#Rugby – Fed1 / SCA Vs CAL : Un homme un match (JC Bacca)

Aujourd’hui dans notre série « Un homme, un match! » nous sommes avec une tête bien connu du MagSport et de Radio Albigès. Jean-Christophe Bacca, l’actuel coach du SC Graulhet et ex joueur et entraîneur du SC Albi. L’ancien jaune et noir va nous narrer ses souvenirs d’un SCA – Lannemezan, qui avait fait couler de l’encre il y’a 24 ans de cela. Focus sur un derby occitan qui a une histoire.

 

Crédit photo Pierre Bras

 

Jean-Christophe, avant d’être entraîneur, tu as aussi été joueur du Sporting Club Albigeois. A ce titre, je voulais évoquer avec toi un match qui s’est déroulé il y a déjà plus de 24 ans. En marge du match SCA/Lannemezan qui se jouera ce samedi 30 Novembre, le 29 Octobre 1995, il y a eu un match à Albi. Et pour une fois, les Albigeois ont perdu. D’habitude, j’essaie de sélectionner des matchs où les Albigeois gagnent pour Un homme/Un match. Et bien, cette fois-ci, Lannemezan était venu battre Albi à Albi. Est-ce que tu te souviens un petit peu de ce match ? 

 

Oui, je me souviens un peu. Ça remonte à un petit moment maintenant parce-que 24 ans, ça fait quand même quelques années, ça ne me rajeunit pas. Mais c’est sûr que c’est un match qui laisse quelques souvenirs parce-que je crois me rappeler que cette équipe de Lannemezan était en pleine montée en puissance puisque, dans les années qui ont suivi, elle s’est jumelée avec le Stadoceste Tarbais pour monter un espèce de groupe d’équipes qui était très, très compliqué à jouer. Ca n’a duré que 2, 3 ans je crois puisqu’après, ils se sont re-séparés, le Stadoceste et Lannemezan. Mais sur ces 2, 3 ans, ils avaient quand même une équipe extrêmement compétitive avec un gros pack, j’ai le souvenir de ça. Le capitaine Vidal était berger donc, c’est un garçon qui descendait au mois d’Août des alpages, même s’il vivait dans les Pyrénées, et qui était très, très dur au mal, un 3e ligne aile qui était vraiment très compliqué à jouer. En plus, ils s’étaient renforcés avec des garçons comme Derghali qui apportait toute sa puissance en 2e ligne, Domingos en première ligne. C’était une équipe qui était très, très compliqué, très âpre au combat et à ce moment-là, on parlait vraiment de combat. J’ai le souvenir que, et à Lannemezan et à Albi, ça s’était pas très bien passé. On avait pas mal souffert, notamment devant en mêlée et sur l’ensemble de tous les secteurs de jeu. C’est un match qui nous avait quand même pas mal marqué dans l’esprit et les corps, j’ai envie de dire. 

 

C’est un paradoxe parce-que le résumé dans la Dépêche parle d’une mêlée surpuissante des gars du Plateau alors qu’on était habitué au paquet d’avants d’Albi, son jeu très, très puissant. En comparaison, on disait que si on mettait les gars d’Albi devant et les gars de Carmaux derrière, ça ferait une superbe équipe. Et là, Lannemezan vous a un peu coiffé sur ce point-là ? 

 

