#Rugby – Fed1 / P.Pezery (RCN) : «Il y a toujours eu une culture de jeu à Narbonne! »

Nous sommes allés à la rencontre de Patrick Pezery, pour qu’il nous expose ses ambitions et son projet de jeu pour le Racing Club Narbonnais, ainsi qu’un premier bilan à l’issue des cinq premières rencontres de fédérale 1. Sur les bords de la Méditerranée, on ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs, et d’abord s’atteler à réenchanter les valeurs historiques du rugby audois, avant de, qui sait, aborder en fin de saison, les hautes ambitions que beaucoup de suiveurs leur prêtent. Entretien avec un coach qui n’en oublie pas de rendre hommage à son prédécesseur, Jean Anturville.

 

Crédit photo P.Leblanc / L’indépendant

 

On va commencer par une première question assez simple et logique. Qu’est-ce qui vous a amené à prendre la relève de feu Jean Anturville qui est décédé ce week-end dans ce fameux club de Narbonne, bastion de l’ovalie française ? 

 

Tout d’abord le challenge, le fait que ce soit effectivement un bastion. A la base, je suis de Toulon et un club comme Narbonne parle forcément au niveau de l’histoire du rugby. Et ensuite, le fait que ce soit Marc Delpoux qui m’ait sollicité puisqu’on avait déjà travaillé ensemble. Ajoutez à cela le fait que j’ai rencontré Laurent Balue avec qui j’entraîne et avec qui le courant est passé rapidement. Voilà, plusieurs critères qui ont favorisé mon choix. 

 

C’est un challenge qui est beau sportivement mais qui n’est pas simple. On l’a vu, la descente de Pro D2 à Fédérale 1 a laissé de grosses traces à Narbonne. Il y a eu l’année dernière une saison de transition. Cette année, il y a eu un gros mercato, un gros recrutement. Vous arrivez quand même avec de grosses ambitions pour retrouver la Pro D2 très rapidement ? 

 

Gros mercato, non. Il y a effectivement un ou deux noms connus et c’est ce qui fait qu’on a le sentiment qu’il y a eu un gros mercato. Il y a eu la volonté de renouveler l’effectif parce-que c’était nécessaire, en s’appuyant quand même sur une bonne base de joueurs qui étaient là l’année dernière, de joueurs issus du club. Et avec ça, il a fallu rajouter des plus-values dans différents secteurs. Il y a eu en effet une importante rotation de joueurs ce qui explique qu’il faut du temps pour tout mettre en place. 

 

Vous avez enchaîné les victoires à Céret entre autres, contre Mazamet ce week-end mais aussi contre Nice. Par contre, ça a été un peu plus compliqué contre Bourgoin et contre Bourg. C’est peut-être dû au fait qu’il y ait eu pas mal de renouvellements ? Il a peut-être manqué un peu de liant dans le jeu pour aller bousculer ces équipes comme Bourgoin ou Bourg qui ont une base assez assise de joueurs ? 

 

Oui, déjà, ce sont deux équipes qui ont largement l’effectif pour jouer le haut du tableau voire plus. Ce sont des équipes qui travaillent ensemble depuis un bon moment maintenant. Je connais bien l’équipe de Bourg-en-Bresse, c’est une équipe qui a conservé la quasi-totalité de son effectif qu’elle avait en Pro D2 et on le voit quand on joue contre. Bourgoin, c’est pareil, c’est une équipe du haut du tableau. Nous, forcément, avec notre renouvellement d’effectif, avec un nouveau projet, une nouvelle méthode, etc, il y a de toute façon un temps nécessaire pour que ce soit acquis. 

 

Beaucoup de suiveurs de cette poule 2 dite  » de la mort « , j’imagine que quand vous avez vu le tirage, vous avez dû vous faire quelques cheveux blancs … 

 

Je n’ai pas de cheveux, vous savez donc, je n’ai pas beaucoup de cheveux blancs. 

