#Rugby – Fed1 / K.Boulogne (Albi) : «Il ne faut pas se reposer sur nos lauriers»

Malgré une déchirure à la cuisse qui l’impactait depuis quelques jours, et a atténué sa réussite au pied, Kevin Boulogne fut l’un des hommes du match de ce Fleurance/Albi (7-38). Dans un match qui mit beaucoup de temps à se décanter (score nul et vierge à la mi temps) , entre autres grâce à la bravoure des gersois, l’ouvreur albigeois permit grâce à deux essais à construire la victoire bonifiée du SCA. Deux actions d’éclats , qui viennent parachever le retour en forme du dernier rescapé de l’ère Béchu. Entretien avec « l’ancien » du groupe jaune et noir, véritable boussole technique du jeu albigeois, un joueur qui rêve d’écrire une nouvelle page du livre d’or du « Sporting » tout en croquant à pleine dents l’épilogue d’une carrière palpitante.

Crédit photo DDM

Kevin, c’est rare mais tu as marqué plus de points à la main qu’au pied, c’est quand même à noter ? 

 

Oui, c’est à noter, ce n’est pas un exploit pour moi. Après, comme je l’ai dit, ce ne sont pas des excuses mais un terrain vraiment trempé, ballon de merde plus une déchirure à la cuisse que je traîne depuis 10 jours, après Blagnac donc on va dire assez compliqué. Dans la tête, pas très bien, parce-que j’avais peur de trop tirer dessus ce qui fait que ça s’est pas trop bien passé aux poteaux. Dans le jeu au pied, c’était mieux, dans le jeu courant, c’était très bien, l’équipe a répondu présente donc c’est bien pour tout le monde. 

 

Tu nous dis que les deux essais ne sont pas un exploit mais il faut quand même aller les chercher. C’est quasiment deux essais personnels où tu mystifies la défense fleurantine ? 

 

Oui, à défaut de pouvoir taper, j’ai fait beaucoup de feintes pour essayer d’ouvrir des portes. Ca a souri aujourd’hui, tant mieux mais, peut-être que sur des gros matchs, ce genre d’action pourrait coûter cher. Il ne faut pas se reposer sur nos lauriers, il faut continuer à avancer, rectifier pour tout le monde les petits détails et travailler dans ce sens. 

 

On est loin du match référence demandé par Arnaud Mélapuisqu’il n’y a eu qu’une moitié de copie en seconde période. En première période, il y a eu quasiment copie blanche 0 à 0. Comme je le disais à Jérémy Wanin, il y a des fantômes ou un syndrome de Saint-Sulpice qui trottaient encore dans les têtes en début de match ? Ca peut peut-être s’expliquer comme cela ? 

 

Je pense que oui, pas énormément, mais un peu parce qu’on a vu qu’en première mi-temps, contrairement à Saint-Sulpice, on a été un peu mis sous pression chez nous au pied. Aujourd’hui, au pied, dans l’occupation, on les a beaucoup mis sur le reculoir dans leurs 22 mètres où il y avait beaucoup d’espaces. Sauf que le problème, c’est que dès qu’on montait dans le rideau pour mettre la pression, on faisait des fautes inutiles : trois plaquages hauts, un plaquage sans les bras ce qui fait 4 pénalités et 4 sorties de camp pour eux très faciles à gérer. Alors que, si on ne faisait pas de faute, ils étaient dans leurs 22, ils allaient nous rendre des ballons de lancements et on aurait pu peut-être enchaîner un peu plus. C’est vrai qu’on n’a pas été très bons ni très disciplinés sur ça. Après, je pense que dans la stratégie, dans les choix, dans les annonces, dans tout ça, sur les touches, les mêlées, les occupations au pied, on a été propres, heureusement. Parce-que, si on faisait autant de fautes dans notre camp, ils avaient un gros buteur et ça aurait pu faire plus cher à la mi-temps. 

 

On va aussi parler un peu de toi. On voit que, pour l’instant, tu marches plein fer. Tu as eu un petit coup de mou si l’on peut dire en début de saison où on te sentait moins à l’aise, moins fluide. Alors que, quand tu avais repris l’année dernière, tu étais revenu en pleine forme d’entrée. C’était peut-être aussi un coup de mou dû au contrecoup de la reprise ? 

