#Rugby – Fed1 / David Bellucci (AS Bedarrides): « Notre sport est malade ».

David Bellucci, Président de l’AS Bedarrides-Chateauneuf du Pape, durant cette première saison en fédérale 1 , nous a dressé un bilan de son mandat riche en émotion, conclut en beauté par un maintien dans l’élite fédérale.
David tu es le président du club Vauclusien de l’AS Bédarrides Châteauneuf du Pape, enfin je dis président, l’ex président plutôt , puisque depuis le 01er Juillet, tu as rendu son tablier. Tu es un jeune retraité de la présidence d’un club de rugby et tu vogues maintenant vers de nouvelles ambitions, de nouveaux horizons. Déjà, comment est venue cette démarche de, petit à petit quitter la présidence de l’AS Bédarrides Châteauneuf du Pape ? Même si on imagine que tu vas garder un œil assez averti sur les destinées de ton club de cœur. 

Tout simplement parce qu’on m’a sollicité par ailleurs et que je n’ai pas la prétention de tout savoir faire ni de tout deviner. Donc, je vais rester dans le domaine, on va dire le nouvel horizon, où je pars. A partir de là, je considère que, n’étant pas capable de tout faire à l’arrache, je préfère faire les choses bien. Donc, je transmets le témoin à un président qui a au moins mes qualités si ce n’est plus. Ce qui veut dire qu’on assure la pérennité du club parce que c’est l’objet quand on est président, l’important, quand on a ce poste, c’est de prévoir sa succession. Les indispensables sont tous au cimetière mais il y en a beaucoup, quand ils s’en vont, ils se disent  » Après moi, le déluge « . Donc, moi, il en est hors de question. Comme tu l’as dit tout à l’heure, j’aurai toujours un œil quand même sur ce club parce que c’est 20 ans de ma vie. C’est quand même une histoire, c’est un couple et c’est hors de question que ce club disparaisse après moi. Il existait avant moi, il existera après moi mais on va dire à ce niveau de compétition. 
Tu pars par la grande porte avec un maintien pour la première année en Fédérale 1 assuré lors de la dernière journée mais un maintien assuré, une belle recrue dont tu vas sûrement nous parler en cadeau d’au revoir. Il n’y a pas mieux quand même comme départ ? C’est partir sur les honneurs ? 
Ca, ce sont les gens qui jugeront si on part avec les honneurs ou pas. Je laisse un club, mes adjoints, mes collaborateurs, mes bénévoles, je laisse un club sain, aussi bien financièrement que sportivement. On a essuyé les plâtres de la nouvelle Fédérale 1 parce que la nouvelle Fédérale 1 n’est plus celle que j’ai connue à l’époque. Maintenant, elle est beaucoup plus professionnelle avec beaucoup plus de rigueur. Et, en ce sens, je reconnais au moins à Thierry Murie qu’il fait le bon constat de la Fédérale 1. Il faut absolument serrer les clubs pour qu’il n’y ait pas de dérives comme on l’a connu. Je suis pas d’accord avec lui après sur la façon de retranscrire les choses puisque lui, il le fait à la hussarde avec des contraintes alors qu’il vaut mieux associer les gens plutôt que de les contraindre. 

Enfin, il le faisait puisqu’il vient de démissionner de son poste quand même. 

Oui, il le faisait. Il faisait comme moi on va dire. Et c’est pour ça que j’avait écrit ce courrier à Bernard Laporte. 

Un courrier qui a fait pas mal de bruit dans le petit microcosme de la Fédérale 1. Il a été partagé et il a un peu buzzé ce courrier. 

L’important : il ne faut pas oublier qu’on est des amateurs. Je reste sur ma position, c’est un choix. La fédération doit faire un choix. Est-ce que nous sommes encore amateurs tout en étant encadrés ou est-ce qu’on devient professionnels et à ce moment-là, il faut le dire ? C’est ce que j’ai toujours dit : si on nous dit qu’on est des professionnels, Bédarrides Châteauneuf du Pape n’a pas sa place.
Qu’est ce qui a amené la genèse de ce courrier qui était, une lettre coup de cœur pour Bernard Laporte mais, en même temps, coup de gueule sur le fonctionnement de la fédé. Qu’est ce qui a amené à cette démarche ? Et pourquoi ne pas l’avoir fait peut-être au séminaire ? 

