#Rugby – Fed1 / E.Bonachera (SJLO) : «À quelle sauce la Fédérale 1 va être transformée?»

Nous sommes allés faire un tour du côté de la Côte Basque, avec le co-président du SJLO, le Saint-Jean-de-Luz Olympique, Eric Bonachera, pour échanger sur la réforme de la fédérale 1, en ce jour de séminaire FFR à Marcoussis. Pour le président du club au scapulaire, la méthode de la concertation lui sied à merveille, mais l’évolution « annoncée  » vers une ProD3 l’interpelle. Les luziens pourraient sportivement prétendre à cet échelon qui apparaîtrait, apparemment, à l’orée de la saison 2020/2021, mais la structuration financière du club ne lui permettrait pas de s’asseoir à la table des mastodontes de fédérale 1. Pour Saint Jean de Luz, l’attente des nouvelles perspectives fédérales, peut revêtir un côté anxiogène, tant la formule actuelle lui permet d’exploiter au maximum le côté atypique du SJLO. Pas fermé au débat sur la PROD3, le Co-President basque espère vivement que le virage que semble tracer les instances du rugby, ne mettra pas fin aux folles épopées des corsaires de Saint-Jean.

 

 

Eric, on ne t’appelle pas aujourd’hui pour parler du championnat en lui-même du côté sportif mais un peu de la tambouille qu’il y a autour parce-que ce week-end, vendredi et samedi, il y a la grande messe de la Fédérale 1 à Marcoussis avec un séminaire organisé par Bernard Laporte et Maurice Buzy-Pucheu, le nouveau vice-président en charge du monde amateur où va être discuté l’avenir de la Fédérale 1. Nous, ce qui nous intéresse, c’est le point de vue que peut apporter Saint-Jean-de-Luz ? 

 

En effet, comme le fait régulièrement la Fédé, on est invité. C’est mon collègue Periko Arrieta qui va monter demain à Paris et dans l’ordre du jour, il y a effectivement le fait de l’avenir de la fédérale et quelques changements qui sont un peu dévoilés à travers les réseaux. On attend de voir ce que Bernard Laporte va annoncer. 

 

Ces séminaires sont souvent aussi des moments de travail, de réflexion communs entre tous les clubs de Fédérale 1. Ce sont des moments que vous, clubs de Fédérale 1, vous appréciez ? 

 

Moi, j’aime bien parce qu’il y a de l’échange et c’est toujours bien de voir ce qui se passe ailleurs. On apprend des choses et en même temps, on voit ce qui se fait. Tous les côtés positifs qui peuvent se faire ailleurs, on les récupère chez nous, tout ce qu’on voit qui marche ailleurs. Et puis, on s’aperçoit qu’on a tous les mêmes problèmes. C’est pas mal. Thierry Murie avait lancé tout ça, je trouve que c’est pas mal et, en même temps, on a les nouveautés en direct ce qui est bien aussi. 

 

Depuis deux ans et demi, les clubs amateurs étaient habitués à avoir un interlocuteur unique, Thierry Murie. Celui-ci est parti au mois de Juin, il y a maintenant un triumvirat pour le remplacer. Tu as déjà pu échanger un peu avec eux, avoir des retours ? 

 

Non, pas spécialement. Nous, on est trois co-présidents et comme on travaille tous les trois ailleurs qu’au rugby, on se relaie et c’est un autre de mes collègues qui était monté la dernière fois. Effectivement, c’est parti au niveau de la communication. Ça, il n’y a pas de souci mais c’est vrai que, ce qui arrive ce week-end, on est aux aguets, on attend de savoir à quelle sauce la Fédérale 1 va être transformée. Et, c’est vrai que c’est un sujet qui nous tient à cœur. Entre ce qu’on a lu sur les réseaux et les modifs qui sont prévues, nous qui sommes réellement dans le camp amateur, on attend vraiment les échanges qui vont avoir lieu demain. 

 

Le mirage ou la réalité de cette Pro D3, Super Fédérale 1 ou Fédérale 1 Elite

 

Ou Nationale comme au foot (rires)

 

Ou Nationale comme au foot, c’est quand même cornélien pour vous, pour un club comme Saint-Jean-de-Luz. Vous avez un haut niveau sportif, vous arrivez à tutoyer les gros cadors de la Fédérale 1, mais par contre, financièrement, vous ne seriez pas forcément invités à une Pro D3, surtout en termes de frais de déplacement ? 

