#Rugby – Fed1 / T.Trautmann (Vienne) : «J’ai passé mes meilleures années de rugby en Fédérale. »

Thomas Trautmann, fils et neveu d’illustres joueurs du CS Vienne, nourri à la mamelle des « Drapiers« , revenu après une carrière pro dans son club formateur, est indéniablement l’une des figures emblématiques de l’écurie Iséroise. Au confluent du Rhône et de la Gère, sur les cendres d’un exercice précédent qui avait laissé un goût d’inachevé, le « CSV » vient d’aborder ce premier bloc de fédérale 1 avec ardeur et sans complexe. Lors de cet entretien réalisé quelques heures avant le « gong » de départ de cette saison 2019-2020, Thomas Trautmann nous avouait sans peine, ambitionner la qualification en « Challenge Yves du Manoir ». Un bouclier qui ne dépareillerait pas dans l’armoire au trophées, aux côtés d’un brennus glané en 1937, apogée de l’histoire centenaire du CS Vienne (Création en 1899). Rencontre avec un joueur, un club et son armée de 120 bénévoles, bousculant à l’issue de la 3eme journée de fédérale 1, l’ordre établi de la poule 1, en occupant une seconde place, quasi naturelle dans un pays, où, la culture du dauphin est séculaire.

 

 

Thomas, sans manquer de respect à ta personne, on peut quasiment parler de dinosaure du CS Vienne puisque tu as fait ta formation dans ce club puis tu es revenu pour amener ton expérience. On peut dire que, le CS Vienne, quand on y a goûté, on ne peut plus s’en passer ? 

 

Oui, c’est vrai. Je suis vraiment issu du club, mon père y a joué, mon oncle y a joué, mon grand-père y a joué. Depuis tout petit, j’ai grandi au stade et du coup, pour moi, chaque fois que je rentre sur ce terrain, ça a une saveur particulière. Je connais beaucoup de gens, beaucoup de gens me connaissent. C’est donc un club qui compte beaucoup à mes yeux et c’est pour cela que je suis très fier de finir ma carrière ici. 

 

Ça permet aussi de boucler la boucle, de transmettre aux jeunes ce que le club t’a amené dans ta jeunesse ? 

 

Exactement. J’ai un rôle sur le terrain mais j’ai aussi un rôle en-dehors. J’essaie encore d’être performant sur le terrain mais j’essaie aussi à l’entraînement de faire passer le message, d’aider les jeunes à être meilleurs. En plus, ça tombe bien parce-que maintenant, je suis aussi embauché au club où je m’occupe de toute la formation. Et c’est vraiment super important pour moi de transmettre. 

 

De là à voir un de ces quatre Thomas Trautmann coach au CS Vienne, c’est un pas qu’on peut allégrement sauter dans quelques années peut-être ? 

 

Je ne sais pas. Pour l’instant, je m’occupe des jeunes, je suis déjà entraîneur des moins de 18 et je suis responsable de toute la filière jeune. C’est vrai que c’est déjà sympa. Après, je ne vous cache pas qu’entraîner est quelque chose qui me fait envie. Est-ce qu’après ce sera au CS Vienne ? Je connais beaucoup de monde, ça peut être un peu compliqué alors, je ne sais pas. Pour l’instant, je suis joueur, j’essaie de me concentrer là-dessus et on verra. 

 

On va maintenant parler un peu du CS Vienne. C’est un club avec quand même un passé assez riche, avec un surnom  » les drappiers  » qui image son origine née dans une ville de textile. Et un club qui est champion de France en 1937. Il y a un Brennus qui traîne dans les armoires du CS Vienne ? 

 

C’est vrai que le bouclier, on en entend nous souvent parler au sein du CS Vienne. Il est de 1937, pour nous, c’est un peu loin mais c’est vrai qu’il y a des photos au club-house donc on sait ce qui s’est passé. Après, il y a eu aussi un passé glorieux dans les années 70-80 avec pas mal d’anciens internationaux qui ont joué au club : les frères Delaigue, Jacky Bouquet. Donc, un passé assez glorieux. 

