 

Oui, tout à fait. J’ai quand même fait une dizaine d’années de danse classique quand j’étais très jeune. Puis, j’ai commencé l’équitation autour de 10, 12 ans. Ça, c’est vraiment ma première passion que j’ai voulu continuer et d’ailleurs, en faire mon métier. J’ai voulu être ostéopathe équin depuis que je suis en 4e et on m’a expliqué qu’il fallait soit que je sois vétérinaire et que je me spécialise, soit que je sois ostéopathe et que je me spécialise. Comme j’ai toujours beaucoup aimé le sport et qu’à l’époque, j’étais en sport-études équitation à Castelnaudary, j’ai préféré faire la filière humaine. C’est comme ça que je suis rentrée à l’école de Béziers, mon directeur était Jean-Pierre Hortoland, connu notamment dans le monde du rugby. Voilà comment ça s’est passé, j’ai un petit peu arrêté l’équitation en arrivant à l’école parce-que c’était un peu compliqué au début et que je n’avais pas trouvé d’écurie qui me plaisait dans l’Hérault. Donc, je me suis mise à la boxe française. 

 

Nouveau sport, nouveau défi. En boxe française ou même en équitation, vous avez eu des résultats, il y a eu des titres ? 

 

Oui, en équitation, j’avais fait quelques participations en championnat de France. J’ai la chance de monter au Mas de Belle, chez Philippe Thomas qui est vraiment une écurie prestigieuse où on a pu faire de belles courses d’endurance. Après, c’est resté national, c’était déjà une belle aventure que l’équitation qu’il me tarde de continuer. 

 

Donc, après la boxe, il a fallu trouver une nouvelle passion à assouvir. Là maintenant, c’est la nage en eau libre, ça fait 1 an 1/2 que vous en faîtes et vous êtes qualifiée pour une épreuve de Coupe du Monde en tant qu’amateur. C’est quand même monumental ? 

 

Oui, c’est ça (rires). J’ai arrêté la boxe parce-que je me suis blessée à une semaine des championnats de France. Donc, quand on s’entraîne plusieurs fois par semaine voire par jour, c’est assez décevant et ça mine un peu le moral de ne pas aller au bout. Pour un sportif individuel, ça montre un aspect assez du dur du sport et assez ingrat. Mais bon, on s’en relève et je me suis que pour ne pas me blesser, et comme j’aimais l’eau, je me suis mise à nager. 

 

Oui mais pas la nage en petit bassin. Là, c’est en eau libre sur de grandes distances. Tant qu’à faire les choses, vous êtes allée au bout du concept, vous faîtes de l’ultra. 

 

Exactement (rires). Je n’aime pas nager en piscine, je ne suis pas une nageuse, je n’ai jamais nagé en club. Mais j’ai découvert l’eau libre et les grands espaces comme j’étais sauveteur à la SNSM pour un petit peu payer mes études. Et en fait, j’ai découvert ce sport à ce moment-là. J’étais un peu manque de défi l’année dernière, puisque cela faisait deux ans que j’avais arrêté le sport et j’ai vu un teaser sur une grosse course qu’il y avait dans le Sahara et je me suis dit  » je veux faire ça « . Donc, je me suis mise à nager, à nager, j’ai trouvé un préparateur physique qui m’a bien suivie pendant un an et demi, Sylvain Tréville qui est au Pôle Espoir de Dijon. Et sans trop le vouloir, en me préparant du coup pour ces 33 km en ultra, j’ai fait toute la saison de libre en France et en Espagne, j’étais presque tous les week-end en course. Et donc, sans le vouloir, je me suis effectivement qualifiée pour les championnats du monde amateur au Mexique, la semaine prochaine. 

 

Avant de parler championnat du monde amateur au Mexique la semaine prochaine, comment on fait pour être ostéopathe au Sporting Club Graulhetois le dimanche au bord des terrains, voire le samedi ou même le vendredi, et en même temps faire des compétitions ? Ça doit quand même être assez compliqué en termes de timing et d’emploi du temps ? Et d’être en plus aussi ostéopathe à la vie civile, puisque j’imagine que vous devez avoir des clients à votre cabinet en plus du Sporting Club Graulhetois 

 

Oui, c’est sûr (rires). Déjà, il faut aimer son métier. Moi, c’est une réelle passion de travailler, je me lève tous les matins avec le sourire et je vais le soir aux entraînements avec le sourire aussi à Graulhet. Et à côté de ça, j’ai besoin d’activités, j’aime beaucoup pouvoir aller m’entraîner. Mais, je reconnais que je ne dors pas beaucoup, je n’ai pas beaucoup de temps libre pour faire autre chose bien que je sois assez fêtarde. J’arrive quand même à concilier le fait d’avoir un cabinet, de m’entraîner le soir et de partir les week-ends. C’est sûr que c’est un train de vie assez rapide, je ne regarde pas la télé, je passe peu de soirées  sur un canapé mais ça me correspond bien. 

 

Il n’y a pas le temps de s’ennuyer, c’est sûr

 

Non, voilà (rires). Je ne m’ennuie pas, ça me va très bien comme ça. J’ai besoin d’un peu d’adrénaline, de rencontres, de bouger. J’ai toujours été comme ça et ça me va comme ça donc c’est très bien comme ça. 

 

En parlant d’adrénaline, il va y en avoir dans une semaine à Cancun, championnat du monde amateur. Quel va être l’objectif ? Prendre du plaisir ou aller chercher une perf ? 

