#Rugby – Fed1 / A.Méla (Albi) : «Si les équipes de Top14, s’aimaient comme les joueurs de Mauléon,ou Oloron, ils renverseraient tout le monde.»

Nous sommes allés ce lundi à la rencontre d’Arnaud Méla, le manager du Sporting Club Albigeois, pour un entretien transversal au delà du simple prisme jaune et noir ou de la Fédérale 1. A l’issue d’une partie de foot sur le bitume entourant le stadium, tradition du lundi entre membres d’un staff jeune où règne une camaraderie certaine; l’homme du plateau de Lannemezan, en toute simplicité, nous a livré sa vision du rugby actuel, son rapport à ce sport qu’il aime par-dessus tout, ainsi que sa philosophie de jeu. Un entretien le coach albigeois, nous parle de la cicatrice non refermée « Rouennaise », de cette fédérale 1 dont il aime l’état d’esprit, de son ex coéquipier Sebastien Vahaamahina, du XV de France, du top 14 , de la coupe du monde et de son avenir. Mais en bon enfant du pays de Bigorre, il souligne aussi les valeurs ou les personnes qui ont fait l’homme qu’il est, et en particulier sa famille, Jean Anturville , Éric Béchu, sa passion pour la chasse, ou encore l’attachement à ses clubs de cœur que sont Brive, Albi et Lannemezan. En clair, Arnaud Méla se dévoile et affirme ses ambitions: ramener le SCA en ProD2!

Crédit photo Dépêche du Midi

Arnaud, aujourd’hui, on ne va pas parler de match puisqu’il y a eu une semaine de relâche. Par contre, on va faire un peu le bilan de ton expérience en tant qu’entraîneur car, maintenant à Albi, tu fais un peu partie des meubles. Cela fait 2 ans 1/2, à peine 3 ans, que tu es coach du SportingClub Albigeois. Tu as plongé dans le grand bain du coaching dès l’arrêt de ta carrière sportive. Pour commencer, était-ce un besoin pour toi de ne pas couper après ta carrière ? Là où certains préfèrent prendre une année sabbatique, toi, tu as replongé de suite, à chaud, à vif ? 

 

Oui, c’est bien résumé. Quand j’ai arrêté ma carrière, j’étais passionné de ce sport depuis trop longtemps. Donc, je craignais un peu ce passage à vide, une période de gamberge. J’ai rencontré Albi au mois de Janvier, même Décembre, et je me suis lancé dans ce projet. C’est un club par lequel je suis passé et où j’ai vécu de grands moments. Sans oublier aussi que, le jour où je les ai rencontrés, ils étaient en Pro D2 où ça ne se passait pas trop bien mais où il y avait encore des chances de maintien puisque ça s’est joué jusqu’à la fin. J’avais besoin de garder cette adrénaline du vestiaire, de garder cette pression d’avant-match, tous ces moments qu’on a vécus et qui étaient importants pour moi donc, je me suis lancé dans la bataille et j’attaque ma 3e année. La première année, on est passé à deux points du match de la montée, l’année dernière à un point de la montée. J’espère donc que cette année sera la bonne. Les joueurs, le staff, on s’investit à 100% et je crois réellement en nos chances. Je sais que le potentiel de l’équipe y est, maintenant, il y a du parcours, il y a du travail à faire, il y a un chemin à effectuer, il y a un hiver à passer qui est périlleux tous les ans et là, on rentre dedans. Donc, la pression monte car, à partir d’aujourd’hui, ce sont des points importants. 

 

On entendait dans tes propos la crainte de  » la petite mort du sportif « . On dit souvent que ce fait de ne pas savoir quoi faire après l’arrêt d’une carrière est un mythe. Pour toi, cette  » petite mort  » était vraiment une peur, quelque chose que tu avais du mal à appréhender ? 