Oui, ils nous avaient vraiment posé beaucoup de problèmes. En fait, c’était une sélection de toutes les équipes un peu pyrénéeennes autour et ils avaient vraiment fait un gros effort sur le recrutement, devant, c’était très épais. Alors que nous, on avait quand même déjà, je crois me souvenir, Jean-Mi Malet, des garçons comme Noui, ce type de joueurs-là qui étaient très, très sérieux au niveau de la mêlée fermée. Avec une seconde ligne Lasorak, Bousquié donc ça pesait, nous aussi on pesait. Et une 3e ligne assez épaisse puisque moi, je n’étais pas un petit gabarit pour un 3e ligne aile (rires). Mais, on était vraiment tombé sur un os à ce moment-là et ça avait été très compliqué. D’ailleurs, c’était un temps maussade comme en ce moment et ça avait été très compliqué parce qu’il n’y avait pas pu avoir de grandes envolées. Je me rappelle qu’à l’époque, il y a avait Pawson qui était international B écossais et qui courait le 100m en moins de 11 secondes. Donc, dès que le terrain était sec, on essayait de lui donner beaucoup de ballons parce qu’on savait  que les autres équipes auraient du mal à le rattraper. Et ce jour-là, je crois qu’il marque mais ça avait été compliqué, on n’avait pas pu beaucoup amener le ballon à l’aile et on s’est tout simplement fait coffrer sur le combat. Parce qu’en plus d’être de fort tonnage, c’est une équipe qui était, dans le jargon rugbystique, très, très … je n’ose pas dire le terme (rires) mais très, très compliquée dans ses secteurs là et, dans tous les rucks et dans tous les mauls, on souffrait pas mal. 

 

Les puristes comprendront. Tu parlais de ton gabarit et j’allais justement en parler. Comme je le disais, tu es très connu du public albigeois et même tarnais voire au-delà. Pour cette rubrique un homme/un match, on essaie de rappeler pas mal d’anciens au souvenir des Albigeois. A travers ce match, j’aimerai aussi penser à ton père, à Roland qui était venu de Saint-Girons. Lors de la saison 76-77, il était venu comme entraîneur; est-ce que tu te souviens d’anecdotes qu’il aurait pu te dire ou te narrer ? 

 

Oui, bien sûr. D’abord, mon père est originaire de Saint-Girons mais il jouait à Lavelanet avant d’arriver à Albi. Il était arrivé auréolé, enfin je ne sais pas si on parler d’auréole à ce niveau-là, du match mythique Lavelanet/Nice si tu t’en souviens. 

 

Je peux en parler parce-que j’ai une connaissance qui y étais et, si je ne m’abuse, les Niçois étaient sortis les crampons à la main. 

 

Voilà, ça avait fait les gros titres du Midi Olympique le lundi. C’est un match qui est resté très longtemps, de par sa violence, très connu. D’ailleurs, on dirait aujourd’hui que c’est un match à oublier. Mais en tous cas, dans les années 70, ça avait été un match qui avait fait les gros titres du rugby français pendant un petit moment. Et ce sont dans les années qui ont suivies que mon père est d’abord arrivé comme joueur/capitaine et entraîneur à Albi et au bout d’une ou deux saisons, uniquement comme entraîneur. C’est là qu’il a fait ses premières armes en tant qu’entraîneur. Je n’étais pas bien grand car je n’avais que 6, 7 ans à cette époque-là donc ce sont des souvenirs un peu fumasses mais j’ai le souvenir qu’Albi avait réussi sa montée en groupe A puisque quand mon père est arrivé, le club était en groupe B. On parle souvent, à juste titre d’ailleurs, de l’ère Béchu où le club est arrivé au firmament du rugby français en Top 14. Mais, on oublie souvent ces années-là, les années 80 où le club végétait un peu en groupe B, et où il est monté là aussi pendant 8 ans en groupe A en jouant toutes les grosses écuries de l’époque, le Stade Toulousain, Agen, Mont-de-Marsan, toutes ces équipes-là qui font la fierté du rugby français, Albi les a joués et surtout, les a battues. J’ai le souvenir de cela, où j’étais gamin dans les vestiaires et où c’était pour moi un peu les stars de l’époque. On parlait de Maraval, Albet, Stachorko, Neel, Jacky Neel, Daniel Blach qui était déjà le 3e ligne de cette époque-là. Et derrière, je me rappelle que moi, j’avais comme idole Philippe Fernandez qui était sans doute le joueur le plus doué de sa génération. Et je me souviens qu’en fin de saison, j’avais réussi à récupérer son short, qui m’était bien sûr 10 fois trop grand parce-que j’avais 7 ans (rires). Mais j’étais content parce-que j’avais le short de Fernandez. Il y a beaucoup de joueurs aujourd’hui avec qui je communique encore comme Christian Serrano, Maurel, Jean-Marc Lescure que j’avais revu quand il était à Narbonne. Toute cette génération là, ce sont des garçons qui ont un peu bercé mon enfance et qui m’ont fait aimer ce sport. D’ailleurs, lors de ma 2e ou 3e saison d’entraîneur en Pro D2 avec Albi, on est allé à Perpignan, on s’est entraîné sur un terrain et Philippe Fernandez était venu me voir et j’avais à cœur de lui offrir ce que je lui avais pris. Donner une paire de chaussettes et un short d’Albi qui m’appartenait à Philippe Fernandez des années 2000 et quelques pour lui rendre le short que j’avais pris enfant, quand j’avais 7, 8 ans. Donc, ça avait été un bon moment et j’ai toujours plaisir à le revoir, comme beaucoup de ses équipiers. Et j’oublie quand même le principal, c’est Bernard Vaur qui était le N°9 de cette époque et qui a été mon entraîneur très longtemps, et qui quelque part, rugbystiquement, continue et avec qui j’échange beaucoup même encore aujourd’hui. 

