#Football – CDF / J.Lacourt (Marssac) : «Faire un beau cadeau de Noël au club!»

Jonathan Lacourt, enfant de ce pays de cocagne qu’est le Tarn, a longtemps cru qu’une bonne étoile veillait sur lui, quand à l’apogée de sa vingtaine triomphante, il foulait les pelouses de ligue 1. Formé a l’US Albi, repéré dès l’adolescence par le RC Lens, alors dans le gotha du foot hexagonal, le jeune albigeois, vainqueur du prestigieux tournoi de Toulon 2006, avait tout pour faire une carrière digne d’Hugo Lloris et Yohann Cabaye , ses coéquipiers en équipe de France Espoirs. Son envol fracassé par un tacle assassin qui lui brise deux fois le tibia péroné, et ce, alors qu’il éclate aux yeux de tous sous les couleurs de Valenciennes, Jonathan Lacourt va s’accrocher pour continuer de vivre son rêve de gosse, le foot pro. De Châteauroux à Nîmes, en passant par Amiens, le natif d’Avignon a tenté de retrouver le fil d’un chemin doré qui s’est détourné un soir de Juillet 2008. Revenu au foot amateur à l’aube de ses trente ans, celui qui a grandi dans la cité épiscopale, fait le bonheur du MarssacRSRDT (Régional 1) depuis 2 saisons. Actionnaire d’une marque albigeoise de Sportwear haut de gamme (Aristow) , l’ex vice-champion d’Europe 2003 (-17 ans), a engagé sa reconversion depuis de nombreuses années et goûte à la quiétude familiale loin de la lessiveuse du professionnalisme. Pour lui et sa bande de copains représentant du village Tarnais de 3000 âmes , la possibilité de rencontrer une équipe de ligue 1 lors du prochain tour, donne un supplément d’âme certain, pour réaliser un exploit face à Pau (1er de National ) lors des 64eme de finales ce week-end . Focus sur un joueur qui désireux de mettre en lumière le foot amateur et ses vertus, rêve de re-tutoyer l’instant d’un match, l’élite du foot tricolore, pour prendre inconsciemment une revanche avec son destin et porter le labeur de tout un club en haut de l’affiche.

Jonathan Lacourt évoluant en Ligue 1 sous le maillot du RC Lens (2005-2008)

Jonathan, première question, est-ce que tu t’es remis de tes émotions de ce match de coupe complètement fou (Contre Saint Medard en Jalles, 7eme tour de Coupe de France) ? 

 

Remis, oui, forcément. C’était une bonne soirée, un bon moment de partage entre les joueurs, avec les gens du club, les jeunes de l’école de foot, avec les parents qui ont pu y assister. C’était une belle fête, un bon moment à vivre sur la journée. Après, chacun a ses occupations et sa vie qui reprend. 

 

Toi, tu as connu les joies du football professionnel, tu as connu les grandes ambiances de Bollaert. Mais, samedi dernier, on va dire que le Stade Désiré Gach avait des petits airs de Furiani ? C’était un chaudron bouillant. J’imagine que les ambiances du foot amateur doivent aussi te plaire, que ça a du te prendre aux tripes ? 

 

Oui, forcément, ce sont deux mondes complètement différents. Après, il y a du positif partout, que ce soit en professionnel ou en amateur. En amateur, dans ces moments-là, surtout dans ce genre d’épreuve comme la Coupe de France qui est la Ligue des Champions des clubs amateurs, il ne faut pas se voiler la face, c’est un bon moment pour parler des petits clubs. Parce-que je trouve qu’on n’en parle pas assez du monde amateur, on ne parle vraiment que des grosses cylindrées. Mais, le foot se joue à tous les niveaux et pour ça, c’est clair que ce sont de bons moments, dans un stade qui n’avait jamais vu autant de personnes. Ce sont des moments humains à partager qui sont forts. 

 

Il y avait un côté un peu irréel à la fin avec les fumigènes qui ont été craqués et le clapping. On se serait quasiment cru dans Téléfoot le dimanche quand on narre les aventures des petits poucets en Coupe de France ? 

 

C’était un contexte de Coupe, un match où on est mené jusqu’à 10 minutes de la fin. On égalise, on marque deux minutes après, je veux dire que c’était LE scénario de Coupe de France. Il faut profiter de ces moments-là, c’est quand même rare, ça n’arrive pas tous les ans non plus d’arriver à ce niveau-là pour un petit club, un petit village comme nous. Donc, il faut vraiment profiter de ce moment-là et essayer de le faire durer le plus longtemps possible. 

