#Rugby – Fed2 / B.Bagate (Périgueux) : «On ne veut plus ça, ce n’est plus possible.»

Benjamin Bagate fait parti de ces acteurs du rugby qui prennent grandement conscience que leur sport est en danger. Les violences des chocs et les drames qui se sont produits sur les terrains ces derniers temps, ont porté l’ancien coach du Sporting Club Albigeois et du SO Chambéry dans une réflexion sur le sujet. Consultant des experts, échangeant avec les acteurs impliqués dans la sécurité des joueurs, Benjamin Bagate veut s’atteler à éduquer les jeunes pousses de l’ovalie à anticiper et absorber les chocs, dans une méthode basée autour des skills et d’une vision très pavlovienne de la problématique. Marqué par les propos du père du « petit Chauvin », l’actuel coach du CAP vient d’enfourcher avec la passion et la fougue qui le caractérisent, un nouveau cheval de bataille, celui de l’intégrité physique du joueur. Mais l’adjoint de Jacques Delmas, (pressenti pour devenir sélectionneur des Îles Fidji), n’en oublie pas d’exprimer sa joie d’exercer à Périgueux au côté d’une légende du rugby, et de donner son opinion sur le petit monde de la fédérale, actuellement en pleine crise existentielle. Focus sur Benjamin Bagate, un coach qui pousse des idées, des solutions et des valeurs pour réenchanter l’ovalie de demain.

 

 

Benjamin, comment se passe ce début de saison sous tes nouvelles attributions de coach des lignes arrières de Périgueux ? 

 

Plutôt bien puisqu’on est invaincu jusqu’à ce jour. On est allé gagner le week-end dernier à Limoges, qui bataillait avec nous pour la première place. Tout n’est pas encore gagné parce qu’on sait que c’est au printemps qu’il faudra être présent sur les phases finales. Avec Jacques Delmas, on est plutôt content du début de saison même si, encore une fois, il y a encore du travail pour aller plus haut. 

 

On sait qu’il y a des derbys avec Bergerac, Limoges aussi. On voit que Bergerac est mal en point, ce sera peut-être un chassé-croisé entre Périgueux et Bergerac en Fédérale 1 ? 

 

Les malheurs des uns ne font pas forcément le bonheur des autres. On s’occupe de nous et, très sincèrement, je ne suis que de loin leur parcours. Je sais qu’ils sont en difficulté mais, on s’occupe surtout de nous. On a déjà pas mal de boulot avec notre équipe pour s’occuper de Trélissac ou de Bergerac. 

 

En parlant de Périgueux, on a vu que le club avait un peu défrayé la chronique puisque Jacques Delmas a été approché pour prendre la sélection des Iles Fidji. Un potentiel ou possible départ de Jacques Delmas, c’est quelque chose que tu redoutes ? 

 

Etant donné que c’est quand même lui qui m’a fait venir ici à Périgueux, c’est certain qu’on a appris à se connaître, on bosse bien ensemble, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience. Avec un CV comme le sien, c’est aussi normal qu’il soit sollicité. Il a eu un rendez-vous avec le staff fidjien la semaine dernière sur Bordeaux, comme ça a été écrit. 

 

Il est en pleine réflexion ? 

 

En pleine réflexion … c’est un premier rendez-vous, il les a rencontrés. Parfois, on rencontre les gens, ça s’arrête là comme ça peut aller plus loin. Je souhaite pour lui que ça aille plus loin mais, égoïstement, je sais que, s’il devait partir, ça me manquera. 

 

Ce binôme que tu formes avec Jacques Delmas, il est pour toi enrichissant ? Tu as déjà puisé dans le grand coach qu’est Jacques Delmas ? 