 

Dont ton père aussi, en nationale B

 

Oui, mon père aussi. Et Benjamin Boyer qui a été formé au club. Pas mal de 3/4 généralement. C’est vrai que tout ça est un peu du passé, nous, maintenant, on essaie de se maintenir en Fédérale 1 avec un système totalement amateur mais voilà, ça fonctionne. On récupère de bons petits jeunes, de bons joueurs. On a un bassin où il y a beaucoup de jeunes donc on va encore essayer de se maintenir cette année voire un peu mieux. 

 

On sait que souvent, dans ces clubs, comme à Mazamet ou à Graulhet à l’époque, qui sont issus du monde du textile, il y a une grande culture ouvrière. C’est encore prégnant chez les supporters du CS Vienne ? 

 

Plus vraiment. Vienne, c’est maintenant une ville un petit peu bourgeoise. J’ai du mal à qualifier les supporters viennois, ça, je ne saurai pas dire. 

 

Quelle est la philosophie du CS Vienne ? Tu nous parlais de jeu de 3/4, c’est encore la philosophie au club ? 

 

Oui même si aujourd’hui, le jeu de 3/4, ça ne veut plus vraiment rien dire. En tous cas, Matthieu Lazerges, qui est l’entraîneur en chef de l’équipe première et manager du club, prône quand même un jeu de mouvement, un jeu de passes, un jeu d’évitement, un jeu qui est basé sur la possession, la possession du ballon. C’est ce qu’on essaie de faire sur la première et c’est aussi ce qu’on essaie d’inculquer à toute notre filière jeunes. 

 

L’année dernière, pour le CS Vienne, il a fallu quasiment batailler, pas jusqu’à la dernière journée mais jusqu’à la fin du championnat pour se maintenir. Cette année, l’objectif sera peut-être d’aller accrocher un accessit, un strapontin pour le Du Manoir. Cela permettrait de récompenser un cycle et une génération ? 

 

Oui, c’est ça. Ca va faire la 3e année consécutive qu’on est en Fédérale 1. La première année, il y avait encore la Fédérale 1 élite donc nous, on était dans la Fédérale 1 classique. On avait réussi à se qualifier, on avait fait un joli parcours. L’année dernière, avec la fin de la Fédérale 1 élite, on a eu une poule difficile avec Bourgoin, avec Dijon, avec de grosses écuries dans notre région du coup, c’était compliqué. Je crois qu’on s’est maintenus à l’avant-dernière journée. L’objectif était atteint mais ça n’a pas été facile. Cette année, le recrutement a été de qualité avec des joueurs qui sont arrivés à des postes clé. Moi, je pense qu’on a une belle équipe et qu’on a de quoi au moins aller chercher la 6e place. 

 

Comment avez-vous vécu au CS Vienne ce changement de Fédérale 1, le fait que les grosses armadas professionnelles débarquent dans les poules ? 

 

C’est vrai que ça change pas mal de choses. Parfois, on se trouve impuissants parce qu’on tombe contre des équipes où les rugbymen ne sont pas forcément meilleurs rugbymen que nous mais, ils sont mieux préparés, les équipes sont plus rodées, les joueurs sont plus gaillards. Quelques fois, quand on voit arriver les équipes en face qui sont pros, on voit qu’ils n’ont pas la même préparation que nous. En tous cas, nous, on essaie de lutter avec d’autres armes. On est presque tous issus de la région donc on a un fort  attachement pour elle, on a un fort attachement au club. Donc, on essaie de lutter comme cela, et, généralement, on arrive à bien s’en sortir. 

 

Cette année, c’est une nouvelle poule avec 4 promus et du lourd en haut avec Chambéry, Dijon, Massy et Mâcon. Que ce soit Beaune ou Vienne ou Villeurbanne, on peut dire que vous êtes un peu dans la terre des milieux, entre ces promus et ces prétendants à la Pro D2. Comment allez-vous faire pour naviguer entre ces deux eaux ? 