 

Moi, je fais quand même partie de la génération de ceux qui ont travaillé avant de jouer au rugby. J’avais travaillé trois ans à Pau dans le privé puis deux ans à Tours à la mairie. J’avais aussi fait deux ans à Albi à la mairie donc j’avais déjà travaillé avant et, si je n’avais pas eu de sortie de secours par rapport au rugby ou si je n’avais pas pu continuer à exercer ma passion, j’aurai quand même pu dans un métier que j’avais déjà fréquenté. Ce n’est pas comme les joueurs qui sont arrivés à partir de 2005 qui ont carrément été professionnels de A à Z. Ces joueurs-là ont fait 10, 15 ans, comme ceux qui vont arrêter aujourd’hui et demain. Ce sont des joueurs qui n’auront pas eu de métier avant et je pense que la pression est beaucoup plus grande pour ces gens-là s’ils ne prennent pas un peu les devants pour leur fin de carrière. On pense parfois qu’on a un peu le temps et puis, une blessure, un petit coup de chance et tu te retrouves vite à devoir aller jouer en Fédérale ou par-là et penser à la reconversion. Je ne m’étais pas mis une grosse pression là-dessus parce-que je savais que j’étais capable de travailler. J’avais cette option là mais je voulais quand même tout faire pour exercer car c’est réellement ma passion. Comme je l’ai déjà dit, j’ai eu beaucoup d’entraîneurs dans ma carrière, beaucoup de gens qui m’ont refilé cette maladie et c’était donc pour moi une belle opportunité de pouvoir en plus venir à Albi. 

 

Quand tu es arrivé à Albi, tous les supporters se sont imaginés voir débarquer un Arnaud Méla qui allait prôner le strict jeu d’Eric Béchu, en digne héritier d’Eric Béchu. En plus, tu étais un joueur assez rugueux, pour ne pas dire plus. Et, dès ta première saison, renversement de situation, tu arrives en prônant plutôt un jeu  » la balle à l’aile, la vie est belle « , en essayant d’écarter au maximum derrière. C’était pour prendre un peu tout le monde à contre-sens ou c’était que tu avais vraiment ça en toi ? 

 

Jusqu’en 2010, j’ai joué avec un jeu de devant sérieux, sans trop de passes. Mais, j’ai commencé à 5 ans où j’étais dans une bonne école de rugby à Lannemezan. C’est une école de rugby qui a toujours marché, où on était capables de se faire des passes. Au fond de moi, j’étais capable de le faire et j’ai mis du temps à trouver des entraîneurs qui m’ont demandé de jouer un peu plus debout, de jouer un peu plus avant contact. C’est vrai du coup que je me suis ouvert à un jeu où je prenais plus de plaisir sur ma fin de carrière. J’avais aussi plus d’expérience donc, j’étais capable de faire la passe au bon moment, plus qu’avant en tous cas. Au vu du rugby moderne, je me devais de réfléchir au rugby que j’aurai aimé pratiqué et faire pratiquer à mes joueurs. C’est vrai que, la première année, on a peut-être un peu trop joué à mon goût. C’était ma volonté, je voulais qu’on joue loin de notre ligne parce-que, c’est vrai que les défenses sont souvent en fond de terrain, qu’il y a des espaces. Mais, ça nous a porté préjudice contre Rouen, le match à la maison qui était très important. On s’est fait contrer justement en jouant une sortie de camps, on a poussé le coup un coup trop haut au moins. Donc, le staff et moi avons revu ça l’année d’après et on a un peu plus simplifié nos sorties de camp. Mais oui, ma volonté est d’avoir un projet de jeu où les joueurs puissent avoir de multiples options pour pouvoir aller chercher les extérieurs, en faisant des leurres ou en tapant au milieu bien sûr. Et non, je ne veux pas les enfermer dans un jeu uniquement de devant, où il n’y a pas de liant entre les avants et les 3/4. Ça nous a coûté un peu de travail parce qu’il a fallu quand même se poser les bonnes questions et essayer de faire prendre conscience aux joueurs que même en Fédérale 1, on pouvait jouer. Là, c’est la 3e année, ça commence à payer et je prends du plaisir à voir mon équipe jouer, même si ce championnat n’est pas tout à fait homogène. Il y a des week-ends qui sont plus faciles que d’autres, où il y a des défenses en rush, où il y a des défenses qui contrôlent beaucoup donc, il faut s’adapter. Ce n’est pas comme en Top 14 ou en Pro D2 où les défenses sont toujours pareilles : ça monte très fort, ça laisse des joueurs à l’extérieur donc, avec un jeu qui peut s’adapter là-dessus. Mais en tous cas, oui, la volonté était de pouvoir jouer au rugby. 