 

Je crois qu’il a l’un des plus beaux palmarès, si ce n’est le plus beau palmarès des entraîneurs encore en exercice. Jacques entraîne depuis qu’il a 28 ans, il en a 62 aujourd’hui. J’apprends tous les jours avec lui et il reste quand même une référence du jeu d’avants avec le fameux doublé qu’ils avaient fait avec Toulon en 2016 si ma mémoire est bonne. Il fait partie des références des entraîneurs au niveau du jeu d’avants et quand je vois certains qui sont au plus haut niveau, je me dis que Jacques est encore jeune et qu’il pourrait apporter à une sélection voire à une équipe même en Top 14. 

 

Ca fait maintenant 4 mois que tu es en Fédérale 2. Pendant deux ans, tu as connu la Fédérale 1 Elite et la Fédérale 1 avec Chambéry. Il y a vraiment un fossé entre la Fédérale 2 et la Fédérale 1 ou alors c’est un mythe ? 

 

Non, il y a un fossé comme je pense qu’il y a un fossé entre certains clubs de Fédérale 1. Quand je vois par exemple ceux qui étaient en poule Elite comme Albi et qui surnagent en Fédérale 1, ils perdent quand ils ont envie de perdre, en exagérant un peu. Mais effectivement, il y a un fossé entre la Fédérale 1 et la Fédérale 2 ne serait-ce déjà qu’au niveau des règles qui ne sont pas les mêmes, au niveau de la vitesse d’exécution, de l’affrontement devant, la poussée en mêlée est d’1m50. Oui, il y a un énorme fossé entre les deux divisions. 

 

On entendait récemment Henry Broncan râler un peu sur ces règles qui sont un peu contraignantes en Fédérale 2. Pour toi, ces règles sont un bien ou un mal ? 

 

C’est toujours pareil, tout ce qui est nouveau dérange. Je peux comprendre Henry, j’ai écouté et lu son interview. Après, à un moment donné, il faut aussi faire évoluer les choses. Bien sûr que c’est gênant,  si je prends le placage à deux, les joueurs parfois ont ce réflexe de venir à deux plaquer un joueur et ils sont pénalisés. Même si ce n’est pas dangereux sur le coup, c’est toujours pénalisant. Aux entraîneurs, et j’en fais partie, d’essayer de trouver des solutions pour justement être dans les règles. Ce n’est pas toujours facile, encore une fois, quand quelque chose est nouveau, ça dérange tout le monde. Mais, à un moment donné, il va quand même falloir trouver des solutions parce qu’aujourd’hui, notre rugby souffre des 4 décès qu’il y a eu la saison dernière, de beaucoup de commotions. Et, notamment cette année, on en a très peu parlé mais Mathieu Peluchon est aujourd’hui arrêté jusqu’au mois de janvier, ça fera trois mois, suite à deux ou trois commotions, le petit Visensang (Thibault) pareil, qui lui risque d’arrêter carrément sa carrière. Donc oui, aujourd’hui, le rugby professionnel est violent. On a pu voir aussi lors du match de l’UB Bordeaux qu’il y a un 3e ligne de Montferrand qui est sorti sur la première action, au bout de 10 minutes. Aujourd’hui, c’est un constat mais il va falloir trouver des solutions. 

 

Obligatoirement, pour revenir à la Fédérale 1, ce sont les grosses écuries pros qui génèrent parfois le plus de blessés. On le voit, il y a parfois des écuries qui ont envie de se farcir un pro et il peut arriver des blessures comme ça. On a vu quelques clubs qui prenaient 50 grains et qui, un peu frustrés, voulait  » se faire  » un professionnel ? 

 

Le rugby, heureusement ou malheureusement, c’est un sport de combat. C’est un sport où l’affrontement physique est aussi très important. Maintenant, ce n’est pas que ça. Actuellement, dans le rugby, on a cette richesse où petit peut battre un grand, où un gros qui ne court pas vite peut quand même faire la pige à quelqu’un qui court vite sur un petit espace. Moi, je trouve que c’est une richesse et je crois que ce sont tous ces petits, tous ces gabarits, toutes ces différences qu’il faut travailler. A un moment donné, on a trop misé sur le physique, il ne fallait sélectionner que des grands, que des costauds. On a engendré ça alors qu’autrefois, je ne vais pas revenir à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître mais … 

 

Tu vieillis, tu deviens nostalgique ? 