 

Je pense qu’il va quand même y avoir des sacrés nageurs. Moi, j’attends de voir comment ça sera. J’y vais d’abord prendre du plaisir parce-que je pense que ce sera nager dans des eaux les plus belles, ça va être vraiment chouette. Après, vu l’entraînement que j’ai eu la semaine dernière et la course que j’ai faite, j’espère quand même pouvoir faire un résultat. Comme c’est sur 10 km, ça sera dans tous cas beaucoup moins éprouvant que ce que j’ai vécu la semaine dernière donc j’espère quand même faire une petite place. 

 

Comme vous allez au bout de vos idées et que, quand vous faîtes quelque chose vous le faîte à fond, en plus de faire ça pour l’adrénaline, pour la compet, pour la perf, il y a aussi une belle cause derrière qui vous tient à cœur parce-que vous portez tout le temps un t-shirt SLA. On en a parlé un peu en amont mais, pour nos lecteurs, pouvez-vous un peu nous expliquer ce que c’est ? 

 

La SLA, c’est la sclérose latérale amyotrophique, un peu plus connue sous ce nom-là, la maladie de Charcot. C’est une maladie dont a été diagnostiqué mon frère (PONE ancien membre du groupe de Rap Fonky Familly) il y a 4 ans 1/2. En fait, il s’en est sorti, il a un petit peu passé les plus grosses étapes et maintenant qu’il voit un peu plus clair, il est tétraplégique et ne parle que par les yeux, il a voulu montré un petit peu comment on peut être heureux tout en étant malade. Donc, il a écrit un livre, il a aussi sorti un album avec les yeux comme c’est un ancien musicien. Et moi, à travers ce t-shirt , j’essaie de faire connaître son association,  » La SLA pour les nuls  » et son site internet qui permet d’informer aux nouveaux diagnostiqués qu’ils peuvent être accompagnés, qu’il y a une vie malgré la maladie, qu’on peut être heureux, qu’on peut avoir une vie de famille, etc. Donc, c’est vraiment l’envie de communiquer d’abord pour mon frère et ensuite pour ceux qui sont seuls dans leur coin et qui apprennent le lourd diagnostic qui leur ait attribué. 

 

Un peu en vous «  stalkant  » sur Facebook, comme disent les jeunes, on a quand même vu que les épreuves qu’a traversées votre frère vous ont aussi aidé dans le défi que vous vous êtes lancé sur le 33 km. Quand c’était dur, quand vous n’y croyiez plus, vous vous êtes aussi raccrochée à ça ? 

 

Oui, complètement. Moi, ce n’est que du sport, ce n’est que du plaisir et à la fois, ça permet aussi de connaître un peu le dépassement de soi et de savoir où sont nos limites. Et quand il y a des moments qui sont difficiles, je me dis qu’il y a des malades qui sont passés par bien plus compliqué et bien plus lourd et qu’on n’a vraiment pas le droit de se plaindre quand on a des jambes. 

 

Ça aide à serrer les dents ? 

 

Voilà, exactement, ça aide à avoir un peu de peps (rires).  

 

Toutes ces activités, toutes ces vies allais-je quasiment dire, tous ces challenges, ces défis, toutes les épreuves que vous avez vécues, ça vous aide dans votre métier de tous les jours, surtout au Sporting Club Graulhetois, dans un championnat de Fédérale 1 qui est semi-pro, semi-amateur mais où il y a quand même un haut niveau de compétitivité ? 

 

Oui, c’est sûr que ça m’aide beaucoup dans la vie de tous les jours d’avoir un tempérament comme ça. 

 

Je voulais dire aussi par les expériences que vous avez vécues dans le sport. Est-ce que vous arrivez à redistribuer cette transversalité dans votre métier ? 

 

Non, pas vraiment parce-que je pense que dans le rugby, il y a des gens qui sont beaucoup plus compétents que moi dans ce niveau-là, dans ce milieu-là donc, ce n’est pas vraiment mon domaine. Après bien sûr, je suis prise par le jeu et je suis prise par l’envie que Graulhet gagne et redevienne le club qu’il était il y a quelques temps. 

 

Même sur le côté médical, sur une blessure ? 

 

Voilà. Après, ce que j’apporte au niveau médical, c’est que j’ai une connaissance assez importante sur tout ce qui est étirements, nutrition, l’apport de ce qu’il faut pour optimiser une forme. Ca, c’est sûr que je l’ai appris en me connaissant et dans le sport et dans mes études. Donc, ça fait un petit mélange, j’espère le retransmettre au mieux aux joueurs. Mais après, ça s’arrête là par rapport à la vision du jeu. 

 

Vous allez vous déplacer avec Graulhet pour aller affronter les gars du plateau de Lannemezan ce week-end. Un match de nouveau importantissime 

 

Tout à fait. On part aujourd’hui, on y va pour gagner, c’est un match important aussi. Il faut qu’on continue dans cette même lancée. 

 

C’est tout le mal qu’on souhaite à Graulhet mais vous allez avoir du pain sur la planche parce-que les gars de Lannemezan sont remontés comme des coucous. 

 

Ils sont remontés aussi et c’est une belle équipe aussi donc, que le meilleur gagne (rires). (Interview réalisé le 6 décembre 2019, Graulhet s’est incliné à Lannemezan lors de la 11 eme journée de fédérale 1).

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

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