 

Crédit photo F.Lancelot / L’equipe

Et puis, le plus dur pour toi en arrivant de Top 14 n’a pas été de changer le curseur ? Ce que je veux dire, c’est que les attentes et les problématiques ne sont pas les mêmes en Fédérale 1 pour un coach qui arrive de Top 14. Il a peut-être fallu que tu changes de prisme de vision ? 

 

Oui, bien sûr, ce n’est pas tout à fait pareil. Comme je l’ai dit, en Top 14, il n’y a pas 50 surprises. Le Top 14, c’est la guerre du milieu de terrain, il faut gagner des mètres dans le milieu du terrain pour pouvoir avoir des options des deux côtés. Celui qui a un échec sur le milieu de terrain va faire des retours en inversion pour pouvoir rechoper le bord de touche et réessayer de gagner le milieu de terrain.  Il y a une ou deux équipes qui font un gros travail d’occupation qui te coincent tout le temps chez toi et après, il y a une ou deux équipes qui sont dans un jeu débridé comme La Rochelle ou Toulouse qui peuvent jouer un peu de partout. Mais, globalement, c’est plus ou moins prévisible. En Fédérale, c’est totalement différent parce-que chaque équipe a sa philosophie de jeu. Saint-Jean-de-Luz, l’an dernier, pouvait jouer du fin fond de son embut, se faire trois grandes passes pour essayer d’aller jouer un coup. Il n’y avait pas de pression, c’est une équipe qui avait la volonté de jouer au rugby. Mauléon aussi est une équipe qui joue de partout et Pamiers, qui est très forte et très statique, forte sur ses bases. C’est totalement différent, on a des équipes qui peuvent varier les défenses. Et donc, le plus dur pour des joueurs comme nous on a, c’est de s’adapter, d’arriver à bien lire les coups et bien lire les défenses adverses, bien lire ce qui nous présente l’adversaire. Et à nous aussi la semaine de disséquer le travail à la vidéo pour pouvoir leur donner ces options-là. 

 

On sait que ton rêve le plus cher depuis que tu es arrivé à Albi, c’est de remonter en Pro D2, de ramener Albi dans le professionnalisme pur et dur de l’ovalie française. Par contre, cette Fédérale 1 a quand même quelques valeurs qui, pour le bigourdan de toujours que tu es, doivent te plaire ? La convivialité, la fraternité, le côté un peu rugby bonne franquette, ça te parle ? Cette Fédérale 1 a un côté vivifiant par rapport aux valeurs ancestrales du rugby ? 

 

