#Rugby – Fed1 / P.Guicherd (Mazamet) : «On ne lâchera rien.»

Philippe Guicherd, alias  » La Guiche « , découvre en tant que coach des avants du SC Mazamet cette fédérale 1, dans une poule 2, dite de « la mort » . Alors que les sud-Tarnais vont entamer le second bloc de cette saison, l’entraîneur Mazametain est revenu avec nous sur un début de saison qui les a vus affronter d’impitoyables écuries du haut de tableau (Bourg, Bourgoin, Nîmes). Malgré 3 revers en autant de matchs, l’ex seconde ligne , croit coûte que coûte en l’esprit de révolte de ses gars, et espère, malgré un statut de promus, voir les Mazametains vont tirer leur épingle du jeu dans une course au maintien, qui se fera à la grinta et au courage . Focus sur un coach qui croit en ses hommes, tout en n’hésitant pas à pousser des coups de gueule contre les instances, avec sa franchise et sa gouaille légendaires.

 

 

Philippe, pour un début en Fédérale 1 avec Mazamet, tu as commencé avec un gros plat de résistance avec le tryptiqueBourg/Bourgoin/Nîmes. C’était épais, c’était velu, c’était quasiment rédhibitoire pour le Sporting Club Mazamétain ?

 

Pas rédhibitoire mais ils ne sont clairement, les deux premiers surtout, Bourgoin et Bourg-en-Bresse, pas dans le même groupe que nous. Ils sont au-dessus, aussi bien dans le contenu que dans les individualités, donc ils seront sûrement en haut avec Narbonne, que nous n’avons pas encore rencontré. Nîmes, un degré moins, on a joué sur un terrain qui était sous la pluie avec peut-être un nivellement des valeurs. Mais, c’est vrai que Bourgoin et Bourg-en-Bresse sont clairement au-dessus. 

 

Comment as-tu récupéré tes gars après ce premier bloc de matches où ils ont pris quand même quelques valises, en outre face à Bourg ? Humainement, ça doit être compliqué pour remotiver les troupes ? 

 

Remotiver, je ne sais pas s’ils sont démotivés mais à rester dans le truc, oui. On a pris 150 points en trois matches, c’est clairement trop pour moi. On ne les attendait pas forcément sur les résultats mais sur le contenu. La déception, ce n’est pas vraiment au niveau des résultats, au niveau des points, mais c’est au niveau du contenu. On est un peu timoré, on est encore spectateurs, on lâche un peu trop vite les matches notamment contre Nîmes. On a eu l’occasion de revenir dans le bonus défensif et on prend deux essais en deux minutes en fin de match qui aggravent vraiment le score. Mais, le contenu est vraiment intéressant contre Nîmes. Par contre, on lâche un peu trop tôt et on manque un peu d’enthousiasme à mon goût. 

 

On va parler un peu aussi des autres équipes. Bourg-en-Bresse, par rapport à Bourgoin et à Nîmes, c’est vraiment un cran au-dessus de ces deux équipes ? C’est vraiment l’équipe rouleau compresseur de cette Fédérale 1 ? 

 

Moi, j’ai trouvé, contre nous en tous cas parce qu’on est des bons sparring-partners pour les entraînements, Bourgoin très intéressant. Ils ne font pas de bruit mais sur la densité, sur le match contre nous parce qu’après, il faut voir avec une opposition de haut-niveau, c’est vrai que Bourgoin est bien organisé. Peut-être un peu moins de vitesse mais vraiment très intéressant au niveau du jeu, au niveau des individualités. J’ai trouvé ça très intéressant, avec des jeunes, c’est quand même pas mal. Au niveau de leurs confrontations, pour moi, du trio Narbonne/Bourgoin/Bourg-en-Bresse, malheur au 3e. 

 

Bourgoin en plus, c’est la patte Tubert d’arriver un petit peu masqué, en bon filou qu’il est ? 

 

Je ne sais pas si c’est la patte Tubert mais c’est surtout la patte de ses joueurs contre nous que j’ai trouvé très intéressante. Pour l’instant, c’est vrai que Bourg-en-Bresse a pris un pas d’avance en allant gagner à Narbonne mais je pense que c’est une histoire de mayonnaise. Quand la mayonnaise prendra à Narbonne, je pense qu’ils récupèreront des points et le sprint final sera intéressant. On les regardera de pas trop loin j’espère mais on les regardera à un autre niveau. 

