#Rugby – Fed1 / Russlan Boukerou (Albi): « Je resterai toujours un supporter du SCA »

L’international Algérien, Russlan Boukerou Alias « Le Russ » , a raccroché les crampons à l’issue d’une saison où son hernie cervicale l’a empêché de pouvoir participer pleinement sur le terrain, à l’aventure du SC Albi en fédérale 1. A 30 ans, celui qui a évolué au Stade Toulousain , à Brive, Auch et au Stado TPR, revient avec nous sur sa reconversion, ses souvenirs rugbystique , le brennus décroché avec le stade en 2012, sa relation privilégié avec Arnaud Méla et évidemment sur cette demi finale du Jean Prat (Rouen-Albi) qui lui est restée en travers de la gorge. Focus .
Photo DDM, Xavier De Feynol.
Comment se passe ces premiers jours de néo-retraité. On va commencer de suite dans le vif du sujet pour nos lecteurs. Tout le monde l’a un peu appris dans la presse, ton hernie cervicale t’a obligé à mettre un frein, un arrêt à ta carrière. Comment en es-tu arrivé à cette décision et comment se passe les jours d’après, ce qu’on appelle la petite mort des sportifs ? 
Effectivement, je me suis fait opérer des cervicales en avril 2018. Le chirurgien m’avait très bien opéré, ça s’était très bien passé, il m ‘avait donné le feu vert pour reprendre. Cependant, je m’étais refait mal dessus contre Anglet là-bas déjà. Première complication, ça avait bien tenu mais j’avais pris un bon choc au niveau des cervicales. Ensuite, je me suis refait mal à l’entraînement. J’ai dû repasser des examens et voir des experts qui, eux, m’ont conseillé qu’il fallait clairement que j’arrête. Il y en a un qui m’a formellement dit qu’il fallait que j’arrête parce que j’étais en surrisque. Soit je pouvais perdre la capacité de marcher dans le pire des cas ou même sinon perdre la capacité de mon bras gauche, c’est à dire plus de forces dans le bras, ça devenait trop dangereux. J’ai attendu un peu, ça m’a fait un peu un choc quand même en apprenant ça. J’ai quand même demandé à avoir l’avis d’un second expert qui, lui aussi, était entièrement d’accord avec ça. Déjà deux experts qui me disent d’arrêter, je revois un chirurgien qui me dit la même chose, en gros, je suis interdit de jouer au rugby. Je suis déclaré inapte à la pratique du rugby professionnel. 
En clair, pour synthétiser, l’intégrité physique a pris le dessus sur la passion, parce qu’on sait que tu es un grand passionné. Mais bon, à un moment donné, il faut savoir aussi être rationnel. 
C’est ça, il y a une vie après. J’ai 30 ans, je pensais pouvoir tenir trois ans de plus. Quoiqu’il en soit, j’ai plus le droit puisqu’on m’interdit de licence et même si on m’interdisait pas, en ayant écouté les avis de deux, trois experts, le problème, c’est qu’il y a une vie après le rugby. Il va falloir travailler, j’ai une famille, j’ai pas envie de prendre le risque d’être soit handicapé soit d’être trop diminué physiquement pour enchaîner sur une vie normale. 
Parlons en de cette vie après le rugby. Tu t’es déjà projeté dans ta reconversion ? 
Oui, oui, ma reconversion, heureusement que je commençais à y penser un peu. Là, j’ai une formation à faire et je vais monter une société de 
diagnostics immobiliers et un cabinet d’architecture. Je me laisse un an, un an et demi pour bien le monter, pour finir ma formation et faire les choses bien dans l’ordre. Au moins, je sais vers où je vais, c’est ça qui me rassure. 
Tu pourras prendre conseil auprès de Mathieu André (Chef d’entreprise dans construction immobilière)
Exactement, c’est clair. J’en ai déjà beaucoup parlé avec lui durant la saison. Je lui demandais pas mal de conseils, lui m’a envoyé pas mal d’exemples. Forcément, avec son entreprise, il a affaire à pas mal de diagnostiqueurs immobiliers donc il m’a envoyé des exemples de diagnostics et tout pour que je puisse m’en inspirer. J »ai de la chance d’avoir un bon réseau, de connaître du monde qui va m’aider. Il faut utiliser le réseau pour se refaire comme on dit. En parallèle, je vais aussi entraîner un club d’Honneur qui est à côté de chez moi , pas loin de Toulouse, à Montesquieu, qui m’a gentiment proposé de leur filer un coup de main pour les entraîner. J’ai accepté avec grand plaisir pour au moins rester un peu dans le milieu du rugby, quand même. 
C’est bien ça. Tu vas pouvoir transmettre toutes les valeurs et toute l’expérience que tu as emmagasinée tout au long de ta carrière, que ce soit au Stade Toulousain, au Stado Tarbes ou au SCA. Tu vas pouvoir le retransmettre aux jeunes. 