 

Non mais les Gachassin, ça remonte à ça, les Christophe Dominici. L’année dernière, j’ai eu la chance d’avoir un joueur qui était exceptionnel qui s’appelle Thomas Hecquet qui est un petit gabarit. Il faut qu’on revienne à ça, moi, je crois que l’essentiel de notre sport c’est ça. Ce sont des grands qui jouent avec des gros et des petits et des maigres et ne pas faire comme dans le meilleur des mondes où on choisit un peu la morphologie des uns et des autres et qu’on va en faire des professionnels. 

 

il y a un autre point de polémique dans l’ensemble de la Fédérale, c’est la pyramide des compétitions. Est-ce que tu penses qu’elle est encore adaptée au rugby d’aujourd’hui et à la sociologie du rugby d’aujourd’hui ? 

 

C’est l’éternel débat. Moi, sur un plan personnel, pour avoir été à la fois en Fédérale 1 en Jean Prat et dans la poule d’accession, sportivement, il n’y a photo. Sportivement, la poule d’accession ou qu’on l’appelle la Pro D3 ou comme on veut, c’est un vrai plus. Pour avoir été en Pro D2, ce sont des matchs par moment, quand ils sont du haut de tableau, qui sont des matchs de Pro D2. Et puis, force est de constater que la dernière année où il y a eu la poule d’accession, si je ne me trompe pas, c’est Aix-en-Provence qui a fini 1er. Aujourd’hui, Aix-en-Provence est 7e ou 8e de Pro D2 et n’est pas redescendu. L’an dernier, c’était le Jean-Prat sans poule d’accession. C’est Romans-Valence et Rouen qui sont montés, qui ont survolé ce trophée Jean-Prat et ils sont en difficulté aujourd’hui. Alors, peut-être qu’ils ne descendront pas mais ils sont en difficulté. 

 

Arnaud Méla faisait la même analyse que toi à notre micro en disant que quand on fait le comparatif entre Provence, Rouen et VRDR, il n’y a pas photo sur la préparation que peut amener une poule Elite pour la Pro D2. 

 

Tant mieux, ça veut dire qu’on a des idées en commun mais ça reste évident. Quand tu es entraîneur, quand tu vas préparer un match à Fleurance, avec tout le respect que j’ai pour Fleurance, ou quand tu vas préparer un match contre Romans-Valence ou Aix-en-Provence à l’époque, je sais qu’Arnaud préfère préparer ces matchs-là parce-que ce sont des gros matchs tous les week-ends et sportivement, c’est enrichissant. Il y a effectivement des contraintes économiques, il y a aussi des contraintes sportives parce qu’il y a des clubs amateurs. Je crois qu’il faut se mettre autour d’une table, discuter et trouver des solutions. 

 

Il y a des clubs qui s’y retrouvent dans cette formule. Je prends l’exemple de Saint-Jean-de-Luz dont le président Bonachera nous dit que oui, lui pourrait faire sportivement une Pro D3 mais que, financièrement, l’écueil est trop lourd. Dans la Fédérale actuelle, il arrive à s’y retrouver parce qu’il peut jouer avec les gros tout en maîtrisant ses dépenses.  

 

Peut-être qu’il faut avoir des contraintes économiques moindres que ce qui a été fait avant parce-que je crois que c’était assez drastique. Je crois que, sur les 11 ou 12 clubs qu’il y avait dans la poule d’accession, il y en a 7 ou 8 qui ont été épinglés. 