 

A Mazamet, il y a la chance d’avoir une adhésion populaire, il y a un public à La Chevalière qui est assez fidèle et présent. Après deux matches et deux défaites comme ça, est-ce que le public n’était pas trop abattu ? Est-ce qu’il n’a pas fallu faire un peu de calinothérapie auprès des supporters ? 

 

C’est sûr que c’est un peu décevant parce qu’ils sortent de bonnes saisons où ils ont engrangé des résultats, où sur la densité physique, où sur le rugby, ils faisaient plier tous les adversaires. C’est vrai que cette année, c’est un peu plus compliqué. Contre Nîmes, on a eu à certains moments des valeurs mais trop approximatives, trop en dent-de-scie. On manque de continuité dans ce qu’on peut apporter, dans ce qu’on peut amener sur le terrain. Il faut aussi que les supporters comprennent, qu’ils soient un peu tolérants mais après, c’est à nous, staff et joueurs, de donner de l’enthousiasme et de croire un peu plus en eux pour véhiculer cette adhésion et cette joie de recevoir à Mazamet, d’être sur le terrain. Parce qu’il faut en profiter et  mettre beaucoup d’enthousiasme dans tout ce qu’on fait. 

 

On entend beaucoup d’entraîneurs qui, comme toi, luttent pour le maintien, je pense à Oloron, je pense à Philippe Oroqu’on a eu de Graulhet, qui parlent de plus en plus de fossé entre la Fédérale 2 et la Fédérale 1 et de fossé entre la Fédérale 1 et la Pro D2. En clair, sans le dire, on arrive quasiment à une ligue fermée ? 

 

Je ne sais pas s’il y a un fossé. Je pense que ce fossé a toujours un peu existé entre les équipes. Après, c’est aussi aux clubs de se donner les moyens. Il y a clairement un vrai fossé entre les gens qui font du rugby tout le temps et les joueurs qui sont pluriactifs, à savoir aussi à quel degré on est pluriactif. Donc, c’est vrai que le nombre d’entraînements fait que le fossé est là. Est-ce que c’est une bonne chose ou pas ? Moi, ce qui me dérange plus, c’est le fonctionnement ou la géographie des poules qui fait qu’on prive certains supporters de derbys intéressants ou de trucs comme ça plutôt que vraiment le fossé à l’intérieur. Si c’est promouvoir ce championnat avec des grosses équipes qui vont chez des petites, c’est bien. Mais c’est vrai que, quand on joue contre un voisin, c’est quand même plus sympa pour l’enthousiasme de tout le monde. 

 

Il y a certains hauts responsables à la Fédération Française de Rugby qui parlent de crise de la pyramide des compétitions. Tu penses que le mal est là aussi, dans le fait de revoir les échelons fédéraux ? 

 

Je pense que la Fédération se pose beaucoup de questions (rires). À un moment, je pense qu’ils feraient mieux de …

 

De résoudre les problèmes au lieu de se poser des questions

 

De résoudre les problèmes mais surtout, parfois, on a l’impression qu’ils feraient mieux d’arrêter le repas au plat de résistance et d’éviter le dessert et le digeo parce-que, vu les décisions qu’ils prennent certaines fois … Je n’ai pas beaucoup de pratique mais c’est vrai que c’est un peu compliqué. Je suis aussi surpris du nombre d’étrangers qu’il peut y avoir en Fédérale. Bon, je suis le premier, enfin pas le premier mais, moi aussi j’en utilise donc c’est vrai que c’est un peu compliqué. Quand on voit que certains joueurs de Pro D2 ou de Top 14 peuvent être prêtés à un club de Fédérale mais jouer uniquement en espoirs, je ne vois pas l’intérêt de ce fonctionnement-là. On a voulu ne faire jouer que des joueurs français en Fédérale 1 et on ne peut pas parce-que la double licence est impossible pour jouer en Fédérale. D’un côté, on met la formation des joueurs et de l’autre, on les prive de jouer en Fédérale 1. Je ne vois pas trop l’intérêt de ce côté-là. 

 

Pour toi, la Fédérale 1 devrait être un outil de la formation française et aussi, un outil de relance pour des joueurs qui n’ont pas pu trouver leurs places dans le circuit pro ? 