 

Ça aide à ne pas s’en faire mais vous avez dû, je pense, vous gratter la tête. C’est quand même épais, c’est quand même lourd, c’est une demi poule élite de Fédérale 1. Beaucoup de suiveurs disent que, si Narbonne arrive à se qualifier dans les deux prétendants au Jean-Prat, ce sera une équipe très, très dangereuse parce-que, pour vous comme on le disait, le plus dur sera que la mayonnaise prenne ? 

 

Vous parliez de retrouver la Pro D2 très vite. Nous, on ne veut pas précipiter les choses. Je dirai que la demande aujourd’hui, notamment des présidents, c’est de retrouver un état d’esprit, un mode de fonctionnement, du respect à tous les niveaux pour ce club de Narbonne qui, pendant un moment, à connu de vrais difficultés. Donc, on a besoin de redonner des signaux positifs autour de nous. C’est ce qu’on essaie de faire par le comportement des joueurs, par le jeu qu’on essaie de mettre en place, par le travail qui est fait au quotidien. Et je crois que ce sont vraiment les premiers axes de travail qu’on nous a donné et c’est là-dessus qu’on met l’accent. Après, pour le reste, il faut déjà respecter ces aspects-là avant d’avoir quelques prétentions que ce soit. 

 

Le changement de nom et le retour au Racing Club Narbonnais, ça fait partie aussi des préceptes ? Un retour aux bases, aux valeurs historiques de ce club ? 

 

Tout à fait, oui. Il y a beaucoup de signaux qui font appel à l’histoire de Narbonne, ce qui est légitime. C’est une belle histoire, qui a écrit de belles pages de l’histoire du rugby donc je comprends que les gens qui soient issus de cette culture-là y fassent référence. 

 

Souvent, qui dit nouveau staff dit nouvelle philosophie de jeu. Quelle est la philosophie de ce nouveau staff qui est en place avec Marc Delpoux, vous-même et d’autres personnes comme Laurent Balue ? 

 

C’est justement de produire du jeu. On essaie d’organiser la circulation des joueurs pour produire un jeu qui soit suffisamment alléchant. Il y a toujours eu une culture de jeu à Narbonne donc, on a nous aussi cette philosophie avec Laurent Balue, car c’est nous qui mettons en place le projet de jeu avec Laurent. On essaie de mettre cette philosophie en place. 

 

Et puis, refaire soulever le stade parce qu’on sait qu’à Narbonne, vous avez quand même l’avantage d’avoir une adhésion populaire indéniable. Ce filon historique des supporters noir et orange qui poussent derrière leur équipe, c’est quelque chose que vous allez essayer de cultiver en revenant aux valeurs historiques ? 

 

Il y a un bel engouement et on sent effectivement ce soutien populaire et c’est important. Si on arrive à redrainer derrière nous ce public et le reste, ce sera pour moi un point très positif et les joueurs y sont très attachés aussi. 

 

On va faire aussi un petit tour sur les autres poules car on imagine que vous avez quand même un petit regard transversal sur ces dernières. Pour vous, après 5 matches, quelles sont les équipes qui vont ont le plus impressionné et qui seront de gros prétendants pour la montée en Pro D2 ? 

 

Il y a les historiques. Il y a des équipes très solides comme Albi, qui a fait le job l’année dernière et qui manque de peu l’accession, qui a conservé le même effectif renforcé et on connaît la qualité de cette équipe. Après, il y a des clubs comme Massy qui viennent de descendre. Il y a plusieurs prétendants, je pense à Blagnac, à des clubs comme ça. Il y a beaucoup de clubs avec évidemment ceux dont on connaît la valeur et l’effectif mais il y a aussi beaucoup d’autres clubs dont je dirai qu’ils font leur travail patiemment. Nous, je vois dans notre poule, on ne parle pas beaucoup des clubs comme Aubenas mais qui aujourd’hui sont premiers. On ne parle pas beaucoup de Hyères-Carqueiranne alors qu’ils font un très bon boulot depuis des années. Il y a plein de clubs comme ça qu’on oublie de citer et c’est pour ça que je ne les citerai pas tous car il y en a beaucoup. Et, dans chaque poule, il y a son lot de clubs qui bossent patiemment et qui feront sûrement partie des surprises de fin de saison. 