 

Je crois que le début de saison va être primordial. On reçoit Mâcon puis on reçoit Issoire pour les premiers matches. Ces deux premières rencontres à domicile vont être primordiales et selon les résultats qu’on aura, ils vont un peu dicter le reste de la saison. C’est ou on arrive à faire deux bons résultats chez nous les deux premiers et, à mon avis, on va jouer dans le milieu du tableau entre la 6e et la 8e place, ou on va être en difficulté et on va s’accrocher tout de suite pour jouer le maintien. Nous, on espère gagner les deux premiers matches à la maison et après, on verra. Mais, c’est vrai qu’il va y avoir un petit peu un championnat à deux vitesses et on espère faire partie du championnat de devant. 

 

C’est un peu une image d’Epinal mais on parle toujours des valeurs séculaires et ancestrales du rugby. Quelles sont les valeurs du CS Vienne ? 

 

Moi, je pense que c’est un club familial. Les valeurs, c’est toujours un peu compliqué. Moi, j’ai un peu de mal avec ce mot, surtout aujourd’hui. 

 

Un mot un peu passe-partout aujourd’hui dans le rugby, on pourrait dire ? 

 

C’est ça, un peu passe-partout. J’ai tout le temps du mal à répondre à cette question, je suis un peu embêté parce-que ce mot-là n’est pas très clair pour moi.

 

 Alors, quel est l’ADN du CS Vienne ? 

 

C’est un club familial, avec beaucoup, beaucoup de bénévoles qui œuvrent tous les jours pour que les joueurs travaillent dans de bonnes conditions. Les valeurs, c’est aussi le fait qu’on essaie de s’appuyer au maximum sur des joueurs de la région. C’est une région de plus en plus en grande mais ce ne sont pas que les viennois, ce sont aussi tous les petits clubs autour qui fournissent tous les ans des joueurs à l’équipe première. Je pense que c’est vraiment une grosse plus-value de se baser sur des joueurs qui sont issus du bassin viennois. 

 

Et puis, depuis 2013, il y a aussi une pierre angulaire du club qui est la Maison du Rugby, qui permet de préparer les fondations de demain ? 

 

Oui, la Maison du Rugby, elle est là. Elle permet d’avoir un bon lieu de vie pour tous les acteurs du club, les enfants, les jeunes, les plus vieux. C’est un bel endroit d’échanges. En plus, il y a un nouveau projet qui va normalement voir le jour en 2020 où le stade va être modernisé. On a un très beau stade mais il commence à devenir vieillissant donc, il va y avoir de nouvelles tribunes, de nouvelles structures et aussi un terrain synthétique et un terrain éclairé pour qu’on puisse jouer le samedi soir et que ce soit télévisé. Il y a des beaux projets au club et on espère que le club va grandir et que les résultats vont suivre. 

 

Parlons un peu cuisine interne. Tu nous parles d’infrastructures, le CS Vienne est-il un club semi-amateur, semi-pro ou totalement amateur avec que des pluriactifs ? 

 

Il n’y a que des pluriactifs. Il n’y a peut-être qu’un joueur qui ne fait que du rugby car c’est un joueur fidjien qui vient de Beaune, Emori Waqa qui joue 15. Lui, il ne travaille pas encore mais il pourrait travailler. Sinon, tous les autres sont étudiants ou travaillent. 

 

Et en termes de budget, ça tourne autour de combien au CS Vienne ? 

 

1M3 €. 

 

Oui, c’est bien loin des 3M ou 2M5 ou 3M5 que peuvent avoir les gros calibres pros. Il y a encore un delta entre Vienne et le haut du tableau en termes de budget ? 

 

Oui, ça c’est sûr. C’est pour cela qu’on ne peut que proposer aux joueurs de travailler parce qu’avec seulement les défraiements et les salaires de joueurs de rugby, ils ne peuvent pas vivre. Moi, je trouve que c’est aussi une force parce-que ça permet de récupérer certains joueurs qui ont en marre de vivoter du rugby pro. Parce qu’il faut savoir qu’on n’est pas souvent riche quand on est professionnel de rugby. Donc, ça nous permet aussi de récupérer des joueurs qui ont un projet professionnel et qui ont encore envie de jouer au rugby à un bon niveau. C’est ce que le CS Vienne peut leur proposer et je trouve ça plutôt bien. 