 

Il n’en restait que 5 sur 11 à la fin qui pouvaient prétendre à la montée

 

Je suis bien placé pour en parler puisque nous, on n’avait pas pu faire les demi-finales d’accession avec mon ancien club. Donc oui, il faudrait peut-être aider les clubs qui n’y arrivent pas financièrement, leur laisser un délai pour pouvoir y arriver et puis peut-être, pourquoi pas, faire comme la passerelle entre la Pro D2 et le Top 14. C’est à dire que le premier sur la saison régulière monte et après, faire des phases finales et que celui qui gagne la finale fasse un barrage d’accession contre l’avant-dernier de Pro D2. Pourquoi pas, et encore une fois, revoir ces contraintes à la fois de stades, c’est lourd pour des clubs de Fédérale, je comprends le président de Saint-Jean-de-Luz. C’est très, très lourd de refaire un stade, de remettre des vestiaires aux normes. Autrefois, on allait jouer à Hagetmau ou Boucau c’est comme ça et notre rugby, il est comme ça depuis la nuit des temps. Il faut le dépoussiérer mais il ne faut pas perdre…

 

Son âme ? 

 

Oui exactement, ce qui en fait son âme. 

 

Mardi, on va normalement avoir à notre antenne le nouveau vice-président en charge du monde amateur et donc du monde fédéral Maurice Buzy-Pucheu. Mais par contre, vendredi dernier, on a eu l’ancien vice-président Thierry Murie qui lui, faisait preuve d’un grand scepticisme sur une Pro D3. Pour lui, c’est une chimère voire une volte-face. Qu’est-ce que t’inspire la position de Thierry Murie ? 

 

Thierry Murie reste fidèle à ce qu’il a dit quand il est arrivé patron du monde d’amateur. Il n’a jamais été pour cette poule d’accession, il a plutôt subi la première année et il a fait ces 4 poules de 12, ces 48 clubs. Donc lui, effectivement, il ne peut pas être pour sachant que lui, il a lutté contre. Il a son avis sur la question, aujourd’hui, il n’est plus aux manettes. Il y a une nouvelle personne qui a pris son poste, peut-être avec les mêmes idées, peut-être pas. Dans tous les cas, quand on a ces fonctions-là, il ne faut pas être buté. Je pense que Thierry Murie était sincère quand il a dit qu’il fallait revenir à ce schéma-là. Il y avait des sceptiques, il y avait des gens qui disaient c’est bien et aujourd’hui, on ne sait pas trop où on en est, on serait peut-être pour. Le rugby est en perpétuelle évolution donc il faut aussi savoir revenir sur des choses parce qu’aujourd’hui, je crois que personne, où très peu, n’est satisfait de ce schéma-là en tous les cas. 

 

Tu serais président d’un club de Fédérale 1, quel serait en quelques mots le message que tu porterais à Bernard Laporte et à Maurice Buzy-Pucheu ? 

 

J’ai des difficultés parce-que je suis encore dans le sportif. Quand tu es président, tu as des soucis financiers, tu es souvent caution du club. Je dirais qu’il faut encore plus se rapprocher du sportif et il est clair que, si on veut attirer du monde, il faut qu’il y ait des affiches. Je pense qu’il faut qu’il y ait un monde du rugby amateur fort et je pense que ça passe par une Pro D3 ou une poule d’accession. Pourquoi ? Parce-que les gros clubs sportifs joueront entre eux et les clubs qui sont au niveau sportif un peu plus dans le dur s’y retrouveront eux-aussi parce qu’ils seront dans un championnat adapté à leur parcours sportif. 

 

Tu n’as pas peur que ce soit un piédestal pour le rugby de métropole au détriment des vieux bastions provinciaux ? 

 

Non, sincèrement je ne pense pas. Il y a un club comme Auch qui est en train de revenir fort. Je suis convaincu que ce club-là, s’il arrive un jour à remonter en Fédérale 1, sportivement car je suis toujours du côté sportif, ils arriveront, et c’est certain avec leur école de rugby, ils arriveront à lutter en Fédérale 1 et pourquoi pas, à lutter sportivement si un jour ils sont dans cette poule d’accession. 