Parce que d’abord, un, je ne l’ai pas fait au séminaire parce que je partais donc, il n’y avait pas de raison que  » j’envenime  » ou que j’amène un conflit qui n’avait pas lieu d’être au séminaire. Je le redis, le sport, on est là pour le plaisir. Je ne suis pas là pour me battre avec la fédération ou autre. Ensuite, Bernard Laporte, je le soutiens et je le soutiendrai quoiqu’il advienne parce que sa vision du rugby correspond à la mienne. Mais, c’est pareil, c’est pas parce-que tu as une bonne vision que tu mets en place des outils qui font que tu vas forcément vers la bonne vision que tu as. Et, c’est dans ce sens que je voulais lui attirer l’attention puisque maintenant, je n’ai plus aucune responsabilité dans le rugby. Donc, c’est plus facile de le dire quand tu n’es plus rien et que tu n’as plus de responsabilité que quand tu es aux manettes où là, on peut éventuellement te faire comprendre à un moment donné que tu auras un retour de bâton. 

Il y a moins de moyens de pression, on va dire. 

Voilà, là, il n’y a pas de pression du tout. Quand tu es libéré de la pression, tu peux dire les choses comme tu les ressens. 

Et, il y a eu des retours par rapport à cette petite lettre ou elle est passée comme une lettre à la poste ? 

Non, après, tu sais, je ne suis pas le centre du monde et ma lettre n’est pas le centre du monde non plus. Compte-tenu de tout ce qu’il a à faire notre président, et Dieu sait s’il en a puisqu’il doit à priori être nommé président du tournoi des 6 Nations, je suis pas le centre du monde. Je verrai quand je le rencontrerai, peut-être qu’il m’en touchera deux mots, mais, la priorité, c’était pas qu’il me réponde. 

C’était de poser sur le papier ton ressenti de petit club de Fédérale 1 ? 

Absolument. L’important, c’était de dire, et je pense que je ne dois pas être le seul dans ce cas. Après, peut-être qu’en Fédérale 1, je serai le seul, j’en sais rien. Mais, on va dire que notre sport subit l’évolution sociétale avec tous les autres sports qui progressent. Il y a de nouveaux jeux et de nouvelles pratiques tous les jours. Donc, si on assouplit pas notre sport, je pense qu’on en subira les foudres et le retour dans les années à venir. 

Tu vois un club comme Rodez qui est au bord du gouffre, en train de boire le calice jusqu’à la lie. Qu’est-ce que ça t’inspire ? 

Je dis que notre sport est malade. Alors, est-ce que Rodez a fauté, est-ce qu’on l’a aidé, est-ce qu’on l’a pas aidé ? Je ne connais pas le dossier donc je ne vais pas porter de jugement sur le résultat. Mais, il est certain qu’à un moment donné, le rôle de la Fédération quelle qu’elle soit, ou des ligues, c’est d’aider les ligues à ne pas arriver à une situation où tu finis en dépôt de bilan. 

Ce qui a été fait avec Nice, Tarbes et Nantes où il y a eu des plans d’accompagnement qui ont été mis en place

C’est ça mais bon, peut-être que pour Rodez, c’était trop tard, j’en sais rien. Mais, effectivement, c’est d’anticiper, anticiper les choses. Et là, je reviens, même si Thierry Murie, peut-être que mon courrier lui plaira pas et si on n’a pas forcément la même vision de l’exécution