Oui, c’est le contraste, c’est ce qui, je pense, manque le plus au Top 14. Ce que j’essaie de créer dans notre club, et qu’il y a chez beaucoup d’équipes que l’on joue, ce sont des joueurs qui ont envie de passer du temps ensemble, ce sont des joueurs qui s’aiment. Aujourd’hui, en Top 14, c’est plus un devoir de victoire, c’est plus un travail, ce sont des joueurs qui ne prennent pas conscience que c’est tellement un beau sport, un beau plaisir de jouer au rugby que parfois, ils viennent et ils embauchent. Ça, c’est une erreur et si les joueurs de ce niveau-là, je parle des Racing, de toutes ces grandes équipes, de Toulon, si ces mecs peuvent s’aimer comme les joueurs de Mauléon, je prends Mauléon comme exemple ou Oloron, et bien, ils renverseraient tout le monde. Cette Fédérale 1 véhicule un peu ces valeurs de rugby à l’ancienne mais en jouant aussi, en pratiquant du jeu. Il y a des matches avec 35 minutes de temps de jeu effectif, voire 38 donc, ça joue quand même au rugby. Un peu plus dans l’évitement car il y a moins de densité physique mais il est sûr que, dans notre Top 14 ou notre Pro D2, ces gros clubs qui ont des ambitions devraient un peu s’inspirer de ce côté rugby famille et , après les matches, ne pas tous se quitter en se serrant la main en se disant  » à lundi « . Passer un peu de temps ensemble, c’est important je trouve. 

 

On sait qu’un coach a souvent de grands préceptes. Certains classent même les coaches par catégorie de préceptes mais toi, ces préceptes sont hérités de grands mentors. Tu en as eu quelques-uns comme Jean Anturville, Eric Béchu. Tu as  » infusé  » un peu leur culture du rugby ? Il y a des choses d’Eric Béchu et Jean Anturville ou des autres entraîneurs que tu as côtoyés qu’on peut retrouver dans Arnaud Méla 

 

Oui, bien sûr. Les deux que tu nommes ne sont plus parmi nous mais c’étaient les mêmes valeurs. C’était la solidarité, c’était à la base du combat, c’était surtout ne pas se mentir. Si on se disait des choses avant le match, il fallait aller jusqu’au bout et se regarder dans les yeux, et c’est vrai que j’essaie de m’appuyer là-dessus. Après, chacun avait ses qualités. Jean Anturville avait une faculté à faire un retour de match à la mi-temps sur l’adversaire. Il avait une faculté à étudier l’adversaire qui était incroyable. Du bord de terrain, tout en gueulant, il avait vraiment ce don. Eric connaissait le rugby sur le bout des doigts. On lui a souvent collé cette étiquette de grosse équipe devant, de pas de jeu mais il avait quand même une volonté de nous faire faire des passes et de nous faire envoyer du jeu. Après, nous, on n’avait peut-être pas les moyens pour tout le temps le faire mais en tous cas, la volonté était là. Moi, ce que je retiens d’eux, ce que j’essaie de m’approprier, c’est cette volonté de vouloir être ensemble, de travailler ensemble, faire des belles choses ensemble et c’est avec ça qu’on y arrive. Ces deux entraîneurs là m’ont donné ça. J’en ai eu d’autres aussi, étant plus jeune, que tu n’avais pas envie de trahir et moi c’est ça. Parfois, il y avait des discours qui passait plus ou moins mais, ce qui est sûr, c’est que si je ne donnais pas tout, j’avais l’impression de les avoir trahis. C’était quelque chose qui m’avait marqué chez eux, ça a été deux grands entraîneurs que j’ai eus. 

 

On sait qu’en ce moment, il y a une Coupe du Monde, laboratoire du rugby de demain. Est-ce que tu as vu des choses chez certaines équipes ou des préceptes mis à jour pendant cette Coupe du Monde qui t’ont intéressé ? 

 

Qu’est ce qui m’a intéressé ? Le jeu dans le désordre des français, on a été les meilleurs dans ce jeu-là c’est à dire la faculté à passer dans le dos de la défense, créer des choses, sortir un peu des schémas tactiques de toutes les équipes. C’est très difficile à mettre en place, c’est surtout  très difficile à tenir sur 80 minutes parce-que ça demande beaucoup de concentration, d’énergie et des prises d’initiative. Là, moi je trouve que les français, ont été bons. Après, bien sûr, j’ai trouvé les anglais d’une organisation, par exemple tactique, incroyable. On a vu aussi des sud-afs joué sur leurs points forts, ça passe par le travail, l’usure et leur pack. C’est vrai qu’ils jouent un peu moins mais chaque équipe a ses spécificités. Aujourd’hui, la plus impressionnante reste quand même l’Angleterre qui étouffe tout le monde. 