 

Oui, je pense qu’il a encore beaucoup de choses à dire

 

Ça fait 40 ans qu’il est à l’association du Sporting Club Albigeois, je pense qu’il a encore beaucoup de choses à dire

 

On va revenir sur cette saison 95-96. C’était un peu l’année des chemins qui se croisent dans tous les sens et des montagnes russes sur le plan sportif. Avant cette défaite, pour nos lecteurs, je rappelle qu’il y avait eu une victoire à Sarlat. Vous perdez donc à la maison contre Lannemezan et vous gagnez à Rodez en suivant. On va dire que c’était un peu l’Arlésienne. Ce qui s’est passé de notable, et ça te touche un peu plus car tu es aujourd’hui entraîneur à Graulhet, c’est qu’en mars 95, on parlait d’un projet de fusion Albi/Graulhet qui a avorté en Mars 96 car les dirigeants d’Albi n’ont pas voulu. Est-ce que tu connaissais cette anecdote ? 

 

Oui bien sûr, on avait d’ailleurs été sollicités. Il y avait eu une ou deux réunions où on nous avait posé la question. Evidemment, à l’époque, on parlait beaucoup plus de rugby de clochers. Il y avait une identité rugby qui était très importante et bien sûr, chez les joueurs, ça avait été quasiment unanime et je pense que du côté de Graulhet, ça devait être la même chose. Il y avait eu unanimité dans la décision pour ne pas fusionner parce-que, quelque part, on se sentait albigeois et pas graulhetois et je pense que les Graulhetois se sentaient graulhetois et pas albigeois. C’était la même chose avec Castres et ça aurait sans doute été la même chose avec Gaillac, Mazamet et Lavaur. Les joueurs étaient contre, je me rappelle parfaitement de ça. Après, je me rappelle de Louis Barret qui avait essayé d’influencer. Aujourd’hui, ça poserait beaucoup moins de problèmes, on est bien d’accord, parce-que des décisions comme ça pourraient être beaucoup plus avancées. Ce n’est pas sûr qu’elles aboutissent mais elles pourraient être beaucoup plus avancées parce qu’aujourd’hui, le rugby a beaucoup changé et la notion de clocher, d’identité est beaucoup plus diluée dans le rugby actuel qu’elle ne l’était dans les années 90 et je ne parle pas des années 70 ou avant. Mais oui, on était tout à fait au courant de cette histoire de fusion et les joueurs avaient plutôt été contre dans l’ensemble de fusionner avec les Graulhetois. Après, on sait comment ça se passait à l’époque, pour se remonter le dimanche, tout le monde était notre ennemi. Donc, était seul au monde, ça voulait dire que tout le monde voulait notre mort et nous, on voulait la mort de tout le monde. C’était quelque part dans la motivation du joueur de rugby des années 90 jusqu’à l’arrivée du professionnalisme, tout simplement. A ce moment-là, les valeurs du clocher, les valeurs du fait de l’ennemi héréditaire …. Tout le monde était l’ennemi héréditaire, je me rappelais que le Racing Club de France était les parisiens qui voulaient notre mort. Ça aurait été contre n’importe quelle autre équipe, ça aurait toujours été un discours un peu belliqueux qui nous faisait avancer. Ca a quand même laissé des traces dans notre comportement ailleurs que sur le terrain donc, on avait des idées un peu arrêtées là-dessus. C’est vrai qu’aujourd’hui, ça serait autre chose. Tu parlais de mon père tout à l’heure, je me rappelle de mon père quand il m’a entraîné pendant un an et ça avait été une belle année. J’étais 3e ligne aile et je le raconte parce-que c’était une autre époque mais je me souviens qu’il me disait  » quand tu joues 3e ligne aile grand côté et que tu es loin de ton camp, c’est à dire dans le camp adverse, que le 10 ait fait la passe, qu’il ait tapé ou pas tapé, tu l’attrapes « . Donc, c’était un rugby un peu différent (rires). Il est sûr qu’à cette époque, la notion de combat et d’identité était très importante. C’est pour ça que, pour répondre à ta question, oui, je me souviens très bien de cet épisode. 

