#Rugby – Fed1 / F.Panafieu : (Issoire) : «On ne baissera pas la garde.»

Nous sommes allés a la rencontre de Franck Panafieu, le manager de l’US Issoire Rugby, champion de France de Fédérale 2 en titre. Les promus auvergnats, abordent cette découverte de l’échelon semi-pro/amateur du rugby hexagonal, dans l’humilité, le combat et les valeurs ancestrales que véhiculent ce rugby du massif central. Issoire en bon petit frère 100% pluri-actif , du Clermont Auvergne, s’évertue à créer une dynamique populaire autour de ce rugby montagnard , qui pourra porter les gaillards de « l’US » lors des âpres joutes qui les attendent. Franck Panafieu, qui trépigne d’impatience de voir poindre les confrontations avec Rumilly (dauphin la saison passée du club du Puy de Dôme), attend face à l’adversité, que ses garçons ne se résignent pas , fort d’un ADN rugbystique construit dans le labeur. Car les mauves et noirs puydômois, malgré 3 défaites inaugurales, vont relever le défi fédérale 1 , avec un leitmotiv chevillé au corps : « ne pas baisser la garde ».

 

 

Pour Issoire, c’est un retour en Fédérale 1avec une poule 1 assez accessible sur le papier puisque vous vous trouvez dans une poule avec 4 promus. Mais, ça risque de frotter sec dans les rucks ?

 

Déjà, ce n’est pas un retour mais une arrivée puisque le club n’a jamais été à ce niveau, le club n’a jamais connu la Fédérale 1. Notre groupe de l’an dernier, notre groupe de joueurs nous a propulsés à cet étage que l’on ne connaît pas, que l’on découvre tous les dimanches. C’est vrai que, sur le papier, 4 promus, on peut penser que c’est plutôt favorable. Maintenant, les débuts sont compliqués puisqu’on a deux défaites à 0 point au classement ( interview réalisé avant la 3eme défaite face à Dijon). Après il y a 4 promus mais il y a des promus qui se sont très, très bien équipés.  On ne sait pas trop où on met les pieds. Je disais l’autre jour à un collègue :  » On ne sait pas trop où on va mais on y va « . Car on a des garçons dont je sais, en termes d’état d’esprit, qu’ils ont de grosses qualités et qu’ils ne nous ont jamais trahis jusqu’à présent. J’espère que cette année, où on va en avoir encore plus besoin, elles seront encore plus présentes. 

 

Vous parlez de promus. Il y a un promu qui vous attend de pied ferme, Julien Veniat ne nous l’a pas caché lors son de son interview, c’est Rumilly. Ça va être le remake de la finale de Fédérale 2, une finale qui a été haletante, qui s’est jouée jusqu’à la dernière seconde, même plus. Ce match va être un sommet de la saison ? 

 

Je connais bien Julien, on le connaît bien, il est originaire de Clermont-Ferrand. Je me doute que les savoyards ont coché le match dès que le calendrier est sorti, je ne suis pas trop inquiet de ce côté-là. Nous aussi, il a été coché. On va essayer d’aller faire bonne figure à Rumilly, où ça sera très compliqué, je n’ai aucun doute là-dessus. C’est vrai qu’ils nous attendent de pied ferme, on va essayer de répondre. Après, pour la petite histoire, il faut savoir qu’on s’était joué l’an dernier pour le premier match de préparation de l’équipe. On s’était donc rejoué pour la finale et cette année, je sais que le voyage en Savoie va être complexe. 

 

Et aux Grangettes, il y a un public assez chaud bouillant donc ça risque de valoir son pesant de cacahuètes ? 

 

J’espère que ce sera un bon moment de rugby quoiqu’il arrive, que le jeu en sortira vainqueur. On fera tout pour aller l’emporter là-haut, pour faire honneur à notre titre. Mais je sais aussi que ce sera très compliqué et qu’ils nous attendent de pied ferme, je n’ai aucune inquiétude là-dessus. 