 

Et ces Japonais qui jouent à 100 000 à l’heure, qu’est-ce que cela t’a inspiré ? Est-ce que tu penses qu’un jeu comme ça pourrait être reproduit en Fédérale 1 ou alors il se ferait facilement contrer ? 

 

Bien sûr parce qu’ils ont de la qualité. On dit qu’ils jouent vite mais après, ils sont organisés défensivement et ils ont quand même une bonne conquête. Bon, sur les ballons portés contre les Sud’Afs, ils se sont fait coincer mais ce n’est pas quelque chose qu’ils travaillent trop non plus. Je ne pense pas qu’ils soient des passionnés des ballons portés mais bien sûr que ce jeu rapide qu’ils ont est moins impressionnant cette année que l’année où ils avaient battu les Sud’Afs. Là, ils avaient vraiment joué 80 minutes très, très vite mais bon, on voit bien qu’ils avaient la tête à un grand monsieur. Et ce grand monsieur a fait que, les anglais qui n’étaient pas qualifiés lors de la dernière Coupe du Monde, sont aujourd’hui en finale. Je pense qu’Eddie Jones ne doit pas y être pour rien, il fait sûrement parti des meilleurs managers au monde. En gros, c’est quand même une bonne Coupe du Monde. Je regrette réellement que les Français ne soient pas passés parce-que finalement, quand on voit ce qu’on a mis aux Gallois pendant 45 minutes et comment les Gallois sont passés si près contre les Sud’Afs. Le problème des Gallois, c’est qu’ils sont très prévisibles. Ils font tout très bien mais c’est très anticipable. Nous, les Français, il est vrai qu’on a cette faculté à être très difficiles à lire parce qu’on a beaucoup de joueurs en prise d’initiative. Moi, j’aime bien ce jeu, bien sûr bien structuré mais, c’est ce qu’on fait dans ces structures. Et j’ai trouvé les français très critiqués mais si près d’être peut-être en finale. C’est regrettable aussi d’avoir fini ces mêlées comme ça, ces mêlées à un de moins où on n’a pas eu la lucidité de rentrer un centre. On voit cette mêlée à 7 pour nous, on voit qu’on avance ou presque, si on avait mis un joueur de plus, on aurait eu pénalité pour nous ça aurait fait la différence car ils auraient sûrement été passés. Je trouve dommage qu’on n’ait pas un peu plus appuyé là-dessus et un peu moins sur cette erreur qu’a fait Sébastien. 

 

Toi, en tant que coach, si tu as un joueur qui fait un fait de jeu aussi prégnant dans le match, comment tu assimilerais cette situation ? Parce-que ça doit être très compliqué, quand tu es dans le rôle de coach, de choisir entre le bâton et le côté un peu calinothérapie 

 

Quand ça se passe en direct, quand ça arrive, il faut justement que le staff soit encore plus concentré pour ne pas laisser faire ses petites imprécisions qu’il peut y avoir en fin de match à cause de la pression, parce-que c’est un grand match. Il faut être sur le qui-vive et là, il a manqué un joueur d’expérience au centre du terrain qui dise  » attendez les gars, on fait une mêlée à un de moins, il y a un souci « . Il a manqué un mec du staff qui leur dise  » il faut faire rentrer quelqu’un « . Je crois que ça a été récidivé trois fois, on fait trois mêlées à un de moins. Le fait de jeu, il y est, et tu ne peux pas le changer en direct. 

 

Et la gestion humaine avec le joueur ? Ça doit être compliqué pour un coach quand tu as un joueur qui, sans avoir bouffé la feuille de match, a participé un petit peu à la bouffer quand même. Compliqué parce qu’il y a le côté paternaliste envers leurs joueurs mais il y a aussi l’objectif qui doit être respecté. Donc, ça doit quand même être un choix cornélien de parler et de trouver les bons mots dans ces situations-là ?