 

Non, je ne vois pas. Je me sens bien, je prends du plaisir. C’est ma dernière année donc, je prends du plaisir sur chaque match. 

 

Tu n’as pas eu de contrecoup physique après la reprise ? Parce-que parfois, quand des joueurs comme toi arrêtent quelques années, il y a un petit contrecoup ? 

 

La pré-saison a bien sûr été compliquée pour mon corps d’enchaîner mais ça s’est très bien passé, j’ai même fini dans les 3 ou 4 premiers à chaque fois donc je suis content de tout ça. Comme je le dis, je ne suis pas à la rue. 

 

Ce n’était pas mon propos ! 

 

Justement, c’est bien de se jauger et de savoir aussi les points forts et les points faibles. J’ai un certain âge, il faut que fasse aussi attention à mon corps. Quand j’ai des alertes, ce ne sont pas les mêmes que pour les jeunes donc il faut faire attention. Mais là, au jour d’aujourd’hui, je suis très bien. Les matchs amicaux s’étaient très bien passés pour moi, que ce soit Cognac, Lavaur mais même pour l’équipe. Les matchs que j’ai joué cette année, à titre personnel, ça a toujours été de très bons matchs. J’ai joué Lavaur dans les 40, j’ai joué Graulhet dans les 77, ça s’est bien passé aussi, on met une valise. Aujourd’hui, on joue là et ça se passe très bien aussi. A titre personnel, ça se passe bien mais aussi parce-que l’équipe fait que ça se passe bien. 

 

On le sait, tu le dis, tu le chantes sur les toits, que c’est ta dernière saison. Mais si tu as toujours au mois de Mai ces jambes que tu avais aujourd’hui, tu ne vas pas être tenté de rempiler un petit coup ? 

 

Non, je ne vais pas rempiler, je ne pense pas. Après, on ne sait pas de quoi demain sera fait, il ne faut jamais dire jamais. Le deal était clair : que je reprenne du plaisir, que je reprenne parce-que je pouvais reprendre une licence et surtout que le club monte en Pro D2, le deal était là. Si on monte en Pro D2, à voir ce qu’il va se passer, je pourrai peut-être rentrer dans le staff ou non, je pourrai peut-être reprendre une année joueur si le staff en a besoin ou je pourrai aussi arrêter complètement le milieu rugby et partir sur un autre projet. 

 

Et le dépaysement total ? Venir dans un club un peu famille, convivialité comme Fleurance, comme ces clubs que tu as rencontrés tout au long de tes pérégrinations en Fédérale 1. Elle pourrait te tenter cette aventure d’aller dans un club un peu rugby rural, rugby village ? 

 

Oui, ça m’aurait tenté puisqu’à la base, quand j’avais demandé ma licence, c’était pour aller à Marssac. Donc, c’était vraiment pour les copains, pour rigoler, pour l’esprit convivialité, 3e mi-temps et matchs avec les copains. J’avais repris pour ça sauf qu’au jour d’aujourd’hui, comme je l’ai déjà dit, à cause de mes hernies, j’ai pu reprendre une licence mais, je ne peux jouer que dans des structures pros. C’est à dire dans des clubs de Top 14 ou de Pro D2, chose qui n’arrivera pas pour moi, et ensuite dans des clubs de Fédérale 1 avec encore des statuts pros, avec un contrat à plein temps et tout ça, ça ne fait pas légion en Fédérale 1. 

 

Le rugby village et les structures pros, ça ne fait pas légion d’habitude. 

 

Voilà. Je pense que tout ça ne sera pas compatible mais après, on ne sait pas. Chaque année, les assurances changent de forme. Peut-être que l’année prochaine, si je suis autorisé à jouer en Fédérale 2 ou 3, bien sûr que ça me tenterait. Après, au vu des nouvelles règles qui sont sorties cette année en Fédérale 2 et 3, ça ne m’intéresserait pas d’y jouer parce-que c’est devenu du grand n’importe quoi. Ça ne m’attire pas du tout, avec ces nouvelles règles, c’est vraiment aberrant. 