 

Pour corroborer un peu tes propos, on connaît aussi le mythique tunnel albigeois. A l’époque, ce n’était pas une légende. 

 

Exactement, tu prends un excellent exemple. C’est à que, pendant des années, le tunnel n’était pas peint et pas éclairé. Et les générations de joueurs qui se sont succédées ne voulaient pas que le tunnel soit peint en blanc et éclairé. Aujourd’hui, tu vois l’évolution car il est éclairé et peint (rires). 

 

Il y a même une caméra dedans ! 

 

Oui donc, tu vois toute l’évolution du rugby, en tous cas pour le rugby albigeois, se résume dans cet état de fait. 

 

On a coutume de clôturer nos interviews sur ce que sont devenus nos invités. Toi, on te connaît, tu as mis ta carrière professionnelle entre parenthèses pour entraîner le SportingClub Albigeois. Maintenant, tu es à Graulhet mais tu n’es plus professionnel. Qu’est-ce que tu fais en dehors ? 

 

Je suis infirmier coordinateur dans un service de soins à domicile dans le Tarn et Garonne, à Moissac. C’est une profession que j’ai toujours faite puisque j’ai passé mon diplôme d’infirmier quand j’avais 23 ans. On ne parlait pas encore de professionnalisme à ce moment-là et effectivement, quand je suis passé professionnel avec Eric Béchu, ça a été mis un peu entre parenthèses. Mais c’est quelque chose qui m’a toujours suivi et qui m’a aussi permis de me réaliser parce qu’on se rend compte en faisant ces métiers-là qu’il n’y a pas que le rugby qui existe et qu’il y a d’autres préoccupations au sein de nos vies. Donc, je fais ça et en étant redescendu à Graulhet dans un club purement amateur, ça me permet de pouvoir concilier les deux ce que je ne pouvais pas trop faire quand je jouais les dernières années avec Eric et même dans ma carrière d’entraîneur à Albi, c’était plus compliqué. 

 

Jean-Christophe, je te remercie pour ta disponibilité. Et pour parler de l’actualité, on te souhaite beaucoup plus de victoires qu’actuellement avec le Sporting Club Graulhetois, nos meilleurs ennemis. 

 

C’est ça (rires). Je te remercie et on essaiera, avec en point d’orgue la venue d’Albi à Graulhet qui sera je l’espère une belle fête. Parce-que, pour des clubs comme Graulhet, c’est très important de pouvoir renouer avec ces derbys d’antan et c’est déjà quelque chose qui, malgré la différence de niveau et le fait qu’on ne joue pas bien sûr dans la même compétition entre une équipe comme Albi et une équipe comme Graulhet, tient à cœur aux Graulhetois, au public graulhetois. Et aussi aux joueurs qui ont envie de cette confrontation parce-que pour eux, ça sera une grande fête, enfin, on l’espère. 

 

 

 Propos recueillis par Didier Revellat

Réécouter l’itw en intégralité : https://hearthis.at/radio.albiges/magsport29112019/

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport29112019/

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