 

C’est sûr qu’il y a tellement de pression, tellement d’enjeux pour le rugby français, pour tous ces gens qui ont travaillé qu’il est parfois difficile de dire  » ce n’est pas très grave « . C’est difficile de passer là-dessus mais je pense quand même que j’aurai défendu mon joueur. C’est un joueur qui a tellement donné pour le rugby français, un joueur qui a sorti des stats sur tous les matches qu’il a fait. S’il y a une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est l’engagement qu’il a mis, plaquer, gratter, se relever, l’activité qu’il a eu, caler notre mêlée. On ne peut pas effacer ça, ce n’est pas un jeune qui vient d’arriver. C’est un joueur à qui on demande d’être comme Etzebeth, d’être comme l’argentin. Il faut qu’il soit là pour être présent physiquement, pour marquer un peu le territoire, être un mec respecté, qui soit craint. Il a débordé ce jour-là, moi je crois qu’il faut penser qu’on aurait pu gagner sans lui. Souvent, quand tu es un de moins, tu te transcendes parce qu’en plus, quand c’est arrivé, on avait du score d’avance. Ça serait arrivé à 11 pour nous et 19 pour eux, tu es un de moins, tu prends un coup sur la tête. Mais quand tu mènes, souvent, ça te transcende et je pense qu’on n’était pas loin d’y arriver sans lui. Moi, j’ai parfois été dans des positions délicates où j’ai fait des erreurs de discipline. Quand tu rentres chez toi, tu n’es pas très fier. Mais en tous cas, il faut qu’il y ait un peu de compassion là-dessus. Je ne suis pas réseaux sociaux mais  je sais qu’il a chargé. On pourra dire qu’il a fait perdre la France mais moi, en tous cas, je sais que collectivement, on n’était pas loin de le faire. Il n’a pas manqué grand-chose pour que ça passe et j’aurai aimé que Jacques Brunel passe un tour de plus. 

 

Tu parles des moments durs, tu en as connu en tant que coach du SCA. Pour toi, le moment le plus dur, le plus compliqué à gérer, ça reste la demi-finale contre Rouen la saison dernière avec cet épilogue assez ubuesque voire polémique ? 

 

Oui, pourquoi ça a été le plus compliqué ? Parce-que je ne savais pas quoi dire aux joueurs à la fin du match. On avait fait un plan, on avait décidé de faire comme ci et comme ça, ils l’ont respecté. On a été généreux, on n’a pas réussi. On voulait les coincer chez eux, on était toujours ressorti par manque de discipline ou parfois suite à des décisions mais c’est comme ça. Mais en tous cas, je savais qu’avec la marge qu’il y avait, ça passait. Ils n’avaient pas le rugby pour nous battre, je savais très bien qu’ils n’allaient pas marquer trois essais, je savais très bien qu’ils n’allaient pas nous passer dessus. Je connaissais l’état d’esprit de mon équipe ce jour-là et je savais très bien qu’on ne risquait rien à ce niveau-là. C’est vrai que ce jour-là, à la fin du match, j’avais un peu l’impression d’avoir menti, trahi mes joueurs en leur demandant des choses. Ils les ont faites et le résultat n’a pas été là donc … Oui, ça a été le moment le plus difficile parce-que, comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas fan du sentiment d’injustice. J’ai du mal à digérer les choses comme ça mais bon, ça ne sert à rien de ressasser, c’est le passé. Mais c’est vrai que ça a été, pour le moment, le moment le plus compliqué de ma carrière donc, j’espère que cette année, je ne revivrai pas des moments comme ça. 

 

Dans ce moment compliqué, il y a quand même du positif. Toute l’entité du Sporting Club Albigeois s’est fédérée, les joueurs autour du staff. Tu as rempilé pour une saison supplémentaire, ce n’était pas prévu dans ton plan de travail. Quel est le moment qui t’a vraiment fait basculer ? Les dirigeants qui sont arrivés à maintenir la SASP ? L’appel des joueurs ? Ou peut-être l’orgueil ? 