Voilà, exactement. Je vais essayer de leur apprendre des choses que moi j’ai appris au cours de ma carrière. Moi aussi, je vais apprendre d’eux parce que j’ai jamais entraîné donc c’est une première expérience. J’ai cette chance là, c’est une belle opportunité même si c’est au niveau amateur mais ça reste très intéressant. Ils vont apprendre de moi et j’espère aussi apprendre d’eux. 
Donc, limite entre la reconversion et ce poste d’entraîneur, tu vas avoir un planning quasiment plus chargé que quand tu étais joueur ? 
C’est ça du coup et j’en suis bien content. J’avais très peur parce que, comme tu as dit tout à l’heure, c’est une petite mort une fin de carrière. Pour l’instant, je le vis assez bien parce que c’est quand même pour la santé, on va dire. J’arrête pas en fait parce que j’ai pas de club, parce que j’ai aucune proposition. Non, là, c’est par sécurité. Donc, je le vis pour l’instant assez bien. Je pense que je me rendrais vraiment compte quand tous les copains auront repris le 1er Juillet et que moi, je serai quand même finalement toujours à la maison. Je sais pas si j’ai encore réalisé mais bon, je le vis assez bien justement parce que je me dis que j’ai un planning chargé. Je m’occupe tous les jours, je suis pas chez moi à regarder la télé et à attendre que le temps passe. Je sais où je vais. 
Il n’y a pas ce grand vide déstabilisant ? 
Exactement. Je pense que, le pire, c’est de se retrouver du jour au lendemain tout seul, sans voir les copains tous les jours, d’être seul à la maison, de pas savoir quoi faire, de pas savoir où aller. Moi, heureusement, je me suis trouvé une ligne de conduite. Je me suis tracé un chemin que je vais essayer de suivre. Au moins, ça m’occupe et ça me fait pas penser, j’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort.
Tu nous parlais des copains du Sporting. On va revenir un peu sur une période qui blesse parce qu’en plus, toi, tu l’as vécue de l’intérieur tout en étant à l’extérieur, c’est à dire sans pouvoir jouer, sans pouvoir aller à la ferraille avec eux. Tu as vécu cette fin de saison et ces play-off qui ont été haletants jusqu’à Dijon et puis après face à Rouen  avec la désillusion que l’on connaît, avec la polémique que l’on connaît. 
Franchement, ça a été horrible. Parce que j’étais devant ma télé, j’avais pas pu me rendre à Rouen malheureusement pour raisons familiales. Ca a été horrible parce que là, c’est réellement un vol organisé, on peut pas dire autre chose. Si on avait gagné par 30 points, ils auraient pas pu organiser ce vol mais là, c’est assez évident, en étant serré, qu’on s’est fait avoir que ce soit par la ligue, par la fédé, j’en sais rien mais qu’ils ne disent pas que les arbitres ne sont pas conditionnés. Ce qui me faisait le plus mal au cœur, c’est que justement, je pensais aux copains qui bossent dans ce club, aux supporters. A faire ça, ils mettent en jeu la vie d’une centaine de personnes : les gens qui travaillent, les joueurs qui pouvaient se retrouver au chômage du jour au lendemain. 
Les entreprises aussi qui sont prestataires du club
Exactement. Après, heureusement, je sais qu’ils ont du faire un travail formidable et qu’ils ont réussi à maintenir la SASP. Mais, ça a été quelques jours de stress pour les mecs. Je veux dire, là, du jour au lendemain, ça aurait pu être chômage pour tout le monde et ne pas savoir quoi faire. Quelques joueurs qui avaient des contacts s’en sortent mais forcément, il n’y avait pas tout le monde qui aurait trouvé un club. Donc, c’est vrai que ça, ça a été une injustice terrible. Pour Arnaud Méla aussi. Moi, j’ai une relation particulière avec lui parce qu’on jouait ensemble à Brive, on était très proches. On lui a volé aussi sa montée. C’est une montée qui a été volée au club, aux joueurs, au staff, à tout le monde. Maintenant, c’est passé, la polémique est passée. 
Le match sera jamais rejoué. Ca fait partie de l’histoire du Sporting, une page sombre du Sporting mais, elle est là, il faudra faire avec. 
Après, ce qui fait plaisir, c’est que j’ai pu voir des commentaires de supporters qui, justement, ont vécu aussi cette injustice en comprenant que le travail avait été bien fait par les joueurs et le staff. Ils ont été déçus par moments dans la saison quand on perdu à Nafarroa par exemple, à Oloron, et on les comprend. Mais là, on a vu qu’il y avait vraiment un soutien énorme qui s’est créé, un engouement qui s’est créé autour de cette injustice. Les gens ont bien compris que le travail avait été fait et qu’on méritait cette montée en Pro D2. Que là, c’était quand même un peu indépendant au final de nous mais bon, maintenant, il faut passer à autre chose. Ils sont en train de construire un beau projet et maintenant, va falloir monter, encore galérer cette saison pour monter. 