 

Et que pensez-vous de ces clubs émergents que sont par exemple Niort, Suresnes ou Dijon ? C’est le rugby de demain, ce rugby qu’on pourrait plutôt qualifier de rugby de métropole ? 

 

Oui, parce-que de toute façon, je pense qu’aujourd’hui, le rugby doit forcément s’ancrer sur les métropoles. Parce-que, qui dit haut-niveau dit aujourd’hui moyens financiers et autour, il faut des ressources nécessaires pour permettre à ces clubs qui visent le haut-niveau de vivre. Donc, forcément, ça doit s’adosser à des métropoles. 

 

Pour l’avant-dernière question, on va vous demander un petit retour sur un match qui était quasiment un derby, ça aurait même été un choc il y a quelques décennies, le match entre Mazamet et Narbonne. Vous l’avez largement emporté face à l’équipe de Philippe Guicherd. Vous pouvez nous faire une petite analyse de ce match ? 

 

L’analyse, c’est qu’on savait qu’il fallait prendre très au sérieux cette équipe de Mazamet, parce-que, quand on travaille sur leurs vidéos, on voit qu’il y a des qualités dans différents domaines. Ils sont capables de tenir le ballon, ils ont des joueurs de qualité. Notre objectif, c’était d’être suffisamment précis sur ce qu’on avait à faire, gommer les erreurs qu’on avait pu commettre sur d’autres matches et tenir le ballon et à produire du jeu. On a réussi à le faire mais, à chaque fois qu’on n’a pas été à la hauteur nécessaire, Mazamet a su nous rappeler qu’il fallait rapidement qu’on y soit. 

 

Et l’objectif pour la fin des phases aller ? C’est déjà d’être dans le tiercé de tête pour tenir la corde pour le Jean-Prat ? 

 

Notre objectif, il est celui que je vous ai dit au départ. C’est retrouver et s’appuyer sur les valeurs que je vous ai décrites, à savoir retrouver du respect autour de nous. 

 

Il n’y a pas d’objectif en chiffres particulier ? 

 

Non, il n’y a pas d’objectif en chiffres parce-que, c’est facile de parler de chiffres ou d’objectifs mais, si derrière vous ne mettez pas tout ce qu’il faut, ça n’a pas de sens. On préfère prendre les choses dans l’ordre, remettre en place du travail, du sérieux, de la cohérence dans les organisations et, à partir de là, lorsqu’on sera capable de faire tout cela, on se regardera et on verra où on pourra aller. 

 

Comme des bons maçons, d’abord les fondations et après, on fait les murs et le toit ? 

 

Par exemple. 

 

On va finir par une dernière question. Comme tout le monde dans le milieu du rugby et de la Fédérale 1, on a appris que, malheureusement, Jean Anturville, votre prédécesseur à Narbonne, était brutalement décédé. J’imagine que, dans le club, même s’il n’est resté qu’un an, ça a du marquer pas mal les esprits ? 

 

Forcément. Bon nombre de joueurs ont joué ce match de Mazamet à sa mémoire. A mon initiative, on a terminé ce match par une prière collective avec une pensée pour lui parce qu’on sait ce monde du rugby par moment cruel. Mais, à un moment donné, il y a des valeurs humaines qui doivent se respecter et lorsqu’il y a quelqu’un qui décède, il faut respecter sa mémoire, penser à ses proches et avoir une pensée pour ce monsieur qui a quand même donné beaucoup pour le rugby. A un moment donné, on ne peut pas plaire et satisfaire à tout le monde mais je pense qu’il faut être respectable de la mémoire des gens qui ont beaucoup œuvré pour le rugby. 

 

J’espère que, toute la saison, vous ferez vibrer de là où il est Jean Anturville, avec de belles victoires et des valeurs qui sont respectées, les valeurs du RC Narbonnais. 

 

On va s’y atteler

Propos recueillis par Loïc Colombié

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