 

Toi, en passant dans des clubs comme Grenoble et le CS Vienne, tu as un peu connu les deux côtés de la barrière, le professionnalisme et le côté amateur pluriactif. Avec un peu de recul, que ressorts-tu de ces deux statuts ? 

 

Moi, j’ai bien aimé les deux en sachant qu’à Grenoble, j’étais pro il y a déjà plus de 10 ans. Je pense qu’il y a eu beaucoup de changements dans le monde professionnel ces dernières années au niveau des salaires mais aussi au niveau de l’état d’esprit. Quand j’étais à Grenoble, on était beaucoup, beaucoup de jeunes français. C’était pro mais il y avait encore un état d’esprit de rugby un peu amateur. Je crois qu’aujourd’hui, les choses ont bien changé. Je ne pense pas qu’il faille cracher sur le rugby pro parce-que je trouve que c’est quelque chose de bien. Les jeunes rêvent tous d’être professionnels et je les comprends. Après, moi, j’aime bien aussi le rugby amateur. Je jouais en Fédérale 2 à Vienne, j’ai joué en Fédérale 1 et j’ai sûrement passé mes meilleures années de rugby en Fédérale. 

 

Er parfois, de ne pas avoir le nez que dans le guidon du rugby, ça permet d’ouvrir les chakras comme on dit ? 

 

Oui, c’est ça. Je trouve que, quand on travaille, bon, moi, je ne travaille que dans le monde du rugby donc ce n’est pas pareil, mais je sens que, quand les mecs arrivent au stade, ils sont contents d’être là parce-que, quand on sort d’une journée de boulot, ça fait du bien. Et aussi, de travailler, ça ouvre l’esprit, ça aide aussi à être un meilleur rugbyman, je pense. 

 

Ca renverse un peu les pôles ? 

 

Oui, exactement. Quand on est pro, on arrive parfois au rugby en traînant un peu la patte, on va un peu au boulot. Là, l’impression que les joueurs donnent en arrivant au rugby, on a l’impression que c’est un bon bol d’air et qu’après une bonne journée de travail, ça fait du bien de se retrouver sur un terrain de rugby et de se vider la tête avec les copains. 

 

Thomas, on va maintenant passer à l’avant-dernière question, le petit jeu des pronostics. Dans un début de saison, c’est souvent de rigueur et de mise. Pour toi et dans ta poule pour commencer, qui vois-tu jouer le haut du tableau en Jean-Prat ? Et à la fin de la saison, qui risque de monter en Pro D2 ? 

 

Dans ma poule, je vois bien Dijon et Massy. Et pour la montée en Pro D2, je ne sais pas, peut-être Massy et Narbonne. 

 

C’est noté, on reviendra vers toi en fin de saison pour voir si tu as eu le nez creux. 

 

On verra (rires)

 

Ultime question, la question habituelle : le mot d’ordre pour toi et tes coéquipiers pour cette saison 2019-2020 en Fédérale 1 ? 

 

Qu’on continue à prendre autant de plaisir qu’on prend depuis des années à jouer ensemble en Fédérale 1 contre les équipes de bas de tableau et les équipes amateurs comme nous. Qu’on continue à tout donner, à se faire plaisir, à faire plaisir aux gens et qu’on intègre le plus de jeunes possibles au sein de notre collectif. Moi, je ne sais pas si je jouerai encore longtemps au rugby donc je vais essayer de prendre le maximum de plaisir possible dans les victoires comme dans les défaites et essayer de profiter à fond de ces moments que je vais vivre avec mes coéquipiers. 

 

C’est tout le mal qu’on te souhaite et on suivra avec attention le parcours et la saison du CS Vienne. On te remercie Thomas. 

 

Merci beaucoup

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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