 

Tu parles de réforme, tu me tends une perche. C’est la question qui est sur toutes les lèvres en ce moment. Qu’est-ce que tu penses de la Fédérale 1 actuellement et des réformes qui sont proposés comme le retour de la Fédérale 1, celle de Benoît Trey à savoir le scindement de la Fédérale 1 en deux poules, une Jean-Prat, une Du Manoir ou d’autres plus farfelues ? Qu’est-ce que tu en penses toi ? 

 

Je pense que l’idée en soi de faire ça est bonne parce qu’on le voit cette année dans notre poule ou d’autres poules, il y a des clubs qui ne sont franchement pas contents de jouer des matchs contre nous. Nous, ça ne nous aide pas à grand-chose et pour d’autres clubs, dans d’autres poules, c’est pareil. Il ne faut pas se le cacher, il y a deux voire trois niveaux différents dans le championnat dans toutes les poules. Donc oui, je comprends cette idée mais, le problème, c’est qu’ils ont déjà essayé et que 12 ou 24 équipes à haut budget et à haut potentiel pour monter en Pro D2, c’est compliqué. Rien que lorsqu’on a fait la poule élite à 11, il n’y en avait que 5 de qualifiables donc, s’il faut en trouver 24, je ne sais pas comment on va faire. Par contre, pour trouver 24 équipes dans la 2e poule qui luttent pour leur challenge comme avait fait Lavaur à l’époque, oui, c’est vrai que c’est une bonne idée. Mais, qu’est-ce qu’on va faire de ceux qui visent le haut de tableau, ceux qui peuvent monter, ceux qui ont de grosses équipes mais qui peuvent pas monter, qu’est-ce qu’on va faire de tout ça ? Je n’en ai aucune idée. Mais, il y a des têtes pensantes dans le rugby qui sont normalement là pour ça, on va essayer de leur faire confiance. 

 

Dans trois semaines s’annonce un déplacement à Tarbes qui va être un nouveau tournant de la saison. Ça, ce sont des matchs qui te plaisent, que tu vas aborder avec appétit ? 

 

Non, franchement, à mon âge, je n’appréhende plus (rires). Je pense que j’ai pris assez d’expérience et de bouteille pour ne pas avoir de pression, pour jouer avec les mecs, pour essayer de calmer un peu tout le monde. Certains comme Matthieu André ont aussi cette expérience là et c’est bien d’en avoir un devant et un derrière. Ces matchs-là sont bons à jouer, ces matchs de phases finales, comme Blagnac le week-end dernier, contre de grosses équipes. C’est là où on se transcende, c’est là que l’on a envie d’être à 100% et d’essayer d’apporter un plus à l’équipe parce qu’individuellement, on y arrive jamais. Mais collectivement par contre, si chacun amène quelque chose, on le voit sur le résultat. On a vu Blagnac, on l’a vu aujourd’hui en seconde mi-temps quand tout le monde a mis la marche en avant, quand les gros ont fait des passes sur un pas, quand nous les 3/4 on s’est trouvé et bien, c’est beaucoup plus simple. Par contre, dès qu’on rentre dans un rugby restrictif, on voit qu’on n’y arrive pas. 

 

En fait, quand on t’écoute, ça y est, tu es devenu un vieux sage ? 

 

Un vieux sage, je n’irai pas jusque-là. Un vieux sage, c’est Henry Broncan donc, on va lui laisser l’église au milieu du village,  c’est Henry Broncan le papa et le vieux sage d’Albi, on va lui laisser ça. Mais, c’est vrai que, sur le terrain, les temps forts et les temps faibles sont devenus plus faciles à gérer. Quand on a 20 ans, on est un peu pris par le jeu, on a peut-être la pression, l’envie de mettre du rythme et c’est ça qui est dur. Là, aujourd’hui, avec Matthieu et d’autres joueurs aussi, on sait gérer ces moments-là. Je me répète mais c’est ça qui est important dans le groupe, c’est là où on gagne des matchs surtout à l’extérieur. Ce n’est pas de faire du grand n’importe quoi, c’est savoir accélérer quand nous on a envie d’accélérer, savoir freiner le jeu quand on veut le freiner et occuper au pied. Après, quand on arrive à mettre tout ça ensemble, je ne vois pas cette année comment on peut chuter. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/le-magsport-19-11-2019/

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