 

On sait que le foot est un sport collectif, qu’il se joue à 11 mais, que ce soit toi ou Brandon Marianella, vous êtes un peu les fers de lance de l’équipe. A un moment du match, que ce soit toi ou Brandon, vous avez eu l’occasion de revenir. Surtout toi, tu as loupé une occasion qui a frôlé le poteau cinq minutes avant que tu n’égalises. Est-ce qu’à ce moment-là, vous n’avez pas gambergé collectivement ou même toi personnellement, tu n’as pas commencé à te dire que ce match sentait le match qui n’allait pas passer ? Surtout qu’il y avait un « Baup junior » des grands soirs dans les barres en face. 

 

C’est ce qu’on s’est souvent dit. Quand le gardien en face fait une bonne prestation et qu’en plus, il est sauvé par son poteau et qu’il reste 10 minutes forcément, tu ne te mets pas à douter mais tu commences à te dire que ça va être compliqué. Et puis justement, dans ces moments-là, il ne faut pas lâcher, il faut continuer à y croire et c’est ce qu’on a fait puisque, comme tu le dis, deux minutes après, l’occasion est quasiment la même et elle est au fond. Donc, ça prouve que l’équipe ne lâche pas, qu’il y a quand même une force de caractère dans l’équipe. Comme je le dis, c’est un scénario de Coupe, c’est un bon scénario et cette fois-ci, il tourne à notre avantage. 

 

Maintenant, il va y avoir un 64e de finale, un 8e tour comme l’appelle la Fédé mais c’est un 64e de finale face à Pau. C’est un tirage très, très costaud, ça n’a pas le glamour d’un Niort, d’un Rodez, d’un Lens ou d’un Auxerre mais c’est très costaud, ce sont les leaders de National. C’est un défi colossal pour Marssac 

 

Je vais dire que oui, forcément. Après, je pense que tous les joueurs de l’équipe, même s’ils ne le disent pas trop, on joue tous au foot pour des moments comme ça. Jouer devant des supporters, du public, jouer des matchs à enjeu, on joue tous pour ça. Moi, en tous cas, je joue pour ça. Et même, quand on me dit  » mais, qu’est-ce que tu fais à Marssac ? «  et bien, Marssac, ça fait deux ans qu’on monte, qu’on passe de bons moments. L’esprit est toujours là, l’esprit de gagner, de compétition est toujours là et encore plus dans des moments comme ça, dans un 64e de finale. 

 

Et qui plus est à Rigaud qui est un peu ton berceau. C’est là que tu appris le foot à l’US Albi. Ca va aussi te faire plaisir de refouler cette pelouse de Rigaud ? 

 

Forcément, on va dire que c’est aussi un symbole pour l’équipe. Il y a pas mal de joueurs, comme moi, qui ont évolué en jeunes ou en seniors là-bas. Revenir là-bas, on n’est pas en terre inconnue, ce sera dans un beau stade avec une belle pelouse, une bonne fête. Après, ça se passera sur le terrain. Par rapport à l’équipe de Pau, évidemment que Pau est ultra favorite, il ne faut pas se voiler la face. C’est une équipe qui est première de Nationale 1. Maintenant nous, que ce soit les joueurs, le club, il faudra faire face et ne pas se dire  » on peut gagner, c’est possible « . Non, il faudra être persuadés qu’on peut le faire et, si on est persuadés, ce sera déjà quelque chose de bien pour commencer et débuter ce match et puis pour avoir quelque chose de beau. Parce-que si on commence à ne pas être persuadés et à dire  » ils sont favoris  » … Ce sera forcément dur pour nous mais, ça sera dur pour eux aussi. 

 

En parlant de moment dur, toi, tu en as subi un dans ta carrière pro. Je pense à ta double fracture tibia/péroné. Est-ce que ce sentiment de savoir rebondir après une grosse adversité, tu arrives aussi à l’inculquer à tes partenaires ? Cette expérience que tu as eu dans le monde pro, les problématiques mais aussi ce que ça peut engendrer d’être dans un monde pro qui est une grosse lessiveuse, est-ce que tu as pu t’en servir pour donner des conseils à tes coéquipiers et apporter un surplus d’expérience ? 