Encore une petite question. Tu as vécu pendant deux ans dans ce club made in Arnaud Méla. Tu penses pas que cette injustice, ce sentiment d’injustice, ça va être le ciment des victoires de demain ? Et aussi, est ce que tu as pu échanger un peu avec les « potos » jaunes et noirs les semaines d’après pour un peu, sonder comment était le groupe et quel était l’état d’esprit ? 
Effectivement, tu vois, tout ce que tu dis, c’est vrai. Cette défaite dans la douleur, ce vol qui a été vécu collectivement, qui a été vécu tous ensemble, plutôt que de se dispatcher, le groupe s’est resserré encore plus. On était déjà très soudés. Pour ça, le staff avait fait un bon travail, des stages, des petits trucs à faire pour resouder le groupe. On était déjà un groupe vraiment soudé. Je pense que cette mésaventure, de vivre ce passage très difficile ensemble, plutôt que de nous dispatcher, que chacun se mette d’un coup à regarder  » où je vais signer, qu’est ce que je vais faire, faut que je me barre ». Non, non, au contraire, les mecs sont restés ensemble, soudés. Là, c’est vraiment un groupe de copains qui s’aiment et ça, ça va être très constructif pour la saison à venir. Parce que là, on trouve vraiment un club, une équipe, des joueurs qui s’aiment, une ambiance, ça va vraiment avoir son importance la saison prochaine, ça c’est clair et net. 
Ca va être des morts de faim qui vont rentrer sur le terrain ? 
Oui, je pense que ça va être des morts de faim tous vers le même objectif. Quand on joue comme Nafarroa, qu’on a perdu là-bas, on a joué contre une bande de copains. Ils étaient moins bons au rugby, ça c’est clair, mais ils étaient une bande de copains, ils se battaient les uns pour les autres. Ils passaient tout le temps ensemble, ils sont rentrés sur le terrain pour nous crever. Nous, on n’a pas été à la hauteur parce qu’on y est allé un peu tranquilles. Maintenant, c’est passé. On voit bien que, le fait d’être soudés et d’être une bande de copains qui rentrent sur un terrain, ça apporte un supplément d’âme qui est nécessaire pour renverser des matches. Peut-être que là, d’avoir encore plus soudé ce groupe, ça va avoir son importance la saison prochaine. 
Maintenant que cette saison est finie, ce match contre Nafarroa, ça a été certes une gifle qu’on a pris dans l’albigeois, parce que Nafarroa, c’était le petit poucet de la F1 et Albi, un des ogres de la F1. Entre nous, c’est quand même un des plus moments de la F1, la victoire de Nafarroa, avec à la fin le public qui chantait ?, c’était quand même merveilleux ce qu’ils ont fait, ça met des frissons. 
Moi, franchement, déjà j’ai eu honte parce que je faisais parti de ce groupe qui a perdu à Nafarroa donc la honte était sur nous. Dans  un coin de ma tête, quand je voyais cette chanson à la fin, avec 4 000 supporters qui pleuraient de joie, j’ai eu des frissons. J’ai ressenti, j’ai imaginé la joie qu’ils devaient vivre et c’est vrai que ça fait des beaux moments de rugby, c’est des moments qu’on aime. Bon, malheureusement, c’est tombé contre nous. J’aurai préféré que ça tombe contre quelqu’un d’autre mais c’est vrai que ce sont des choses qui font aimer ce sport et c’est vrai que c’était un moment de liesse assez exceptionnel pour eux. Pour nous, je le répète, c’était un moment de honte, mais franchement oui, c’est des moments magnifiques qui font plaisir à voir. J’aurai préféré, comme je te le dis, le voir contre un autre. 
Contre Tarbes ou St Jean
Voilà, pas contre nous. Mais bon, quoiqu’il en soit, c’était franchement assez impressionnant. J’avais des frissons à la fin quand j’ai vu ces 4 000 personnes chanter, c’est vrai que c’était magnifique. 
On parlait des bons moments. Une carrière, c’est long mais ça passe très vite. Pour toi, quels seront tes deux, trois, plus beaux moments de ta carrière et plus particulièrement sous les couleurs jaunes et noires ? 
Mes deux plus beaux moments, ça a été mon premier match en Top 14 avec le stade Toulousain. Ensuite, à Marseille au Stade Vélodrome, contre Toulon, plein, pareil avec le Stade Toulousain, là ça a été assez hallucinant. Ensuite, à Albi, c’est la victoire contre Perpignan l’année où on descend. 
Avec Vincent Clément comme coach
Avec Vincent Clément comme coach et là franchement, ça, ça restera gravé dans ma mémoire ce moment. On était dans une difficulté terrible que ce soit sur et en dehors du terrain, et là, ça a été franchement …
En plus, il pleuvait ce jour là, Fredo Quercy met l’essai à la dernière seconde en touchant le poteau d’en-but, tout un scénario palpitant.
Franchement, je me rappelle de cette joie immense. On avait commencé à envahir le terrain alors que l’arbitre n’avait même pas sifflé encore. Ca, ça restera je pense, mon plus beau souvenir avec Albi. 
merci pour tout ce que tu as fait pour le SCA.
Je resterai toujours un supporter du SCA 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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