On doute un brin, que le courrier lui ait plu
Je pense quand même que son fond était bon. Effectivement, il faut assister les clubs. Mais, je l’ai mis dans le courrier, dans DNACG, il y a le mot aide, il n’y a pas le mot matraquage, il y a le mot aide. Donc, il faut aider les clubs à se structurer et à devenir de plus en plus carrés pour éviter tous ces malheurs qu’on a. Parce-que, je pense que Rodez ne sera pas le dernier cas, ni le premier, ni le dernier cas. 
Oui, puisque Tarbes, c’est pour l’instant sur la corde raide. On espère que nos amis Tarbais s’en sortiront mais … 
A mon avis, il y a d’autres clubs, quand on va arriver à la fin des bilans, ils vont tousser. 
Actuellement, c’est un mal assez récurrent dans le rugby fédéral tant on les pousse à devenir quasiment professionnels mais avec des moyens amateurs. Les petits clubs ont du mal à trouver un second souffle ou modèle économique on va dire. 
C’est ça, c’est le reproche que je fais. C’est à dire, on fait une Fédérale 1 avec des règles pour que les clubs puissent monter en Pro D2 puisqu’on a des clubs qui prétendent à monter en Pro D2. On leur demande des conditions économiques, des capitaux propres et autres. Mais ces règles clubs sont faîtes pour 4 clubs ou 8 clubs ou 10 clubs mais en Fédérale 1, nous sommes 48. Donc, ça veut dire qu’il y a 30 autres ou 35 ou 38 qui subissent une rigueur qui n’est pas forcément de mise. 
Toi, tu penses vraiment qu’il faudrait que la Fédé relâche un peu la bride ou qu’il y ait d’autres méthodes d’accompagnement qui soit mises en place pour améliorer tout ça ? 
Les deux. Il faut surtout qu’il y ait une fluidité dans les clubs. Parce-que, les jeunes d’aujourd’hui, ils viennent au rugby, ils partent dans d’autres sports puis ils peuvent revenir. Donc, il faut une souplesse et enlever un certain nombre d’obligations qui font que les clubs ont une pression permanente. Je prends l’exemple, alors je sais pas si ça a été voté à l’assemblée de cette année mais, l’année dernière, si tu n’avais pas de cadets ou de juniors, tu étais rétrogradé en Fédérale 3. Nous, Bédarrides Châteauneuf du Pape, c’est 7 000 habitants. 

Oui, en terme d’habitants, c’est tout petit

Voilà, tu ne peux avoir un renouvellement de cheptel forcément très important toutes les années parce-que, comme je te l’ai dit tout à l’heure, il y a de nouvelles pratiques qui font que les jeunes sont pas forcément attirés par le rugby. 
D’où cette idée de créer un grand club vauclusien
Ca, ça fait 25 ans que j’en rêve. C’est un petit club de province mais pour ça, il faut que tout le monde soit d’accord, c’est un grand débat. 
Il faut être en synergie comme on dit. 
Oui, c’est ça
On a vu que les poules étaient sorties. Qu’est ce que tu penses de cette poule où va être croqué, mangé, Bédarrides ? 
C’est magnifique. On va avoir des affiches extraordinaires : Bourgoin, Narbonne, Bourg-en-Bresse. Donc, on a quand même de grosses écuries et on essaiera de sortir notre épingle du jeu. Enfin, le club sortira, je dis nous, tu vois, je suis toujours
C’est la déformation présidentielle
C’est la déformation, voilà. Mais, on va dire, ils essaieront de sortir leur épingle du jeu. 
Et puis, il y aura un petit derby sympa avec Châteaurenard ? 
Châteaurenard et Nîmes, deux derbys. 
Ca va frotter un peu, il risque d’y avoir des soirées un peu chaudes. 
Ce rugby, il est fini. Ca, c’était de mon temps. 
Il doit même exister encore un petit peu 
Il y a quelques petits relents qui peuvent ressortir mais en général, en Fédérale 1, tu te fais vite choper par la patrouille. Les arbitres sont assez sévères et c’est normal d’ailleurs. Mais, ça sera toujours un derby malgré tout. 
Oui, tant que c’est pas Laurent Cardona qui l’arbitre, ça ira. 
Après, tu vois, pour affronter ces grosses joutes qui arrivent, on a fait un petit recrutement. 
Voilà, parle nous en de cette grosse recrue qui a fait parler dans tout le petit microcosme rugbystique. Tous les journaux et sites web spécialisés en ont parlé. C’est quand même du lourd cette recrue, Timoci ? 
C’est même magnifique pour ce que nous sommes, Timoci Matanavou. Donc, 3 ans à Mont-de-Marsan, 6 ans à Toulouse et 2 ans à Mont-de-Marsan. 