 

L’expérience pas dans ce sens-là parce-que ce sont deux mondes complètement différents. Avant, c’était mon métier, là, c’est plus un loisir. Mais peut-être inculquer cette envie d’être toujours dans la compétition, l’envie de gagner des matchs, de prendre du plaisir, d’avoir des résultats. Ca forcément et pas que dans la parole mais aussi sur le terrain. Comme je disais aux gens, cela fait deux ans qu’on monte, c’est qu’il y a de la qualité. A un moment ou à un autre, on peut dire ce qu’on veut, il y a de la qualité dans l’équipe qui a aussi été, je pense, améliorée. Donc, il y a des choses qui se font et qui ne se font que par la parole, qui se font aussi par des actes, que soit en compèt, en Coupe. Ce sont des choses importantes, des choses qui se transmettent et des choses qu’il faut garder. L’esprit de compétition, surtout en seniors, vouloir gagner des matchs, vouloir avancer, construire quelque chose d’intéressant avec nos moyens parce qu’on sait d’où on vient et on sait où on est aussi. Donc, avec nos moyens mais toujours essayer de tirer vers le haut. 

 

Et puis toi, en tant que joueur, tu étais quelqu’un qui ne lâchait rien, qui a toujours eu envie de rebondir. Parce-que, tu fais le modeste mais quand même, avec une blessure comme tu as eu, il faut être costaud mentalement et physiquement pour rebondir et revenir dans le jeu professionnel ? 

 

Forcément, je ne vais pas dire que ça a été facile mais, professionnel ou pas, j’ai toujours eu ce truc depuis tout petit, depuis gamin, de vouloir faire le maximum pour réussir les choses et ce que j’ai envie de faire. Depuis petit et que ce soit en pro ou aujourd’hui en amateur, j’ai toujours eu cet état d’esprit là c’est pour ça qu’aujourd’hui je joue encore au foot, que je prends du plaisir, que j’ai toujours cette envie de vivre des choses, des moments forts comme samedi dernier, toujours par rapport au haut-niveau. 

 

Le petit bonhomme qui tapait le ballon dans la cour du collège Balzac a toujours la même passion pour le ballon rond ? 

 

C’est le même. Il y a des choses qui se sont passées, on a tous grandi, on a fait notre vie. J’ai vécu des supers moments et j’ai envie aujourd’hui de vivre des choses totalement différentes, dans un autre registre, dans un autre environnement, dans un autre monde parce-que ce ne sont pas les mêmes mondes, les mondes pro et amateur. Mais ce sont des moments forts et desquels on se souvient. Et je le fais vivre aussi à mon fils qui vient au stade, qui n’était pas né quand j’ai connu la Ligue 1 mais un peu plus tard. Ce sont des moments qu’on partage ensemble et qui sont aussi super importants sur le plan humain avec les enfants, avec la famille. C’est quelque chose de différent mais c’est quelque chose d’intéressant. 

 

Pour le côté Ligue 1, tu auras toujours les albums Panini à lui présenter ? 

 

Non, (rires) il a plein de souvenirs à la maison pour ça, il n’y a pas de souci. 

 

Je n’en doute pas Jonathan. Après ce bel exploit à Désiré Gache, il va falloir maintenant aussi fédérer tout le public albigeois et du Tarn pour venir vous soutenir face à Pau. Un petit message peut-être aux supporters qui sont nombreux du Marssac RSRDT ? 

 

Je ne sais pas si ce sont des supporters. Ils sont comme nous, je pense qu’ils sont dans le même état d’esprit. Ce sont des choses qu’ils n’ont jamais vécues au sein du club. Justement essayer de faire perdurer ça le plus longtemps possible en commençant déjà par affronter Pau. Et que tout le monde soit présent, que tout le monde joue le jeu. Il n’y a qu’un représentant dans le Tarn, ce serait cool que toute la région, tout le département viennent nous soutenir pour ce match qui est important pour le club mais aussi pour la région et pour nous les joueurs. 

 

Passer un tour de plus et prendre Lens ou Valenciennes, pour toi, la boucle serait bouclée ? 

 

Boucle bouclée non, parce-que tous les ans, on me dit la même chose. Tous les ans, on voit qu’il y a des choses différentes qui s’accumulent qui font que j’ai toujours l’envie et le plaisir de jouer donc, boucler la boucle, non. Elle ne sera pas encore bouclée, je ne pense pas à moins d’un souci physique. Mais oui, si on a la chance de pouvoir passer, on se dit qu’on est loin mais en même temps pas si loin, d’un 32e de finale, et d’avoir la chance, parce-que c’est une chance, de pouvoir jouer contre un club de Ligue 1, il ne faut pas oublier qu’il y a ça aussi en jeu et que ça n’arrive pas non plus tous les ans. Donc, comme je l’ai dit, jouer le coup à fond et puis avoir une belle surprise, un beau cadeau de Noël pour le club et les joueurs de Marssac

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

Marssac RSRDT – FC Pau

Samedi 7 décembre 2019 à 19h30

Stade Maurice Rigaud Albi

En direct sur « Le #MagSport – RadioAlbiges  » dès 18h45.

(95.4/104.2FM et http://www.radioalbiges.com).

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