 

On sait que tu es un garçon pluriactif, même hyperactif et que tu débordes de projets. On me dit donc que tu as de nouveaux projets dont tu voudrais nous parler et nous exposer ? 

 

Ça fait un petit moment que je réfléchis par rapport à tous ces accidents qu’il y a eu. Hier, j’ai été très sensible à une interview que j’écoutais du papa du petit Nicolas Chauvin qui est décédé l’année dernière à Bordeaux. J’ai fait un constat comme tous gens du rugby, pas plus pas moins qu’un autre, à savoir qu’est-ce que je pourrai faire moi à mon niveau ? Parce-que tout le monde dit que le rugby est trop violent alors, il y a une perte de licenciés. On fait quoi ? Qu’est-ce qu’on fait tous ? La Fédération a pris des décisions au niveau des règles. On peut dire que c’est bien, on peut dire que ce n’est pas bien, on peut être pour, on peut être contre mais moi, je me dis qu’au moins, ils ont tenté de faire quelque chose, en bien ou en mal. Moi, j’ai la faiblesse de penser, et j’y pense depuis un petit moment,  que c’est dès le plus jeune âge qu’il faut qu’on arrive à faire prendre des bons réflexes à nos gamins afin qu’ils évitent les chocs et qu’on retrouve également un rugby de contournement. Donc, ça va passer par la formation de nos éducateurs, ça, ce n’est pas nouveau. Aujourd’hui, on est très en retard en France par rapport aux anglo-saxons, par rapport aux sud-africains sur tout ce qui est optimisation de la préparation visuelle c’est à dire la vision périphérique. 

 

La posture aussi ? 

 

Oui, la posture. J’ai la faiblesse de pense que, si on apprend aux gamins à lire plus vite ce qui va se passer sur le terrain, ils vont vite voir ce qui se passe et je crois que ça part de là. En gros, ce serait une grosse école de skills qui serait intéressante à faire avec toutes nos écoles de rugby, ça ne coûterait pas grand-chose. Par exemple, j’ai pris contact avec Jean-Baptiste Fouroux, le fils de Jacques, qui est le préparateur visuel du XV de France, qui est un opticien optométriste. il était dans le squad de l’équipe de France, il a notamment fait travailler Maxime Médard sur un logiciel qui ne coûte pas très cher et qui aide à bosser sa vision périphérique. J’en ai parlé à Luc Sénégas, qui est le spécialiste du rachis à Bordeaux, qui est un kiné qui travaille avec le professeur Pierre Bernard, le professeur Laurent Lafosse qui est chirurgien orthopédiste à Annecy et puis, les maîtres du skills que sont Philippe Doussyet Alan-Basson Zondagh qui est aujourd’hui au Stade Toulousain. Ils m’ont tous  » ton projet est intéressant « . Dès le plus jeune âge, faire travailler les réflexes. D’abord, travailler la vue, œil, pied, main et ensuite, permettre à nos enfants grâce à ça, d’éviter les chocs, de plus privilégier le contournement que l’affrontement. 

 

On est beaucoup dans le réflexe conditionnel, ça a un côté un peu pavlovien ?

 

Exactement. Ces règles de baisser le placage, c’est super mais, baisser le placage, on a tous joué au rugby, tu prends un genou, tu prends une hanche, ça ne va pas enlever les commotions. Les mamans protègent les enfants avec un casque, on sait qu’aujourd’hui les casques, c’est bien pour éviter les points de suture mais ce n’est pas ça qui va enlever les problèmes de commotions. Donc, avec cette école de skills, j’ai pensé à tout ça. C’est un travail de longue haleine, j’ai proposé le nom et je vais essayer de le présenter. Je l’ai déjà présenté à des mamans parce qu’aujourd’hui on est en perte de licences dans le monde du rugby. Elles m’ont dit  » c’est super  » et ce sont elles qui m’ont poussé à travers les écoles de rugby que j’ai fréquentées en me disant  » il faut que tu développes ça « . Donc, j’ai pris contact avec ces sommités dans le domaine médical. Je suis en pleine réflexion, j’ai fait mon projet, je vais le présenter à la FFR. 