C’est la guest-star du recrutement de Bédarrides Châteauneuf du Pape. Qu’est ce qui l’a amené en terre vauclusienne ? La beauté du territoire, les valeurs du club ou un peu tout ça ? 

Oui, oui. Je pense qu’il y a tout notre historique parce qu’après, quand les joueurs se renseignent, il y a notre historique. Après, il y a un reclassement bien entendu parce que les joueurs qui arrivent à un certain âge, les joueurs qui arrivent en fin de carrière, ils demandent plus un reclassement professionnel que de l’argent. L’avenir, il est dans le travail, il n’est plus dans le jeu pour leur âge. Donc, il va essayer de se faire plaisir et essayer de nous faire plaisir. Ca, je n’en doute même pas vu ses qualités. 

A lui tout seul, il va te remplir le stade ? 

Ah bah, à lui tout seul, il va nous amener du monde, ça c’est certain. C’est certain qu’après Rémy Martin, qui nous a fait l’honneur de venir à Bédarrides Châteauneuf du Pape, après Thierry Brana qui a aussi joué à haut niveau, là, c’est  » une star « .

Il va y avoir des paparazzi à 

Voilà, c’est ça. Il y aura des passionnés. Il a son image de marque. Je pense que les passionnés de rugby, entre les derbys et les grosses écuries, on devrait remplir le stade. 

Malgré ce recrutement assez, guest-star, 

Oui, ça, ça change pas. C’est notre ADN donc, tu vas pas changer un ADN pour un ou deux joueurs. Je pense par contre que ces joueurs là, qui n’ont peut-être pas connu ce style de club, devraient adhérer facilement parce qu’ils ont la facilité de jeu. Après, ce n’est qu’un état d’esprit et à mon avis, l’état d’esprit sur des gens comme les fidjiens et autres, c’est la solidarité. Et les villages, ils savent ce que c’est. 

On demande qu’à voir. En plus, on sait que 

Oui, voilà, c’est le même style. C’est à dire un village avec un état d’âme, un esprit guerrier dans le bon sens du terme, j’élimine l’ancien rugby. Et puis voilà, après, à nous de démontrer que ces valeurs là sont encore sur le terrain, on va dire, notables. 

Alors, cette année où tu as été président en Fédérale 1, quel est peut-être le meilleur souvenir ? Le match du maintien ou la réception d’un gros calibre comme Dijon ou Bourgoin  à Bédarrides ?

Je dirai le dernier match, le match du maintien. Parce qu’on a joué contre une équipe de Hyères-Carqueiranne qui n’était pas venue pour nous faire des cadeaux et on a mis un état d’esprit et un jeu remarquables au travers d’Adil Achahbar qui a éclairé le stade. On a vu un match magnifique et en plus, tu prends le bonus offensif et tu te maintiens. 
Que demander de plus ? 
Une très, très belle journée. 
David, on te souhaite pour ton club de cœur puisqu’on sait que tu regarderas de très près, l’avenir, de l’AS Bédarrides Châteauneuf du Pape, le meilleur et un maintien pour une seconde année consécutive. Et puis bon, on te rappellera sûrement au cours de l’année pour voir ton avis sur l’évolution de ce rugby amateur qui tend vers le professionnalisme et de ton club de village et de cœur. Et, peut-être que d’ici là, tu auras l’écharpe tricolore autour du poitrail ? 
Tu es invité à venir boire un petit verre, tu le sais. J’invite tous les amoureux du rugby à voir ces matches de rugby de village, malgré tout à haut niveau. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s