 

Tant qu’à avoir un ancien pensionnaire de Fédérale 2, je vais vous poser une question bien axée sur la Fédérale 2. On entend beaucoup de classiques de la Fédération parler de la pyramide des compétitions qui n’est plus en adéquation avec le rugby moderne. On entend parler aussi de fossé entre la Fédérale 1 et la Pro D2. N’y aurait-il pas aussi un fossé qui est en train de se creuser entre la Fédérale 2 et la Fédérale 1 ? 

 

Ma réponse et notre position là-dessus est claire : oui, je pense. Pourquoi ? Parce-que je pense que, pour nous, la Fédérale 1 n’est pas le dernier niveau amateur mais le premier niveau pro. Beaucoup de clubs ont des joueurs sous contrats avec des mises à disposition et nous, ce n’est pas le cas. Nos garçons sont agriculteurs, couvreurs, bûcherons pour les uns, commerciaux pour d’autres. Ils travaillent toute la journée, on s’entraîne le soir à 19h15 parce-que le soir, ils sont au travail. Je crois que nous ne sommes que quelques-uns a essayer de survivre comme ça à ce niveau-là. Ca devient de plus en plus compliqué. Et pour moi, oui, le fossé est en train de se creuser. Après, ce sont des choix politiques qui sont faits dans les clubs, que je respecte totalement. Chaque club fait ses choix en fonction de ses arguments et de ses éléments. Nous, on a fait le choix de rester totalement amateur.

 

100% pluriactif alors ?

 

100% pluriactif oui. Tout le monde est pluriactif chez nous, c’est la marque de fabrique chez nous. On a un réseau de partenaires formidables et on ne les remercie jamais assez. Ils nous accompagnent au quotidien, économiquement mais aussi sous toutes les formes de partenariats qu’on peut mettre en place et surtout nous aide à embaucher des joueurs. On a zéro joueur au chômage aujourd’hui, tout le monde travaille, tout le monde est pluriactif. Ce sont les valeurs que l’on a, que l’on veut prôner, que l’on prône, qu’on veut conserver et qu’on conservera. 

 

Certains vont dire que vous n’êtes pas à armes égales. Mais, le fait d’avoir ces valeurs, cet ADN amateur, cet ADN de Fédérale 2, ça peut aussi être une arme et un levier ? 

 

Oui, c’est un levier. Après, ce n’est pas un levier qui fait pousser plus fort en mêlée, ce n’est  pas un levier qui fait sauter plus haut en touche et courir plus vite derrière. 

 

Qui peut donner la rage ? 

 

Voilà. On sait que, sur quelques matches chez nous, on va être capables d’aller chercher ce petit plus, ce supplément d’âme ai-je envie de dire, pour faire basculer les choses de notre côté. On l’a vu sur la première journée contre Chambéry qui est, je pense, une des grosses cylindrées de la Fédérale 1. A 10 minutes de la fin, les Chambériens étaient loin d’être très rassurés, il y a 14-10 pour eux. Après, une erreur qu’on paie cash à ce niveau nous a mis un peu la tête au fond du seau. On apprend tous les dimanches, tous les week-ends et on va essayer de gommer rapidement ces erreurs. 

 

On va parler aussi un peu de l’ADN de ce club. Vous êtes les seuls représentants en Fédérale 1 du Puy-de-Dôme. Pas loin, il y a Clermont-Ferrand, un bastion inébranlable du rugby français. Quel est l’ADN de ce club auvergnat en Fédérale 1 ? Et, comment vit-on dans l’ombre ou à côté du grand frère clermontois ? 

 

Nous, l’ADN, c’est la formation, la formation des jeunes. On est en place sur la formation depuis une bonne dizaine d’années, j’ai envie de dire. Quand je dis en place, on a vraiment fait des efforts, on a monté une équipe Bélascain il y a 6 ans qui a fini championne de France il y a deux ans quand le championnat Bélascain s’est arrêté. On travaille beaucoup avec les Clermontois, on ne vit pas dans l’ombre mais on vit à côté d’eux et avec eux. On ne vit pas du tout dans l’ombre. 

 

La solidarité auvergnate ? 