 

Tu as des clubs qui te soutiennent déjà un peu ? 

 

Oui, j’ai des clubs qui sont sensibles à ça. Tu penses bien que je l’ai évoqué avec mes amis qui sont dans le monde pro. En plus, je suis touché par le handicap de certains enfants et on peut le jumeler avec des enfants qui sont soit autistes soit sourd et on les intègrerait à nos écoles de rugby ce qui permettrait aussi de bénéficier d’aides pour les plus petits clubs des conseils régionaux et des conseils généraux. 

 

Il y aurait aussi un volet insertion ? 

 

Exactement, il y a un volet insertion et ce qui permettrait aussi de développer et de faire du rugby ce qu’il doit être c’est à dire  » école de rugby, école de la vie « . On permettrait ainsi à nos gamins d’éviter ces chocs et de leur apprendre à éviter ce qui s’est malheureusement passé l’année dernière sur nos 4 décès qu’il y a eu dans le monde du rugby. Et ça rassurerait aussi, et je le crois, ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les mamans qui me le disent, nos mamans et ça ramènerait des gamins dans nos écoles de rugby. 

 

Tu nous parles des mamans. Les femmes dans le rugby sont maintenant devenues prépondérantes. Henry Broncan leur a quasiment fait un hymne à l’amour il y a très peu de temps sur nos ondes avec les filles de Blagnac et toutes les femmes qui s’investissent dans le rugby. Mais, en parlant de mamans, je me souviens d’un article dans le Midol d’il y a à peu près deux ans, deux ans et demi, de Maryse Ewanjé-Epée qui a son fiston qui joue à Massy et qui était effrayée, maintenant qu’il a 15, 16 ans, de la violence des chocs, de l’intensité qu’il y a à cet âge et aussi des gabarits surnormésde ces jeunes dans les centres de formation. Ces mamans font maintenant partie d’une corde sensible dans le rugby si on veut attirer des gamins ? 

 

Oui, c’est exactement ça. Moi, je le vois avec mon épouse, avec mes deux garçons. Evidemment qu’elles ont peur, évidemment quand on voit les chocs qui se passent. Si on capable de leur apporter en leur expliquant, en leur disant  » voilà, on va faire faire à vos gamins un travail de vision périphérique pour qu’ils soient capables de lire ce qui va se passer « . Parce-que, on peut dire tout ce qu’on veut, si on est capables de lire, on est capables d’éviter et après, grâce à cette vision périphérique, de lui faire travailler les réflexes, de luis faire travailler tout ce qui est jeu de main, jeu de pied, évitement, travail de pied, travail de bassin, travail de jambes et bien, à ce moment-là, on évitera les chocs. Il y a une étude australienne qui avait été faite : pour qu’un geste au rugby devienne un réflexe, il faut le répéter 30 000 fois. Ce n’est pas compliqué, 30 000 fois. Si on le prend dès le plus jeune âge à l’école de rugby, on sera capable. Alors, ça ne fera pas tout parce qu’il faut aussi qu’on ait des éducateurs qui expliquent que ça ne sert à rien de rentrer dans un mec de face, qu »aujourd’hui, on peut l’éviter. Hugo Mola disait toujours  » le problème, c’est qu’on souffre dans notre rugby du complexe du concierge « . C’est quoi le complexe du concierge ? C’est le gamin qui a le ballon dans les mains, on en a tous connu dans un stade, et qui joue au ballon toute la journée. Mais, à force d’avoir le ballon dans les mains, c’est devenu un réflexe d’avoir le ballon. Et donc, il s’habitue tout seul à faire des crochets avec ses copains et c’était ça le rugby d’avant. Et bien, il faut qu’on recrée ça, moi, j’ai pensé à cette école là mais, on peut le mettre à l’école de rugby d’ychoux qui est un petit club que je respecte énormément, tout comme on peut le mettre au Stade Toulousain, c’est pareil, c’est la même déclinaison. Et là, on mettra tous nos gosses à égalité et on rassurera les mamans. 