 

Oui, complètement. En fait, on attend de savoir aujourd’hui parce-que j’ai cru comprendre qu’on voulait monter cette Pro D3 ou cette Nationale avec pratiquement 24 clubs. Donc, ça veut dire que peut-être, et je dis bien peut-être, les critères financiers vont changer par rapport à ce qui a existé avec la poule Elite. Si les critères financiers ne changent pas, déjà, on ne sera pas invité. Et effectivement, au niveau sportif, ça pourrait le faire mais encore une fois, si on est concentré avec 10 clubs vraiment pros, nous, je ne pense pas qu’on passera au niveau des transports derrière, au niveau de la logistique. Même si sportivement aujourd’hui, on n’y arrive un petit peu, si on se cogne tous les dimanches une fois à Bourg, une fois à Nantes, une fois à Rennes, une fois à Paris, on ne pourra pas. Le dimanche soir, on rentre mais on rentre à 3h du matin donc le lundi ça pique et on travaille tous. Ça, on ne pourra pas et, financièrement, il faudra voir ce qu’il en est au niveau des transports. Je ne pense pas que nous, on puisse adhérer à ça aujourd’hui. Attendons encore de savoir ce que va dire Bernard Laporte, ce qu’il propose réellement. Ce qui me désole un petit peu dans tout ce qui est remonté, c’est qu’effectivement il y a des clubs qui sont en difficulté aujourd’hui, mais on s’aperçoit aussi qu’on est loin de la Pro D2. Quand on voit nos deux collègues qui sont montés l’an dernier, Rouen et Valence-Romans, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui en Pro D2, ils soient à l’aise donc, le fossé est assez important. A priori, ce qu’on sait nous au jour d’aujourd’hui avec nos 750 000 de budget, on est loin d’être appelé à tout ça donc, ça me paraît difficile.

 

En plus, pour vous Saint-Jean-de-Luz, ce modèle de Fédérale 1 qui existe en ce moment, c’est un peu une parenthèse enchantée parce-que vous êtes dans votre cocon amateur mais ça vous permet aussi d’aller vous titiller avec les gros calibres. Pour l’instant, vous êtes comme un poisson dans l’eau dans cette formule-là ? 

 

Disons que, l’an dernier, on a réussi à ne pas trop mal s’en sortir. Cette année, on n’est pas trop mal non plus avec d’ailleurs une poule beaucoup plus compacte que les autres poules. Il n’y a qu’à voir le nombre de points qu’on s’est dispatché. Il n’y a aucun club qui écrase la poule et tout le monde peut gagner à l’extérieur. C’est assez surprenant mais, pour l’instant, on s’en sort. Donc, on est assez content et c’est vrai qu’on est toujours content de rencontrer des grosses écuries de temps en temps parce qu’évidemment, un match contre une grosse écurie, ça implique un investissement physique plus important, de la casse. Mais, et c’est ça qui est bizarre, on a aucun club promu dans notre poule et on s’aperçoit que ça va à peu près pour tout le monde, enfin je crois. Il n’y a personne qui soit vraiment trop décroché. 

 

Et au moins, tout le monde peut battre tout le monde. Tyrosse, qui dans le derby landais, arrive à renverser Dax qui était quasiment 5 ou 6 places au-dessus, ça montre que cette poule 4 est vraiment très homogène. 

 

Tout à fait, même Trélissac. Tout le monde est assez homogène. Et nous, on perd contre Nantes à la maison donc, c’est la preuve que tout le monde peut gagner chez tout le monde. Nous, on n’est pas au-dessus des autres, loin de là. On s’en sort aujourd’hui un petit peu au niveau sportif mais, encore une fois, quand je discute avec mon homologue de Nantes, évidemment, il n’a pas les mêmes préoccupations que nous. Il est dans une métropole énorme, nous on est dans une ville de 15 000 habitants. 

 

Mais à Nantes, ils ont le foot comme concurrent. 

 

Oui mais ils peuvent avoir des concurrents. Juste une chose, nous, aujourd’hui, nous touchons de la mairie, qui est notre partenaire principal, 100 000€. Nantes, aujourd’hui, ils touchent 400 000€. 

 

C’est plus de la moitié du budget de Saint-Jean-de-Luz ? 

 

Exactement. Donc, on ne peut pas se comparer à toutes les grosses métropoles, à toutes les grandes villes qui mettront ce qu’il faut. Mais tout ça, ça passe par le professionnalisme parce qu’en même temps, quand on monte et il faut le dire aux gens, ça vit aussi grâce aux subventions de la télé, de la Fédé et surtout de la Ligue. Moi, j’attends aussi de voir la position de la Ligue par rapport à une  » Pro D3 « . 

 

Certains disent que, s’il y a une Pro D3 ou une Super Fédérale qui se met en place, c’est la fin des vieux bastions et c’est l’émergence sous peu de temps du rugby de métropole ? 

 

Oui, je le pense réellement. Même nous, si on le voulait, l’ossature des 30 joueurs qui jouent en première aujourd’hui chez nous, il n’y a aucun pro. C’est à dire que, si on joue le samedi, ça pose des problèmes parce qu’on ne peut pas partir trop tôt parce qu’il y en a qui travaillent le samedi. Si on joue très loin, ça pose des problèmes parce-que tout le monde travaille le lundi, c’est compliqué. Effectivement, Nantes, Rennes, tout ce qui est autour de la région parisienne, tous les gens qui auront de l’envie et de l’argent pourront émerger. Et nous, quand je dis nous, je pense à Tyrosse, Anglet, Bagnères, Oloron, on est dans le même bateau, on est tous dans des budgets à peu près équivalents. Mais bon, encore une fois, attendons de voir. C’est un sujet vraiment difficile. 