 

Oui, bien sûr, il y a trois sentiments. La priorité, ça a été mes dirigeants qui ont été capables de recréer une SASP. C’était la base, le côté concret, sans ça, il n’y avait plus rien. Donc ça, ça a été une priorité. Après, le deuxième aspect, ça a été les joueurs qui ont passé une semaine sans se quitter. Je crois qu’ils se sont donnés un jour de repos le mardi pour faire un peu récup puis ils ont réattaqué jusqu’au dimanche. Ils ont passé une semaine ensemble à ressasser, à faire des barbecues chez les uns et chez les autres, à boire des coups et réfléchir à tout ça. Ils m’envoyaient des photos en me disant qu’ils voulaient en refaire une autre, qu’il fallait que je reste avec eux et tout ça. Donc, ça a été primordial. Et aussi, ma fierté d’ancien albigeois en me disant que je leur avais promis que je les remonterai en Pro D2, que je ferai tout pour qu’on y aille. Et je ne me sentais pas capable de partir comme ça, avec ce sentiment du devoir pas accompli. Je me devais de tenter le coup une année de plus. 

 

La question qui suit coule de source, on va faire un peu de fiction. Tu arrives à faire remonter le Sporting Club Albigeois en Pro D2, tout le monde va te tenir par la manche en te disant que tu ne pourras plus partir d’Albi. Tu seras obligé de rester, tu représenteras quasiment la statue du Commandeur ? 

 

Ça, ce sera un problème qui sera totalement différent à gérer et plus facile à gérer pour moi. Ce qui compte réellement pour moi aujourd’hui, c’est que le Sporting soit en Pro D2 l’année prochaine. Après, on se fout un peu de mon issue personnelle. Ce qui compte, c’est que le club, que cette équipe puisse enfin rejouer en Pro D2. On verra ensuite ce qui se passe pour moi, ce n’est pas très, très grave tout ça. Comme je l’ai dit, moi, je pense à mon staff, à mon club, mes dirigeants, mes bénévoles, tous ces gens qui sont passionnés de ce club et qui donnent tous les jours. C’est amener la Pro D2 à cette ville et à tout le monde, après on verra. Je ne sais pas trop de quoi demain sera fait mais ça, ce n’est en fait  pas très, très grave. 

 

Et Brive ? On sait l’attachement que tu as pour Brive. Souvent, dès qu’il y a un peu de mouvement là-bas, le nom d’Arnaud Méla bruisse dans les coursives du Stade Domenech. Ce serait une fierté pour toi un jour, quelle que soit la date, l’époque ou la situation, d’entraîner cette équipe qui t’a aussi beaucoup amené tant personnellement que dans ta carrière professionnelle ? 

 

Je ne vais bien sûr pas le nier. C’est l’endroit où j’ai vécu le plus de moments, bons ou pas bons, parce-que je n’y ai pas vécu que des grands moments. Mais j’y ai fait dix ans dont cinq en tant que capitaine donc bien sûr que c’est un club qui m’a procuré beaucoup d’émotions plus une région et gens avec qui j’ai sympathisé autour. Je ne peux pas nier que, si un jour je rentre en contact avec eux, je serai très fier d’aller entraîner mon deuxième club de cœur. Mais aujourd’hui, le débat n’est pas là. Je me concentre sur mon équipe, j’essaie de donner le maximum pour eux et on fera le point quand le club sera remonté. 

 

On va conclure avec deux questions un petit peu plus personnelles dont une dernière un peu décalée, comme on en a l’habitude. Pour la première, on sait que le poste de manager est un poste chronophage, qui prend beaucoup de temps et d’énergie. On sait que tu as une vie de famille à côté. Comment un manager arrive à gérer une vie de famille vu tout le temps que prend ce poste qui est de plus en plus important dans le rugby moderne ? 