 

Oui, au même titre que la Pro D2. On a vu que la Pro D2 était une bonne école pour les joueurs de Top 14 qui étaient un peu limites, pour trouver du temps de jeu et récupérer après le Top 14. La Fédérale 1 devrait aussi être utilisée par les clubs de Pro D2 pour faire jouer des jeunes joueurs. On sait que le championnat espoirs ne sert clairement à rien pour ça. Parce-que, même les meilleurs espoirs élites, ils ne jouent pas en espoirs, ils s’entraînent et restent dans le carcan toute la semaine. Donc, il faut bénéficier de ces joueurs là, des meilleurs jeunes de Pro D2 pour les faire jouer en double licence en Fédérale 1, pour accumuler du temps de jeu, en faire bénéficier les clubs aux moyens un peu limités de pouvoir récupérer ces joueurs là et favoriser la formation française. Alors que nous, on peut récupérer des joueurs en double licence mais ils ne jouent qu’en espoirs. Espoirs Fédéraux, ce n’est quand même pas un niveau super intéressant pour arriver en Pro D2. 

 

Bien sûr. On va s’adresser maintenant au technicien, au spécialiste de la mêlée. Il y a eu des nouvelles règles qui ont été édictées cette saison pour la mêlée. On en a beaucoup parlé avant le championnat mais maintenant, à l’usage, après trois matches, que penses-tu de ces nouvelles règles en mêlée ? 

 

Moi, je trouve que ce n’est pas mal. La nouveauté , c’est la manière dont elle est arbitrée. Pour l’instant, on n’a pas à se plaindre sur ce début de championnat. Je pense qu’en remettant un impact, en remettant la poussée, on peut voir des choses dans la protection des blessures. Pour l’instant, à voir. Au départ, je ne voyais pas vraiment l’intérêt de la faire évoluer. Mais, force est de constater que c’est plutôt pas mal. 

 

Du coup, à la Fédé, ils ont pris cette décision avant le digeo

 

Je pense qu’ils l’ont pris entre l’entrée et le plat et avant le digeo et le pousse-café. (Rires)

 

Revenons-en maintenant à Mazamet. Quel va être le plan de marche de ce second bloc pour le Sporting Club Mazamétain ? J’imagine que ce sera déjà d’aller impérativement gagner les premiers points dans cette poule de la mort ? 

 

Voilà. On reçoit Castanet qui comme nous, est à zéro point. Forcément, il va falloir gagner même si gagner est un grand mot, mais surtout mettre du contenu, lâcher les chevaux et ne pas se mettre une pression négative. On a fait de bons matches amicaux, de bons matches de préparation en envoyant du jeu, en étant un peu sereins. Là, on est beaucoup trop fébriles, on est petits bras et on ne se lâche pas. C’est vrai que, forcément, on a la pression mais ça reste du rugby et je pense qu’on est un peu timorés. Si on arrive à mettre du contenu, à se lâcher et à assurer comme sur des sorties de balles intéressantes, je pense qu’on gagnera. Mais, gagner, c’est le résultat de l’enthousiasme et de la volonté qu’on y mettra. 

 

En tant que joueur, tu as connu dans les moments difficiles et même dans les grands moments, les causeries d’EricBéchu qui prenaient aux tripes et au cœur. Est-ce que toi, en tant que coach maintenant, tu es adepte de ce genre de causerie ? 

 

Je pense qu’on ne peut pas tout le temps actionner le levier de ces causeries. C’est vrai que sur certains moments, en fonction de l’état d’esprit du groupe, pour moi, on est forcément obligé d’aller chercher l’émotion. Mais je pense aussi que, tout basé sur l’émotion, c’est limitant et ça risque de prendre trop de place. Moi, je suis plus à vouloir que ce soit les joueurs qui arrivent à se ressortir tout ça plutôt que l’entraîneur. Nous, les entraîneurs, on a ce rôle forcément de les secouer, d’aller chercher, aller les dépasser mais enchaîner ce discours tous les week-ends, je pense qu’on peut vite fatiguer les joueurs et les ronger.

 

Et les user

 

Voilà, c’est ça. 

 

Pour finir, on peut dire que Mazamet, comme toi à ton image sur le terrain, vous n’allez rien lâcher et vous battre jusqu’au bout pour décrocher ce maintien ? 

 

Ah oui ! Avec Damien, qui coache avec moi, on a clairement dit aux joueurs que nous, on leur faisait confiance. Qu’on n’allait pas lâcher, qu’on allait continuer à bosser, qu’on allait continuer aussi à faire jouer beaucoup de joueurs pour intéresser tout le monde et pour mettre de la concurrence. Non, on ne lâchera rien. Il n’y a aucun souci là-dessus et on espère justement que les joueurs aussi adhèreront au truc, qu’ils croient un peu plus en eux et qu’ils vont aller de l’avant. 

 

Le message est passé et on reviendra dans quelques semaines faire un point sur ce magnifique challenge qu’est le maintien pour le Sporting Club Mazamétain

 

Avec plaisir, merci bien 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

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