 

Ces solutions sont sur l’aspect technique. Sur l’aspect pédagogique, quand il y a des drames comme là il y a les 4 drames en 2 ans, combien d’années faudra t’il faire de la pédagogie pour redorer le blason de ce sport ? Parce-que 4 drames, c’est un écho qui est retentissant et il va falloir s’armer de beaucoup de pédagogie pour tous les éducateurs de rugby pour faire revenir les bambins dans les écoles de rugby ? 

 

C’est comme les réputations, elles sont faciles à faire et très difficiles à défaire. On a souffert de drames et là, le problème, c’est qu’on a été jusqu’à la mort. On ne pourra pas empêcher les gens de dire  » c’est violent « , on ne pourra pas empêcher tout ça. Et moi, j’ai la faiblesse de penser que si on met du positif, que si on se met tous au boulot, que si on va tous dans le même sens, qu’on forme nos éducateurs et qu’on les sensibilise à ça, qu’on sensibilise les mamans et qu’on revient à ce qu’on sait faire de mieux, c’est à dire jouer un rugby complet, apprendre à nos gamins à éviter les chocs, un peu comme à l’école. On t’apprend quoi à l’école ? On t’apprend à déchiffrer l’alphabet avant de savoir lire. Là, c’est pareil, avant de jouer au rugby, on va t’apprendre à éviter les chocs, on va t’apprendre que le rugby, c’est avant tout un sport d’évitement. Evidemment qu’il y a du combat mais on va aussi t’apprendre à tomber parce qu’aujourd’hui, on apprend plus à nos gamins à tomber. Autrefois, tu faisais un peu de judo, tu faisais des ateliers. Il y a plein de choses à penser et tout ça, ça fait partie de ma réflexion. 

 

La transversalité du sport peut aussi être intéressante, aller piocher un peu partout ? 

 

Autrefois, on avait du l’USEP. A l’époque, tous les mercredis, moi je m’en rappelle, je touchais à tous les sports. Je jouais au rugby mais je touchais à tous les sports. Et ça aussi, c’est quelque chose qui est important. Dans cette école de skills, il y aura des choses où on t’apprendra aussi à tomber, on t’apprendra aussi à plaquer, à lutter, les lutteurs, c’est important. On t’apprendra plein de choses et il faut revenir à ça. 

 

Quand ces drames se sont passés l’année dernière, tu étais coach à Chambéry. Est-ce que tu as senti une prise de conscience de tes joueurs après ces drames, consciemment ou inconsciemment ? 

 

Très sincèrement, on l’a évoqué parce-que ça touche tout le monde quand il y a un décès dans notre sport. Et puis là, c’était le 4e donc, ça commençait à faire beaucoup. Oui, ça les a touchés sur le moment mais après, ce n’est pas ça qui fait que, encore une fois, ça va changer leurs habitudes. Ce n’est pas pour ça qu’ils ont été moins forts le week-end d’après. 

 

C’est là où je voulais t’amener, savoir si derrière, il y avait eu des actes ou si c’était juste une prise de conscience temporaire ? 

 

Non, c’est toujours pareil. Les joueurs encaissent le coup mais après, ce n’est pas eux. Eux, on les a formés comme ça, on les a menés là et je me sens responsable aussi. On les a amenés là, on les a entraînés. Nous, on essayait peut-être un peu plus que les autres de contourner au lieu d’affronter mais, notre sport est un sport de combat. Le problème aujourd’hui, c’est que ça fait 10 ans qu’on te dit  » il faut rouler « . On entend tout le temps ça, tu parlais tout à l’heure des petits clubs, on entend  » on va leur mettre les doigts dans les yeux, on va leur rouler dessus « , on a tous entendu ça. Et aujourd’hui, il y a des décès donc aujourd’hui, tout ça, c’est suspect. 