 

Moi, c’est un peu particulier parce-que la plupart des managers sont dans la ville où ils entraînent. Moi, c’est différent puisque je vis encore à Brive donc, j’ai pas mal de route à faire. Je la fais ave Jérémy donc, ça nous permet de bosser. On ne respecte pas tout le temps les règles (rires), on a souvent l’ordi sur les genoux, on optimise un maximum le temps. On a fait un planning qui me permet d’avoir mon mercredi avec mes enfants et de pouvoir emmener mes filles au sport le mercredi soir. J’essaie aussi d’être libre le vendredi soir pour les mêmes raisons et passer un maximum de temps avec elles. A côté, j’ai des hobbys, je fais des travaux. Je m’aère aussi la tête à côté, j’essaie de ne pas être à ne rien faire chez moi. Il faut tout le temps qu’il y ait quelque chose à faire. Les enfants, ça occupent pas mal et après, c’est ne pas gamberger et continuer à avancer. 

 

Et maintenant, la question décalée spéciale Mag Sport. On connaît ton grand amour pour la chasse. Est-ce que cette passion te sert parfois dans ton rôle de manager avec de la patience et de la stratégie ou pour savoir viser juste ? 

 

Ce sont deux sports un peu similaires dans la préparation. J’avais déjà fait le parallèle une fois mais, une équipe de chasse, c’est un peu pareil, il y a de la stratégie. Nous, c’est un avant-match, là, c’est une avant-chasse. On se dit  » peut-être que ça va se passer comme ça, comme ça, comme ça « . La chasse, c’est pareil, c’est un travail d’équipe. Il y a des gens qui sont dans les bois qui travaillent pour faire sortir le gibier pour les autres. J’ai tout le temps fait un peu le parallèle. 

 

Et puis, il y a aussi la 3e mi-temps à la chasse ? 

 

On sait arroser les victoires aussi. Ce sont deux sports avec des valeurs similaires. Souvent, les chasseurs sont aussi supporters de rugby et vice-versa. Je ne m’en inspire pas mais en tous cas, ce sont les mêmes valeurs véhiculées. 

 

Tu as plein de joueurs de ton équipe qui sont amateurs de chasse. Je pense à Benjamin Pètre, à Lucas Vaccaro qui, à mon avis, ne rêve et ne dort que de chasse. C’est un hasard ou c’est toi qui a eu plus d’accroches avec les joueurs qui ont cette passion-là 

 

Je ne recrute pas que des chasseurs (rires) mais souvent, ce sont des joueurs qui ont des valeurs qui me conviennent aussi. Ce sont souvent des gens de la terre ou qui ont besoin d’activités. Ce sont des joueurs avec qui je peux m’entendre car je sais qu’on a des valeurs communes. Dans le rugby, il y en a toujours eu beaucoup. J’ai joué avec quasiment 25 sud’afs dans ma carrière, ils étaient tous chasseurs. Dans le rugby, chasse et pêche font partie des passions qu’on peut rencontrer hors rugby. Donc, ce sont des joueurs que je ne recherche pas mais en tous cas,  je sais que si j’en ai dans mon équipe, ils vont aussi avoir ce côté convivial parce-que ça fait partie des choses, ils vont vouloir passer du temps ensemble et c’est important. 

 

Pour résumer, si on revenait à Janvier-Décembre 2017/2018, tu replongerais sans hésiter, malgré toutes les péripéties que tu as vécues, dans l’aventure jaune et noire et dans le challenge du coaching ? 

 

Oui, bien sûr. Déjà, ça m’a donné beaucoup d’expérience. J’ai pris beaucoup de plaisir, je prends beaucoup de plaisir. Il manque juste à poser la petite cerise sur le gâteau. On va continuer à la laisser mûrir et j’espère qu’à la fin de la saison, on pourra la poser.  

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

À retrouver en podcast : https://hearthis.at/radio.albiges/magsport29102019/

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