 

Oui, la solidarité auvergnate mais aussi, tout simplement, la solidarité d’équipes dirigeantes, de staffs techniques qui ont envie de faire avancer le rugby en Auvergne. Nous, on vit avec les Montferrandais dans le sens où, quand un jeune a des qualités, on l’encourage d’aller à Clermont, d’aller jouer son rugby au meilleur niveau possible. Quand ça passe le cap, et on en a quelques-uns qui ont passé le cap comme Romain Martial, Christophe Samson, le jeune Alexandre Fischer maintenant, qui sortent d’Issoire et qui font ou ont fait leurs gammes à Clermont. Quand ça passe le cap, tant mieux, tout le club est fier de voir ces garçons-là rentrer au Michelin ou ailleurs avec le maillot montferrandais sur les épaules. Et, quand les choses de la vie ou du rugby font que les choses ne peuvent pas se faire, les joueurs reviennent chez nous. Ils ont connu un autre niveau, ils ont connu autre chose et donc, ils nous apportent toujours quelque chose. 

 

De l’acquis de compétences comme on dit dans le milieu entrepreneurial

 

Voilà, oui. Après, on a l’apothéose cette année avec Romain Martial qui lui, après sa carrière pro, souhaitait et souhaite aider son club formateur à appréhender ce niveau qu’on ne connaît pas, la Fédérale 1. 

 

On parle aussi souvent de publics, à Rumilly ou dans d’autres clubs qui montent de Fédérale 2. A Issoire, est-ce qu’il y a une dynamique créée par cette montée en Fédérale 1 ? Et, est-ce un public assez fervent, est-ce un public mobilisé ces supporters auvergnat ? 

 

Le public auvergnat a répondu très présent l’an dernier, sur les phases finales. Il avait répondu très présent l’année d’avant aussi puisqu’on a déplacé plus de 3 000 personnes à Villefranche-sur-Saône pour la finale contre Rumilly. Il y avait 7 ou 8 bus de supporters, c’était un moment magique pour les joueurs. Le dimanche soir, on a pu fêter ça avec eux sur la place de la ville d’Issoire où il y avait 3 500 personnes qui nous attendaient quand on est arrivé. 

 

Ce sont toujours des moments qui mettent des étoiles dans les yeux ? 

 

Oui, voilà. Et puis aujourd’hui, l’autre fois, quand on a reçu Chambéry, on avait plus de 2 000 personnes au stade. Donc, le public est en attente parce-que le public auvergnat est frustré de Fédérale 1 depuis quelques années, depuis l’épopée Montluçon. Il n’y avait pas de Fédérale 1 en Auvergne donc le public est en demande, en attente. Et c’est vrai qu’on a un public qui nous suit, qui est fidèle, qui répond présent donc, j’espère que ça va continuer. 

 

Vous nous parlez de première arrivée en Fédérale 1. C’est un peu paradoxal parce-que j’ai vu que, dans les années 70, Issoire était en 2e division mais, il n’y avait pas de Fédérale 1 donc vous n’avez jamais connu la Fédérale 1 tout en ayant été au niveau supérieur à une époque ? Mais, ce n’était pas le même rugby. 

 

C’était le rugby d’il y a 50 ans sans faire injure à personne. Le rugby tel qu’il est structuré maintenant depuis quelques années avec la Fédérale 3, la Fédérale 2, la Fédérale 1, la Pro D2 et le Top 14, Issoire n’a jamais connu ce niveau-là. A l’époque oui, on était en 2e division, il devait y avoir au moins 80 clubs en 1ère division si ce n’est plus. Quand on prend les chiffres, on n’a jamais été dans les 80 clubs français ce qui est le cas aujourd’hui. 

 

Vous le savez, nous sommes un média tarnais et albigeois. Vous avez quelques joueurs, dont un qui me vient à l’idée, qui sont maintenant à Issoire. Je parle d’Antonin Ollier. Est-ce que vous pouvez nous en donner quelques nouvelles ? 

 

Antonin va bien, il a joué samedi dernier à Vienne, il est dans le groupe régulièrement. Il s’est blessé l’an dernier sur les phases finales. Il n »a pas pu finir la saison parce qu’il était blessé. Enfin, il n’a pas pu finir la saison, il l’a finie dans le bus avec les copains mais pas sur le pré. C’est un garçon qui a connu la Fédérale 1 et c’est le genre de garçon qui nous tire vers le haut et qui tire le reste du groupe vers le haut parce qu’il connaît ce niveau-là, ses exigences. C’est important d’avoir des garçons comme Antonin dans le groupe. Et puis, c’est un garçon extraordinaire. 