 

Tu n’as pas l’impression que ces décès, ces jeunes qui sont morts pour le rugby, en tant de guerre, on dirait morts pour la patrie, ont été vite oubliés par la Fédé ? Qu’ils ne sont peut-être pas assez mis en exergue ? 

 

Sincèrement, je ne pense pas. Encore une fois, tout le monde essaye de faire. La Fédé a réagi, ils ont tenté de faire ces nouvelles règles. Après, je comprends, je ne peux pas me mettre à la place du papa du petit Chauvin que j’écoutais hier. Ce n’est pas possible, il a perdu son enfant. Moi, j’ai des enfants et ça me fait mal. Donc, je ne peux pas me mettre à sa place. Lui, il a ce sentiment-là et je peux le comprendre. Mais, c’est difficile aussi, faire bouger les choses, ça ne se fait pas comme ça en un claquement de doigts. La prise de conscience a été faite, maintenant, il y a des règles mais il faut des gens qui proposent des choses. Peut-être que mon idée n’est pas bonne, qu’on va me dire que c’est nul mais plus on va amener des idées, plus il y aura des discussions là-dessus, plus on se servira malheureusement de ces drames dans notre sport pour avancer. Parce-que c’est ça le but, c’est faire que ça n’arrive plus. On ne veut plus ça, ce n’est plus possible. 

 

Je pense que le message sera reçu 5/5 et c’est un sujet qui nous touche tous, où il y a une prise de conscience collective même au-delà du rugby. Benjamin, on va te poser une question bonus : tu as été entraîneur d’Albi, tu as été entraîneur de Chambéry, deux écuries de Fédérale 1. J’imagine que tu suis avec attention leurs parcours. Qu’est-ce que tu en penses ? 

 

Je mettrai un joker pour ce qui est de Chambéry. En ce qui concerne Albi, je leur souhaite vraiment et sincèrement d’accéder à la Pro D2. Je crois que la saison passée, ça s’est joué à très, très peu de choses et que le travail qu’est en train de faire le staff et les joueurs, j’espère pour eux que ça va payer cette année. 

 

Tu as pu les voir jouer contre Blagnac à la télé ? 

 

Oui, je les ai regardés et puis, j’ai encore Vincent Calas, j’ai encore quelques joueurs avec qui je suis en contact. Il faudra quand même qu’ils se méfient de cette poule où il y a Bourg-en-Bresse et Narbonne parce qu’eux vont être habitués à jouer des matchs durs parce qu’ils ont une poule qui, pour moi, est beaucoup plus dense que la poule d’Albi où à part Blagnac et une ou deux autres équipes.

 

Oui mais, à contrario, Bourg et Narbonne pourraient être éreintés et y avoir laissé des points tout au long de l’année ? 

 

Oui mais, quand tu arrives au printemps, rien ne vaut avoir eu de gros matchs. C’est comme l’histoire du bac à blanc à l’époque. On passait le bac à blanc et ça nous aidait quand même malgré tout. Donc, eux, ils ont besoin d’avoir des gros matchs et je me doute que c’est aussi ce qui doit inquiéter Arnaud. Mais j’espère pour eux qu’ils vont accéder à la Pro D2. Je pense que c’est cette année, je pense qu’ils le méritent par rapport au parcours qu’ils font depuis deux ou trois saisons, j’espère que ce sera leur année. 

 

Et nous, on espère te voir prochainement dans les travées du Stadium, que tu reviennes faire un petit coucou à Albi et on te souhaite le meilleur aux côtés de Jacques Delmas à Périgueux. 

 

Avec plaisir. Merci et à très bientôt. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

 

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-22-novembre-2019/

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