 

Car qui dit Pro D3, comme tu le disais, c’est la Ligue qui rentre en ligne de compte et je ne suis pas sûr que la Ligue veuille partager le gâteau. 

 

Dans l’idée, c’est à peu près ça. On verra ce qu’ils diront. 

 

Selon les indiscrétions qu’on a eues très récemment, il risquerait d’être décidé un prolongement d’un an supplémentaire de la formule actuelle pour qu’il y ait le temps de bien étudier une Pro D3, une Super Fédérale ou une Fédérale 1 Elite pour la saison 2021-2022. Vous, à Saint-Jean-de-Luz, on vous met ça sur le tapis, vous dîtes banco ou vous voulez amender ? 

 

Je pense que la formule d’aujourd’hui correspond à ce que les 48 clubs veulent. A mon avis, il faut effectivement prendre le temps de trouver la bonne solution. Elle n’est pas facile à trouver, je comprends toutes les réunions et tous lesbrainstorming qu’il faut avoir pour trouver la bonne solution. Parce qu’on s’est aperçu que la poule Elite, au bout de trois mois, il n’y avait que 4 clubs qui pouvaient prétendre. Ça fout tout en l’air, il y a des clubs qui ont coulé depuis style Strasbourg, Saint-Nazaire, Limoges. C’est vrai qu’il va falloir prendre le temps et consulter et écouter toutes les tendances parce qu’on a vu des grandes métropoles attaquer le rugby et ne plus du tout en parler aujourd’hui tandis que, dans des bastions historiques, ça joue toujours quel que soit le niveau. Et si un jour on doit annoncer à notre mairie qu’on doit jouer en Fédérale 2 parce qu’on est plus capables vu la course à l’armement, on le dira. Il faut jouer là où on doit être et prendre notre plaisir au niveau du jeu et puis voilà. Vous savez, pour organiser le voyage de Rennes, pour nous, c’est un gros travail, un travail d’amateur où on essaie de ne pas se planter. Mais, comment appréhender le truc pour ne pas démolir les joueurs avant qu’ils ne commencent à jouer ? Quand est-ce qu’on doit faire le déplacement, est-ce qu’on doit le faire en bus ? C’est compliqué donc, on n’est pas appelé pour l’instant. Qu’on laisse effectivement le temps et qu’on essaie de trouver la solution tous ensemble, ça sera l’idéal. 

 

Thierry Murie, dans nos colonnes et à notre micro, s’étonnait de cette volte-face. Certains parlent de volte-face électorale. Tu penses que le devenir de la Fédérale 1 aura un gros impact et un gros enjeu sur les élections fédérales qui arrivent ? 

 

C’est sûr et certain et je pense que l’autre liste s’engouffrera allègrement dans la brèche si brèche il y a. Effectivement, nous on s’est engagé pour la liste Laporte à l’époque, si aujourd’hui on nous change  » toutes les règles du jeu « , ça donnera à réfléchir à tout. Et je pense qu’à la Fédé, ils en ont bien, bien conscience. Il faut raison gardée, attendons de voir ce qu’on nous propose. Moi le premier, quand j’ai vu la poule qu’on a eue cette année, je pleurais tout seul. Je pensais qu’on allait passer une mauvaise saison et j’étais anxieux sur le fait qu’on n’ai pas de promu dans la poule et qu’on était considéré comme tête de liste. Je reconnais que je m’étais trompé et que, finalement, on s’en sort à peu près. 

 

Oui, vous avez de la ressource dans le mental ? 

 

Je ne sais pas dans quoi, le mental, dimanche dernier, on ne l’avait pas (rires). On n’avait pas assez de ressources dans le mental et on perd bêtement un match qui était à notre portée contre Nantes. Moi, j’attends vraiment de voir, ce n’est pas la peine de gueuler, ce n’est pas la peine de s’emporter. Je vois que, sur les réseaux, ça bouge dans tous les sens. Attendons de voir ce qu’on nous propose et peut-être que la solution sera trouvée et conviendra à tout le monde. Quand on voit Tarbes qui communique la semaine dernière sur le fait qu’ils ont trouvé les ressources pour la saison 2018-2019 alors qu’on est en 2019-2020 … Mais nous, on ne rentrera jamais dans cette course à l’armement. 

 

En clair, pour résumer, à Saint-Jean-de-Luz, quel que soit le devenir en Fédérale 1, vous continuerez à faire vivre le ballon et à vivre ce sport avec passion ? 

 

Et oui, on va essayer, c’est notre seule ressource et c’est sympa. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-22-novembre-2019/

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