 

On n’en doutait pas parce qu’à Albi, il a laissé un très bon souvenir. 

 

Oui, je n’ai aucun doute là-dessus. 

 

Pour terminer, on va vous demander votre état d’esprit pour finir ce premier bloc de Fédérale 1 et bien sûr pour appréhender le second où, j’imagine, vous allez être en quête de la première victoire ? 

 

On reçoit le Stade Dijonnais dimanche, Dijon qui est …

 

Un gros morceau, c’est épais

 

C’est un gros morceau, c’est épais, c’est habitué à la Fédérale 1, c’est rodé. On sait que ça va encore être un dimanche compliqué. Mais c’est Issoire, on connaît les valeurs qu’on aura chez nous. Le public, j’espère, sera nombreux derrière nous pour pousser avec nous, pour nous soutenir. Après, on aura passé ce premier bloc après, je l’espère, la première victoire. Ce dimanche à 17h, aux alentours de 17h, ce serait l’idéal. Quoiqu’il en soit, on ne baissera pas la garde. Après, on va attaquer derrière un autre bloc de 3 qui sera lui aussi compliqué puisqu’on va aller à Rumilly, comme on en parlait tout à l’heure. 

 

Quand on parle du loup, on en voit le bout de la queue comme on dit ? 

 

Au moins, ce sera fait. Ensuite, on reçoit Massy, ex-pensionnaire de Pro D2. Donc, on a aussi un 2e bloc de 3 matches qui sera compliqué. Après, on va aller à Villefranche-sur-Saône, c’est un promu donc … Rumilly aussi est un promu mais, pour Issoire, Rumilly n’est pas un promu comme les autres. Et, je pense que pour Rumilly, Issoire n’est pas un promu comme les autres non plus. 

 

Il y a des antécédents

 

Voilà, mais de bons antécédents. 

 

Oui, bien sûr. Cela fait partie des joies et des peines sportives. 

 

Oui, ce sont des moments qu’on a partagés. Ils ont été plus souriants pour nous que pour eux sur la fin, c’est sûr. Mais, le sport, c’est ça. Quand on rentre sur un terrain, on sait qu’à la fin, et qui plus est sur une finale, il y en a un qui lèvera les bras et l’autre qui baissera les yeux et qui aura mal à la tête pendant quelques jours. 

 

Et puis, quand il y a des souvenirs comme cela impérissables, c’est que la finale n’a pas été en carton-pâte ? 

 

Je ne suis pas objectif mais je pense que ça n’a pas été le cas ce jour-là parce-que le bouclier a dû changer 4 fois de camp dans les cinq dernières minutes. Et puis, ça a été un match de rugby d’une belle facture sur le plan du jeu, avec des armes différentes. Mais oui, plaisant à voir et aussi, je pense, à jouer. Quand les joueurs en parlaient, ils ont pris du plaisir à vivre ce moment-là. 

 

Une finale comme on les aime

 

Voilà, on essaye (rires). 

 

On vous remercie de nous avoir exposé le cap de cette saison 2019-2020 pour Issoire et on vous souhaite le meilleur pour votre opération commando maintien. 

 

Nous, il n’y a pas à tortiller, le but, c’est le maintien, en laisser deux derrière. Après, comme on l’a dit aux joueurs, c’est un parcours du combattant et avec comme verdict la meilleure ville. 

 

A la fin du bal, on viendra voir si les musiciens sont payés. 

 

Ou à la fin du marché, on compte les bouses comme on dit chez nous. 

 

(Rires) Aussi. Je n’osais le dire mais je le pensais très fort. 

 

Et bien, excusez-moi, je le dis (rires)

 

Vous avez raison. On vous souhaite le meilleur pour cette saison et à très bientôt en notre compagnie sur Radio Albigès et le Mag Sport. 

 

Merci beaucoup et bonne saison à tout le monde. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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